‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 56 sur 89 · PORTUGAL · texte numérisé non relu

PORTUGAL

Le rôle brillant du Portugal finit à proprement

!>arlt r avec la défaite et la mort du roi Sébastien, à a bataille d'Alcazar-Quivir (4 août iSyS). Le grand CanK>ëns mourut de douleur à la nouvelle de ce dé* sastre qui annonçait la ruine de sa patrie. Deux ans après, le Portugal devint une province de TEspaj^ne. La soumission du Brésil et des colonies portugaises en Afrique et aux Indes orientales compléta le triomphe de Philippe II (x58o). La duchesse de Bragance lui

vendit bcb qnfétentîons.au troM pcmr k toonie tin

million sept cent mille ducats, à condition seulement que la dignité de connétable serait héréditaice dans M famille* Dès lors le joug de l Espagne s'appesantit «iop le Portugal. Au Keu de traiter^ Portugais eomme des membres d'une même famille, les Espagnols ks traitèrent en peuple conquis , les accablèrent de taxes et les associèrent à leurs désastres. Tous les maux CMués par le {gouvernement tle Philippe II et €le>ses

retombèrent sur les- Portugais. L'oppres-

sion dura soixante ans.

En 1640, les Portugais se révoltèrent enfin, en- - ftmiragés -seerètoment par la France , qui poursuiwît alors par tous les moyens l'ahaiMemeiit de .b monarchie d'Espagne. Le petit-fils de la duchesse de Bragancc qui aviût renoncé à ses droits, fut procianié voi :60iis ie nom de Jean iV (i^'^ décembre i64o). lui peu de semaines il fntTeoonnu dans toutes les pce* TÎnces de roncien ro^ume de Portugal.- Les eolmies portugaises qui n étaient pas encore tombées au pouvoir de l'Angleterre ou de la Hollande , se soumirent à sa domination , à Texception de Ceuta. Le roi d'Espagne Philippe IV fit de vains efforts pour repla* cer le Portugal sous le joug. Distrait par la guerre de Trente ans, par la révolte de la Catalogne et du royaume de Naples, obligé de disperser dans toutes les parties du monde les forces de son royaume, il se trouva hors d'état de Teoonquérir le Portugal, dont il reconnut enfin Tindépendaiu c.

Mais le Portugal rendu à la liberté ne recouvra pas son ancienne puissance. Ses ressources étaient épuisées, et sa population, réduite de plus de*wioiliéy>ie 'trouvait bars datât de réparer les 'mainc^de la pattie. Peu à peu le Portugal devint comme une dépendance de TAngleterre. Ennemis naturels de l'Espagne, les accordèrent aux Portugais une ptMaction

Cl^ira-IV* MUT. I. OfiLAPimS VI.

'intéressée, et finirent |)ar exploiter comme une province ce royaume qui croyait leur devoir en parlie

^la oons^vation de son indépendance*

Jean lY fut procianté roi à Li«bbnne le i^' déôeaibre 1640. Son règne, qiii dura seize ans, fut consacré towt entier à raffermissement de son trône. Les Espa-

^gnols, distraits par leurs guerres nombreuse», ne combattirent que moUenient les Portugais quils nfiec-

'taient de traiter comme des rebelles. Mais bientôt les traités de Westphalie et des Pyrénées leur permirent de pousser cette guerre avec plus de vigueur. En 1661,

'ils .résolurent de frapper un coup décisif. Une armée

«liombreaseet aguerrie pénétra dans le Portugal (1661), s'empara d*Evora, et parut sur le point de reconquérir ce royaume. Mais déjà les ressources de la monarchie espagnole étaient si épuisées, que l'argent manquait

i)our Tentretien des troupes. On peut en jvLger fQr esumnbreiisea dépêches que rarchevéqne d Embrun, ambassadeur de France à Madrid, adressait alors a son gouvernement.

« La nécessité est si grande parmi les troupes , écrirait-on à ce ministre , qu'elle a forcé quelques officiers du rqo^iment du marquis de Uche , qui étaient en garnison dans Alcantara , d aller attendre les passants sur les avenues de la place, pour les voler^ se disant ennemis qntMqne masqués. On en a pris quelques-uns-qu'on a condamnés à la mort. Ih en ont •eppelé an marcjuis, qu'on voit dt ja assez porté à leur pardonner. Ce sera avec justice, puisqu il souiïre qu on 'ne châtie pas ceux qui déseitent. «

fiùus pourrions multiplier ces citations et protrrer ^^si justfn-'à réridmee «dans qtiel étdt déplorable- se trouvait rai nicH' dcsiinée à reconquérir le Portugal. 'L'Espagne, naguère si puissante, n'eut plus même assez de loixes pour triompher de la faible résistance q^u'on hïi opposait. Ymcus à Alntenîal ( 1063 ) et à Montes-

HlSXOi&£ DES TEMPS MOD£A»£5.

claros (i665), les Espagnols éracuèrent lePoitagal,

qui resta liLie et iiult' pendant.

Ces victoires illustrèrent le règne d'Alphonse VI qui avait succédé à son père Jean iV en i656. Ce

f rince fut renversé du trône en 1667, par son frère ierre , qui s'empara de la régence et se fit proclamer roi en 1677, sous le lioin de Pierre 11, Alphonse VI mourut dans sa prison à Cintrai en x6b3.

Le nouveau roi entra dans la grande alliance qui setait formée contre Louis XIV au commence* ment du dix-huitième siècle. L'ambassadeur anglais en profita pour conclure avec lui un traité de commerce très-avantageux pour la Grande-Bretagne y qui accorda depuis lors sa protection au Portugal (170a)» Pierre II mourut au commencement de la guenw pour la succession d'Espagne (1706), et sou (ils Jean V lui succéda à 1 âge de dix-sept ans.

Jean V resta fidèle à la politique anglaise, et il en recueillit les fruits à la paix d'Utrecht (17 1 4)- L*£spa*

fne renonça à la colonie de San-Sacramento sur la lata, et la France au district entre 1 Amazone et rOyapok.

Depuis le traité d'Utrecbt jusqu*à la mort de Jean V| le Portugal ne prit aucune part aux grands événements dout l'Europe fut le théâtre. Durant un espace de trenle-cinq années, ce royaume essaya de réparer par. les hienfaits de la paix les maux qu il avait soufferts au dix-septième siècle. Jean V ne convoqua plus les cortès, apn que la tranquillité du Portugal ne reçut aucune atteinte. Mais quoiquil gouvernât en prince absolu, le peuple aimait ce despotisme qui lui garantissait Tordre et Tindépendance sous un prince national. Aujourd'hui encore la mémoire de Jean V est en vénénuiou parmi les Porlugais. Ce prince, dont le vrai mente fut d*assurer la paix, de son royaume pendant un espace de trente-cinq ans, était loin d avoir

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aucune qualité remarquable. Livré à la débauche la plus effrénée , il essayait de calmer les remords de sa conscience par les pratiques dune dévotion pusillanime. CVst sous son règne que Tarclievéché de Lisbonne fut érigé en patriarcat (1720). Le patriarche fut nomme légat a laîere par le pape Clément XI j le roi le combla d'honneurs et de dignités. Il attacha à l'é* glise patriarcale soixante-dix chanoines mitres, dont chacun reçut un traitement de cinq mille cruzades. La cour de Rome se ressentit également des pieuses libéralités du monarque. On a calculé que pendant le cours de son règne il envoya au pape quatre-vingtquatorze millions de piastres, c'est-à'^lire, environ cinq cents millions de francs. Ces libéralités, qui appauvrirent le Portugal, valurent au roi le titre de roi tres^ fidèle^ qui lui fut décerné en 1748 le pape Benoît XXV, et que ses successeurs ont porté après lui.

Tandis que Jean Y prodiguait ainsi les ressources de son royaume, l'agriculture dépérissait de jour en jour; le commerce et l'industrie tombaient en décadence; les finances étaient ruinées. La découverte des diamants du Brésil, v(rs 1728, apporta un instant qudU que soulagement à la misère publique; mais le Portugal n'en continua pas moins à s appauvrir, parce

2u'il manquait de manufactures et qu il dépendait des trangers pour ses premiers besoins. Ses blés et ses draps lui venaient a Angleterre, de Hollande ou de France; les Anglais s'emparaient de ses vignobles. Aussi l'Angleterre veillait-elle avec un soin jaloux à l'indépendance du Portugal. £n 1760 elle garantit ce rovûume contre une agression de TEspagne. Le résultat de sa médiation fut que le Portugal lui céda les îles Philippines, la colonie de San-Sacramento et tout le territoire au nord de la Plata. Le Portugal obtint en retour les provinces situées entre le bord septentrional de TYbiari et le bord oriental de TUraguay.

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BI6TOXAE BES .TEMPS ^afmiS&NBâ.

Le pnys enclavé entre ces deux rivières contenait sept des colonies ou reâiucUo/is ^xie les jésui-

•tes avaient ièfidées au Bava^nay. « depuis plus d*un BÎècle^ la loour d'Espagne^ «nbamaoée du fardeau de ses immenses possessions dans le nouveau monde, avait abandonné aux jésuites, comme à titre de

^fief, le vaste et fimile territoire qui compose Ja province ^du Paraguay. Heureux dy m>uiper des patf-

«piadeS 'dont l'extrême douceur de oaraotère paraiaaait

'tenir à la stupidité, ils en avaient fait des chrétiens

' peu instruits et tles esclaves dociles ; ils exerçaient sur

' eux la triple autorité de souverains, de maîtres et de pontifes; ils s étaient attachés à leur iaire trouver de bonheur dans un traTaîl modéré. Leur espérance était d'atiirer les ti ibus voisines sous leurs lois paternelles et nûnutieuseuient régulières. Les dominicains voyaient •avec une extrême jalousie un gonv^nement théeova-

'ticfue qu'ils n'avaient pas su fonder dans des contrées où ils avalent accompagné les Pizarre et les Almasfro. Ge fut, dit-on, par un effet de leurs intrigues <j!ie la

• cour d'£spagne céda au Portugal quelques di&tricHs

- idu. Paraguay (i). » ^

Les jésuites qtii habitaient les provinces cédées s'opposèrent à l'établissement de la domination portugaise* Il en résulta une guerre qui dura plusieurs années, et qui fut, sous le règne de Joseph P% une des'principales e^uses de la chute de cet ordre ce»

' lèbre.

Jean V ne vit pas la fin de cette guerre. Il mourut pauvre et déchiré de remords en i^So, Son fils ainé^ Joseph 1% lui succéda. Élevé dans Tignoiance la plus complète, ce prince était incapable de régner. Sje

iiia: (|uis de Pombal s'empara de la direction des affaires. Le uùnisière de cet homme audacieux et en*

(i) M. Laer«tdle ^ Hlitttire do dte-boitiàmeuiède.

trepreiiant est l'époque la plus mémorable de This- Jtoire mocierne du Portugal.

. L'agrieukare, l>inchtstrie, le commerce, furent de nouveau encouragés. Une flotte fet équipée peurtgarrantir le PoiLugal coiitix' les insultes baiharesc|iies. -On releva les fortifications des places frontières; on assura Ja solde des troupes.- line loi apporta des limites là Fautorité de Tinqnisîtion (i^Si). ¥imr ^inûmier le '^ponwir^e la noblesse , Pomhal nt révoquer «les concessions de terres que les rois avaient faites à des .familles puissantes en Amérique et en Afrique. \îm compagnie fat formée en 1764 pour le commerce de 'ilaiOhsne et des Indes. Mais Pombal ne parvint pas à soustraire ic Portuc^al à l'influence an<>laisc. Tout le commerce du Portu^^al était entre les mains des An-

Tu

glais, qui recevaient dans son entier l'or que les Portugais tiraient du firésii. Pombal publia nn édit;qfii défendit la sortie de Vor du royaume; niais il fut €d>}igé de \c retirer sur les réclamations du cabinet de Londres. Au milieu de ces améliorations , Pombal fut arrêté par le tremblement de terre qui renverea Lisbonne (1755). Il répara autant qu'il put ce grand désastre, et Lisbonne se releva de ses ruines.

Parvenu au faîte du pouvoir, Pombal ne trouvait d'obstacle à son autorité absolue que dans les grands et dans les jésuites. La* destitution du ministre de la marine , Mendoza de Cortereal , Texil d'un Souza , d un La Cerda , d'un Mnrialva , d im Brajifance, brisèrent la résistance de la noblesse. Les jésuites, chassés en 1757' de la cour de 'Belem, privés ensuite d'une -partie de leurs biens, tarent expulsés du Portugal- en '1759, à la suite d*un «attentat dirigé contre la per- . sonne du roi , et dont les motifs et les circonstances sont demeurés entourés d'un profond mystère. On les ' déporta en Italie au nombre de huit cents, et il leur 'fht défendu'sous peine ^e mort*^ -mettre le pied sur

548 HISTOIRB DES TEMPS HODERHES.

le sol portugais. Leurs biens furent réunis au domaine de la couronne. Le père Malagrida, accusé d avoir été 1 âme du complot dirigé contre le roi , fut condamné à mort et envoyé au bûcher.

Joseph mourut en 1777. Sa fille aînée Marie lui succéda. Finit jours après, Poml)aI tut éloigné do gouvernement dont il avait peut-être trop tendu les ressorts. Le Portugal, soutenu par l'Angleterre, était en raerre avec TEspa^e et la France, à lavénement de Marie. La jeune reine termina les hostilités par les traités de Saint-IKh fonse (1777) et du Pardo (1778). Il y eut dès lors une intime union entre les cours de Lisbonne et de Madrid , et le Portu|[al échappa pour quelque temps i Tinfluence anglaise. En 1786, la reine perdit son époux et son fils aîné. Dès lors elle s'abandonna à une mélancolie p roi on de qui 1 empêcha bientôt de soccuper des affaires du gouvernement* L'infiint don Juan s'attribua les fonctions de régent «en 1792, et gouverna en réalité le Portugal depuis cette époque, bien qii il n'ait été proclamé roi quà la mort de sa mère en 1B16.

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