‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 54 sur 89 · LIVRE IV. PART» I. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. PART» I. CHAPITRE IV

§ II. F&BDBRIG I.S GbAND (1740*1786)*

Conquête de la SUésie. — Frédéric JI trouva à son . avétiement une armée toute formée, un revenu libre de toutes dettes , et huit millions sept cent mille écus

dans le trésor. Il profita de ces res5ources l'année même de son avènement. L empereur Charles VI venait de mourir, et de nombreux rivaux disputaient son héritage à Marie-Thérèse ) sa fille, qui, aux termes de la pragmatique sanction, devait lui succéder dans ses nombreux Etats. Frédéric II, le premier, envaliit la Silésie, sur laquelle ses ancêtres lui avaient légué des prétentions, et la victoire de Molwitz lui en assura la possession (1741). Les habitante de cette province étalent prescj^ue tous protestants \ ils l a-* vaient accueilli comme un libérateur, et Frédéric II se les attacha par une conduite sage et conciliante» Marie-Thérèse signa la paix de Breslau, et céda au roi de Prusse la Silésie et le comté de Glatz (174^)) espérant se débarrasser ainsi du plus redoutable de ses ennemis. Mais , en 1744 > Frédéric II recommença la guerre, parce qu'il redoutait la trop grande puissance de Marie*Thérèse* Une armée prussienne pénétra en Bohême et s'empara de Prague. Il fallut que le prince Charles de Lorraine revînt d Alsace pour forcer les Prussiens d'évacuer la Bohême. Frédéric II rentra en Silésie, ou il fut poursuivi par les Impériaux; mais il se maintint en possession de cette province par les victoires de 1 rieclberg et de Soor (1^45). Le roi de Saxe, qui s'était allié avec Marie- Thérèse, porta alors la peine de cette faute politique* Frédéric II envahit ses États , s'empara de Leipzig , de Torgau, et, maître de Dresde, il dicta les conditions de la paix au roi Auguste, qui paya un million d'écus.

La paix, de Dresde mit fin également à sa lutte contre TAutriche, Marie*Thérèse confirma la cessioa

il, • ' a3

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53o H1STQIB£ D£& ÏEMP& MOD£&ll£â.

de la Silésie , et Frédéric II reconout François de Lor**

raine comme empereur (iy4^)'

Cette paix dura dix ^u&r Alarie^Tlierese avau em*

l^yé cet intei valle.à.£brmeriine ligne générale contre : Frraérto 11. La -Franeev la Bisssie et rAttlriche<d''«uiii** rent, pour la première fois, dans le but de resserrer la Prusse cLui^ ses anciennes limites (lySô). Frédéric II n^vait d autre allié que le roid Angleterre, Georgeii^ qui craignait pour son électorat de Hanovre.

Guerre de SepParw. — > Frédéric 11 prévint ses^en^ nemis. il envahii la Saxe en 17 dvtjc une armée de quarante mille huuimeâ, battit ie& Saxons à LuwositZy. et s'empara de Dresdei^ où il publia les* pièces diploN manques saiAts dans le palais de l'électeur^ et qui aS^ testaient raltiahce-seerètîi de ce prtnceiavec la France et l'Autriche.

. . A cetle nouvelle , la France arma cenC mille hûuuiie&« pour soutenir l'Autriche , jet la diète vota un contioA gent de soixante mille, hommes*. Frédéiic II ne fus:paa effrayé. Il pénétra en iiohême et remporta, sous les , muis de Prague, une victoire longtemps disputée (1^57). Mais l'arrivée du maréchal Daun aveoi unenouvelle açmée, et la^ défaite de- KolHn , le forcèrent àévacuer la Bohême pour couvrir la Saace et la* SiMiini Cependant les Russes étaient vaiii(|ueurs à Jas^erndorf, les Français à Uasteuibi^ek et à Closter-*Sevea«« Menacé à la foiapir qnatreiacmées.victonieusesiyJS'n^' dmc II semblait pecduw II voulut se. donner Ja« mort» . Mais bientôt) reprenant courage, il battit Soubise- à. Rosbach, puis les Autrichiens a Lissa. En moins de huit jotura^ il reprit U)ute la Siléaiei « Jamais, dit Frédaéi^^,. campagne n av^t ététplus lécoude en révolutions s«r* btees die. la fortune* Cets^ suite: d evéntments , contraires et décisifs, avait étourdi FEurope. 11 talluf quelques moments de tranquillité pour que les espiats se recueilliâseat , et pour que. chaqiMii^issaace

pût considérer de sang-froid sa situation. D'un côté, le désir de la vengeance^ 1 ambition blessée > le dépit> lé désespoir^ remirent les armes à la main; de lautre, la nécessité de se défendre, et quelques rayons d'esr p,érance, portèrent u faire les plus grands efforts. ^>

L'année suivante fut niarcjuée par la bataille de* Zomdorf) qui resta indécise (ijSS). Toutefois, les^ Russes avaient éprouvé les plus grandes pertes. Ils se retirèrent. Frédéric II retourna en Saxe, où Je prince Henri était sur le point de succomber sous les foices supérieures de Dauu. Une bataille fut livrée à Hochlûrchen. Les Prussieii3 laissèrent dix mille hommes movis sur le champ de carnage. Frédéri^II se retira avec les débris de son armée, et Daun n osa point le poursuivre. 11 prit ses quartiers d'hiver à Breslau.

Eu 1759, Frédéric II perdit vingt mille hommes à I^. bataille de. K.uDersdorf. Le général russe Soltikoif en avait perdu un pareil nombre. Il ne profita pas de sa victoire, laissa les .\uîrichiens seuls chargés du poids de la guerre. L'armée prussienne parvint à tenir la campagne jusqu'au mois de décembre.

En .1760, le général autrichien Glatz tailla en pièces un corps de dix mîlle^ Prussiens à Landshut, mais il échoua devant Breslau. Bientôt Frédéric II et le maréchal Daun se reUouvèrent en présence et se livrèrent de nombreux combats. Toutefois , à la fin de la campagne, Daun se retira et< laissa les. Prussiens maîtres des deux tiers de la Saxe.

En 1761, Frédéric II se tint sur la défensive et fut aisiég^ clans son camp par une armée austro-russe de cent "vingt mitle hommes. Il se maintint cependant dstns la position fortifiée qu'il occupait à Bunzelwitz et força ses ennemis à la retraite. Mais sa ruine ne paraissait quiajournee. Ce qui le sauva, ce fut la mort de l'impératrice Elisabeth (1762), qui lavait poursuivi de su haine jusqjm'au dernier instant de sa vie»

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532 mSTOIRB DES TEMPS MODERWES.

Son successeur , Pierre III, plein d'enthousiasme pour Frédéric II, fit alliance avec lui, et Catherine II, qui

renversa ce prince, se prononça au moins pour la neutralité.

L'année suivante, la paix fut conclue à Huberts* bourg sous la médiauon de la France et de la Russie (1763). Frédéric II conserva définitivement la Silésîe et promit sa voix à rarchicluc Josepli.

Situation de la Prusse après la guerre de Sept ans. — « On ne peut, dit Frédéric II, se représenter Tétat « de la Prusse, à la fin de la guerre de Sept ans, que « sous l'image d*un homme criblé de blessures, affai» « bli par la perte de son sang, et près de succomber « sous le poids de ses souffrances, La noblesse était « dans l'épuisement, le petit peuple ruiné, nombi^ de « villages brûlés , beaucoup de villes détruites. Une « anarchie complète avall bouleversé tout Tordre de la «police et du gouvernement. En un mot, la désola- « tion était générale.**. L'armée ne se trouvait pas dans « une meilleure situation : dix-sept batailles avaient fait « périr la fleur des officiers et des soldats. Les régi- « meiits étaient délabrés et composés, en partie, de « déserteurs ou de prisonnier^. L ordre avait disparu^ « et la discipline était relâchée au point que nos vieux « corps d'intanterie ne valaient pas mieux qu'une nou- « velle milice, »

Aduu/u'stration de Frédéric. — Frédéric II, instruit

})ar tant de revers, conclut une alliance étroite avec a Russie, et ne s'efforça, pendant le reste de son règne , que de réparer les désastres de la guerre de Sept aiis. La Silésie se ressentit principalement de ses bientaits. Tous les habitants, nobles, prêtres et bour» geois, furent soumis au même impôt. Le souverain pnya la taille de ses domaines comme le dernier de ses sujets. Les anciennes forteresses furent rétablies, et l'on en consu ui:>it de nouvelles. Frédéric II repeu-

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pla plus de trois cents villages, et rendit à la culture

une foule de terres demeurées en friche depuis longues années. £n moins de quinze ans ^ la population excéda de soixante mille âmes celle qui existait ayant la guerre de Sept ans.

La sollicitLule du roi s'étendit sur le royaume entier. <t II donna ses soins à la réforme de tous les collèges fondés pour Tinstruetion de la jeunesse. Les maîtres ne s'appliquaient qu'à remplir la mémoire de leurs élèves, et ne travaillaient point à former et à perfectionner leur jugement. Cet usage, qui était une continuation de rancienne pédanterie tudesque, fut corrigé I et sans négliger ce qui est du département de la mémoire, les instituteurs furent cllfargés de fa* nnliariser dè^ la jeunesse leurs élèves avec la dialectique, alin qu'ils apprissent à raisonner (i). »

Pour la première foiSy on introduisit de l'ordre et de la régularité dans les procédures. Les formalités furent abrégées au point que sur neufmîlle trois cent soixantesix procès qu'on piailla en 17^2, trois seulement ne furent pas terminés dans l'année. Le roi fut moins heureux dans son projet d'établir un code basé sur le droit romain. Un vice radical , qui paralysait toute ré* fuiine judiciaire, c'était le pouvoir despotique dont Frédéric II se croyait investi, et en vertu duquel il cassait à son gré les sentences des tribunaux.

Si la réforme judiciaire ne fut pas complète, il faut reconnaître que Frédéric II fut plus heureux dans les autres pnrties de l'administration. Les vastes marais qui s'étendaient le long de l Oder lurent desséchés en partie. Un port fut construit à lembotichure de ce fleuve et reçut le nom de Swinemunde. De nombreuses manufacturcs fuient établies à Berlin, àPotsdam, à Francfort-sur-iOder^ à JViagdebourg. Les revenus du roi s*é*

(i) Frédéric H, Ménoîra bittoriqucs.

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*^534 'BRSTOilŒ DES TBMFS MODBRNES.

levèrent tous les ans, grâce à ces âmëlfora tiens , 5Ms qu'il fut besoin tretablir de nouveaux impots. En 1766, ils étaient augmentes de 1,200,000 «eus, malgré lis 'désastres de la guerre de Sept ans.

Après la paix d'Hubertsbourg, 'Frédéric II -fit'iila nouveaux efforts pour ajouter k la prospérité croissante de son royaume. Un canal réunit l'Oder à la Vistule. Des digues s'élevèrent sur la Wartha et la Neiie, depuis Drieaen jusqu'à Gustrin; le long de FOder, depub Custrin jusqu'à Oderberg; le long de FElbe et d« la Havel et dans ])lusieurs autres parties du royaume. 'Plus de deux cent mille arpents de terre furent ainsi soustraits aux inondations et rendus à Fagriciilttire» Aussi i agriculture se déyelo^a-t*eMe d'ânnée en an* née, et le sol sablonneux de hi Prusse, qui semblait condamné, par la nature à la stériiiié, ne iouruit pas seulement à la notnrriture de ses habitants , mais encore à celle des peuples Toisins.

Mais la grande gloire de Frédéric If, ce lut 1 admirable organisation quil donna à son armée. La discipline la plus sévère fut observée dans les camps, et les attributions de chacun furent • déterminées ayec une exactitude souvent minutieuse. L armée fut portée à deux ceut mille hommes , et divisée en trois classes : régiments de campagne, régiments de garnison et bataillons francs. Chaque automne, de grandes manœuvres avaient lieu à Potsdam, et le rot aimait à donner à ses généraux la représentation d*une des grandes batailles qu il avait livrées.

Partage de la Pologne, — Cette puissante organisation militaire élev% bientôt la Prusse au rang des nations les plus fortement constituées. En 1772, Frédéric Il saisit ime oocasi(jn pour piofiter de l'ascendant qu'il avait conquis à son peuple. 11 provoqua le partage de la Pologne, et obtint pour sa part la Poméranie, les palatinats de Culm^et de 'Mxmmbeurg, révèché

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deVarmie, la ville d'Elbing, et une partie de la Cujavie et de la Posnanie.

« L'avantage de cette acq^uisition consistait prioci-' I paiement en ce que, joignsmtJ^ Poméranie à la jPruMe royale, elle i*endait le gouvernement nsaître de la Vmtule^ par conséquent du connu erce de la Pologne; et en ce que, yu la quantité de blé que ce royaume ex- .pocte, les États prussiens n'avaient plus à oraindre '.aésormais ni la dkette.ni la famine. Mais lorsque cette province tomba sous la domination prussienne, tout s\ ressentait de Tanarchie et de la condition qui doivent régner chez un peuple bar bare, croupissant dans rignorance et dans Ja stupidité. On cadastra les terres pour proportionner les charges; la contribution fiât réglée sur le même pied que dans la Prusse royale, les ecclésiastiques payèrent à l instar des évêques et abbés de la Silésie; les starosties devinrent les biens de la couronne ; elles avaient été des fiefs donnés à vîe^ comme ceux des timariots chez les Turcs; le roi dédommagea les propriétaires par une somme de cinq cent mille écus, qui leur fut payée une fois pour toutes. On introduisit des postes dans ce pays agreste et sauvage, stirtout des collèges de justice, dont le nom avait à peine été connu dans ces contrées. On réforma quantité de lois aussi bizarres qu*extrava-

Santês. On appelait en dernier ressort de la sentence e ces collèges au tribunal supérieur de Berlin. Le roi fit oreuser un canal pour joindre, 'de Nakel à Bromberg, la Netze avec la Vistule, au moyen duquel ce grand fleuve avait une communication directe avec l Oder, leHavel et TElbe. Les Tilles étaient dans l etat ^ le pl«6 pitoyable. 'fiUes furent rébâties et repeuplées. * On établit des maîtres en différents endroits pour rinslrnetion de la jeunesse; on ne savait ce que c était

Sue 1 éducation dans ce malheureux pays; aussi étaitsans mœurs comme sans connaissances. On renvoya

en Pologne plus de quatre mille juifs qui mendiaient ou volaient les paysans. Enfin, on ireclie relia soigneusement tout ce qui pouvait éteDdre le commerce; la ville d'Elbiag y gagna le plus, en attirant à elle celui qui précédemment sVtait fait par Dantzig (i). »

Influence de la Prusse, — Cinq ans après le partage de la Pologne , Frédéric 11 se rendit Tarbitre de TAllemagne et le défenseur de sa constitution, lorsque l'empereur Joseph II eut prétendu à Théritage de Maximilien-Joseph, électeur et duc de Bavière, qui était mort en 1777 sans laisser d'enfants. Sa puissante intervention lit passer i électoral à la maison de Deux- Ponts. L'empereur dut se contenter de quelques districts. Frédéric II avait réussi par son énergie à mettre obstacle à l amlfllion envahissante de T Autriche. Il y réussit encore lorsque, quelques années plus tard, l'empereur essaya d'obtenir par des négociations ce

Si'il n'avait pu obtenir par les armes* Frédéric eropé* a l'électeur de céder la Bavière en échange des Pays-Bas. Ce fut son dernier acte politique. Il mourut le 17 août 17861 après un règne de quarante-six ans*

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