ESPAGNE
Philippe V avait été afiernii sur le tione d Espagne par la paixd'Utrecht, et dès lors avait commencé pour ce royaume une ère nouvelle. L'influence française l'arrêta sur la pente de sa décadence et prépara sa lente régénération. Du reste, il faut le dire, Philippe V, ou» bliant promptement les conseils de Louis XIV , n*exerça pas une iniiuence personnelle sur les destinées de ses
LIVKE lY, PARTIE I. CHAPITRE Vil.
nouveaux sujets. Livré à Tindolence et aux plaisirs , il abandonnait volontiers la direction des affaires nux ersounes qui prenaient de l'ascendant sur son esprit* a première épouse , Gabrielle-Louise de Savoie^ avait longtemps gouverné en son nom ; mais elle-même se laîssiÛL guider par l'altière princesse des Ursins. Gabrielle-Louise étant morte en 171 5, la princesse des Ursins entreprit de donner à Philippe Y une nouvelle épouse qui fàt non moins facile à gouverner que la première. Elle jeta les yeux sur Isabelle Famèse, héritière (le Parme, de Plaisance et de Toscane. Mais bientôt convaincue de son erreur, elle voulut rompre les négociations et hâta sa disgrâce : la nouvelle reine^ instruite de ses intrigues par Fastucieux. Albérooi, lobligea de sortir du royaume.
Dès lors Albéroni devint tout-puissant. Crée ministre et cardinal, il entreprit de rendre à l'Espagne son ancienne splendeur. Il ne voulait rien moins qu*ôter la régence au duc d'Orléans , rétablir les Stuarts j humilier TAutriche et reconquérir Tltalie. Linstmment dont il prétendait se servir était le roî de Suède Charles XII. Ce plan gigantesque échoua partout* La conspiration de Cellamare fut découverte (i); la mort de CnarlesXII le priva de son meilleur appui; les Anglais détruisirent ia marine de l'Espagne aont le rétablissement avait coûté plus de cinquante millions , enfin une armée française . s'empara de Saint-Sébastien et de Fontarabie. Plulippe Y, environné de tant de dangers , disgracia son ministre. Albéroni se retira en Itahe. « L'Espagne, dit-il un jour au cardinal de PoH- « gnac, est un cadavre que j'avais animé; mais, à mon « départ j il s est recouché dans sa tombe. »
Les événements se chargèrent de démentir ces or* gueilleuses paroles. Le roi de Maroc avait entrepris
(i) Toycs lim IV, part, f , ch. t, sect. $ p. 373 et tuiv.
5^0 HiiTOiu UBê nnm. Momumm$4
le aittge d« CeiUa% Sdu milla yetérans , . comaonéé»!
par le marqtiis de Leyde, partirent de Cadix po«i:
aller (UlAviei la ville assiégée; Les Maures furent repousses et refoulés jusque daaâ les murs de Tetuan et de Tanger.
Mais il était pUia difficile de détruire les abus de«
l'administration intérieure que de repousser les en-nemis du dehors, Piiilippe V Dr i ecula pas devant les difficultés de cette entrepri&e plus uûle que glorieuse. Mais il fut mal secondé par ses miniatrea, et dans un miHneut de découragement il abdiqua, quoiqu'il fi&ti peine âgé de quarante ans (1724).
Sou. ilis Louis mourut dès la première année de son règne), et Philippe V remonta sur le troiie^ Le baron de Ripperdai ambassadeur* de HoUaiide^ Isi dirigeait alors par ses conseils. Philippe Y le créa duc et grand d'Espagne, et Iç nomma bientôt après niinistre des affaires, élcangères. Mais le crédit de O0<^ favori fut de courte durée. Disgracié en» 17^8, il as relira en Alriifiie, et, ayant embrassé la-religion ma^ hométane, il servit le roi de Maroc contre son anciea protecteur.
L'£spagne, malgré ces changeioenls^ ooMinuailH sa «marche -ascendante et reprenait paura peu uaieipsr' tie de son ancienne- pnîssanee. En Afirxquie elle* s*eni^
parait dOran (i^Sa) et résistait aux attaques luul-tipUéesduxoi de Maroc. £ri Italie, 1 infant do» Carlos^ né d$JL second maria|^ de Philippe V avec TsabeUe^ pnennit possession des dudhés. de* Baraie^ deiPlaisaoe» et de Toscane, malgré les obstacles que Tempereufi mettait à son avéneuient fin^iV Lorsrfiie , l'année* suivante, euit éclaté la guerre pour la successiomde Bologi^ie ^. , les cours- de Madrid et de Turia. fireaeial- Ivince avec la Franee contre 1* Au triche^ Les Napoli^ tains et les Siciliens détestaient le joug de rAutnche,
et regrettaient la domination de 1 K^pag^e» DoAiCarlûs
LIYU. IV. PART. »I. XSAflTAB TIU. 55 1.
profita do leurs dispontums et envahit le royaume de.
Naples avec une armée de 3o,ooo Espagnols. La victoire de Bitonto, renipuriée par ce prince et par Monteniar en 17349 amena la soumission de ce royaume qui fut bientôt suivie de celle de la Sicile. Don Carlos > conserva le royaume des Deux-Siciles par le traité de Vienne. L empereur Charles VI reçut, à litre d'indemnité, les duciiés de Parme et de Plaisance. La Lorraine fut donnée à Stanislas Leczinski^ et le duo de Lorraine reçut la Toscane en échange de ses do-: maînes héréditaires. Enfin le roi de Sardaigne obtint Novare, Toitone et quelques . diâtdcXSi détachés du Milanais. (1738)..
V A < peine la pfdx .fui^eUe rétablie, avec TAu triche ^ que TEspagne se trouva en^pag^e dans une guerre avec.
TAngleterre. Les Anglais se plaignaient qu'on les empêchât de faire la guerre dans l'Amérique espagnole, et, fidèles à leurs habitudes, ils déclarèrent la guerre en. s*•emp^raQt par surprise de Porto-fiello^ Mais, leurs tentatives sur le Pérou , et la, Floride furent déjouées ; ils échouèrent dans leur expédition contre Carthagène, et, s ils nuisirent au commerce de l'Esp^ne, iiâ ne réussirenl^ pas à. entamer ses. possessions.
Cette guerre n était paa encore apaisée , lorsque Ja mort de Charles VI vint jeter FEurope dans, une coUfllagration générale (1740). L'auibaieuse Isahelle, qui voulait donner un. .trône à «son second iils^ don Phi* lippe , poussa son faible éppux/à se déclarer contre Mavie^Thérèse. Philippe^ V ne .vit pas la fin de cette nouvelle guerre. Il mourut en 174^ ? après un règne; long et agité, mais fécond en victoires, et qui avait, retcampé le courage des Castillans.
I^srdinand. VI lui.s«iocëdaii.ràge de 33 ans. Ce fut un des. souverains^ les plus, distingués de FEurope. Il comprit que l Espagne avait besoin de repos pour réparer ses pertes, et -pour laire reUeuiir imdustrie
552 mSTOmE bes teups modsahbs
et le commerce. Après la bataille de Rottofreddo, il retira ses troupes de la Lombardie, et obtint par le traité d* Aix-la-Chapelle (174S) 1^ souveraineté des du« chés. de Parme, de Plaisance et de Guastalla pour l'infant don Philippe, second fils dlsab^lle et de Philippe V.
Depuis cette époque, Ferdinand Vi ne s occupa que de la régénération de l'Espagne* Les impôts furent diminués; ragriculture , le commerce, l'industrie, reçurent des encouragements; de sages règlements rétablirent Tordre daus les finances; les revenus, qui s'élevaient à peine à trente millions de réaux sous le règne de Charles II, furent portés à plus de trente millions d'écus. LorsquHl mourut, en lySp , TEspagne avait une marine de cinquante vaisseaux de guerre, et un trésor de près de soixante millions, fruit de sa sévère économie.
Don Carlos, roi de Naples, succéda à son frère Ferdinand VI, sous le nom de Charles III, après avoir cédé le royaume des Deux-Siciles à son troisième fils^ Ferdinand lY (1759).
Le nouveau roi suivit d^abord la politique de son prédécesseur. Mais bientôt le pacte de famille l'en* traîna dans une guerre désastreuse avec l'Angleterre ' (176 1). Repoussés du Portugal par une armée an* glaise , les Espagnols se virent enlever la Havane, Tîte de Cuba, et, clans la mer des Indes, Manille et les Philippines. La paix de Paris mit fin à cette guerre en 1763. Là France céda à l'Angleterre le Canada, le cap Breton, la Grenade, Saint-Vincent, la Dominique , Tabago et la côte du Sénégal. L'Espagne céda la Floride, et obtint, comme indemnité de la France, la Louisiane. Les autres conquêtes furent restituées.
Le pacte de famille avait entièrement rétabli l'influence française en Espagne. A l'exemple de Louis XV, Charles III exila les jésuites (1767). Leurs biens im«
.LIV&S lY» BAAT» U GICAPITU Yll. ,553
menses furent confisqués au profit de la couronne. Le comte d'Aranda avait été le principal instrument de Fexpulsion des jésuites* Ce ministre éclairé réprima une foule d'abus. Il restreignit le droit d'asile ; soumit les moines à une vie plus réglée, diminua Tinfluence de linquisition , et défendit l'autorité tem* porelle contre les empiétements du saint-siége. Une partie des biens de TÉglise fut employée à encourager des sociétés patriotiques qui s'occupaient du progrès de riiidustrie, de l'agriculture et des arts. Une colonie de huit mille laboureurs allemands fut établie à Sierra-Léona. Les travaux du canal d'Aragon, inter* rompus depuis deux siècles, furent repris. La création de la banque de Saint-Charles vint au secours de Tin* dustrie et du commerce, en rendant plus facile la circulation du numéraire. Tolède fabriqua de nouveau des armes blanches. Des fabriques de draps établies à San-Fernando et à Guadalaxara occupèrent 24,000 ouvriers. Une école d'artillerie fut fV)nd( e a Ségovie, une de cavalerie à Ocana, une de tactique à Avila. La marine militaire fut restaurée. En 1788 , l'Espagne avait près de quatre-vingts vaisseaux de Ugne. Enfin la liberté accordée en 1778 au commerce des colonies donna un immense essor à la marine marcliande. Dans la guerre d^Amérique, la marine espagnole joua un rôle important comme auxiliaire de la marine française. Ce fut la seule guerre à kfjuelle Charles III prit part dans la seconde partie de sou règne. Il mourût en 1788, et emporta avec lui les regrets de tous les Espagnols*