LIVRE III. GHAFIXR£ I
Cet événement est bien autre chose qu'une bataille^
cest un grand fait social. La cavalerie est l'arme aristocratique, i infanterie l'arme plël)éienne. L apparitioa de rinfanterie est celle du peuple. Chaque fois qu'une nationalité surgit, linfanterie apparaît. Tel peuple, , telle infiinterie. Depuis un siècle et demi que l'Espagne était une nation, le fantassin espagnol régnait sur les champs de bataille, brave sous le feu, se respectant lui-mémej quelque déguenillé qu'il fût, et faisant partout respecter le senor ^oldado ; du reste, sombre, avare et a'Vide, mal payé, mais sujet à patienter en attendant le pillage de quelque bonne ville d'Allemagne ou de Flandre. Ils avaient juré au temps de Charles-Quint : « Par le sac de Florence! » Ib avaient pillé Rome, pris Anvers, puis je ne sais combien de villes des Pays-Bas. Parmi les Espagnols, il y avait des hommes de toutes nations^ surtout des Italiens. Le caractère national disparaissait. L'esprit de corps et le vieil honneur de l'armée les soutenaient encore, lorsqu'ils furent portés par terre à la bataille de Rocroi. Le soldat qui prit leur place fut le soldat français, 1 idéal du soldat, la fougue disciplinée. Celui-ci, loin eucore à cette époque de comprendre la patrie, avait du moins un vif sentiment du pays. C'était une gaillarde population de fils de laboureurs, dont les grandspères avaient fait les dernières guerres de religion. Ces guerres de partisans, ces escarmouches à coups de pistolet firent toute une nation de soldats; il y eut dans les fiimilles des traditions d'honneur et de bra* ▼cure. Les petits*fils, enrôlés, conduits par un jeune homme de vingt ans, le grand Condé, forccrent a Rocroi les lignes espagnoles aussi gaiement que leurs descendants franchirent, sous la conduite d'un autre jeune homme, les ponts d'Arcole et de Lodi (i). «
(i) Midheiel, Piéds de fhbtoire de France, p. 24^.
2^ HISTCaU DS« WMMS MiOAUmS.
Paia: de WesiphedLe. ^ Âpcès vkuwd bai»
lante, la fortune de la France parut pl«s. auwée qoe jamais. Le» années suivantes ne lEurent quun en*
chaîneiuent Je triomphes : le grand Conde iiuirchait de victoire en victoire. Il fut vainqueur successivement à Fribourg , à Nordlio^en y à Lens. Ee même temps » le vicomte de Turenae commençait à se faire connaître par des combats difficiles et dis* puLtis , ou, sans avoir constamment lavariiage, il annonçait Tiin des plus grands génies militaires de r£urope moderne. L'Espagne, accablée par tant de revers, allait être forcée de demander la paix, lorsque des troubles, qui éclatèrent en France, vinrent lui donner pour l'avenir des espérances chimériques. Elle s'en repentit plus tard. L'empereur, au contraire, eut le bon esprit de continuer les négociations, et elles amenèrent enfin le traité de Westphalie. Ce traité maintint la division et par conséquent la &iblesse TAUemagne^ en assurant aux princes de T Empire l'indépendance territoriale, il concilia les prétentions de plusieurs d'entre eux, aux dépens de quelques princir pautés ecclésiastiques qui furent sécularisées. Il doona aux Suédois une province de l'Empire, et confirma à la France la possession de l'Alsace (1648).
La Fronde (i647-i653). — Mazarin, qui venait de terminer si heureusement la guerre de Trente aii% n'échappa pas plus à la haine que son prédécesseur*. Maigre sa douoeui* et son affabilité, il était nn objet de mépris pour son avarice, de ridicule pour son langage moitié italien moitié français^ de haine enfi» comme étranger. Plus on avait vu augmenter saCauveun, et plus on Tavait détesté* tl ne administration honiiât» et intègre aurait pu seule affaiblir la haine qu'on con^ mencait à lui porter. Mais Mazarin s'occupait trop de sa propre fortune pour songer à mettre de Tordre dans les finaoces» qui élident en proie au hrigandage
le plus etfroDië. Pour suffioe aux dépeuMS de h guerre, le surintendant d'Émeiy, sa' créature , avait
recours 1 (ks expédients onéreux et vexatoires. Il disait iiaivenjent que les surintendants étaient faits que pour être maudits ^el que la bonne foi néloU qu0 pour les marchands*
Un édit de i548 faisait défense de prolonger leg faubourgs de Paris, et de bâtir au delà de cer Laines bornes, sous peine de démolition et d amende. Cet édit n'avait jamais été exécuté, et il était oublié depuis longtemps, lorsque tout à coup le sujriatendant le fit revivre, et ordonna de toiser le terrain occupé par les nouvelles constructions, pour ibicer les pi oprieiaires à se racheter, à prix d argent, des peines portées contre les délinquants. Cette opération excita quelques désordres, et ïédit du toisé mécontenta toute la population. Les courtisans, qui espéraient gagner quelque chose à un changement, se mirent a intriguer avec ce même Gaston d*Orléans qui avait si iàciicnient trahi Montaoïorency, sous le ministère de Richelieu. Le par* lement n était pas moins hostile,, et il tt*enregistra le nouivel impôt quavec beaucoup de difficulté.
Le parlement, au dix-septième siècle, n'était plus celte assemblée de légistes fanatiquement dévoués à la royauté quils avaient rendue absolue, en substituant le droit romain au droit féodaL Ce n'était plus cette assemblée occupée uniquement à rendre la justice^ comme sous la dynastie des Valois. Son influence ayant jgrandi avec la considération quon lui portait^ il espéra remplaœr les états généraux, dont les oqhv vocattons devenaient de plus en plus rares* et <|ui étaient toujours demeurées sans résultat. D eait à crou^ aussi que la conformité de son nom avec le parle- BMnt augiais qui jouait aloxs im si grand roi^ aVait ceutribué k lui inspirer des pensées de dominatioa* Encouragé par la uiblesse d'Aune d*Autriche et da
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son premier ministre, il s opposa opiniâtrement à tous
les édits, surtout à ceux qui établissaient Je nouvelles taxes. Peu lui importaient ensuite la j^uerre et ses besoins : en faisant acte d'opposition et en se rendant populaire, il atteignait le but qu il s'était proposé.
On peut remarquer ici que le parlement n eut jamais de conceptions politiques élevées; il se borna toujours à une opposition inintelligente qui le rendait méprisable à tous les hommes d'État. Ce fut peut-être cette seule cause qui le retint toujours dans Tinfériorité, et lempécha a arriver au pouvoir que convoitait son aiabitioii. 11 ne réussit qu'à obtenir-, pendant un temps, une iuuiiense popularité, parce que le peuple, mécontent et rqiné, voulut bien voir en lui le défenseur de ses intérêts.
Les courtisans firent du parlement le centre de leurs intrigues et Finstrument de leurs projets. Le peuple le considéra comme son protecteur et son sauveur. Enhardi de se voir ainsi soutenu, le parlement alla plus loin que les remontrances, il s^avisa de casser des édits, et même quelques*nns qui ne conte* naient que des mesures d administration. C'est tinsi qu'il supprima, par un arrêt, la charge et les fonctions des intendants ou administrateurs établis par Richelieu dans les provinces.
Tel était l'état des choses, lorsque Mazarin eut Fimrudence de soulever contre lui les intérêts particuers delà magistrature. Il ordonna, en i647) création de douze nouvelles charges de maîtres des reqaè« tes, et exigea de toutes les cours souveraines, le par* lement excepté, quatre années de leurs gages en forme de prêt. Le parlement méprisa cette grâce par laquelle on espérait le détacher des autres compagnies, et le i3 mai 1648, il donna son édit d'union. Par cet édit, le parlement, le grand conseil, la cour des aides, la chambre des comptes et toutes les cours souveraines