CHAPITRE PREaiiER
La Siiède^ depuis la mort de Gustwe'Adolphe jusqu^h V avènement de Charles XII (i63a-x6y7).
Lorsque la nouyelle de la mort de Giistare-Adoï-
{he se fut répandue en Suède, la douleur fut générale» lus les succès obtenus par le «héros suédois avaient inspiré de confiance, plus ce revers inattendu parut irréparable. Toutefois on ne perdit point courage, et toutes les dispositions nécessaires furent faites aVec autant de promptitude que de sagesse. Pour écaitet les prétentions de Sigîsmond, roi de Pologne, oit avait, du vivant de Gustave, reconnti sa fille unique Chribliue héritière de la couronne; on la reconnut alors comme reine, à la condition qu'elle coiihrmerait à sa majorité tous les droits et toutes les libertés du peuple. La tutelle fut confiée aux cina
grands officiers de la couronne, le chancelier Axeî xenstierna, le drossart G;i!)iiel Oxenstîerna (frère
i>uinë du chancelier), le maréchal de la Gardie^ e grand trésorier Gabriel Oxenstîerna (cousin d*Axel)^ et Tamiral Gyldenhielm, frère iil^itime de GustaTi^ Adolphe, tous d'un âge avancé et d'une sagesse reconnue. On leur adjoignit un conseil (oniposé de vingtcinq membres ) et on leur donna des instructioni
tsèftHlëiBiillM MRt la eonihwH' à finip chm l^ailmini»'
trati4>ii (lu g-ouvernemenl. Lai d*écision des affaires d'une haute iinportence fii^ réservée aux états chi lejuiume, et Ton» coiraDt de waccoralttr^ tant qm du* mniiB la miowitë^ aucu* pmilëgt, a«eupn ftitraF clé nobks^e. Ei» même IttHips on s'occupa d au^fmenteir et d appiovi-sionner les aruiees, en leur enjoit^nani, de la niaiiiftère la plus ïovmèlàm,' de ne poiwi ^ méleir des lifairt 1 pol«lifpia&
La rtiae mèv% et son bèiNr, le eonvir pal«lifi Jeanu Casifimr, ne dissifniilèrent p»« le d^^laieii que leur ca^isaileôt arrangement; mais 1 iniiuencede la nobliesse mdAÀsCf el sarlMtt œâle de la Miam d> O&emtiernaj^ Ven^rtèrent dam* cette ciroomsance, ei se maîntin-*
lent pendant tout le cours de la minorité.
LadislasiV, qui, en i63^, avait succédé à son- père sur le troite de Pologne^ n avait pas touIui renoncer à ses préiendee droits sur la coiieonne de Suède, et la guerre entreprise en Allemagne ne pcvmetiJant pas de l'y forcer, on conclut avec lui, en i6C^5, par lentre- Biise de la 1^ van ce, une trêve de vingt*six ans, aux tcemea de laifueUe les âoedois gardaient la LÎTonie^ BMÎs devaient retirer leurs force» de la Pruese; de plus, les: liabitants de ce duché avaient la liberté d^t? quitter le pays dans le cours des trois années suivan* tay ee unie amnistie génévale iem était accordée. Cette ta|iv>e , (fue le» Swédois ne puvent obtenir qu'en aban** donnant la Prusse poloraaise , cctle conquête si cliùrement acli>e tee par Gustave- Adolphe , tavorisait les succès de leuvs armes en AJàem»fM. Aussi excita-t-dle , kjaUMisie du roi de Dsmennrk, Glmstian lY, qui croyait pouvoir retarder le» progrès d*un voisin déjà trop puissant en se présentant comme médiateur, et sabsâdiai vemen t eomme ch ei d' un e nou veUe ligue. Mais Qsenattenu et ses amie ne tardèrent pae k entraver ses prejetsi. Oa résolut^ avec PasscnliflMM de Chm/êtt0p
3ia «ISTOiaE 0£S TSMPS MOOfiEHSS.
de faire la guerre au Danemark ; mais on tint cette résolution tellement secrète^ que oi les jbran^is ni les Danois n*en purent rien soupçonner*
Torstenson, après avoir fait parcourir à son armée avec une vitesse inouïe toute l'étendue de rAlIemagne, occup;>, en décembre i643^ les duclies de Holstein et de Sleswigi et le JuUand en janvier i644* ^ Tieux Christian se plaignit amèrement de la mauvaise foi des Suédois, qui lui suscitaient une guerre inattendue, au moment même où il s'interposait comme médiateur pour assurer la paix; mais Oxenstierna, se moquant de sa faiblesse, dit que son manifeste était méchant^ absurde, mensonger et calomnieux. Le vieil* lard, alors, fit des préparatifs de résistance. Une armée impériale, sous Gallas, vint à son secours, et Torstenson eut besoin de tout son génie pour lui échapper et pour exécuter cette marche célèbre qui fut suivie de la victoire de Jankovfritz , et passe pour une des plus surprenantes dont les fastes militaires
aient conservé le souvenir.
Toutefois, les menaces des Provinces-Unies et de la France forcèrent le Danemark à souscrire, en août i644t à 1a pai^ de firemsebroe, qui lui imposait des conditions assez dures, et lui enlevait quelques îles dans la Baltique.
Avant la conclusion de cette paix, le 8 décembre 16449 Christine avait pris les rênes du gouvernement| et tout semblait faire espérer à la Suède un avenir ' fortuné et un règne glorieux. L'éducation^ la plus , soignée avait cultivé, dans la jeune reine, les dons les plus heureux de l'esprit. Pleine d amour pour le travail et d'aptitude pour les affaires, Christme était douée d'une éloquence remarquable, d'une pénétration rare et dune modération quon aurait été loin d'attendre de son à^ie et de son lan^. Dans le conseil, elle était
modeste et prudente, et savait cependant faire respec-
IilVRB III. PART. II. CHAPITRE I
ter son autorité. Elle fit plus pour les arts et pour les
sciences qu'aucun prince de son époque. Presque tous les savants distingués de toutes les contrées de r£urope se trouvaient réunis à sa cour. On j voyait Sauniaise, Freinsheim, Isaac Yossius, Heinsîus, Descartes, Grotius, Conring, Bochart, Huet, Naudé, Meibom, Conienins, et autres. Les spectacles, les chasses, les carrousels, les coiu erts se succédaient sans interruption, et ne manquèrent pas d exciter Tindignatiou du clergé protestant. Malheureusement le caractère de la reine n avait pas cette unité et cette élévation si nécessaires à un prince qui doit faire tendre tontes ses actions à une seule fin. Bientôt Christine regarda les plaisirs couime le but de sa vie, et subordonna ses devoirs à ses penchants et à ses goûts. Son ambition
1>rit une direction mesquine, et son esprit moqueur a porta à tourner en dérision les choses les plus sacrées.
Apres la paix de Westphalie, quand il n'y eut plus de p[loire militaire à acquérir et que le butin fut dissipe (dès i65i les caisses étaient entièrement vides), la marche réi^ulière et les soins souvent minutieux du gouverneineiit parurent à cette reine romanesque chose tellement fastidieuse que souvent, dans le cours de plusieurs mois, elle n'assemblait pas une seule fois son conseil. Aussi il arriva bientôt à Christine ce qui est arrivé à plus d'un roi de Suède : on prétendit qu elle était devenue folle. Ce Fut alors que ridée d'une indépendance complète vint s emparer de son esprit. Elle pensa .qu*il serait glorieux d avoir to*lontairement renoncé à une couronne, et doux en même temps de faire succéder à la vie monotone et fastidieuse qui l ol^sédait une existence aventureuse et variée, uniquement consacrée aux plaisirs, aux arts ' et aux sciences. Ce désir, d'abord vague et passager, prit bientôt une telle énergie que Christine ne le dis-
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3l4 mStOIEE P£S TEMPS MODERITES.
simula plus. Les représentations des grands de sa cour et des hommes d'État ne servirent qu'à la fortifier dans sa résolution, lliniin, après avoir mûri son dessein pen-^ dant plusieurs années, dlerannoncahautementjniaisce fut seulement en 1 65 4 qu elle TeKecuta. Le 1 6 juin , eHeremit la couronne au comte palatin Charles-Gustave^ fils d'une sœur de Gustave- Adolphe, qui fut reconnu par les états. Oxenstierna, qui s'était opposé à labdication de Christine avec toute la force de son carae^ tère qui tenait quelqtre chose du nom qu il portait (i), Tuourut quelques semaines après, en août i654« Son liis hérita de toutes ses charges.
Christine obtint une pension considérable; mais ondélibéra longtemps pour savoir si on lui permettrait d'en jouir à l'étranger : la question fut résolue en s» faveur. Après son départ on s'aperçut qu'elle ou ses courtisans avaient enlevé presque tout le mobilier de la couronne. Christine, en quittant Stockholm, se rendit à Hambourg, et passa de là à Bruxelles. Arri- Tée à Inspruck, eue se convertit au catholicisme^ et fut par conséquent accueillie à Rome avec tous les honneurs imaginables, tandis qu'à Stockholm et dans tous les pays protestants on ne tarissait pas en invec* lives contre elle. D ailleurs, avant de^ partir, elle avait renvoyé toutes ses femmes de chambra, qui ne roan* quèrent pas d'ébruiter tout ee qu'elles pouvaient savoir, et allèrent même au delà de la vérité.
§ il. ChAiEls8«&ustavs (it>54*i66o>).
Charles-Gustave, cousin et successeur de Christine, était né à Nykoping en Suède, le 8 novembre i6aa« Aprè^ avoir fait ses études àUpsal, il voyagea en France,
en Allemagne et en Suisse, rejoignit farmee de Torâtenson en i64h assista aux batailles de Jenkau et .
(i) Oxeostierna signifie front de bœuf.
dé Leipzig. Plus tard, il fat le principal commissaire ét' Christine atix: conférences qui eurent lieu poui^ Feacéeiviioii dis-la paiiL de 'Westphalie. De retour eià
Suède, en i65o, il fut reçu avec beaucoup de distinction; mais un ne lui donna aiirune part dans les affgdtres, et il vécut très-retiré, pour ne pas exciter ]a jalousie de Christine et des seigneurs suédois. On aMit cru généralement que Christine le dioisirait pour époux, et lui-même il avait recherché sa main, mais sans aucun siu c ùs; en sorte qu'il paraissait avoir perdu tout espoir de monter sur le trône, lorsque, tout à coup, en i6S4i 7 élevé par labdication de sa cousine.
Charles-Gustave était alors dans la force de 1 îWe. Il était instruit, actif, aftal>le, sans cepeudant jamais compromettre sa dignité j du reste d'un sang-froid peu commun dans les dangers et d'une ambition sans mesure. L*état intérieur de la Suèdç pouvait offirir un vaste champ à son activité; mais la tache laborieuse d'accroître par une influence salutaire la prospérité intérieure du pays ne promettait pas assez de gknre à son ambition. Il se persuada donc sans peine qpeie la guerre seule pouvak remédier aux maux existants, et rehausser la gloire du nom suédois. Dans cette convu îion, ii se proposa d'imiter la conduite de Gustave-Adolphe par la hardiesse de ses entreprises et la rapidité de ses conquêtes. Mieux eût valu sans doute suivre une ligne toute paciBque; mais comment ne pas excuser un jeune monarque qui ohéit à l'entraînement général et à Télan généreux de son époque, surtout si Ton songe que chez un peuple aussi généralement disposé à Tobéissance que Tétaient alors les Suédois, un roi moins ardent et plus égoïste eût pu facilement, en donnant toute son attention aux affaires intérieures, changer la constitution et jeter les bases d*un despotisme constitutionnel?
3x6 HISTOULE DES TEMPS MODERNES
Charles-Gustave monta sur» le trône dans des circonstances peu favorables : à son avènement, les revenus du royaume étaient réduits à huit cent mille écus, tandis que les dettes s élevaient à dix millions; ce qui fit dire au nouveau roi, que, tout hardi qu'il était, il n'aurait pas accepte la couronne s iJl eut été instruit de rétat des finances.
Cependant, en Danemark, Frédéric III, qui, depuis i64Bj avait succédé à Christian IV, continuait paisiblement le système d'aïueliorations intérieures qu'il avait adopté; et déjà la Russie avait commencé, depuis ravénement de la dynastie des Romanof, en ]6i3, cette marche progressive qui devait un jour-lui donner une si grande iî»(lueace sur les destinées de TEurope civilisée. Elle venait alors de terminer heureusement une guerre contre la Pologne.
Ce dernier royaume était devenu électif depuis Vextinction des Jagellons (en iSjs), et les faibles monarques de la maison de Wasji, Sigismond 111 (iSSj), Ladislas IV ( i632), et Jean-Casimir (i648),n'avaient psis été en position des*opposer aux empiétements de la noblesse et il la dissolution de l'empire. Cette situation malheureuse, les succès récents obtenus par les Russes et par les Cosaques, et en outre les invitations de plusieurs seigneurs, décidèrent le roi de Suède à attaquer d'abord la Pologne, sous le prétexte que Jean-Casimir avait protesté contre son avènement au trône. Ce s^rief, si Ion eut voulu entrer en négociations, eût pu facilement disparaître ainsi que beaucoup d'autres, et Ton aurait vu proroger la trêve, qui n'était point encore écoulée. Mais on était bien éloigné de vouloir recourir à ces moyens pacibques, et les armées suédoises envahirent la Pologne au mois de juillet i655. Les villes de Varsovie, de Cracovie, de Thorn, d'Elbing, de Posen et de Kalisch, furent prises dans la morae année, et Jean-Casimir iut iotcé de s'enfuir en Silésîe.