CHAPITRE V
Électeurs et princes Allemagne au dix-huitième
siècle.
Le traité de VVestphalie avait assuré aux princes de l'Empire presque tous les droits de la souveraineté. Aussi, depuis cette époque, Thistoire cle rAUemagne prend-elle un caractère nouveau. Cette histoire de*
vient assez semblable à celle de la France au douzième
(x) Fk«déric H, Mémoires hiitoriqaes de à 1775.
xjvRE ir. PART^ z. gbafiteb V» BZ'J
et au treizième siècle. De même que notre ancienne
France, 1 Allemagne est morcelée, et chaque principauté a son histoire séparée.
Nous allons présenter un tableau rapide de i'iiis* toire de ces principautés au dix<-hujtième siècle.
Trois archevêques dominaient sur les bords du Rhin au double titre de princes ecclésiastiques et de princes séculiers : c étaient les électeur^ et archevêques oe Cologne, de Trêves et de Mayence.
Éiecteurs de Cologne. — Au commencement du dix* huitième siècle, le siège épiscopal de Cologne était occupé par Joseph-Clément, fils de Ferdinand-Mai ie- Fran-çois, électeur de Bavière, Ce prince prit parti pour la. France dans |la guerre pour la succession a Espagne. L'empereur le mit au ban «de TEmpire en 1706, et les forces réunies du Palatinat et de la Prusse prirent possession de ses Etats. Il ne rentra dans son électorat qu'eu I7i4) à la condition qu'il démantèlerait la forteresse de Bonn. Son neveu Clément-Auguste-Marie-Hyacinthe lui succéda en 172^5 ,
après avoir été pendant quelques a ni] ces son coadjuteur. A l'exemple de sou prédécesseur, il se déclara pour la France dans la guerre pour la succession d'Autriche qui éclata en 1740. U concourut à Vélection du duc de Bavière, son frère, et le sacra lui-même à Francfort eil 1741* Mais les succès de Marie-Thérese le détachèrent peu à peu du parti bavarois et français. £n 1744} ^ traita avec la reine de Hongrie, et l'anuée suivante il donna sa voix à François de Lorraine* Son successeur, Maximilien -Frédéric , régna paisil>lcn)ent depuis 1762 jusqu'en 1784, ne s'occupant que du bonheur et de l'instruction de ses administrés» Maximilien*François-Xavier , fils de, Marie^-Jhérèse, lui succéda en 1784 et régna paisiblement jusqu'au moment où les armées de la répuLii(£ue française le dépouillèrent de son électorat, ,
538 USTOIH£ DES X£MP5 MOIUBEITES.
électeurs de Tr<^(^^j. — L'archevêché de Trêves ftit occupé successivement par Charles , fils du duc de Lorraine, François-Louis Neubotirg, François* George de Sehoenhorn, Philippe de WalderdcA'f et Clément Wenceslas, qui fut dépouillé en 1794 P^^r les armées françaises, pour avoir accueilli les émigrés à Cpblentz*
Electeurs de Majrence. — L'électeur de Mayenee Lothaire-Franeois embrassa arec chaleur la cause de
la iiiaisoM (T Autriche, dans la guerre pour la succession d'Espagne. 11 mourut en 1729. Ses successeurs restèrent fidèles à sa politique, et dans les guerres 'qui suiviretit, ils furent constamment les alliés de l'Autriche contre la France. L electorat fut démembré par le traité de Lunéville, au commencement de la révolution irançaise.
Electeurs palatins. — Les électeurs palatins, qui résidaient à Manheim, furent, généralement du cdté de la France dans les jurandes guerres du dix-huitième siècle. La famille cles (lues de Bavière s'ëtant éteinte rcn 1777, Charles-Théodore joignit au Palatinat l'élee-* torat de Bavière^ Les deux familles descendaient^ comme on sait, de Temperenr Louis de Bavière.
Electeurs de Bavière. — L électeur de Bavière, Maximilien-Marie- Emmanuel, qui avait soutenu la France dans la guerre pour la succession d*Espagne, ne fut rétabli dans ses États que par le traité de Rastadt {17 14). 11 mou ru 1 en 1726, laissant la Bavière endettée de trente nullions de florins. Sorj fils, Charles -Albert, ne rétablit point l'ordre dans ies finances. Porté par ses goftts au luxe et à ^ la prodigalité, il dépensa en fêtes les revenais de TÉiat. Le
titre d'empereur qu'il se fit donner en iy4^ y consomma la ruine de ses sujets. Lui-même n-essuya que des malheurs , et après sa mort, son fils , Bf aximiiien- Joseph , se hâta de se r^oncilier avec Maxie-Tliërèse
IilV&£ iV. FAET. 1. GHAP1Ï&£ V. 5^9
(1745). LaLdâlte s'élevait alors à ^uaiante millions de
florins. Heureusement la paix répara tant de calamités. Maximili^n-Jû&eph protégea ragriculture et tayQri«a.le Gonuoerce en sillonnant ses États de grandes routes, et en reculant les barrières à lextréme frontière. Défense fut faite aux maisons religieuses de recevoir des legs de plus de deux iiiiiK^ ilorius, el aux religieux de plus de cent« Ajoutons que ALuLimilien fbuda l açadémie des sciences de Munich, qui fut remarquée^ dès *son origine, par les découvertes et les travaux.de Lambert et de Pfeffel. Il mourut en 1777, et l'électeur palatin, Charles-Théodore, hérita de ses États, en vertu du pacte de famille coodu en lyyi- Par la mort de Charli^Théodore en 1799 , la maison de Sultzbaeh dont il était issu s'éteignit, et sa sueces^on passa à .celle de Deux-Ponts.
Electeurs de Saxe. — L'électeur de Saxe, Frédéric- Auguste II, fut élu roi de Pologne en 1697, après avoir abjuré la religion protestante. Nous raconterons ailleurs l'histoire de sa lutte contre le roi de Suède, Cliarles XII. La Saxe lui dut la réloime de son code de procédure, le pont de r£U>e à . Dresde, la galerie des gravures dans cette même ville, et laGadéaiie équestre. Il miMirut'en 1729, et eut pour successeur, en Saxe et en Pologne, son fils Auguste 111. Aous ne faisons que mentionner ici la guerre de Pologne, celle pour la succession d'Autriche et celle de Sept ans, «isqueUes il prit part. Son f>rinGipal ministre, le comte de Bruhl, prit sur lui le plus complet ascm* dant, ét le diri^^ea dans toutes ses enH ( [ lises. Le prince et le iminiâire coururent en 176^, laissant la ^ae minée par les cahniités de la guerre et d'une mauvaise administration. Frédéric- Auguste IV lui Succéda, mais il ne parvint à sa ujajorite (juen 1769. Son règne, qui se prolongea jusqu'en 1827, appartient pre54}ue tout entier à Thiatoire contemporaine.
54o HUTOiaS DES TEMPS MODERNES
JMaisim. ducale de Saxe, — La maison ducale de Saxe était divisée en cinq branches : Saxe-Weimar, Saxe-Gotha , Saxe-Meiningen, Saxe^HiMburghausen et Saxe-Cobourg* Saalfeld. Ces princes étaient trop peu
puissants pour picudie \u\v part importante aux événenu nts politiques dont rAlieniagne tut le théâtre au dix-huitième siècle. Parmi eux, Charles-Auguste, duc de Saxe-Weimar, mérite seul d'être <cité à cause de la protection qu'il accorda aux lettres. Il sut attirer à sa cour tous les hommes les phis illustres de son temps, Herder, Knebel, Schiller, Wieland, et le plus grand de tous, Goethe, auquel il voua une amitié qui ne se démentit pas durant cinquante ans. La petite Tille de Weiniar devint sous son règne l'Athènes de 1 Alieuiagne. Ajoutons qu il dota son pays d'une iouie d'institutions utiles, et qu'il mérite detre rangé au nombre des meilleurs princes de son époque*
Maison électorale de Brandebourg. Voy. ch. iv. Électeurs de Brunsivick ^ Lunebourg ^ Hanovre. Voj. ch. II.
Les ducs de Bninswîck-Wolfenbuttel , de Holstein-
Gottorj), de Mecldeiuhourg-Schwerin et de Mecklembourg-Strelitz, lurent moins puissants encore que les princes dont nous venons de parler, et leur histoire ne présente aucun intérêt.
La maison d'Anhalt, dh îsée en Anhalt-Dessau , Anhali-ljeruLourgj Anhalt-Coihen et Anhalt-Zerbst, n'est remarquable que pour avoir produit Léopold I^, qui fut un des plus grands capitaines de son siècle, et l'un des héros de l'armée du erand Frédéric, Il était de la ligne d'Anhalt-Dessau. Celle deZerbst produisit Fimpératrice Catherine II, mariée en au grandduc Pierre.
La maison de Bade , divisée en ligne de Bade-Bade
et ligne de Bade-Dourlach, ne jeta aucun éclat au
LlYEE IV. PA&T, I. CHAPIT&fi V, 54 1
dix-liuitième siècle. Les deux branches furent réunies
Les ducs de Wurtemberg qui régnèrent au dix* huitième siècle furent : Ëberhard-Louis, qui embrassa le parti de TAutriche dans la guerre pour la succession d'Espagne; Charles- Alexandre, qui lui succéda en 1733, et Ciiaries-£ugène , qui fonda Tuniversité de Stutgard. Il mourut en i^pS^et eut pour successeur son frère Louis-Eugène. On sait que par la paix de Presbourg^ le duclie de Wurtemberg fut érige en royaume (180 5).
La maison de liesse était divisée en ligne de IJesse- Gassel et ligne de Hesse-Darmstadt. Lies princes de cette maison entretenaient des années assez nom-* breuses, qu*ils vendaient pour des subsides, tantôt à FAngleterre, tantôt à l'Autriche.
Outre les maisons souvjsraines dont nous venons d' effleurer l'histoire, TAllema^ne comptait encore une foule de petits princes qui n avaient d autre pouvoir que celui d*opprimer leurs sujets. La plupart furent médiatisés au commencement du dix-neuvième siècle.