LIVRE III. CHAPITRE I
trop tôt, fut obligé de se sanyer chez les Espagnols,
et fut tué en combattant pour eux à la Marfée près de Sedan (i64i). Toutefois la faction ennemie du cardinal ne renonça pas à ses desseins. Un nouveau complot fut tramé de concert avec TEspagne. Le jeune Cinq-Mars, fils du marquis d*EflGat, avait été placé par le cardinal auprès de Louis XIII en qualité dectiyer. Bientôt il deviot iavori du roi, et lambuion, étouf* fatrt en lui la reconnaissance , il se jeta étouFdiment émë le complot 9 et proposa de feire assassiner le cardinal. Le discret de Thou , fils de l'historien , sut Taffaire et ne dit niol. Chose étran^^e î le roi lui-même n ignorait pas qu'on tramait la perte du ministre. Kiohetteu le savait : il était alors malade à Tarascon , et M cloutait pas de sa prochaine disgrftce. Il parvint ce* |>emlant, à force d'aryen L, à se procurer une copie du traité conclu avec les Espagnols. Cinq-Mars et de Thou furent arrêtés, condamnés à mort, et ils eurent la tète tfanch^e. On appliqua à de Thou une loi de Louis XI, tombée en désuétude , qui assimilait la nonrévélation J un crime à une pai licipation à ce crime. Le duc de Bouillon, se sentant déjà le couteau sur la gorge, évita la mort en cédant au roi sa ville de Sedan, qui avait été le principal foyer des intrigues»
Ce lut la dernière victoire de Richeheu. Il mourut l'année suivante (i64s), admiré de rEinopc et haï des grands, qui avaient été forcés de plier sous sa volonté de fer.
Malgré to«it ce que Richelieu avait fait pour la Pranoe , sa mort fut célébrée comme un bonheur public. Le peuple i cspira • on fit des chansons. Louis XIII les chanta lui-même; mais il ne tarda pas à suivre au tombeau le grand ministre qui avait illustré son règne en miimwnt tout ce qui s'opposait à ïuràté de k France, dont il assura pour longtemps la supériorité en Europe. ' ' ,
64 HISTOIRB DXS TEMPS MODERNES*
§ IV. Regnb de Louis XIV (1643-1715). — Mikoeitb DE Louis XIV. — Ministère de Mazarin. — Guerres
A L EXTÉRIEUR. TrOUBLES DE LA FrONOE (i643-
Ame Autriche régente^ — Mazarin. — Richelieu était mort peu de jours après son retour à Paris, en 1643* La reine mère, son ancienne protectrice, Tavait précédé de cinq mois, et Louis XIII n'avait pas tardé à le rejoindre (le i4 niai i643).
Louis XIII avait établi par son testament un conseil de régence, dont le prince de Condé devait être le chef pendant la minorité de Louis XIV, qui n'avait que cinq ans. Cependant Li reine Anue d'Autriche fut proclamée récente par le parlement, qui cassa le testament de Louis XIIL Jusque-là, elle avait été éloignée du pouvoir, moins par la jalousie de Richelieu que par laversion de son époux; on lavait même tenue dans une espèce de séquestration. Un arrêt du parlement ne Ten investit pas moins de tout le pouvoir royal. Elle appela d abord au pouvoir Augustin Potier, évcque de Beau vais, le chef de la cabale des importants^ qui se croyaient appelés à jouer un grand rôle dans le nouveau gouvernement. Mais leur règne ne dura pas longtemps. Un parvenu italien, Mazarin, que sa finesse et ses talents avaient fait remarquer de Richelieu, se trouva Lion lot a la tête du nouveau gou- ▼ernement. Aune d Autriclie, dont il était parvenu à gagner laffection, le nomma surintendant de Téducation du roi, et le fit entrer dans le ministère. Il s'y affermit par la ruse. Les importants lui ayant marqué de la deiiance, il déclara qu'il ne resterait au ministère que jusqu'à la conclusion de la jpaiX| et ^u ensuite il se retirerait i Rome pour 7 termineur sa vie au sein de la retraite. Cette promesse trompeuse leur inspira une
JLlVii£ ili. CHAPITRE I
sécurité entière, et lorsquils s'aperçurent de sa ruse,
il ctait trop tard : Mazanii s'était tellement emparé de la confiance de la reine, qu ils ne parvinrent pas à ébranler son crédit* Les duchesses de Montbazon et de Chevreuse, qui avaient dirigé 1 intrigue tramée cou* *tre le ministre, furent éloignées delà œur. Le duc de Beaufort, t^pris d un amour romanesque pour la duchesse deMontbazon, s'emporta en reproches injurieux contre le cardinal, et ne réussit qu'à se faire enfermer an 'chàteau de Vincennes. • G etoit, dit le président Hénaut, un homme tout fait pour être aimé de la po« pulace; aussi Tavait-on nommé le roi des halles^ dont il parloit le langage : grand, bien fait de sa personne/ adroit aux eiercides, infatigable, rempli d audace, les manières grossières, que Ton prenoit pour de la franchise, mais artificieux, et aussi fin que le peut être un homme de peu d esprit. Il crut, et il le persuada à toute la cour, qu'il alloit jouer un rôle dans les commencements de la régence* Il se sauva de prison, et fut de* puis le héros de la guerre de Paris» U étoit le second fils de César de Vendôme, fils naturel de Henri IV. « Lnfin révêque de Beauvais, que le cardinal de Retz appelle dans ses mémoires une bête mitrée^ et le plus idiot des idiots^ fut renvoyé dans son diocèse, et alors la cabale des importants, privée de ses principaux chefs, se trouva dissoute.
« Mazarin,dit M. Mignet, avait coiiLume de dire que quand on a le cœur on a tout, il s assura dèslmrs du cœur de la régente. Richelieu s était adressé au bon sens de Louis XIII, qui avait reconnu son indispensable utilité; Mazarin s*appuya sur la passion d*Anne d'Autriche, qui ne put jamais consentir à se séparer de lui. Pour gouverner, Tun s'imposa, Tautre se iit aimer.
« Mazarin avait lesprit grand, prévoyant, inventif^ le sens simple et droit, le caractère plus souple que faible, et moins ferme que persévérant. Sa devise était
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86 HlSTOIRfi ms WMVS HCNDmNES.
ie temps ei mai. U se oonduisak non d'après ses afifee>> tions OH "868 répugnances, m&ts â*après ses calculs. L'ambition l'avait mis au-dessus de l*amour-propre, et il ëlait d'avis de Iffisser dire pourvu qu'on le laissât Iuto; nnssi était-il insensible anx injtmes et n éTiiladt41 (|«e les «ebecs. Ses adversaires n'étaient ^pm même des ennemis pour lui. Sïl se croyait faîUe, il leur cédait sans honte; s'il était puissant, il les emprisonnait sans haine. Richelieu avait tué ceux qui s'opposaient a lui; Ifanarin se conleBtn de les enfermer. Sous lui^ Véchafimd fat remplncé par la Bastille. Il jugeaiFt les hommes avec une rare pénctradon , mais il aidait son propre jugement du jugement que la vie avait déjà prononcé &ur eux. Avant d accorder sa confiance à quelqu un, il demandait : « Esft^il henreoxP » Ce n'était point de aa part «ne' aveugle soumission aux chances du sort; pour lui, être heureux signifiait avoir l'esprit qui propare la fortune et le caractère qui la maîtrise. Il était incapable d abattement et il avait une constance iDouïe, malgré ses variations apparenlies. Résister dans certains cas et à eertains hommes^ ne 1m paraissait pas de la iurce, mais de la maladresse- aussi ne ccdail-il que pour reprendre, ne partait-il que pour revenir. Un de ses plus spirituels antagonistes, la Iloehefbucauld, adit de lin « qu'il woit phis de hardiesse dans le cœur que dans lesprit, au contraire du cardinal Richelieu, qui avoit l'esprit hardi et le cœur timide. »» Si le cardinal de Richelieu, qui était sujet à des accès de découragement, était tombé du pouvoir^ il n y serait pas re^ monté; tandis que Matartn^ deux fois fugitif, ne ee laissa jatnafe abiMtre, gouverna du lieu de son exil, et vint mourir dans le souverain commandement et dans Textréme grandeur
(t) Négociations relatives À U succes&ion d'E^agne. lutroductioUy
t . 1 , p. TOM et SUiV.
Politique extérieure, — Continuation du système de Richelieu. — Paix de fFestphcUie. — Après la chute de la cabale des importants, la France se trouva henreuse soils la régence d'Anne d^Autriche et sous le g-ouvernement de Mazarin , jusqu'aux temps de la Fronde. Tout le monde se sentait heureux dY*tre délivré- de cette main de fer que Richelieu avait fitit peser sur tous. Autant ce dernier avait montré ée sévérité et d*énergie, autant le nouveau ministre tnoîTtra de facilité et presque de faiblesse. Ce fut d abord Tâge d'or des courtisans : pensions, places, gratifications, rien n'était réfusé; le trésor public fut mis an pillage. « 11 n'y avoit plus, dit le cardinal de Retz^ que deux ou trois petits mots dans la langue française: La reine est si honne. ^Un sentiment efénéral de satis- Action et de sécurité régnait dans la nation. Cette période heureuse, qui dura quatre ans, fut décorée par les poètes de Tépoque du nom pompeux d*^^e d cTy et fit dire, en rappelant le souvenir de la régence de Blancli(^ (le Casiille, que l'Espagne n'a donné que de bonnes reines à la France. Le parlement, dont Riciie- Eeu avait brisé et presque annulé le pouvoir, et aui venait, en cassant le testament du feu roi, de rendre un si grand service à la régente, ii était pas moins beinenx de relever la téte, et prétendait à une grande part dans le gouvernement. Le peuple espérait qu on oiminuerait les impôts dont il était accablé. Bien qu ils fussent nécessités par la glorieuse guerre entreprise pour abaisser la maison d'Autriche et rétablir l'équilibre en Europe, il ne les croyait dus qu'à l'impitoyable tyrannie de Richelieu et de Louis XJII. Aussi détestarit*ii leur mémcnre, malgré les immenses services qnlls avaient rendus au pays.
Cependant le changement de règne ne modifia point les principes généraux du gouvernement. La politique extériemre demeura h même, et la grande
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guerre que Richelieu avait entreprise contre l'Autri-
che fut continuée. Nous b entreprendrons point ici le récit détaille des événements de cette dernière partie de la guerre de Trente ans : il nous suffira de marquer les faits principaux et les résultats les plus im* portants*
Bataille de Rocroi. — En i643, Félite des forces espagnoles menaçait la frontière de France du côté des Pays-Bas. Les Espagnols, commandés par un vieil et excellent général, de Mellos, espéraient arriver, comme huit ans auparavant, jusqu*aux portes de Pa* ris, La ( oui lut si effrayée, qu*elle ordonna au jeune duc d Engiiien, qui commandait 1 armée française, de ne point hasarder une action générale contre des troupes si vaillantes et si bien conduites. Le prince eut Pheureuse hardiesse de désobéir. Il contraignit le
fénéral qu'on lui avait donné pour guide à trouver la ataille nécessaire. Elle fut livrée dans la foret des Ardennes, près du village de Rocroi. On raconte que la nuit qui précéda le combat, le prince dormit d'un si profond sommeil, qu'il fallut le réveiller pour donner le signal du combat. Les Français, un instant repoussés, finirent par remporter une victoire complète : le duc d'Enghien y déploya cette valeur, ce sang-froid et cet admirable coup d*œil qui lui valurent plus tard le nom de grand Condé» Tout ce qui restait de ces vieilles bandes espagnoles, de cette infanterie qui passait pour la première de l Europe, fut exterminé dans les plaines de Rocroi. Leur général^ de Mellos, y perdit la vie; un petit nombre de cavaliers échappèrent seuls à ce désastre. Cette victoire, qui inaugura le nouveau règne et couvrit de lauriers le berceau de Louis XIV, est remarquable encore sous un autre rapport, que M. Michelet a fait ressortir*
« L'infanterie française^ dit-il, prit pour la première fois sa place dans le monde par la bataille de Rocroi»