LIVRE IV. PART* I, CHAPITRE I
une autre dispute* Cet article avait ordonné la resti* iiition. des conquêtes faites eii' A'niérit[ue peiîdànt là
fuene, cii ajoutant que touLis choses seraient renues telles qu'elles étaient ou devaient être avant les hostilités. Ces termes vagues, deçaient être, servirent de prétexte aux deux peuples pour entreprendre riin sur Fautre xlans lès contrées septéntrionales de PAnié-' tique, dont les limites n avaient jamais été réglées par des traités. La principale contestation se rapportait aux limites de TAcadie ou Nouvelle-Ecosse. Par le tk'aité d'Utrecht, cette province avait été cédée aux Anglais^ conformément à ses antiennes limites^. Msas quelles étaient ces anciennes limites? C'est ce que, par une étrange inadvertance dans un traité aussi solennel, on avait omis de spécifier. Du reste, il est à •cvoire que les véritables limites de ce pays étaient in* 4X>nnues, et que l'intérêt des deux puissances les fixait' d'après lei\r convenance réciproque. Il existait enfin un troisième sujet de dispute, touchant la souveraineté des rives de TOhio,. qui^ selon les Anglais, appar<* tenait à la Virginie, et selon les Français à la Louisiane. Des conférences ouvertes à Paris, pour arranger ces différends, entre des commis salies des deux nations, traînaient en longueur depuis cinq années |. lorsque les Anglais, voyant lactivité déployée dans nos ports pour le rétabUssement de. notre marine, qu'ils croyaient ruinée sans retour, terminèrent la négociation en commençant les hostilités (i^SS). Par un procédé barbare, dont le cabinet de Londres sest plus d'une fois rendu coupable, lamiral Boscawen , sans aucune déclaration dé guerre, captura deux navires français à la hauteur Je l'île de Terre-Neuve. En même temps, les corsaires anglais nous enlevèrent plus de trois cents vaisseaux marcliands, portant huit mille matelots et de riches chargements. 11 était de Id politique de TAngleterre de distl^aire'les Fraii*
çais de la défense de leurs colonies par une guerre
contîneiïtale. 11 était de celle de la France d'éviter celte guerre, oii elle ne pouvait faire qu^ peu de mal à la Grande-Bretagne, et de se borner à des opérations maritimes. Mais le ministère français succomba à la tentation de conquérir le Hanovre, et s'engagea im» prudemment dans une gue rre de terre, qui bientôt fentraîna plus loin que sans doute il n'aurait voulu, et absorba toutes les forces de la France (i). »
Après Vinsolente rupture du cabinet britannique, on put voir combien la France était abaissée. Louis XIV eût répondu à une pareille insulte par d'autres voies de iiiit : Louis XV se contenta de négocier^ de réclamer^ de demander justice. Il ne permit pas même à ses sujets d armer en course. En même temps il se plaignait à toutes les cours de l'insolente supériorité que les Anglais affectaient sur mer. Il y avait loin de ces plaintes à la domination que Louis XIV avait exercée longtemps sur terre et^ sur mer.
Cependant George II, craignant pour son électoral de Hanovre, avait sollicité Talliance de FAutriche; et n'ayant pu l'obtenir, malgré les services qu'il avait rendus à cette puissance dans la guerre pour la succession, il s'adressa au roi de Prusse^ et, par le traité de Westminster (i6 janvier 1756), il mit le Hanovre sotis sa protection. Marie-Thcrèse songeait alors à reprendre la Silésie, qu'elle avait cédée à la Prusse pour échapper à un embarras momentané. «C'était Tapogée de la puissance de Frédéric. Depuis sa conquête de Silésie, il avait perdu tout ménagement. Dans son étrange cour de Postdam, ce bel esprit guerrier se moquait de Dieu, des philosophes et des souverains ses confrères. Il avait maltraité Voltaire, le principal organe de l'opinion ; il désolait de ses épigrammes les
(1) Bagon, Histoire générale da dU-huitième siècle, p. i52-i54.
LIVRB lY* PART, I, CHAPITBB I* 4^1
rois et les reines; il ne croyait nî à la beauté de madame de Pompadour, ni au génie poétique de labbé Bemis, principal ministre de France. L*orcn s ion parut faTorable à rimpératrice pour recouvrer la Silésie (z). » On sait le billet fameux que Marie-Thérèse écrivit à la marquise de Poiiipadour, et dans lequel elle 1 appelait sa sœur. La maîtresse, flattée, entraîna Louis XV à s allier avec4'Autriche. Cette alliance monstrueuse de la France avec TAutriche, contre un souverain qui maintenait Téquilibre européen, ne surprit alors personne. « Aussitùl que le traité fut connu, dit Duclos, Tapplaudissement fut général. Ce fut une espèce d'i* vresse, qui augmenta encore par- le chagrin que les Anglais en montrèrent. Chacun s imagina que l'union des deux prenàièies puLssan( es tiendrait toute l'Europe en respect Peu s'en fallut que l'Académie ne
donnât, pour sujet du prix de vers, le traité entre les
deux cours Depuis les ministres jusqu'aux derniers
sousH>rdres, tous voulaient avoir concouru au traité. Les idées ont bien changé depuis (2). » Frédéric II espérait que rallianne de TAngleterre lui vaudrait les secours de la Kussie. Il fut trompé dans son attente. Il avait, par des paroles imprudentes, blessé l'amour» propre de l'impératrice Elisabeth. Marie-Thérèse réussit à s'en faire une alliée. Cette princesse accéda au traité de Versailles, conclu entre la France et l'Autrî- • che, parla convention de Presbourg (3i décembre 1756). L'Angleterre et la Prusse, privées de lalliance de la Russie, croyaient pouvoir compter sur la Hol* lande; mais une déclaration menaçante de Louis XV intimida les Ëtats-Généraux, qui se prononcèrent pour ia neutralité.
Conquête de l'ile de Minorque par les Français^ — La guerre n*était pas encore ouvertement déclarée j
(i) Michelel« Précis riiîatotre de France, p. a83. (a) Mémoires de Duclos.
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4àa BISTOIRB DBS TBMP&
oii se disputait encore les alliances» lorsque, l<e lo avrlf ty56f ti*ois cenu bàtiniiefits dé transport, escortés de
<lix-srpt vaisseaux de guerre, et portant trente-cînq raille hommes, coiiuuandés par le maréchal de Richelieu, sortirent du port de Toulon. On ieignit le projet •d'une descente en Angleterre j et telles furent les craitl» tes de George II, qu il fit venir des Hanovriens et des Hessois pour (lefeiidie ses cotes. Cependant l expédition était dirigée contre l'île de Minorcjue, dont la possession assurait aux Anglais l empire de la Méditer* * ranée, encore plus que Gibraltar* Le duc de Riche» lieu débarqua dans cette île à la téte de vingt ba* taillons, et occupa Port-Mahon. Les Atiglais s'étaient retirés dans le fort de Saint-Philippe, d'un accès sî ^lifficile qu'il passait pour imprenable. Ce fut en vain quune flotte anglaise, sous les ordres de lamiral Bing, tenta de les dégager; elle fut repoussée par le marquis de la Galissonnière, qui commandait 1 escadre francise. L orgueil national des Anglais fut si offensé cet échec, que l'amiral Bing fut traduit devant une cour martiale, qui le condamna à mort. « Il restait aux Anglais Tespérance de défendre la citadelle de Port-Mahon, qu on regardait, après Gihraltar, comme la place de l'Europe la plus forte par sa situation, par la nature de son terram, et par trente ans de soins qu on avait mis à la fortifier. C'était partout un roc uni; c'étaient des fossés profonds de vingt pieds, et en (|U(Iques endroits de trente, taillés dans ce roc vif; cetaient quatre-vingts mines sous des ouvrages devant lesquels il était impossible d'ouvrir la tranchée» Tout était impénétrable 'au canon, et la citadelle entourée partout de ces fortifications extérieures taillées dans le roc. Le niaiechal de Richelieu tenta une entreprise plus hardie que n'avait été celle de fierg*op« Zoom, ce fut de donner à la- fois un assaut à tous «s ouvrages qtd défendaient le corps de la place. U^t
LiyHS IT» VAAt. I. GHAl*rntS A 4^31
die Maîllebois.,.. On descendit dans les fosses malgré' le feu de rartrllerie anglaise; on planta des échelles httutes de U'eize pieds ; les olificiers et les soldft!^,' jpmmmm mn ^mStf écMkDa, s'élM^ient sur le roe" M moiÉtMi; s»r les épmik» le» tm» antres. G*e8f ^ par cette audace, dillicile à comprendre, qu'ih se ren-'-dirent maîtres de tous les- ouvrages extérieurs. Les troupes s y poitèrent avec d autant j^us de courage,. qKrettes avaient aflbire à près de trois mille Aiigfam^ SMmdês de tout ce que la natarr et Fan avaient fbit pMr les défendre (i). " La place se rendit le lendemain ' (20 juillet 1756); mais ce fut le dernier succès que le dtiede^Riobelieu remporta contre les Anglais.
Conquéne dê la Saxe par Frédéric IL ^ La Franeê lisi déciasre la guerre, ^ An mom>snt même où les hos^ tilités éclataient entre la France et TAnsfleterre, le roi de Prusse envahissait la Saxe, sans aucune déclaration de guerre* Il coiâptait se faire de cette province un rempart contre F Antriefae. La Sau était presqife son^' défirnse; Téleeteinr, quoique alHë secrètement avèo* Ma rie -Thérèse, n'avait fait aucun préparât! f. L'armée» pFusaieune s'empara de Leipzig sans éprouver de ré*> sistance, et bientôt Frédéric II fit son' entrée à Dresde^dont l'électeur s était enfin à son approche. Il força rentrée des archives et y trouva les preuve» dfes d^-^ seins secrets de l'électeur contre lui. Les dépêches originales furent publiées, et i*rédéric 11 somma Au*> gtfste> m de lieeneier les- dix-sept mille hommes qui €OMfN>flnient son armée^ et qu'il était allé joindre dans le camp retranché de Pirna. Sur son refus, il marcha cowtfe lui, le bloqua dâns son camp^ et après avoir dé&ic à Lowositz les Autcîchiens, que Marie-Thérèse
envoyait an seoovn de aon alliée il força larmév
(t) Toltaire, Siècle de Louis XV, ch. xxii
4a4 HISTOIRB DBS TVIfMi MOIIBEHBS.
saxonne à se rendre prisonnière. Les soldats furent incorporés d^ns les régiments prussiens; les officiers s'engagèrent, sur leur honneur, à ne plus servir dans
cette guerre contre Frédéric II. Auguste III se retira en Pologne et laissa la Saxe au pouvoir du vainqueur, Mais.Jbrédéric II ne resta pas longtemps paisible pos* sesseur de sa conquête*
La Suède, la Russie, le corps germanique et l'empereur s'aruicrent à la fois contre lui. La France déclara qu'elle regardait l'entrée des Prussiens en Saxe comme une violation du traité de Westphalie, dont elle était garant, et fit au roi de Prusse une solennelle déclaration de guerre* Elle envoya à la fois trois ar> mées en Allemagne, Tune en WestphalJe, sous le maréchal d'Esirées, Tautre vers le haut Khin, sous le maréchal de Richelieu, et la troisième vers le Mein,. sous le prince de Soubise, qui allait acquérir bientôt upe si déplorable célébrité. Ainsi la malheureuse Aile* magne âe vit déchirée par un plus grand nombre d'armées nationales et étrangères qu'il nj en avait eu dans la guerre de Trente ans* Nous nous bornerons i donner un résumé rapide des événements .de cette guerre déplorable, où la France joua un rôle si impolitique et quelquefois si honteux.
Bauulles de Prague^ de Kolin^ de lœgerndorf. — • Victoire de Hastenbeck. — Convention de Kloster- SêPern.^ Bataille de Rosbach. — Nous avons va Fré« ^ déric II, attaqué à la fois par la France, l'Autriche, la Russie, la Suède et l'Empire, se débarrasser d'abord des Saxons, en les désarmant sans leur faire d autre mal. Après ces succès^ il passa en Bohême et y frappft un grand coup. Le 6 mai 1757, il gagna sur le prince Charles de Lorraine la san^^lante bataille de Prague. Assiégé dans la capitale de la Bohème, le prince allait être forcé à se rendre, lorsque le maréchal Daun parvint à le dégager^ après avoir remporté une victoire
LIYRB lY. PART. T. CHAPITRE I. *
lon^mps disputée à Koiin» Frédéric II se retira en
l^ilesie, poursuivi par les mêmes ennemis qu'il avait crus un insîaiu à sa merci. Un de ses lieutenants, le maréchal Lehwald, fut défait à laegemdorf par le général russe Apraxin. En même temps les Suédois s'emparaient de plusieurs places de la Poméranie, et les Autrichiens entraient dans Berlin. Il restait à Frédéric II un seul allié, TAngleterre. Le 24 juillet 17^7^ Farmée anglaise, commandée par le duc de Cumberland, fut vaincue par le maréchal d'Estrées à Hastenbeck. Le duc de Richelieu, qui succéda au maréchal d*Estrées, conquit rapidement la plus grande partie du Brunswick et du Hanovre, et força le duc de Cuml>erland de se retirer au delà de TElbe, après avoir signé la fameuse convention de Kloster«Sevem. Frédéric II paraissait perdu. On le croyait si près de sa ruine, que le conseil aiilique osa déclarer qu'il avait encouru la peine du ban de l'Empire, et quil était privé de tous ses fief s, droits et privilèges. Luiruiême jugeait sa position désespérée^ et parlait de se tuer, « If n'avait peur que d*une chose, c*eSt que, lui mort, le grand disti ihutenr de ia gloire, Voltaire, ne pouriiuivit son nom. 11 lui écrivit une epître pour le désari^^'i . Ainsi Julien, blessé à mort, tira de sa robe et débita un discours qu'il avait composé pour cette cir* constance. « Pour moi, disait FréderiC|
Pour moi, ménacé du naufrage, Je doia, en aifrontant l'orage , Penser» vivre et mourir en roi.»
^'èpître faîte, il battît lennemi (i). Le prince de ooubisej jjénéral par la grâce de la Pompadour, commandait 1 armée française, il venait de faire sa jonctioa avec Tarmée autrichienne chargée d'exécuter la
(*) Michelet, Précis de rbistoire de France, cb. xxiit.
4^6 HI&TOI&E DES TEMPS MODMSMhS.
sentence du conseil aullque. Frédéric II, malgré son désespoir, avait pris touUs ses mesures j)our Taincre, Fei^ant de fuir, il se retira devant 1 ennemi pour* aller occuper une position avantageuse. Le prince âé' Soiibise le suivit en aveugle jusqu'au village (.le Rosbacli où Tannée prussienne semblait reposer sous ses tentes. Mais tout à coup les tentes s abaissent| et les' Prussiens paraissent en ordre de bataille, entre dtvOC collines garnies d'artillerie.
a Ce spectacle, dit Voltaire, frappa les yeux des trouves irançaises et impériales, il y avait quelques années q^u*on avait voulu exercer les soldats français à la prussienne; ensuite on avait changé plusieurs évolutions dans cet exercice. Le soldat ne savait pas où il en était, son ancienne manière de combattre était changée, il n était pas affermi dans la nouvelle. Quand il vit les Prussiens avancer dans cet ordre singulier, inconnu presque partout ailleurs, il crut voir ses maîtres. L ai lilleiic du rui de Prusse était aussi mieux servie et bien mieux postée que celle de ses ennemis* Les troupes des cercles senfuireat sans presque rendre de combat. La cavalerie française, commandée par le marq[uis de Castries, chargea la cavalerie prussienncy. et en perça quelques escadrousj mais cette valeur fut inutile.
n Bientôt une terreur panique se répandit partout; Finfanterie française se retira en désordre devant six bataillons prussiens. Ce ne fut point une bataille, ce fut une armée entière qui se présenta au eoniLat, et qui s*en alla. L'histoire n a guère d exemple d'une pareille journée. Il ne resta que deux régiments suisses sur le champ de bataille; le prince de Soubise alla à . eux au milieu du feu, et les fit retirer au petit pas.
ft Le régiment de Diesbach essuya surtout très-longtemps le feu du canon et de la mousqueterie, et le& approches de ia cavalerie. Le prince de Soubise empé-
clia qu ii ne fut entanié en partageant toujours ses^ dangers* Cette étrmge journée changaarit entièrenusnt' Ift'fMie de» »fIwro9. Le iMmiffre^ fioft ' universel déim.
Paris (i). » Voltaire ménage évidemment prince de Soubise; cependant on peut voir par ce récit ([uelles foutes déplorables commit oe général. La nature du butin fait par les Prussiens prouve que le favori àt* la' Pompadottr eùv'été mieur phieé dan» rm boudoit^ que sur un champ de bataille. Les Prussiens ne trou^ vèrent dans son camp que des cuisiniers, des comédiens, des^ perruquiers, des perroquets, des parasols, eC dès- caisses d'eau de lavande.
Bataille de Zorndorf et de Hochkirchen, — ■ A^i^ netnent du duc de Choiseul au ministère, — La victoire de Rosbach avait relevé les affaires du roi de Prusse, Le ministre an^ai», William Pitl^ fit annuler la fir^ mease convention de Ktoster-Severn. L armée faane«- Ytienne rentra- en campàgn^^ fortifiée d'un corps de troupes anw-laises, et coniiiiandéc par le priiice Ferdinand de Brunswick. En même temps l'Angleterre asswa à Frédéric II un subside annuel de quatre nilliona d ecvs, Jja guerre fiit ciontinuée avec un Todoublemem dWdeur; Les Français furent forcés par les Anglais et les Prussiens d évacuer le Ha* novre, la Hesse^ le ftrunswick et lOst- Frise. Le*
Eînee de Glerniont, suocessenr dn duc de Riohe«^ fut vaincu à Grevelt^ et oette défoice ne fat par CCmrpensée par les succès obtenus à Sandershausen et à Lutternbourg par le duc de Brogiie et le prince de âoidjise.
Pendant que les Heafenants de Frédéric II repous* mAsm juaqu aux frontières de» Payi^-Bas les débris de
1 armée française, liii-menie remportait sur les Autrichiens une grande victoire à Schweidnitz, en Silésie,
Viltflire, SHde àtlArùas XV, dy. ttU».
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et rentrait vainqueur dans Breslau. Après ce succès, il porta la guerre en Moravie, et assiégea Olniutz en présence d'une armée autricliienne commandée par le feld-maréchal Daun. 11 échoua et courut secourir Gustrin assiégé par les Russes; il leur livra à Zomdorf une bataille sanglante, qui resta Indécise, après avoir coûté la vie à plus de trente mille hommes. Cependant les Russes se retirèrent, mais en même temps les Autrichiens s'avan^ient en Saxe. Frédéric II accourut au secours du prince Henri, son frère; mais il fut vaincu à Hochkirchen, en Lusace, et perdit cent pièces de canon. Il n'en força pas moins le niaréchal Daun à sortir de la Saxe,
La position du roi de Prusse s aggrava encore cette année par suite de l'arrivée du duc de Choiseul au ministère. Le nouveau ininistre conclu tavecMarie-Thérèse un traité d'alliance offensive (3o décembre ijiSy
Désastres de Frédéric IL — La campagne qui s'ou> vrit Tannée suivante (lySp) ne fut pas heureuse pour le roi de Prusse. Le i3 avril, le duc de Broglie remporta sur le prince Ferdinand une victoire à Berghen, et, secondé par le maréchal de Çontades, il pénétra jusque dans la Hesse et s empara des places de Min* den, de Cassel et de Munster. Cette victoire fut stérile comme toutes celles que la France avait remportées dans cette guerre déplorable. Le maréchal deContades se fit battre le août, et les Français, chassés de la Hesse, reprirent leurs cantonnements nrès de Francfort. Mais Frédéric II n'avait pas seulement à (aire face aux 1 rancais : d'autres ennemis le menaçaieni par les autres frontières de son royaume. Le juillet, les B.MSses défirent le général prussien Wedel à Zullichau, s*emparèi*ent de Francfort et menacèrent Berlin. Frédéric II vint leur présenter le comhpt à Knnnersdorf* Les Russes et les Autrichiens réunis, sous le commandement du général Soltikotï, formaient une armée de
LIVR£ XV. FAET. I. CHAFITBB I. ^^g
cent mille hommes. Frédéric II ri en avait pas quarante mille. Après des prodiges de valeur, il fut obligé de céder au nombre, et laissa sur le champ de bataille dix-huit mille morts, et presque toute «oi^ artillerie. Heureusement pour lui, le& vainqueurs lui donnèrent le temps de réparer ses pertes, et même de recouvrer Télectorat de Saxe que les Autrichiens avaient de nou* veau occupé.
rùjtoires des Français à Corbach et à Clostereamp. — Dénouement du chepaUer d^Jssas. — En 1760, les Français pénétrèrent une seconde fois jusque dans le Hanovre. Le comte de Saint-Germain remporta, le 10 juillet, une victoire à Corbach sur le prince héréditaire de Brunswick. Le 16 octobre suivant, le marquis de Gastries obtint Favantage à Clostei camp. Penaant la nuit qui précéda le combat, le général français^ craignant une surprise, avait fait coucher son armée sous les armes. Le chevalier d'Assas, capitaine au ré« giment d'Auvergne, fiiisaitune ronde à peu de distance du camp, lorsque tout à coup il se vou entoure par des grenadiers ennemis placés eu embuscade pour surprendre les Français. Vingt baïonnettes sont dirigées vers sa poitrine : il meurt, s'il dit un mot, maïs d un mot aussi il peut sauver 1 armée française. Dans cette alternative, le chevalier d'Assas n'hésite pas un instant. « Â îïioij AuveT^tiô l s écria-t-il, voila les ennù" mis; » et il tomba aussitôt percé de coups.
Nous ne continuerons pas i suivre le roi de Prusse dans cette série de belles et savantes batailles qu'il livra aux Français, aux Autrichiens et au\ ilusses. La guerre de sept ans, quelle que soit la variété de ses événements, est une guerre de stratégie, intéressante pour le tacticien^ mais qui ne présente pas pour les autres lecteurs Tiiitérét des grandes guerres du seizième et du dix-septième siècle.
Désastres des Français dans les Indes. Depuis
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.y|3o nmiMw PE& TMdm hodswbc.
J748, Dupleix avait su'metive àprofix-la haute mma- .jnée des Français et les loisirs de la "pm. Il TOiilait
.fonder une puiss:nice icrritoiiale dans les Indes; les • ,déchii*eui^AXâ de i empire mongol lui iacilitaieui i exé^ . Gutioa de ses pro^u. 11 fit donner le Decan -et le .Kasnate à deiuc princes qfxil pratégcait, «t en jeçut, colBme récompense, quatre provinces avec deux cents lieues décotes, cL des terres autour de Pondichéry et de Jliai'iJuU Dupleix ne voulait pas s arrêter là; il voulait conquérir à la France Tlnde tout entiène. JUais n'ob* lenant aucun secours de l'Ëtati en lotte avec la conpagnie des Indes qui, ne comprenant point ses projets, se iatigiiail de dépenser de l'ari(enl pour laire des con- .quétes au lieu de remployer au commerce, D^pkiip: ^ ne put obtenir tous les résultats qu'il siCMihaitaît» jNean^-* naoins, il était encore trop puissant pour ne pan
effrayer l'Angleterre, ([ui demanda son jaj)|)('l au ca- ,binet de Versailles. Les htches qui gouvei uajent alors la France cédèrent (i755), et Dupleix fut rappelé. Qn iui donna pour successeur lirlandais Lally, à cause i)e sa haine contre les Aiii^Iais, et en récompense du
courage dont il avait lait preuve à la liataiilt de toutenoi. Lally trouva les caisses vides, les munitions de guerre épuisées, des noirs et des cipayeft pour toute .armée, nulle sut>ordination dans les troupes. La cos&» pagnie des Indes Tavait conjuré à son départ « de ré> former les abus san s rj ombre, la prodigg^tô outrée et ie grand désordre qui absorbaient tous les re¥enus. > ,11 se souvint trop peut-être de cette recommandation! et se fit des ennemis de* oeux qui devaient lui obéir. .Si Ton veut bien connaître la source de ses malheurs, il faut liie la lettre suivante qu'il écrivit le 18 mai xySS, du camp devant Saint-David, k Duval Leytài^ qui était gouverneur de Pondichéry» «Cette lettie^ « Monsieur, sera un secret éternel entre voua st waoij « ^1 vous me fournisses Ie3 moyens de ieiiuiner mou
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« entreprise. Je vous ai laissé cent mille livres de 3ion « argent pour vous aider à subvenir aux frais qu'elle
« exige. Je n'ai pas trouvé en arrivant la ressource de « cent sous dans votre bourse ni dans celle de tout « votre conseil. Vous m avez refusé les uns et les au* « très d y employer votre crédit. Je vous croîs cepen- « dant tous plus redevables à la compagnie que moi, « qui n'ai inallicureusement I honneur de la connaître « que pour y avoir perdu la moitié de mon bien eu « 1720. Si vous continuez à me laisser manquer de .« tout^ et exposé à faire face à un mécontentement « général, non-seulement j'instruirai le roi et la com* « pagnie du beau zèle que ses employés témoi^^nent ici m. pour leur service, mais je prendr ai des mesures etfi- « çaces pour ne pas dépendre^ dans le court séjour que « je désire feire dans ee pays, de l'esprit de- parti et « des motifs personnels dont je vois que chaque mema bre paraît occupé, au risque lotai de la compagnie.» Cette lettre ne devait ni lui faire des amis ni lui procurer de largent. Son humeur s'en aigrit. On peut en juger par le passage suivant, que Voltaire (i) a extrait d'un journal de l'Inde, rédigé par un des principaux officiers de notre armée, «t II ne parle que de chaines et de caclîûts, sans avoir égard à la distinction et à Tàge des personnes. Il vient de jtraiter ainsi M. de Moracîn lui-même. M. de Lailv se plaint de tout le monde, et tout le monde se plaint de lui. Il a dit à ]Vl. le comte de.... : « Je sens qu'on me déteste, et .« quon voudrait me voir bien loin. Je vous engage « 91a parole d'honneur, et je vous la donnerai par « écrit, que si M. de Leyrit veut me donner cinq cent « mille francs, je mç démets de ma charge, et je passe « en France sur la frégate. » Le journal dit ensuite : M On. est aujourd'hui à Pondichéry dans le plus grand
(i) Siècle de Louis XV, ch. xxxnr.
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43a HISTOIRE BBS T£MPS MODSKHSS.^
embarras. On n'y a pas pu ramasser cent mille roupies; les soldats menacent hautement de passer en corps chez rennemi».»
Lally entreprit cependant le siège de Madras , et * s'empara du quartier appelé la Ville-Noire. Mais Tinsubordination de son armée, qui s'était enricliie par le pillage, le força bientôt à la retraite ( lâ février i^Sp), et après bien des pertes il rentra dans Pondichéry. Une escadre anglaise lassiégea dans cette ville, après avoir forcé la flotte française de se réfugier à • l'île Bourbon. Il résolut de soutenir le siège jusqu'à Textrémité, et parla de chasser les esclaves noirs comme bouches inutiles* La haine qu'on lui portait en devint plus vive , et Lally en fut tellement emu , que sa tête en parut comme dérangée. On rapporte qu'un Indien l'ayant vu sur son lit absolument nu, chantant la messe et les psaumes ^ demanda sérieusement à un of&âer si c'était l'usage en France que le roi dioisit un fou pour son grand vizir. L'officier étonné lui dît : «.Pourquoi me faites-vous une question aussi étrange? « — Cest| répliqua l'Indien, parce que votre grand c vizir nous a envoyé un fou pour rétablir les aftaires m de rinde. » '
Enfin, le i6 janvier 1761, la ville fut obligée de se rendre. Les Anglais rasèrent les fortifications, les murailles, les magasins et tous les prmcipaux logements* Lally et plus de deux raille prisonniers furent transportés en Angleterre. Ces derniers accusaient Lallj de leurs malheurs; mais Lally était si persuadé qu'd avait raison contre tous^ q"'^^ ^'^^^^ ^ Fontainebleau sur parole, et offrit de se constituer prisonnier à la Bastille , ne demandant que la faveur d'être jugé. On le prit au mot , et , le 6 mai 1 766 , il fut condamné à être décapité^ (^omme dûment atteint d\ivoir tralii les intérêts du roi^ de VEtat et de la compagnie des Indes j dUabuM dl autorité^ vexations et exactions.
« Si quelque chose, dit Voltaire (^i), peut nous convaincre de cette iatalité qui entraîne tous les événements dans ce chaos des affaires politiques du monde, c'est de voir un Irlandais chasse de sa pairie avec la famille tl<' son roi, commandant à six mille lieues des troupes traiu aises dans une guerre de marchands, sur des rivages inconnus aux Alexandre, aux Gengis et aux Tamerlan, mourant du dernier supplice sur le bord de la Seine, pour avoir été pris par des Anglais dans l'ancien golfe du Gange. »
La perte de Pondicliéry fut suivie de celle de Chandernagor, d'où la compagnie des Indes avait tiré ses plus belles marchandises. Toutes nos autres possessions furent conquises successivement par les Anglais, « Il ne resta aux 1 rançais dans cette partie du monde que le regret d'avoir dépensé pendant plus de qua* rante ans des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n'a jamais fait le moindre profit j qui n*a jamais rien payé aux actionnaires et à ses créanciers du profit de son négoce, qui dans son administration indienne n'a subsisté que d un secret brigan* dage, et qui na été soutenue que par une partie de la terme du tabac que le roi lui accordait : exemple mémorable et peut-être inutile du peu d'intelligence que la nation française a eue jusqu'ici du grand et ruineux commerce de l'Inde (a). »
Désastres des français dans les autres parties du monde* Non*seulement les Anglais ruinèrent nos possessions aux Indes, pendant que madame de Pompadour gouvernail la France, mais ils nous enlevèrent encore diverses colonies dans les autres parties du monde. Les Français avaient formé un établissement sur le Sénégal. Ils y &isaient le commerce de rivohre , de la poudre d or, de la gomme arabique, et surtout
(i) Ibid.
(a) Ysttiiiit^mr«eité, cfai^ xxxr»