SECTION
§ I. Histoire extérieure.
On devait b attendre à un changement complet dans la politique de la France , lorsque , à Tavénement de Bouîs XVI , Maupeou , Terray et d'Aiguillon eurent cessé d'être ministres; il n'en mt rien cependant. L'inhabile comte de Maurepas, vieillard Irivole et sans idées I étranger à toutes les traditions politiques de la "France j devint le ministre d*un jeune roi de vingt ans^ étranger lui-même à toutes les traditions de la diplo» matie française. Un moment , la France put craindre de voir encore un de ses alliés sacrifié à 1 ambition de ses ennemis, et elle était si bas placée , qu'elle nosa lien faire pour venir à son secours,
j^f aires de Baçûre (i777)« — > A la mort de l'élec* teur de Bavière, Maximilien -Joseph (3o décembre ^777)» décédé sans postérité, la succession revenait à Charles-Théodore, électeur palatin, k plu» proche
HISTOIU DSS TIUM MODniTXf •
agoat de Maximitien. Il était de Imtérét le plus évident, pour la France, de maintenir la Bavière indé*
1)endante. Cependant, la maison d* Autriche, forte de a faiblesse de la France, résolut de s'en emparer et de la réunir à ses États. Elle ouvrit secrètement des négociations avec Télecteur palatin, et lui offrit les Pays-Bas en échange de Théritage qu'il était appelé i recueillir. Le résultat le plus clair de cet échange c'était la centralisation des Etats de la maison d'Autriche, qui acquérait ainsi un pays limitrophe allemand^ et abandonnait une possession lointaine et difficile à con* server.
Cependant, le bruit de ce^ négociations se répandit : la France resta immobile. Heureusement, Tintérêt de la Prusse, d'accord en ce point avec celui de la France, était d empêcher Taccomplissement de cet échange; Frédéric il fit offrir secrètement son appui à (Charles. L'électeur se voyant soutenu, protesta alors contre les projets de l'Autriche, et le roi de Prusse déclara formellement quil voulait maintenir Tindépendancé de la Bavière. La France alors, mais seulement alors, parut dans cette affaire : elle offrit sa médiation et parvint à prévenir la guerre. A la paix de Teschen (^779), Tintégrité de la Bavière lut garan* tie, et l'Autriche dut se contenter de la cession du cercle de Tlnn.
Guerre d'Amérique (1778-1783). — Déclaration dHndépendance des États-Unis (1776). — Au moment où i!fccker entrait au ministère (i), 1 Angleterre était menacée d'une guerre avec les colonies d*Amérique« Cette guerre a exercé une influence trop considérable sur le développement des idées démocratiques en France, pour que nous ne disions pas ici quelques mots de Tes prit qui animait alors les habitants de la nouvelle Angleterre. Lord Clive , gouverneur des
(0 Voyez plus baig U , p, 476*
LIVRS IT« PART. I. GHAPITAS I» 4^7
Indes orientales, venait, par dlnfàmes spéculations, de causer une fomine qui avait fait périr près de trois millions dlitdiens; traduit pour ce crime atroce devant le parlement, il avait été nonorablement acquitté. A la même époque, lord North, gouverneur des coIo<nies d'Amérique, traitait en sujets de l'Angleterre les habitants de ces colonies. Ceux-ci craignirent déprou- -Ter le son des Indiens , à la condition desquels on ▼oulait les réduire; ils secouèrent le joug de' la métropole. Les colonies d'Amérique étaient daiileurs composées d'amis ardents de la liberté. « Fondées avant le milieu du dix«septième siècle , par des puritains aisés, instruits I austères, dont l'éducation po« litique s'était ftiite à la mde école d^ révolutions de l'Angleterre, qui ne fuyaient pas leur pays et leurs maisons par esprit de cupidité et d'aventures, mais pour être libres, dans Texii et dans le désert, de prier r^eu comme ils le voulaient; dès leur principe, elles semblaient destinées à offrir le développement de la liberté , non pas de la liberté aristocratique de leur mère patrie, mais de la liberté bourgeoise et démocratique dont rhistoire du monde ne présentait point encore de complet modèle (i).» — « Le principe de la démocratie était là dans les croyances, les mœurs, les habitudes, tout le détail de la vie, et surtout dans le christianisme tout républicain de Jean Knox^ dégagé de tous ceux contre lesquels il luttait dans le sein de la Vieille Europe, n'étant pas obligé de tenir compte du passé et de s accommoder du présent, il avait grandi en liberté, s'était développé dans les lois, s était fortifié des idées philosophiques du dix-huitième siècle, depuis Locke jusqua Rousseau Ta), » Tel était le peuple, composé de trois millions a âmes, qui se soulevait contre l'Angleterre, Les hostilités commen-
i) Tocaueville, De la JémoGratie en Amérique, a) LKvtm»f Hûloire de France, t III, p. Sx x*
IL ao
453 Auxoias j)£& x£M£& mûA>£avfis»
©èrent en 1769; la province Massachusset se déclara la première eti inâuirectioik; toutes les autres suiviresit «i exttmpk, obasràmit les. employés anw glais, et clwent des député» à mï congtès gëoértl. Le 4 juin 1776, W'mngm publia sadéclimtion d'indépendance; entre at*tres doctrines, on y remarquait Ifis principes 9iBTa]Kt& : « Tous les hommes ont été « créés égaux ; ils ont été doués |iac te Oéatew de cer- « taios dvoitB^inaliénabks ; pour sassnMr lajounuMe « de ces droits, les hommes ont établi parmi eux des « guuv€rnem«snt& dont la jnste autorité émane du cun- < senfeameat xIbs gouueraés^ toute» ks £ms qu'un* « fiomiB «Itt ^uimnemcfift quelooni^e demm; de»» « tPHvtive'desifkM poorlesipaeUed elfe a éftr étoahlie, k « peuple a le droit cle la changer et de i aholir. »
La Franee sa déclare peur les Etirts^Unis, — Cette révolution ttt ces ^doctcines^ iilks àa la pliilosoplM £raiiçaMe, trauTèmm.obai*MUSi>d'aaMlcoits défenseuM. La nalien Atiusania' à grands «rh fa -^puerra contie rAngletenre; c'étacitTme occasion si favorable d'aflfaîblir notre constauDe eniieiuie et de secTir la cause de la liberté! La jciiiie> noblesse^ imbue des idées philosophiques du temps, et détiraiit seeoeier h honte de la guetw de Sept sas , Toulait rassembler des wlontaires , équiper des vaisseaux et partir ea masse pour ïkméfp'ycpm. Toutefois^ bien que ia France fbt psétt! 9 samttair une hitte «nrec^aa redoiataUe en* nende, k ^ixvremwnl «e se dédata peint enwm Le ministre de Vergennes se é:ontenta J accorder aux insurgés des secours indirects qui ne pouvaient pas k bmiUer ^vec le cabinect d^&iînt-jamesf il voulait al#> tendue que les foum et. àcs sueeàs» des> AmémaiM Ibssent safifisants poor >q«filfâ^'asMmd»ne penit se compromettre en s alliant avec eux. Cependam, trek envoyés ainericalus venaient d'arriver pour solliciter lalliance de la Erauâe. Le ywwrtiewetit ae. f#uvait
les jraBmoir offickitettiétit «ms^ rotnpte wec TAn^te^ ême. VergemiM mr lé9 vit qti*M sect>et. tmi^"
hommes étaient Franklin , Artliur Lee et Silas Deane. Leur présence à Paris, stirtont ceHe de Franklm , ^maix précédé dans cette viUe sa grande répniah tm comme phystcian , escitft im tfùihùtmnsme uni»vbkmI (i).
Le départ de la Fayette pour TAmériqHe acheta d*exalter les esprits. Il arvait vingt ans; il quittait une > îeane femme, ses deux enfants, et partait pour afHtfr comAmnm* U iat Mem à Anmdjr-Wine (11 aeptenitm * X777). A cène tmtheurém^ «Haire 9 d attires wtmcM Vêtaient distifigtiés. Les fils de la malheureuse Pologne étaient aussi en Amérique; Kosciusko et Pulâ^ski #e couvraient de glok^e à eàté de Washingtoti» Enfin, apiéf la Mpknkition de Sarafoga (17 oeiobre), ropini«m pobKqae et ta foitïe des événements décidènewt Yergennes et Maurepas à se prononcer. La Fcaaca tout entière voulait la guerre ; de plus y les envoyés des États-Unis exigeaieti4( une réponse défiin^ t«re. dfauciwp d'Américnns , mécontetits de^ lenteurs de la cour de Versailles, ne demandaient aux Anglais .qrue de ref an naître Tindépendance de leur pays, ])()ar s'allier contre nous avec eux. Le général Gates venait d'écrire dans ce sens à des Anglais inflaents,.*. Ver* gennes nliésita plus; Blaiirepas était disposé en faveur des Américains par son desir de plaire à lopinion ptibliqtïe , et la seule crainte des deux ministres fut de trouver le roi opposé à leiurs vues.
• Ix>iiî» XVI, biei» ipi il sa munitrâc i|uelquefois impOTtnfié éet la donrinatioti anglaise, vonlait garder la neutralité: il aimait la paix; les Anglais ne Fatta- ^fi^àsM point , ik xépmgam^ à prendre les armes contre
(i) On «flonait k fttiMax. vars que Ton niit dAom sous le jMVtrût 4e «et hommm céièbve :
Ëripuit cœlo fuliatii âccpti umque tyraimis.
46o HISTOIBE DES TEMPS MODEJBLNES.
eux. Maurepas et Vergennes présentèrent leur projet ^ de manière à calmer ses scrupules. Un traité de com* merce serait àgaé avec les envoyés américains; et ce traité , avantageux aux deux États, laisserait subsister la neutralité. L'Angleterre, disaient les ministres, ne pourrait blâmer la France d user de ses droits; si cependant elle osait les méconnaître , et s'irriter au «point d'en Tenir à une rupture, ce serait le cabinet de Saint» James ) et non celui de Versailles, qui déclarerait la guerre. La prudence obligeant à prévoir cet événement, on signerait, en même temps que le traité de commerce, un traité éventuel d'alliance définitive, par lequel les deux puissances contractantes s'engageraient, dans le cas d*une guerre entre la France et l'Angleterre, à se porter mutuellement secours, à ne point accepter de paix séparée, et à ne poser les armes qu'après que Tmdépendance des, États-Unis aurait été formeftement ou tacitement reconnue et assurée. Louis XYI adopta ce projet, et les traités furent signés le 6 février 1778 (i). »
Aussitôt que Tanibassadeur français eut signiiié au cabinet de Saint*James Texistence du traité de com- • merce avec les États-Unis, l'ambassadeur anglais reçiH l'ordre de quitter Paris (2).
(1) Oroz, Histoire du règne de Louis XYI, t.î, p. »6a.
(2) Ce fut alors que parut en Angleterre une brochure inspirée sans doute par le ministère britannique, et qui avait pour but d'effrayer Louis Xy I sur les conséquences de sa résolution. « Tons armez , mo* narque imprudent, 7 disait-on; oubliez-vous dans quel siècle, dans quelles circonstances et sur quelle nation vous régnez?... Quel danger n*y a-t-il point à mettre l'élite de vos orfirîprs en communication avec des hommes enthousiastes de liberté ? Comment , après avoir versé leur sang pour une cause qu'on iioniine celle delà liberté, feront-ils respecter vos ordres absolus? D'uu vous vient cette sécurité, quand on brise en Amérique la statue du roi de la Grande-Bretagne , quand ou dévoue sou non à Toutrage ? L'Angleterre ne sera que trop vengée de vos desseins hostiles, quand votre gouvernement sera examiné, jugé, condamné d'après les principes qu'on professe à Philadelphie, et qu'on applaudit dans votre capitale, n
LITAB IT. PABT. I* CHAPITRE I. 4^1
Commencement de la guerre Amérique* — Le duc de Choiseui et Machault axaient , vers 1755, com* mencë la réorganisation de notre marine. Ixirsque
éclata la rupture avec TAngleteri e, il y avait dans les ports de la France et de l'Espagne assez de vaisseaux et de ressources de tout genre pour résister à la ma-* rine anglaise, et inême pour la détruire; mais le gouvernement de Louis XYI, confié à des hommes tels que Maiirepas et Sartine, ne pouvait obtenir de pareils résultats. La faute la plus grave que firent ces ministres incapables fut de ne pas exiger sans délai les secours que l'Espagne était tenue de donner à la France en vertu du pacte de famille.
Cependant une flotte, forte de douze vaisseaux et de quatre frégates, partit de Toulon pour l'Amérique, le là avril 1778, sous la conduite du comte d'Ëstaing; et une autre se forma dans le port de Brest pour combattre sur Vocéan Atlantique; une armée destinée à débarquer en Angleterre se réunit en même temps sur les côtes de France.
L'amiral anglais, Keppel, chargé de surveiller les mouvements de la flotte de Brest, sortit de Plymouth avec une escadre, et somma des frégates françaises, qu'il voulait interroger, de se rendi e sous la poupe de son vaisseau (17 juin). Le commandant de la frégate la Belle-Poule, Ghaudeau de la Clochetterie, r^isa d'obéir i cet ordre; 1* Anglais tira un coup de canon; Ghaudeau lâcha sa bordée, combattit la frégate ennemie, rjréthuse^ la forra de se retirer presque démâtée , en présence de deux vaisseaux que le vent em|>ècha de fondre sur lui. Le 8 juillet , le comte d*Or« vilhers sortit de Brest avec trente-deux vaisseaux. Keppel engagea le combat en vue de 1 île d'Ouessant (27 juillet); l'engagement fut vif, mais sans résultat; toutefois, le souvenir des désastres du règne de Louis XV était encore si présent, qu'une bataille in-
déoise fut regardée m France comwt âne «ietoire.'
Quiuxl on a{)|)iit que iioU^u marine renaissante avait tenu terme coutre la marine anglaise, liere de tout un
^èch triomphes , l!iUaicine iut g^oén^iM m, Aiigjb^ terre ^ car les Anglais compnenaiaDt que poiir«ttit«A^ Uit être vaincu que de ne pas vaincre.. Ua mdeuUà»
rent duuc d'elïorts pour couserver leur supériorité maritime^ ^ ramirai iiUppel ijut tiraduit ck;Y4M ^sk conseil de gueire»
C^endanjc Tescadre du comte d'Ëstaing pantt amc le» rivages de TAniérique. On convint de faife une tentative sur Rbode-l&Jand. Cette tentative n'eut pas un lieureux résultat. La ilotte française, au ttomeut de livrer cooiUat a la floUieaiii^Iaise^ cemmandée par Ta* mirai Howe, fut dispersée par une violente tempête. Elle se rallia cependant; mais le comte d'Estaing refusa, malgré les instances de la Fayette, de débarquer des troupes à ^Ehode-X&laud. Il aûna uûêuil &e dirigi^ sur rîle de âaiute-Luciey dont ks Anglais vmiieia 4e s'emparer^ et dont la prise faisait éprouver de grandet pertes a notre commerce. Arrivé sous le feu des batteri es anglaises , le comie d Eâtaing ne put parvenir à les démonter; il fut repoussé dans trois assauts, y pexdift quinze centè hommes f et reftourm à la MarUMfae.
X 'Espagne déclare la guerre à P AngleJterre^ ^ L*siK née suivante, I Espagne offrit sa nudiatiou et proposa une trêve entre les ^uulies lieUigerantes. Mais cette proposition fut rejetee par le cabinet bi:ita«aû<|He« Cependant le comte de Yergeuiiea, amimaaifeur de France en Espagne, ne cessait de représenter à la coar de Maui id que le moment était favorable pour recouvrer Gibraltar, Miporque, et comjpiénr Us. deux f lo^ rides en Amérique. Le cabinet espagnol céda eufiSf publia son manifeste contre rAngleterre , et joignit «m marine à celle de la France. Leur jonction se fit le
lîS juiu« jËlies. formèrent une iloue de soijianteisii^
¥aissealcK de ligne, acoompagmés d'une multitude de ii'tigales et de bâtiments île moindre grandeur. Le «omte dOrviiliiBEs était à la téte de. cet Mmeaneat^ vdMitahle^ «t draût lo parer «hé ééliaNpiAniemca Aa-*
Déjà la IlotLje s'était présentée devant PlyiiiouLli J août); et telle était 1 intériorité des forces de l'amiFal aii§lai&} qu'il a osait yenic au sâcauiB celte yille'ini^ portaaâe. Les opécatiMs.allaieot eiMonMoeer* Déjàiesr aUîoa ilétaieiit empaves^ à la woe de Plyiiiouth, d'un vaisseau anglais de soixante-quatre, qui était sorti de Portsmouth pour aller rejoindre la grande ilotte. Tout à coup &' élève une teiupêle qui dispeiw nos -vaisseaux* L'aminl mm^^y Gkirles Handt, en profile^ pénètro. dans la rade de Pljmfioutk, et, dans cet asile, il brave les efforts de nos marins. Le comte d'Orvilliers fut ubUgé de se retirer à Brest; et bieniot les Anglais se VABgèrent 4e leur Immttialioii récente, paç la prm des galions .qui menaient chargéa d*ar en Espagne.
En Amérique , la Franoè obtint quelques succès , mais ils fui eut bientôt suivis de revers. Le comte d'Estaing avait reçu de. nombreuse renibrts qui élevaient reffeoftU' de soi» escadre à vingt-ieinq vaisseann de bani bord,, tandis qneoon adversaire, F-aniîral B^n, m^««» vait à lui opposer que vingt et un vaisseaux de ligne. U s'empara d'abord, av«c le secours des Caraïbes, de nie de «àamt-Yincent, et se. dînona ensuite oonftre celle de Grenade» Le a jnïkcÊ 1 779 , il rdébaaqvHLaveo dtiut nulle trais cents boom», el ordennn V asssaui dii£os*c défendu par l'Anglais Macartney. Lui-même sauta le premier dans les retranchements ennemis; ses grenadiers le susvinent, et hieflitot les Awglais-se «nndimnit
La ttouvellede la|ime de Grenade cntdia «n'Franee
IM enthousiasme semblable à celui avec lequel on avait i^ctkeiUi^ sotts le J9è§ne de .l«oiiis Ki? ^ ioL '«ictoîve de
Oigltized
Fontenoi et la prise de Blalion. Mais bientàt la funeste expédition de Savanah ne prouva que trop combien cet enthousiasme avait été prématuré. Le comte d'Estaing, pressé par les Améncains, s'était dirisé ▼ers cette ville, capitale de la Géorgie. La prise ae cette place devait délivrer toute la partie méridionale des États-Unis. «Savanah était pour les Anglais une place d armes y doù ils faisaient de continuelles excursions^ non-seulement dans la Géorgie, mais dans les deux Carolines. Les insurgés de ces contrées avairat peine à se cîéft ndre contre des royalistes nombreux.
«Washîngton était aussi occupé à étoiiiier des semeuses de dissensions intestines qu'à contenir Tarmée anglaise dans New-York et Khode-Island* Sullivan employait des troupes aguerries i punir des hordes sauvages qui avaient couvert de sang et de ruines des cantons populeux. Le général américain Lincoln, qui commandait les troupes géorgiennes , avait reçu avis de larrivée de la flotte française. 11 vint , avec un corps
})eu nombreux, protéger le débarquement, qui eut ieu sans obstacle le i5 septembre, à trois milles de Savanah. Cinq mille français se réunirent à trois mille Américains. Ces derniers avaient dans leurs rangs Pulawsky, et d'autres Polonais, ardents encore à défendre la liberté lorsqu'ils étaient sans patrie. Le général anglais Prévost, qui commandait dans Savanah, répondit en termes vagues et faibles, qui semblaient annoncer une intention prochaine de capituler; mais il attendait un renfort considérable* Une trêve qu'il obtint, et qu il eut 1 art de prolonger, lui permit de recevoir un renfort et d'achever, avec le secours des nègres, les -fortifications de la place. Dès lors il cban* gea de langage. Le siège qu'on avait trop différé pa* raissait devoir traîner en longueur. D'Estaing , connis d avoir été joué, ne parlait que de punir sans délai un ennemi periide. 11 faisait pleuvoir les bombes sur une
LITEE Vf. 9AET. I. CHAPITEE li 4^5'
ville américaine. Les Anglais voyaient avec flegme la destruction de Savanah; leurs ouvrages avancés . n avaient encore que peu souffert. Le mouillage de la flotte française n'était pas sùr. On touchait & une saison qui le rendait plus dangereux. Les inquiétudes
2ue le comte dEstaing concevait, comme marin, lui rent faire, comme général, une faute sur laquelle rexpédition de Sainte-Lneie eût dû le rendre circonspect. Les murs de Savanah n'offraient point de hrèche pratical)le quand il résolut de remporter d'assaut. Le 9 octobre, les alliés s'avancent sous le feu d'une ar« tillerie que les Anglais dirigeaient avec beaucoup d art et de précision. D'Estaing, Lincoln et Pulawsky com* battaient avec la plus noble émulation de courage. Après beaucoup d'efforts, quelques grenadiers fran- ^is parviennent à sauter dans la viÙe. Une vive canonnade arrête les troupes qui veulent les suivre. Une brèche a été ouverte sur un autre point : Pulav^sky y court à toute bride avec deux cents cavaliers; il espère y pénétrer et venir au secours des grenadiers français : comme il est près de la muraille, il reçoit une blessure mortelle. Sa troupe hésite, D'Estaing veut renouveler le même effort ; il est blessé à son tour, ainsi que les vicomtes de Fontange, de Béthisi, et le baron de Steding (i). »
Après cette détîaite, la cause des Américains semblait perdue : ces nouveaux républicains supportaient déjà les conséquences de leur organisation fédérale; le désordre se mit dans FUnion ; Végoïsme reprit le dessus ; chaque province garda ses forces pour se défendre; Varmée se débanda faute de solde. Washington déclara que les États-Unis^ étaient perdus si le roi de France ne leur envoyait des subsides, une armée et une escadre. Le congrès s'adressa au cabinet de Versailles , qui accorda sept vaisseaux, six mille hommes (x) LacretcUe, Histoire du dix-huitième siècle*
(i*élit6 situa JU oondiiîti» de ftMhunlï^u^ c^^wniil^
lions.
Neutrallie année. — C'eôt ici le lieu de mentionner «p eYéneoient de la plu» bajuM î»f ortMoe dans \u tiwuuKstioQ» de k poUtîcpia «UMpéemus, elt qui fttf w des résultats de la gu^VM d'Améiifae; parler du traité connu sou.<9 le nom de neutralité armse. ConoUi. dabord eatr^ ks paîfisances du Kord, ce traA&Be tarda pas à exercer son. influjence ^uriiont^ l'Europe ^ piree qu'il était ibodé #ur les haaoimfll k» ÎDtéréts de toutes les puissances ctHatinen^leA^ ût Siur le^ principes du droit commun.
L'AIlgl^^^e^ defuûs un siècle, setiÂt dom^é k dffQÎi de visitev les raisaeauxde toutes les naiions aflt^ très ; et elle les eonfisf naît s'ils éiiient ebanfpée 4e m»t nitLoos de guerre et de matériaux de coostructidO» L'Europe résolut de se soustraire à cette tyrannie.
]i«a {M^eiuière déciasalion de neutrailÀe armée fui filiie par la iUssie, en tenîeK M/j&Ok Clette< dMlsraMi cooteiiaic les danses sumàtes : • I^ee ^waieseam oeil'
« très naviguent librement d'un port u un au ire et 90 v, les cotes des puissances belligérantes; les propriétés n, lies lii^tions ei^aeoiies sont £[^Baatie& les^ vai^seau^^ « neutres, sauf toutefois oeSes Aq ix^utiieliaude». » (te y trouTait, en outre , exactement défini ce ^'oir de* vait entendre par l'expression de ports bloqués, etHy était formellement déclaré que cette définition serait désormais appliquée au jug^ement de t/ftWttofi les prises. Sur rinv»tati<>Q de. la Rusais, le DaMweek en ler&iàte accédèrent à eette dédaratian, le 9 |uîJlet 1780; Poriuii^al, le là juillet; la Prusse, le 8 raai 1781; rE> pagne, le 18 avril, et la Franee, le afîidu mémemoi*. I»a iioUande allait égaUsmeut y aeoéfkr|. lers^e,rA0gletêrne lui déclana. la guerre^
VAnglet&rpe empare des AntlUeiB^ k^Uandédsm»^ Aussitôt que le cabiaet de Saiat-Xamiev» af)^ût i«i i^^'
mation de la Kgue, il se jeta sur les colonies hollandaises, et, suhmRt son odieuse -habitude, sans déclaration de guerre. L'amiral Rodney prit Saint-Eiisi«ehe, et^ealem pour soiomite ét ifuinse miUiom de «mr«* chandises dans le port de cette île. Les £tat8-*6énéra«ix de Hollande mirent aussitôt deux flottes en mer; mais le statbouder, vendu à l'Angleterre y trahit les secvet&< de ïÉutj aivertit le roi George, «t &t ainit «ofaeur tou loÊ pvojeu de la naàmà^
Succès des Français et des Américains. — ■ Cependant la guerre avait reconiniencë avec vif^nienr anx £lsii&-Unis : le comte^ Grasae, après avoir pris Ta^ haigo (i76i),inttgia«?eelaftoftter^Miiç«iMWtsb de iCheeaipMdce , aiin de etcomleff les mstimmres dv Washington et Rochambeau , qui cernaient l'armée anglaise dans la presqu îie d'York-Town^ De Grasse ibnp la Aette anglaise à sortir de la baiey ettRmeporta dans la ptesqu'île l'aamée de Washington. CMVwaUis, attaque de teua 4^és par RodkaMbnia., W^king. ton et la Fayette, capitula le ii octobre 1781 , avec sept raille homnoes, six vaisseaux de guerre et cinquante b^menes marelrandts. Cette victoire fut dén einve:: ka Angbns reatèrant dan I01 «îlies de TUfm*^ ¥erk, Charkaieif 11 , Sevanali, qittk possédèrent en-^ eore; mais ils ne^ firent plus aucune tentative pour yecoiMpiiérii; iiîs pa js ^i'où^âls avaient été <ti victoneuae* leut rapOttgiaa>
La campagne ide t7ir se Ait pas fleuleinjait; faea« reuse dans les États-Unisv Dam (es Antilles, le marquis de Bouille reprit aux An triais ( :j6 novembre) l'île de Saint^Eiistarfie: qnliis avaient e»kvee avx HoUandais; et péudttak que ianbal de cette aation , Zcoitmaa , aa flaesmit à Dbg^efe^Binà aeee le vieil Hydc^i^arker, eK soutenait une lutte qui, après quatre ht tu t^i de combat, ne devait amener de résultat pour aucun des deux partia» le comie de Guteheii enkTaii .MÀnor*»
468 HISTOIRE DjBâ ÏJE.MPS MOD£&^£â.
que aux Anglais, Au conunencemenl de Tamiée soi*
vante (4 février) , le duc de CriUon leur reprit le fort Saint-Philippe.
Victoires des Jnglais en Europe et en Amérique. — Victoires deSuJfrendans les Indes. — Mais, en 1782, le comte de Grasse perdit sa flotte à la bataille des Saintes [11 avril), et il fut obligé de se rendre à l'amiral ilood. L'Espagne s obstina à vouloir reprendre Gibraltar, et le i3 septembre, après une attaque vi« goureuse, les alliés furent repoussés. Dans les Indes, où Suffren avait été envoyé Tannée précédente , le sultan de Mysore, Haïder-Ali, soutenu par los Français, . attaqua les Anglais et résolut de détruire leur pui»» sanoe. Les victoires de Suffren sur Famiral Hughes allaient probablement amener ce résultat, lorsque la mort de Haïder changea la face des affaires. Son fils, Tippoo-Saïb, n'avait pas son génie ; cependant Suffren , à force d'habileté et de courage, aurait atteint son but, lorsqu'on apprit dans les mers des Indes la * conclusion de la paix.
Paix de Versailles. — L'Angleterre avait compromis dans cette guerre la ré|>utaUon de sa marine, qui jusqu'alors avait passé pour invincible ; son commerce avaif prôdigieusement souffert; sa dette s était accrue de deux milliards et demi; elle avait perdu plusieurs colonies. D'un autre côté, la France s était relevée et menaçait sérieusement sa rivale. Soutenue par toute l'Ëurope, elle pouvait porter à la puissance anglaise les coups les plus redoutables; mais Louis XVI voulait la paix : son caractère n'était pointa la hauteur de semblables circonstances ; la guerre le fatiguait; d'ailleurs elle avait déjà coûté quatorze cents millions : le trésor était épuisé. L'Angleterre aussi demandait la paix ; le ministère .North se retira (20 mars 1 782), et les virhigs étant arrivés auxafiah es, commencèrent aussitôt à négocier avec le cabinet de Versailies* 11 semblait que
LKY&E IV. PART. I. CHÀPlTa£ I« 409
les négociations devaient être de courte durée ; mais l'Angleterre essaya de diviser les alliés, pour les amener à traiter séparément.. Enfin les préliminaires furent signés, pour l'Amérique, le 3o novembre 178a, Traité entre lAagleêerre et les États-Unis, — « Re- «connaissance de Tindépendance des treize Etats; « délimitation des frontières, laissant aux Américains « le, vaste pays connu sous le nom de Western-Terri- « tory; déclaration des pêcheries de Terre-Neuve et « de la navigation du Mississipi en jouissance com« « mune. — Plénipotentiaires : pour 1 Angleterre, lord « Oswald; pour VÂmérique , Franklin, Adams et Lau- « rens (i). »
Ce traité, signé avec une certaine précipitation, alarma le cabinet de Versailles , qui devina Tintention
de 1 Angleterre. En effet, un parti puissant, à la tête duquel était le duc de Richemond, nourrissait Tespoir de réunir, contre la France, la nouvelle république à TAn^leterre. Mais les envo]rés américains avaient stipule que le traité ne recevrait d'exécution qu^après la conclusion de la paix avec leur alliée. La loyauté de Franklin et Thabileté de Yergennes déconcertèrent les projets de Richemond. Enfin, le 20 janvier 1783, TAngleterre signa les prâiminaires de la paix avec la France, TEspagne et la Hollande.
Traité entre l'Angleterre et la France, — « Sup- « pression du honteux article du traité d'Utrecht, «relatif à Dunkerque. £n Amérique, restitution de « toutes les prises : Sainte-Lucie à la France ; Grenade, « Saint-Vincent, Donnuique, Montserrat, Névis, à « FAnf^^leterre; cession de 1 île de Tabago à la France* « £n Afrique , restitution à la France de Gorée; ac* « qnisition du Sénégal ; garantie du fort Saint-James « et de Gambie à TAngleterre. Aux Indes orientales ,
(0 Voy. Heeren , ManTiel des États de l'Europe, 1. 1, p. Six, etlH»toire de» ÉUU-Unû, par M. Aoux de HodieUe, p. 995,
dcf lotîtes kïf 'pfftsê9! ^miluliiMi àtef^MMB
« (le Chanderiiagor, Poiidichéry, Kaîical, Mahé, Sn- « rate ; agrandissement de ten itoire pour Pondichéiy « et Karieal; mvîfatîon ^teoéiier au traité fait« aux « «Ufés de h Fmee, notamnmit à Haider^Ali ; adaisn sion des Français aîix pêcheries de Terre-Newve, et « acquisitidri des deux petite»? îles de Saint^Pi^rre et « de Miqueion î promesse recipruijue de coiu:iure dans « deux airs m traité de eonnerce. — N^ociatcttf* : < ()e ia "part de T Angleterre, lord FîiaJierbert ; pow « la France, le comte de Vergeunes. «
Traité entre F Jaghterre et l'Espagne, — « Conser- « vation de Gibraltar par l'Angleterre; restitution de « Minonioe à TEspagne ; acquiaition pbr elle des deux
Floridea ; rastifuiioi» récifroque Am «vtrea- pmaa;
« les îles Bahama renflues a 1 Angleterre, et acquisition « par elle d'un teiTitoire dans la baie de Ifondurâ« • pemr l'exploitation du beia^ de eanipâciie« Ifégoei»» « tevrs : loid lKtZf49eriiei^} vit « d^Aranda. »
Traité entre V Angleterre et la Heilande, — « Cession « de Nagapatam aux Anglais, avec faculté aux U<^ « landais de le reprendre oontra im éqviTalent ; res* « titation récipnN|ife des autne priaea; liberté de la « navigation pour les Aviglaia auv twm les «en des « Indes.» Négociateurs du côté de f Angleterre, le duc de Manchester; de la Hollande, Berkenro de et Brantaen,
T.e traité définitif ne fiit signé qwe le 3 aeptembra
1783; lel!raitédekHolkndefielefQC<{mieao«ud«784»
Il ne fut rien stipulé, comme on a pu le remarquer^ relativement aux droits des neutres. « Les puissances du Nord ne montrèrent pas la vigilance et ia fermeté qu'on aiirait pQ espérer d ellesr; ia Fronea oniigiiit de eompliquer la dilfioatté de s'enlMnadve, et le mimatire anglais évita facilement les discussions siu: ua point qu'il ne voiUait pas regkr*
sion de la paix, st^ inei nt un juste sentiment d orgueil : la France voyait triompher la cauae qu'elle avait protégée^ elle reprenait son rang en Europe, et k0 af** frwts de 1763 ëtakiKt ell«cé8« £0 An^letem^ l>eatt* CDiip il'hommes qui naîent deinande la paix myec ardeur, manifestèrent de rindignatiun quand le traité fut conclu. On reprocliait aux uiioistie&id'avoiir cam» ftmtm ïhowèm de )a GrandetBielagne par des cott* coMÎoM teop importantes (i). 9
Lorsque les officiers français revinrent dans leur patrie, on les accueillit avec enliwjusiasme, ei .1 esprit rév^^iiiAîonnaire eu reçut une nouvelle foi'ce*
NégoekaioNj mmc Ja Suède* Pendant son ne^i^e m ¥M9m^ (jtiMi 1784)9 C^iAstane III, vm de JSvMe, rctfiserra les liens de 1 alliance de la France et Je la S*ièd»€. Le cabinet de Versailles ayant, depuis quelques atmé^Mf oégiigé le payement dea «ubékles qu'il pft}BM à la oow de. Siockbidtti ia»ÊMk¥e parvim; à ob« twnr, cmune diéd#nNMg«iMnt, l»«eMioii de la petite lie de Saint-Darthfc'leiiiY, près de la Guadeloupe; mais, son coté, il accorda aux Fraiiiciûs le drâÎ4 d*entcepÀii dftos la viik daiiokàmag»
S IL HmoiM miimmmM (2774-17^9)*
Miiii$ièredeMaur0fiiu{t'j']4t\ — Lorsque LmiiibKVI i|K>qta sur le troite, animé drai zèle véritable ftmtc y'wm^ piibliev âlr«hex«b« amee ardeur un minialiie ait* qp»I U wtk% confier la direction des affaires. U pensa
ai>ord à Macliault, qui, à cette épocjue, etit pu
i*e^re die grands iioTMeee au piiys; mais.lataiibksse de caractère du ytnm mi ne faii pmnît pus de reuster ^1 iMri0iice> de aa tMie et ^ due d'Aifuitton. l\
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HISTOIRE D£5 ï£MP5 MOD£&^£S/
accepta leur protégé: c*était 1c TÎeux comte de Maa-
repas, exilé depuis vingt-cinq ans, pour une épigraninie qu'il avait composée contre madame de Pom* padour.
Le comte de M aurepas avait conservé toute la légèreté de son caractère insouciaiit et frivole; mais il
avait de Tesprit, et savait donner à ses goûts futiles rapparence de la réflexion. Dès qu'il fut aux affaires, il éloigna tous ceux qui pouvaient balancer son crédit auprès du roi. Fidèle imitateur du cardinal de Fleuri, îl détourna Louis XVI de s'occuper des affaires, et luimême ne s'inquiéta jamais de résoudre les questions même les plus graves. Son seul soin fut de composer le ministère; et, il faut le dire, ses choix furent heureux. JJ honnête comte de Muy eut la guerre; le comte de Vergennes, habile diplomate, obtint le département des affaires élraiigères; Terray, laVrillière et Maupeou conservèrent leurs ministères, et Turgot eut celui de la marine. Cet homme avait dans le mande philosophique une réputation , justement méritée, d'habile économiste et de sage administrateur. Sa gestion dans le Limousin, dont il avait été intendant pendant trois années, lavait désigné comme Tun des hommes appelés à faire sortir 1» France de labîme où , lancienne administration Tavait plongée. Cependant le peuple , indigné de voir qu'on donnât pour collègues à cet homme de bien quelques-uns des indignes agents de Louis XY, accueillit sa nomination avec froideur, et Maurepas fut forcé par Topinion publique de renvoyer ceux des anciens ministres qu il avait voulu conserver. On redemanda les sceaux à Maupeoa, qui refusa de donner sa démission et fut exilé. Terray chassé alla cacher sa honte dans une de ses terres. Le peuple signala la joie que lui faisait éprou» ver leur départ, par des démonstrations violentes , mais qui indiquent bien la haine qu il leur portait.
hlVVLE IV. PART, I. CHAPITBJS I. 4jô
Hue de Miroménil ^ premier président du parlement de Rouen, connu seulement par son opposition à Maupeouy et son habileté à jouer les rôles de Crispiui succéda au chancelier; Turgot fut mis à la place de Terray, et Sartines à la place de Turgot.
Turbot y co/U râleur général des finances, — Turgot était enfin à la tete d'un département qni lui permettait de réaliser ses vues de bien public. Le contrôleur général réunissait alors à ladministration des finances la plus grande partie des attributions confiées aujour» d'hui au ministre de l'intérieur. Turgot se rendit auprès du roi, lui exposa « quels principes le dirigeraient dans l'administration des finances, et prononça ces mots : Point de banqumvute^ point d*augmeni€Uion d*impot3y point d*emprunts. Les moyens qu'il indiqua rapidement comme propres à rétablir l'ordre dans les finances, consistaient à s'armer de courage pour réduire les dépenses et pour ne plus accorder de faveurSi à répartir équitablement Timpôt, à remédier aux vices de la perception , enfin à développer la culture et Fin* dustrie, de manière que les particuliers, devenant plus riches, fournissent aisément aux besoins réels du royaume (i). *
La cour s*opposait à toutes ces réformes. Maure» pas ne voulait que le rappel des parlements. En vain Turbot exposa au roi les obstacles que le parlement opposerait à leurs reformes : « Ne craignez rien, lui avait répondu Louis XYI, je vous soutiendrai, » Après cette promesse, Turgot fut obligé de céder; et, le 12 novembre 1 774? 1^' rcu tint un lit de justice, dans lequel il annonça que sa volonté était de rétablir i ancienne magistrature^ avec les garanties nécessaires au maintien de Tautorité royale. Quelques jours après^ le parlement protesta contre tout ce qui limitait son
(i) Uiitoire de LouU XVI, L I, p. i4i.
474 MISTOIRB I^£S T£MF9 MODBRNES.
ancienne autorité, et commença ainsi une lutte inutile pour ses privilèges, et qui devait être si fun«ste pour la royauté. Celle condime de «a p^irt pouvait àtM fccilemeiil prévue ; les |ttriemeKCa éutenrt éeê corps privilégiés; il« devaient sV)ppo»er, emMne ils- le- firent en eWet, à toutes les réformes de Tupgot, qui attaquaient des privilèges, et les leurs en particulier.
Adtmniêtmîion de Tkreoi. —> Tiiif[ot neo eoMîiiiMl pas moins d'administrer lea ^finanoes a^«ee aèle qK par^ sé^érance; il poorstrivit aussi la réalisation de ses projets. Il voulait org-aniser Ja représentation nationale, abolir les droits iéodaux, les corvées, les ga» belles, les pviviléges en matière tfknpov, les ^oan monastkfoes, les lettres 4e eaehet^ il voulait ^àhXm ia liberté de conscience, la fiberlë de la presse, du commerce, de rindustrie, 1 unifen»ité des poids et merares, refondre les lois , été.
« Point de banqueroute, pas dTaugnieiitatioa ^im» pèts, pas d'emprunts : tel était le programme financier que Turgot avait présenté au roi. Il trouva les finances embarrassées de vingt-deu3L mittioas de déficit et Ae soixante-dix* huit mitNons d'anticipations» En don ans, il paya vingt-quatre millions de la dette >estigiiiie arriérée, ( teignit vingt-huit millions d'anticipations, et remboursa cinquante millions de la dette constituée; X créa me caisse d escompte, origine de ki^ banque de Fram*e^ et qui était le premi«r étatiiiasemeiie de .or gefrre tenté depuis le système âe law; il afeolte la contrainte solidaire en matière d'impôts, les corvées pour ia conlection des cheminS| qui £aiisaient perdne aux taillables une valeur de quarante tniltion s ponvtm produit de enfin vîogt- trois espècves éé droîm établis sur des travaux nécessaires ou des conventions utiles, et dnnt il débarrassa industrie et 1 agricuhnre, £n agriculture, il avait les idées de Sully; et il répétait « que le pâturage ^ le tabourage aime la* deox
mamelles de VExat, » En influstrie, il avait des idées * autrement élevées cpie celles de CoH>ert; et il procla- Mét « le droit de travailler €6t propriété pre« QNMCv Im plus $aciiae, la pin* Mpimorîflihk* » Pow iMtlie TagriculaMW et Tindintrie «ibiis une voî» wUe, il iuti faisait trois grandes innovations : la Uberlé dn coniimerce des grains, devant laquelle le pouvoir aanit 4qià de«^ fois reculé^ iahoJition de& iiiaàtmidi««t des jurandes^ enfin l'impôt territorial égal suc Hm* Ge.fttt là cfolA'échmut (i). »
Renvoi' de Tut go t^'^luGS courtisans et les piWilégiés cherchèrent bientôt les moyens de renverser TurgoL. TuiTj^t^au miUeu de ces infirigiaesi resta calme, et pow> snbît arree feraelé le cours de ses tramux. MUesmvhas m relira* En Tain Torgot le conjura de rester avec lui, Maleslu rbes donna sa démission, a la suite d'une explication que Maurepas avait provoquée. Tiu^^t iut aioca ppmnu ^'il devait aussi donner sa démiamini s>'il ne TMlattnscewir Tordre de la remettre^il se refeaa à cet acte de faiblesse, et attendit que le roi eàt l»i >méMie la faiblesse de lui envoyer cet ordre. Quand il l'eut reçu (u mai 1776)^11 écrivit à Louis XYX ; « Tout mon xie» 4c.sîr est que tous pinssies ftoiqours croire que j^avais « mal Tit^ et «fie je toms moiitsais des dangers 4^më- « riques. Je souhaite que le temps ne me justifie pas, « et que votre rèi^ne soit aussi lu ureux, aussi tran- « quille pour vous et pour vos peuples, (ju'iis se le so^t mfTim» dlapnès tm priac^cs de jttsiMe dt de Imm« «i£nsBiice*t»
j4insi il csi démontré que la réforme sans secousses, par la volonté du rua et de ses ministres, fut iwpeasibk^ ^q^e la aetion ayant au ministère un re* pnésCDtant énergique de ses ^laâs istenSts^ M pu£ ciHiiiir jmsliaa pecar.ses grivfs; que ee. «mistiie fut
(r> LarsUM» Hittonre dd Fraace, t. m, ScA.
4jO HISTOI&E DES TEMPS MODE&NBS.
chassé; qu'après son départ, toutes ses mesures furent annulées; que tout espoir fui enlevé à la nation d'ob* tenir satisfaction; que la cour| loin manifester même Tintention de réformer les abus, les augmenta sans cesse, et qu elle seule fut la cause des malheurs de la révolution , puisqu'elle a^râit pu, nous ne croyons pas l'empêcher, mais la retarder et la diriger en la maintenant dans les limites d'une sage et bienfiusante réforme*
Triomphe de la cour, — Maurepas, jaloux, de rester aux affaires, avait appelé Turgot au ministère, dans un moment où la cour avait la manie des rétbrmes; puis la courayant trouvé les réformes de Turbot trop ridiculeS| il Favait chassé; mais efirayé lui-même des conséquences qu'aurait pu avoir sur son propre crédit la disgrâce de ce ministre , et désirant éviter à l'avenir un semblable danger, il se fit nommer chef du conseil des financeS| et donna le contrôle i une de ses créatures, à Clugny, intendant de Bordeaux, homme nul et sans moralité. Les ennemis de Turgfot, c'est-à-dire, ceux qui profi* taient des abus, purent alors se livrer, dans son hôtel méme^ aux plaisirs les plus dispendieux, et ils le firent aux frais du trésor. Pendant que Clugny succédait à Turgot, Maleshèrbes était remplacé par Amelot, en parlant duquel Maurepas disait lui-même : *^ Du moins, « on ne m'accusera pas d avoir choisi celui-là pour son « esprit. >
Le crédit fat ruiné par le renvoi de Turgot; le gouvernement était aux abois. Clugny, pour se procurer de largent, établit la loterie royale, et Ton put,
Ear cette ressource immorale, subvenir aux premiers esoins; puis on suspendit raffranchissement de Tin* dustrie, et l'on rétablit les corvées. Heureusement, la mort de Clugny vint arrêter, pour un instant^ cette funeste réaction.
Necker ministrê. Pàrmi les prétendants au con-
trôle général, on distinguait un homme dont le nom était très-répandu, et 'dont les nombreux partisans yantaient la probité et les talents. Cet homme était
lîecker. Maurepas lui donna le contrôle. Ainsi, par une singulière inconséquence, il faisait entrer au ministère un second réformateur, et ranimait les espé* rances libérales qu'il avait lui-même étouffées en renvoyant Turgot.
Necker, soit conviction réelle, soit calcul d'une ambition prévoyante, s'était déclaré 1 adversaire de Turgot, et avait attaqué sa doctrine sur la liberté du commerce des grains. Tous ceux qui déclamaient contre le Sully des économistes annoncèrent dès lors dans Necker un nouveau Colbert. Cette opposition adroite, lascendaut qu'il exerçait sur les capitalistes^ Fespérance de trouver en lui à la fois un adininistrateur habile et une créature soumise, une certaine condescendance pour Topinion publi({ue, enfin le désir secret d'attirer sur lui-même un reflet cîe la popularité de Necker, tels furent sans doute les motifs qui déterminèrent le choix de Maurepas. D*abord il ne le fit entrer au ministère que sous le titve de directeur du Trésor, et il fut subordonné à Taboureau, qu on créa, pour la forme, contrôleur général des finances. Mais bientôt le ministre de nom disparut, et Necker resta* Comme il était protestant, et ^ue le titre et les fonctions de contrôleur général exigeaient un serment de catholicité, il n*eut que le titre de directeur général des finances. On sait qu'il refusa l^s émoluments de sa place*
Necker ne saurait être regardé comme un homme
ordinaire. Il parvint pendant cinq ans à suffire aux besoins de la position la plus difficile. Il avait à combler le déficit que Turgot n avait pu que réduire^ à préparer les fonds de la guerre d'Amérique, à luHer contre une cour étrangère et souvent opposée à toute
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idée trorclic et d ccoiioiiiie, à ménager l'apathie A% vieux Maurepas, qui ne ^OAilâït pa&, sur la lin de des }ùmSfSemo€itr à la tentatira pëciUea»e d'une vëfomi, tt le casftclttr. tinkid du jewie roi, qm aimair le hitù \ anec ptftioii, nia qui reculait dévanl k plus petit obstacle.
iNeckeff se trouvaii emre deux pé|ib. Il fallait de Targent pour subvenir aux dépensas CMfaaA» a«tni 4fii6 pour combler le dé6ôt. Mais cammeM ae procurer 1 argent nécessaire? En augmentant 1^ impôts, il démentait ses promesses iréconoiiiie et provoquait rhastiUté du jparittuicnt^ en limitant les dépenses^ il s^sAimit la kiame des courtisans. Forcé di>paet, Net* ker ai«a mieux éèmàmt la «liffiraité. Le^ aeul laojm aurait été Tégale répartition de Kimpôt entre tous les Français; mais ce remède paraissait trop violent. Nec- Jbec ne vit d'autre ressource ffonQ d améiioser les recettes CB dimiMant leS' fnd» de perccpfto». Ge wiycv» 'émit hisiiffiiant. Il y MppUa pu^ «me miritituda' de pedw coinhinaiaoes et ci expédients minutieux*
Ce lut sur la toi de ces petites écon<Mnie8 qu on ouTrit des emprunts, pour rétabiir Boire raame. Keeker ^km^ pooa ae déguiaer à ljiii<«iéme le éaatgtr cpie pMseiitaieiit dea moyeM» plueliaraka! « Dee'iît-
« toil es, ou même une suite de conibais d uu succès • halaeoéy amèneront une paix gUn^kuse, Celle-ci ou* i oTrini uni' piva vaaie commerce} lea.bMéfises du eeei- «Bierce derieeeent fiicilemenii ceux du^'tiéwr royal; «raxrcroQsseoaent progressif du remiu* des ^douanes, et « de plusieurs autres taxes, dispense de recourir à dêS «ionpositiona nouvelles» Que^la guerre aoit heureuse^ i ^ « et mon système ^finances est josfifiéi » | Necker Àait parmiu à nelewa le erédit, et k Iêêêù face aux dépenses par des emprunts. «Ils furent remplis avec une promptitude qui devait paraître un phénomène aÛL ans apiièe une vîoJation owrecte de la* lai i
. i^mm in» mm» u gh.abitm u 429
publique. A 1 ii^itatton d'un moyeu employé en Angleterres, pour al^têtes ia puissance du crédu, cinq ou m aiàisoM 4e banque prenaient d'aboïKl tomes ke actioM d'un nouwl emprunt, et, les imani: désirer avec art à la masse des capitalistes, ne les cédaient qu*»vec im benetice as6e% considérable. Des pbiiosophes, et même des hommes d!État| s'affligeaient des espédients qaune néeessiué cruelle avait suggérés à Necker pour éveiller la cupidité des prêteurs- une grande partie de ces emprunts se constituait en rentes viagères. Outre que ce mode paraissait le plus oné- «eux pcmr L'fitat, ou le trouvait tnea oj^osé à la doctrine dun administrafeeur qui finsait pmfesttou d'établir une alliance étroite entre les finances et la morale (i). »
Necker était, .i»al|^é tout, si ou le juge comme a<i> ndnistffateur, plutôt un .babile banquier quuu vécitable ministre des finattees; cependant il accomplit une foule de réformes très-importantes, et se montra aussi sévère contre les dépenses inutiles qu écon4Mn£ dans leS' dépenses utiles. U réforma Tabus du eamul des peuMons, des emupes, des places inutiles; il aut dè-'
minuer les gains des fermiers généraux,
« Il s occupa de créer des administrations provinciales ; il n avait pas ua vaste sysiéone, tel que celui de Tur||[ot. Son projet était de former sim^eaent une administration dans cbaque généralité. Les trois ordres y seraient distincts et présidés par le clergé, mais les YOÛL seraient comptées par téte. Les membres devaient être choisis par quart, dans leclergé^ dans la noblesse, dme le tiers état des villes, et dans celui des eampa^
gnes. l^e pailement, beLiucoup de nobleSj trouvèrent que Necker ti^aitait ie clergé trop favorablement, et il wd««it du quau aui inn^m^ le »oaite« d*. *c«lé.
(i) Lacrelelle.
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48a aiSTOiAB dss teu^s modbritbs.
5iaâtiques. Pour la première formalion, le roi nomme* lait un tiers des membres, et ce tiers élirait les deux autres; les renouvellemenls seraient partiels, et alors
les choix seraient faits par les administrations pro;vin* ciales elles-mêmes, avec rapprobation du roi. Il est douteux que l'auteur du projet ait jamais examiné mûrement quel pourrait être, sur lesprit de ces assemblées, Teffet aun mode de nomination qui n'appartenait ni au roi, ni aux propriétaires, et qui don* nait aux administrateurs le droit de désigner leurs collègues.
« Ces assemblées devaient être établies successive»
ment. Leur création éprouva des obstacles; et 11 n'y en avait encore que deux en plein exercice, lorsque Necker sortit du ministère. La première, formée dans le Berri, en 1778, avait cependant offért des résultats heureux : elle avait supprimé la corvée, et recueilli, en quelques mois, deux cent mille livres de contributions volontaires, pour des objets d'utilité publique.
« Uh des actes par lesquels Louis XYI bonora son règne, fut l'abolition de la mainmorte dans ses domaines. Deux sortes de servitude rappelaient les temps (le barbarie. L'homme sujet à la servitude de tenne^ ment ne pouvait dis|>oser ni de sa personne, ni de ses biens, sans la permission de son seigneur; elle lui était indispensable pour se marier, pour laisser à ses eniants le fruit de son travail, à moins qu'il ne fît ménage commun avec eux; et si, pour fuir la tyrannie, il allait vivre en lieu franc, son héritage était dévolu à son seigneur. La servitude qu'on appelait de corp ôtait même la ressource d affranchir sa personne, en abandonnant ses biens. Le serf de corp qui avait pris la fuite pouvait être rappelé par son seigneur, ou arbitrairement imposé; rien de ce qu'il acquérait en pays étranger ne lui appartenait; le seigneur était armé contre lui du droit de suite. L'édit d aifrauchis-
sèment clans les domaines royaux (1779) exprime le regret que les droits de la propriété ne permetteat '
£as au monarque d'abolir la mainmorte dans toutes is seigneuries de France. Necker n'osa supprimer
•complètement que le droit de suite Le parlement
n enregistra qu avec cette réserve : sans que les dispo* sitions du présent édit puissent nuire aux droits des seigneurs^ Quelques-uns s'empressèrent de suivre Texemple du roi; toutefois, Ton vit, avec indignationi le chapitre de Saint-Claude y rester insensible; il aurait, disait-il^ perdu vingt-cinq mille livres de rentes; et, pour afi&anchir les serfs du Jura, il voulait être indemnisé par le gouvernement (i). »
Louis XVI abolit encore la question. Ces deux réformes si importantes, et la honteuse opposition des privilégiés à la première de ces deux mesures^ donné* rent à Necker une popularité très-grande. Le vieux comte de Maurepas en fut jaloux, et essaya de renverser Necker; mais celui-ci, secondé jkh la reine, à cette époque fatiguée de l iniluence éternelle du premier ministre, parvint à faire entrer au ministère le marquis de Castries, à la place de Sartines (i4 octobi^ 1780), et le marquis de Ségnr remplaça le prince de Montbarrey à la guerre. Ces deux ministres, dont la nomination était due à la reine, augmentèrent Vin* fluence du Genevois dans le conseil.
Necker présente le compte rendu (1781). — Peu de jours api es 1 avènement du marquis de Ségur au mî« nistère, Necker publia un compte des recettes et des dépenses du royaume, qui fut accueilli avec enthou* siasme.
« La sensation produite par le compte rendu fut
prodigieuse. Les Français voyaient pour la première fois soulever le voile qui, jusqu alors ^ avait couvert le
{1} Droz, 1. 1, p. a83.
IL n
48a nsTOiRB ras tsmps modbrubs.
fleoret des finances. Chaque pa^e de ce rapport offre des ¥ues de bien public, et des idées morales qui parlaient A l'âme des lecteurs. Les résultats annoncés étoimaieiit
et confondaient Timagination. Au milieu de la guerre, et sans contributions nouvelles, non-seulement le déûcit avait disparu^ mais les revenus excédaient de dix imillimis deux cent mille livres les dépenses ordinaires : «ncere le directeur des finances disait^il qu on pourrait ne point compter, dans ces dépenses, dix-sept millions trois cent mille livres qu'il destinait à des remboursements. Il faisait observer qu un état si jirospère s'améliorerait chaque année ; que les pensioAS, que les rentes viagères s'éteindraient , et que de nouvelles économies étaient préparées. L'amour-propre dont regorge cet ouvrage fut excusé par la plupart der lecteurs. Les étrangers mêlèrent leurs voix à ceHes des Français. Burke^ et d'autres membres de Fopposiiion, firent entendre l'éloge de Necker dans le parlement d'Angleterre. Au bruit d'un concert universel •de louanges, la confiance se ranima^ le directeur gé- Itéral ouvrit des emprunts; et deux cent trente-six Inillions furent, en peu de mois, apportés au trésor.
m Le compte rendu fait époque dans l'histoire financière et politique de la France. Après tous Içs éloges et toutes les critiques dont il a été i objet , on âemand» epcore s'il était exact.
•t Ce compte de Gnances est singulièrement incoiiiplet; il n'est relatif qu'aux recettes et aux dépenses ordinaires; il ne fait poiu; cbnnaître les charges extc»* M^dinaires , les sommes que la guerre exigera p<W acquitter l'arriéré des différents services, et pour subvenir à de nouveaux efforts. Aucun ministre, à cette époque , n'eût osé publier de tels renseignements ; le Éilence de Necker ne peut donc étonner. Assurément, les capitalistes dont il réclamait la confiance auraient pu lui répondre quon ne prête pas à Tbomilte dont
on ne commît qu'à moitié les affaires; mais les'Fran- ^is, charmés <le ce qu'on kur -disait , songèrent ^eu qu'on ne leur «lisait {nis; ils 's'âttachèreirt à ce ré» «oitat, que le chiffre des recettes et des dépmséè
ordinaires annonçait <ifue l'Etat pourrait facilement foijer les intérêts d'emprunts considéraliles. • « Le compte iwiduy cependant, était encore très^ saoompkt poar les recettes 'les dépeMes ordjnairaiw Oii ne pouvait donvver yti tafaleon -exact et*dtjta{MëlAe&
finances. Tin grand nombre de caisses, tant à Parià ^€ dans les provinces, recevaient directement les sommœ nécessaires à différents serTices ; cftlon n'avait, «a cxmtrâJe général, qu-une cemnoisssince très^'iftipsii^ faite de leurs opérations. Necbcr s'occtrpaît d'éfmîi^ une comptahiKté régulière; mais les mesures qifîl âvait prises n'étaient pas encore exécutées. Dans ce désordre, bien que le revenu de TÉtat fût d'envirùn ^fiBMrs'cent irentemimons , 4e compte de NecAcer-n'^iétait relatif qu'à deux cent soixante-quatre millions reçus et payés par le trésor royal; quant aux cent soixante-six. autres, versés dans difïéreotes t^aisses, il fidlait supposer que la reoeite*^ la dépense se lisdah- Oiievit etiaciefnent.
« Certes , un pareil compte de finances ne serait admis
p«r aucune assemblée représentative En dernier
ïëiutoat, \e compte mts^i^ était un travail quipamissatt jm^v^ beaucoitp, et qui ne promvait rien (t). »
Chute de Necker, — La publication dn compte rendu fut le BÎgîial d'une opposition acharnée contre son auteur. La rame, jusqu'alors , avait soutenu fîec* iBÊt. *àÊÊc de Obetseul, lun des eonseiUers de ceift^s
rvincesse, ^rcind partiean de raHiance snitriehienne, auteur du mariage de Marie- Antoinette avec Louis XVÏ, a^ait défendu îNecker à Trianon,«parce qu'il espérait ren-
(i) Dfos, ibid., p. 293, . « ^
484 mSTOIAB DBS UMPS MODUUTBS.
trei: par lui au ministère. Mais le compte rendu effraya le parti de la cour, et la reine unit ses attaques à celles de tous les autres adversaires de Necker. Maurepas, piqué de n'être pas nommé dans cet acte, s'en vengea par des calembours, son arme ordinaire. « Avez-vous vu le conUi bleu ? » demanda-t-il. Le compte était couvert en papier bleu. Vergennes consrîlla à Louis XYI de ne pas laisser dans les mains d*un étranger, d*un répu- Llicain, d un prolestant, la plus délicate des administrations du Iroyaume. Le parlement, exaspéré de voir ^ue Necker voulait attribuer au roi l'établissement et 1 augmentation des impôts, refusa d'enregistrer plu* sieurs edits, notamment celui qui portait la création d'une assemblée provinciale. Les courtisans furent effrayés de Tidée que Tordre pouvait être établi dans les finances; c'était les niiner; bien mieux, cetait les voler. La retraite de Necker pouvait seule calmer cette agitation; Louis XVI le força à donner sa démission (19 mai).
FUuty remplace Necker. — Maurepas donna le contrôle à Joly de Fleury, conseiller d*État et agréa*
ble conteur d anecdotes, mais auquel ce ministère ne convenait point. « La place de garde des sceaux était le but de son ambition. Miroménil, qui le redoutait, jugea qu'un moyen de n'avoir plus i le craindre serait de le porter au contrôle général, où ses Caïutes le crieraient bientôt de manière à ce qu il ne fût plus dangereux (i), »
Mort de Maurepas, — Vergennes h remplace^ — La nomination de Joly de Fleury fut le dernier acte politique de Maurepas. Il mourut le ai novembre. Louis XVI accorda dès lors toute sa confiance à Ver-
{ rennes. «Il avait toujours entendu Maurepas faire léoge de ce ministre^ qui ne cherchait point à sortir
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