‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 49 sur 89 · I.iyRB IV. PÀHT. I. CHAPITEE I · texte numérisé non relu

I.iyRB IV. PÀHT. I. CHAPITEE I

Taient portés en ijyi à trois cent soixante-quinze millions, chiffre énorme, si Ton songe que, par suite du mauvais système de perception, les contribuables

payaient réellement le double, que le poids en retomnait uniquement sur le peuple qui devait encore la dime au clergé et des redevances féodales à un grand nombre de seigneurs, enfin que les propriétés du tiers état ne formaient que le tiers de toutes les propriétés du royaume.

La détresse du peuple était extrême ; une fa» mine continuelle , causée par les manœuvres les plus in Ames, la rendait excessive. « La liberté du commerce des grains, décrétée en iyS4t avait été ré- Tocjiiée pendant la guerre de sept ans; niais les économistes l'avaient fait rétablir, et même avaient obtenu la liberté d'exportation. Alors une société secrète se forma , dans laquelle le roi lui-même était actionnaire pour dix mi fiions , qui accaparait les blés, les faisait sortir de France-, excitait la hausse, et réimportait ces mêmes blés avec d énormes bénéfices. Le cri public devint tel, quen 1770, Tabbé Terray défendit la libre circulation des grains; mais le pacte rie famine ne fut pas détruit; les accaparements à l'intérieur continuèrent. Le roi s'était fait une caisse particulière, avec laquelle il agiotait sur le prix des blés, se vantant à tout le monde du lucre infernal qu'il faisait sur ses sujets ; la société ne lâchait les grains accaparés qu au moment où le peuple allait se révolter ou mourir de faim. Nul n'osait révéler ce pacte abominable, qui avait des complices partout, même dans les parlements ; il avait été défendu , sous peine de mort, aux écrivains de parler de finances; et la moindre plainte était étouffée dans les cachots de la Bastille. Aussi le peuple , poussé aux dernières limites de la misère, concut-il la haine la plus atroce contre le gouvernement, les nobles , les riches ; haine

45o H^SXOIIIJË X>£S TEMPS MO£)ii.Ki!i£i>.

qui devait un Jour se tiadum en honibles ven*

geances (i). »

Premier partage de la Pologne. — Après la chute du duc de Choiseul, le duc d' Aiguillon avait été plaoé à la téte des a&ires; cet homme incapable, occupé seulement de plaire aux maîtresses royales qui lui avaient donné le pouvoir, laissa accomplir Tacte le plus inique des temps modernes et le plus honteu& pour la France, le démembrement de la Pologne»

L'ambassadeur français à Varsovie, le duc de Bvoglie, en 'apprenant les machinations de la Russie, soutint les intérêts de la Poloone avec un zèle admirable. Il avait voulu soulever les Turcs, les Cosa4{uas etlesTartares, contre la czarine, les Hongrois contre TAutriche.; mais, abandonné de son gouvernement, il ne put accoaipiii' aucun Je ses desseins. Lu Russie, FAutriclie et la Prusse, fortes de 1 indifférence du gouvernement français, accomplirent librement leur crime, et se partagèrent ce malheureux royaume. Louis XV, occupé de ses seuls plaisirs et absorbé par les délices du parc aux cerfs , ne du qu une chose à cette nouvelle : « Si Ghoi^eui eut été ici, le partage n aurait pas eu lieu. »

Mort de Louis XV^^ Cet acte odieux fut le dernier que Louis XV accomplit ou laissa accomplir» Après avoir avili la France à Textérieur, et après avoir enlevé au pays son argent par la banqueroute , son pain par le pacte de famine, et son honneur par le pare aux cer&, Louis XV mourut enfin des suites de jm honteuses débauches, le lo mai 1774*

(î) T.avaîlée, Histoire des Français, t. III, p, 5o4. Voyez le Moniteur du mois d'août 1789. Droz, Ui&toire du règne de Louis XTI, 1. 1, p. 6ê.

UlYAB IV. PAftT. I. CHAPITRE I. *

. J VL RÉVOLUTION PHILOSOPHIQUE EN FrANCE, XmUJ£NC£ D£S XDÉBS FltàJf ^AiâË& £11 EuAO^S,

Aseamt de^tratter de rinflHmce imnieiiBe qu'eurent

en Europe, au dix-huitième i>iècle, les écrivains fianigais, il paraît nécessaire d'exposer brièvement ce qui, imnt eefite -époque, Vêtait déjà fait en Fninee p<rar préparer le triomphe des idées philosophiques, et de rechercher quelles furent les causes du grand mouv9» ment qui aim^na la révolution de 1789.

Le mouvement philosophique du dix-huitième siècle remonte ao eeîzième siède, mais il a ses racines dans la -soolastique* Commencé par Rabelais , Montaigne, laBoëtie, continué par Descartes et par Bayle, il re* çoit son plus ^rand développement de Voltaire, de Diderot et de Jean-Jacques, des économistes, des politiques , de Turffot et de Montesquieu. Le mouvement politique, -résultat des tentatives laites par les serfs pour arriver à raffranchissement , commence aux communes, s'arrête pendant un siucle pour laisser au roi les moyens d'éciaser les ennemis de la royauté et du peuple , et recommence quand le peuple et le roi se trotrrent en présence, le roi sans appui , et le peuplé fort de ses droits, de ses connaissances et de laide des philosophes.

Les deux moumments sont parallèles, la liberté d'jigîr est une conséquence naturelle et nécessaire de k liberté de penser ; ausm voyons^-nous constamment dans l'histoire les révolutions de la pens^^e précéder immédiatement les révolutions poUtiques. Ainsi, après '^bdilard et Ârnoldo de Br^cia, viennent les coin* muMi; après Rousseau, la vévolution'de 1789. Sans ^^^*^»*her à approfondir pourquoi cette dernière révolution a été si tardive, tandis que celles de i356 et de 1648 avaîi^t déjà rèsulu ks pribeipales questions ,

4Sa *HISTOia£ J>£5 ï£MPS MODSRHSS.

nous dirons que celles-ci échouèrent, parce qne

les questions ne furent pas résolues complétv-nien t et toutes à ia fois, en vertu d*un principe dont elles découlassent comme conséquences; 2^ parce que lunité et régalité n'existant pas alors en Fiance, il y awt toujours impossibilité d arriver à un résultat définitif Ûunité cle la Irance, l'égalité de tous devant le pouvoir, ne pouvaient être établies que par la royauté. G était là son devoir : elle n y a point fiûlli, Nous avons , dans la première partie de cet ouvrage, expose avec trop de soin le rôle qu'elle a rem[vli, pour qu'il soit iiticessnire de revenir sur ce sujet. Mais lorsque, arrivée au pouvoir absolu, elle eut atteint son but, elle voulut le dépasser; ce pouvoir suprême que le peuple lui avait laissé acquérir sur tous , parce qu'elle était alors Tunique représentant de la volonté populaire et des lois, elle crut qu il lui appartenait en propre; elle se crut une iin, tandis qu'elle n'avait été qu un moyen. Alors elle devint un obstacle aux progrès de la nation ; aussi les protestations ne se firent point attendre, et dès lors il ne fut pas difficile de pre^ ()il quelle serait l issue de la lutte que la royauté entreprit contre la marche irrésistible des événements. Cette issue, Leibnitz lavait déjà devinée, tout en la déplorant.

^ Une révolution occulte, niais immense, s'était accomplie pendant la seconde moitié du règne de Louis XIV. Âpres sa mort on en vit les résultats. Alors tout ce qui avait courbé la téte sous le joug du grand roi se releva avide de liberté et d'indépendance; alors la royauté produisit Louis XV, la noblesse , les roués, le régent et ses filles, le clergé, linlàme Dubois; et le peuple, jusqu alors si méprisé, le peuple produisit Rousseau, Diderot, d'Alembert, et toute cette hardie cohorte de penseurs qtd attestait la puis-» sance de la véritable nation et annonçait son avenir.

L'anarchie de la régence fut favorable à la discussion et à la propagation des idées. Tandis (jue le régent et les seigneurs se serraient de la puissance qu'ils avaient acquise pendant oette époque de réaction aristocratique pour se plonger dans les plus scandaleux débordements, pendant que le clergé acceptait Dubois comme successeur de Fénelon , et que le pape le faisait cardinal, le tiers état, comme on disait alors^ commença à hire entendre sa formidable yoix, et nul, roi ou autre , n'essaya de lui imposer silence : il parlait cependant d'égalité et de liberté.

féneioa aYait le premier atta(j[ué le despotisme avec une Yigueur et une audace incroyables. Après lui, Voltaire et Montesquieu continuèrent Tattaque, mais avec d autres armes : iis firent ressortir les ava,ntages d'un régime nouveau, dont l'établissement impliquait la ruine de l'ancien. On a dit que ces deux nommes avaient voyagé en Angleterre, que là ils avaient vu la liberté, et que, formés à cette école, ils rapportèrent en France le goût d un gouvernementlibre. Mais quand Voltaire et Montesquieu ne seraient point allés en Angleterre, ces idées s en seraient-eiles moins développées en France?

Vers lySo, te mouvement philosophique et politique se dessina. La tragédie de Brutus, le livre sur les Causes de la grandeur des Romains (1734) > Lettres anglcUses y Esprit des lois y les recherches savantes de Réaumur, de Maupertuis, de fiuffon, les travaux de critique historique de Fréret , Mably, Boulanger, avaient modifié de fond en comble Tédince intellectuel du siècle passé : philosophie, histoire, sciences, tout était refait. En ijSl ^ apparaît V Encyclopédie ; et Diderot, le grand vulgarisateur des idées philosophiques, achève de renverser un ordre social que tout le monde condamnait avec Montesquieu, et dont tout le monde

mit avec Voltaire» liestaît à mettre quelque chose à la

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place du système détruit : Rousseau accepta la tâche^ et piil)]ia son Contrat social.

Pendant que la nation accomplissait ces travaux gigantesques , que faisait le pouvoir ? Nous Tavons vu: à ritttarieur, il ët»t nul; à rextérieur, bafaué» Jamim I« France ne fut aussi laiLle eu Europe, et jamais elle n'exerça une pareille influence cependant. C'est que, malgré les haines nationales soigneusement entretenues par les gouvernements | Ie$< peuples se réunissaient o^à. Ce: n'^écsit pus- k Franoe qui-firisait la gaeiw contre Albéroni, contre Marie-Th^^i ese , contre Frédéric II, qui sacrifiait ses alliés, 1 Espagne à l'Angleterre, la Pologne à la Russie et à l'Autriche; oe n était donc pas la Franoe qui était vilipendée en Earope^ mais son gouvemementi^ c'est-à-dire, les pvostittite qui le dirigeaient. Aussi i activité intellectuelle de la vraie France , cest^à^re de la nation , déborda sur r£urope comme un nouveau déluge. Hume , Robert*son, Fergnsson, Gibbon, écrivent alors l'histoire à la manière de Voltaire ; Vico continue Bo9snet;Goldoni, Molière; Beccaria, Filan^ieri, élève de Montes(|Lneu, exercent une iniluence considérable à Naples et à Milan ^ Wieland, en Allemagne, imite' Voltaire; et Lessing , Dideroti Les philœophesi du monde entier suivent la direction de Técole encyclopédiste. Dans les arts, rinlluence de la France est aussi considérable. Nos arclùtecteS) nos sculpteurs et nos peintreSi se répandent sur toute TSurope , fondentides' éoolea*! des académies, élèvent des manuments^ etiles^déco^ rent de leurs ta])leaux, de leurs sculptures.

C'est surtout dans la politique que la France exerça , au dix-huitième siècle, une influanoe puissante* Le roi de Prusse était Tami de Voltaire^ .et^ télkaientt 9nHHçais, que la nation en était méoofifenrta et repovaeajt' ses importations exagérées. Catherine de Russie était en coirespoiidaace avec Voltaire et d'Akmbart. L*M^

' UVaB IV. PART. I. CHAPITRE I.

prk des lois Je Montesquieu était devenu le code de tous les souverains et de tous les hommes d État làçomiés aux idées françaises. L'Espagne était gouver*» née philosophiquement pard*Aranda, Gampomanès, Florida-Bianca; la Toscane par Léopold, le Milanais par le comte deFirmian, rAutrichc par Joseph II, le Danemark par Struensée, le Portugal par le marquis de PombaU L'Europe cependant s arrêta avec Voltaire et Montesquieu, tandis que la France se formait à Técole démocratique de Rousseau j aussi, lorsque la révolution de 1789 éclata, bien que l'Europe en eût accepté le^ principes avec enthousiasme, elle recula devant leurs conséquences. L'imitation n'avait été que superficielle; nos idées n'avaient point encore pénétre dans la pratique des peuples.

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