LIVRE IV. PXET. II, CHAPITaE I
put étouffer Fintelligence aussi étendue ^ue vigoureuse qui se cachait sous cette écorce grossière. S eie* vaut au-dessus des préjugés du reste de la nation et de ceux que Téducation avait développés en lui , il compara l'état de la Russie à celui des Etats de l'Occident. Il comprit que la civilisation seule pouvait donner à la Russie la grandeur <|ue lui promettent ses ressources, matérielles, et il résolut de Fintroduire dans ses Etats, non par amour pour elle-même, mais uniquement pour les avantages qu'il en espérait. Voilà
Eourquoi il ne prit de la civilisation européenne que is éléments matériels, que les moyens de puissance au dedans ou au dehors^ et négligea la civilisation morale , qui est la seule véritable; voilà pourquoi son histoire présente le singulier spectacle d'un homme que son éducation et son caractère ramènent inces* samment vers la barbarie, tandis que son intelligence lui fait comprendre et adopter toutes les merveilles de la civilisation.
Ce fut un étranger, un Génevois nommé Lefort, qui «veilla en quelque sorte son ^énie.Lefort,que son caractère aventureux avait conduit en Russie , s*était attachéà Tambassadeur danois à Moskou; il fut présenté à Pierre, qui bientôt en fit son favori. Lefort n'était pas savant, mais il avait vu de tout avec le talent de bien ▼oir. Il entretenait continuellement le jeune tzar de la puissance et de la prospérité des peuples de TOccident, et s'attachait à lui en découvrir les sources. Pierre résolut d'imiter Texemple ^qu'on lui proposait. Mais la princesse Sophie régnait toujours; et, comme il devait s attendre à rencontrer beaucoup d'opposition, la première chose à fairt: c'était de se créer une puissance militaire redoutable et dévouée. Il s y prit avec beaucoup dliabileté. Il forma , et sa maison de campagne de Préobajenskoi , une compagnie de ônquante jeunes boyards, qu'il disciplina à la ma«
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nière allematide. Sppbie, la cour^ les strélitz, naieiU * de ces jeux du prince et ne se doutaient pas. tpae ces jeux étaient le prélude de leur perte. La petite troupe augmenta de telle sorte qu'elle forma bientôt un, ré^ gîment. Ce fut le régiment des gardes Prébbajenskoi. Une autre compagnie, formée sur le même modèle, devint le régiment des gardes Semenoffskoi. Déjà un Ecossais, Gordon, commandait un régiment étranger de cinq mille hommes. Lefort en forma un autre dit douane mille hommes dont il fut nommé généml (i). Ainsi Pierre se créait une armée. Ce furent ces pre« xhières troupes régulières qui lui assmereiit ia victoire dans sa lutte contre sa sœur.
pierre grandissait au milieu de ces j^ux guerriers, Déjà il avait dix-sept ans quand il apprenit que sis cents strélitz, exdtes par sa sœur, se sont armés pour Tassassiner. Averti à temps, il se réfugie dans le couvent de la Trinité, fait un appel à la fidélité de ses sujets, réunit autour de lui de nombreux partisans , et punit les complices de sa sœur, qui fut teXégvuàe dans un monasièi e. « Des ce monieiii (1689) Pierre régna. Son frère Jean n*eut d'autre part au gouvernement que celle de voir son nom dans les actes publics; il menai une vie privée et mourut en 1696 (2). »
Devenu maître de l'empire, lierre s!elforca de door* ner une marine à la llussie. On peut admirer ici 1 energie de sa volonté : il avait une telte horreur pou£ l'eau, que la vue d'une rivière lui donnait des CdM vulsions; il parvint à dompter cette répugnance et devint un des meilleurs hommes de mer de la Piusfie et de l'Europe.
Un vieux constructeur de vaisseaux , i^ranidt, qjm avait été autrefois. appelé par Alexis^ lui radouba uiu^ chaloupe anglaise avec laquelle il navigua sux la rivièo^
(r) Le tiers de ce régiment se composait de Français lÉhpil* (a) Voltaii'e^ Jûft, de Xjmb fious Pierre le Gr^wut.
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qui passe à Moskou. Peu après il fit consd:uire sur un lac voisin cinq petits bâtiments, et quelques années après, en 1694^ ^ Archangel, un petit yaisseau
avec lequel il alla prendre possession de la mer Glaciale. A la même époque^ il créa Lefort amiral; ii est vrai que cet amiral était sans flotte. Mais bientôt des Vénitiens et des Hollandais construisirent sur un af» fluent du Don, des barques longues et deux vaisseaux de trente canons ; ces bâtiments pouvaient descendre le Don et tenir les Tartares de Crimée en respect.'
Pierre résolut alors d'essayer ses forces contre les Turcs. En 1688,. le généralissime Galitzin, favori de la princesse Sophie, avait voulu attaquer la Crimée, et de-
Euis ce temps la guerre avait continué. A cette époque^ iTurquie luttait malheureusement contre 1 Empire: le tzar en profita pour assiéger Âzof {lôgS). Cette première expédition échoua. Pierre^ avec cette persistance qui fait un des tiaiis principaux de son caractère, revint l'année suivante, et cette fois Azof fut pris (1696). Il fortifia la ville avec soin, et creusa un port capable de contenir de grands vaisseaux. Sa petite flotte avait battu la flotte turque. Ses généraux et son armée ren* trèrent en triomphe dans Moskou. Pour lui, confondu dans la foule, il suivait le cortège, voulant montrer que céuit aux services et non à Téclat de la naissance et du rang que se rendaient les honneurs.
C'était un heureux présage que te premier succès remporté par la discipline européenne. Cependant Pièrre ne s'abusait pas, il savait que ses troupes n elaient bonnes que contre des Tartares soutenus de
Sruelques troupes turques ; il sentait le besoin de per ectionner ses créations et d'aller chercher au sein même de l'Europe les lumières dont manquait la Russie, Il voulut donc visiter TËurope ; il se réserva les. États principaux^ ceux du nord, le Brandeboui^y la Hollande, TAngleterre, l'Autriche; déjà il avait en-
564 HiâlOIRE BES TEMPS MOD£&N£S.
Toyé soixante jeunes Russes à Venise et à Livourne,
pour y étudier la construction des galères. L Espagne et la France n'entraient pas dans son plan de voyage : l'Espagne, que pouvait-elle lui fournir? en France, il aurait pu apprendre beâucoup de choses, mais il était lié avec la plupart des puissances ennemies de Louis XIV; et en ce moment même, il soutenait en Pologne, où le roi Sobieski venait de mourir, la candidature d'Auguste, électeur de Saxe, contre le prince de Gonti, neveu du grand Gondé.
Pierre partit au mois d'avril 1697, à la suite de trois ambassadeurs qu'il envoyait en Hollande; parmi eux cfait Lefort. Il traversa rapidement la Pologne ^ le Brandebourg, et devança son ambassade à Amsterdam. Aussitôt il alla se faire inscrire dans les chantiers de raijiiiauté, au villaj^e de Saardam, sous le nom de Peter Michaïloff j il se meta aux autres ouvriers; il était vétu comme eux d*un habit grossier et partageait leur nourriture. Les ouvrier», étonnés d*abord^ d'avoir un empereur pour compagnon, s'y accoutumèrent bientôt; ils l'appelaient communément maître Pierre, PeterbaSf. Il apprit Fart de la construction des vaisseaux dans tous ses détails , et envoya à Archangel un vaisseau de soixante canons, sorti presque tout en entier de ses mains. Pendant qu il maniait le compas et la hache à Saardam , il promettait 3o,ooo hommes à Auguste II, élu roi de Pologne en même temps que le prince de Gonti; il recevait la nouvelle d'une vie* toire remportée sur les Turcs près d'Azof, et peu après, delà prise de Pérécop. Il s'instruisait aussi dans la chirurgie, dans la physique; en un mot, il était très-peu de métiers ou d arts qu'il n'approfondît dans tous leurs détails.
En janvier 1698 il passa en Angleterre où il apprit la théorie mathématique de la construction des vaisseaux. Il étudia l'horlogerie et l'astronomie. A son
lilYRS IT. PART. 21. CHAPITRE I.
départ il reçut du prince Giiillaiime nn vaisseau magnifique appelé le Koyal -Transport, quil envoya à Archangel chargé d omciérs de marine et d'artisans. II ne cessait d'engager des ouvriers , qu'il feisait passer
en Russie.
Il avait donc vu les flottes anglaises et les ateliers de Hollande^ il lui restait à voir la (discipline guerrière des Allemands : il se dirigea vers Vienne en 1698. A peine y était-il arrivé, qu il apprit qu'une révolte avait éclaté en Russie. La nation était irritée des innovations du tzar, et entre autres de lintroduction du tabac. Le mécontentement passa aux strélîtz, <^ui se soûle* Tèreht. Ils furent vaincus par le général Gordon* Pierre accourut néanmoins.
S'il s'était enrichi de nombreuses connaissances dans les voyages chez les peuples civilisés, il n'avait *
Ï»as.pour cela dépouillé la oarbarie du caractère russe. Ifit pendre ou périr dans d*affretix supplices 2,000 strélitZj et fit trancher la téte à environ 5,ooo. Il s ou» blia jusqu'à frapper lui-même les coupables. Pendant un repas qu'il donna à l'ambassadeur de Prusse, il fit^ amener des prisons une vingtaine de. strélitz , et à chaque grand verre qu'il vidait il abattait la tête d'un de ces malheureux. Le jour de la sixième exécution , le tzar et ses boyards abattiient 33o têtes pour montrer leur adresse; Lefort seul refusa de prendre part à cet horrible jeu. Ensuite le corps entier des streUtz fut cassé à perpétuité et son nom aboli (1698).
Cette victoire l'encouragea à exécuter ses nombreuses réformes. Malgré la perte de Lefort, qui mourut en 1699, il ne laissa pas de poursuivre à lui seul rexécution des desseins qu'ils avaient concertés ensemble.
Il réforma l Égliseï les finances et la société même. La puissance du clergé était immense : Pierre lattaqua hardiment; il ôta aux évéques le droit qu'ils
5t66 HI5TOiE£ BhS X£MJ9â. MOD£a£îi^.
s'étaient airoge de ooncbninier à des peims a£Bieti¥«
et à la luort. Le patriarche était le second personnage de Teiupire ; à certaines époques , le tzar était obligé . de le promener solennellement dans Moskou en tenant la bride de son cheTaL Fëodor n avait pas osé abolir leiï rangs héréditaires de la noblesse, en i68a, sans le consenîeuieut du patriarche. Le pati iarcht: l avait aidé, mais il pouvait quel<|ue jour tourner contre le ii»ar lautonté dont il disposait» Pierre/ cpû ne voulait pcHiit de rival , profita de la mort du patriarche Adbiea eo 1703, pour abolir cette dignité. 11 transféra Tautorité du patriarciifi à un conseil de quinze membres qufonu appela le très-saint synode* On n y entrait quW jjo- 1 rant d*étre fidèle et obéissant serviteur et sujet du: tzai . Le serment portait aussi que le tzar était le jug^e suprême de ee collège spirituel. « Le monarque russe n était pas , à la vérité, un des pères du synode, mais iL dictait leurs lois ; il ne to'ucludt point à TeDceiisoiri mais il dirigeait les mains qui le poitûeBl(i). s
Ainsi, Picire avait confisqué à son protit toute la puissance du patriarciie» Ensuite il établit à MoskoH trois collèges où Ton enseignait les langues et oà ceux qui se destinaient à la prêtrise devaient étudier*.
Le t/.ar réglait eu même temps les cérémonies Ju culte.
Enfin il modifiait le calendrier. Llannée commen* | çait au i.^' septembre , il la fit commencer au jan-^ I vier comme chez les autres peuples de TEurope. La populace admirait comment Le tzar avait pu changer le cours, du soleil.
Dans Ib^ civil, il changea fadmioistiation4es finances» Chaque boyard payait pour ses terres une somûff convenue qu'il levait sur ses paysans serfs. Le txar confia la perception, des impôts à des bourgeois efià des bourgioaestres qui n'étaient pas asseas puissants pour
( i) Toltnsttt ouvrage ùié.
ne payer au trésor public que ee <2pi/iis voudvaieiit»
U établit une chambre des comptes chargée de surveiller les opératioxis financières î aucun noble n'yiul a^lniis.
Pierre ne se contenta point de r^fomier le ckrgé , Fadministration, il Toulait entraîner la nation en masse dans le mouvement. D'abord, pour effacer, autant qne
Cssible, la ditlërence que le costume uiettait enire étrangers civilisateurs et les indigènes barbarea^ le tzar défendit au peuple de porter la longue xabet
nationale et de laisser croîtic sa barbe.
Le peuple eut beaucoup de peine à se soumettre : il. iallut mettre un impôt sur les babiu longs el auii^
Certes des villes on établit des eroptoyëa qui oou{)Aient s baabes et les robes à qui ne vouhit pas payer. Pour adoucir les mœurs, les femmes furent tirées de la solitude où elles vivaient et purent se mêler ^auJL réuniona des hommes. Le tzar s'efforçait d'éclairer lea Russes, il étahlissaît des imprimeiiea, des biblio* thèques, des académies. Enfin, les arts destinés à augmenter le bien-être de tous se répandaient dan& lempix e ; ï^ierre ne cessait d'appdler des ouvriers de Letranger.
D'une autre part il discipluiait ses troupea à la
manière allemande; il contraignait les nobles à passer par les derniers rangs pour s'élever jusqu'aux premiers. Lui-même donnait l'exemple» Dana la compagnie de B^obfùeMkoi il avait voulu qosumncer par âtre tambour. Dans Favinée il début» par les* grades les^ moins élevés, ét n'avança pour ainsi dire qu'a la pointe de l'épécllne faisait aucune dis tinctiou de uais^o^; à epjbé des Êumilks les plus illustres» on, voyait se plaeeF des pawenus, des Mnngiboff 80cti$ des lier» nières classes du peuple.
Les liommes les plus utiles et non les plus nobles D^Mittûent. l'ordve de bai<tfr«4ndpé que Pierre iusûtHa
568 mSfOIRE DES temps MODBftNES.
en 1698, à rimitation des autres cours d'Europe.
Dans ce même temps, une trêve finissait la guerre avec la Turquie, et laissait Azof à la Russie (^699}. C était le luoment où le prince Eugène imposait au sultan Mustapha II la glorieuse paix de Carlowitz.
Ainsi donc la Russie s'était ouvert la mer iNoire ; il lui restait à pënetrerjusqu'à la mer Baltique, la seule où elle pouvait créer une véritable marine militaire, et ce fut Ters ce but que Pierre dirigea dès lors ses entreprises. Là il rencontrait la Suéde. La lutte contre ce pays s'ouvrit avec le dix-huirième siècle. '
Acette époque régnait en Suède le Jeune Charles Xil, qui avait succédé à son père Charles XI, à Tâ^^e de quinze ans, en 1697. Dans les premières années de son règne, ce prince n'annonçait rien de bien redoutable. Les ennemis qui entouraient la Suède résolurent de profiter d une occasion qui semblait si iavo* rable pour la dépouiller de ses anciennes conquêtes* Celaient la Pologne, le Danemark et la Russie. Le
roi de Polof^ne Auguste II revencliquait la Livonie; le tzar voulait rentrer en possession de i'ingrie et de la Carélie. Le roi de Danemark Frédéric IV, monte sur le trône en 16^9, se joignit à la ligue« A la nouvelle de cette confédération , Charles XII courut d'abord au secours de son beau-frère, le duc de Hofstein, que le roi de Danemark venait dattaquerj il descendit dans llle de Seeland près de Copenhague, et en six semaines termina la guerre. Frédéric IV s'engagea par le traité de Traveutlial à payer les frais de la guerre au duc de Holstein^ qui fut maintenu dans son duché.
Cette paix venait d*étre conclue, lorsque Charles XU apprit que les Russes assiégeaient Narva dans Vlngrie* Aussitôt il débarqua à Peinau dans la Livoiiie et marcha droit à Tennemi. Il n avait que 9,000 houunes et 10 canons, et il y avait devant IVarva 80,000 Rusées
Z.IV11B rr, PART, II. cHÀPiT&B I. oog
et bouches à feu. Maïs parmi ces troupes trèspeu avaient de 1 expérience ^ la plupart valaient d'être arrachées à leurs forêts ; o'étaient des paysans habillés de peaux de betes^ beaucoup n'avaient d autre arme que des massues. Pour comble de malheur, les géuéraux u étaient pas d*accord entre eux. Aussi, en un quart d heure leurs iossés furent comblés, leurs
Glissades renversées; une neige épaisse que le venr ir chassait à la figure les empêobit de voir le petit nombre de leurs ennemis; 18,000 périrent dans le combat, beaucoup dans la fuite, 3o,ooo et tous les généraux restèrent ^prisonniers; Charles désarma et renvoya les soldats; il n'aurait pas pu les garder. Les Suédois n'avaient perdu que 1,200 hommes. Cette hataille fut livrée le 3o novembre 1700. Les Russes furent consternés ; ils prirent les Suédois pour des sorciers j et dans leur douleur ils se plaignirent à saint Nicolas, lis lui reprochèrent de les avoir livrés à ces terribles,' . insolents , enragés , ('pouvantables destructeurs qui les avaient tués par milliers.... «Comme il est impossible^ « disaient«>ils, que cela soit arrivé sans sprtilége et en*' « chantement , nous te supplions d'être notre cham* « pion et notre porte-étendard, de nous délivrer de « cette foule de sorciers, et de les chasser bien loin de « nos frontières avec la récompense qui leur est due. »
Quant au tzar, qui au moment de la bataille était absent pour hâter la marche des renforts , il ne perdit pas courage. « Je sais bien, dît-il, que les Suédois « nous battront longtemps, mais à la fin ils nous ap- « prendront eux-mêmes à les vaincre. » Et il rassembla de nouvelles troupes.
Charles XII , méprisant un ennemi si facile à vaincre, ne'i^^igea de poursuivre ses succès et se tourna contre Auguste 11 et les Saxons. Les troupes d'Auguste furent battues au passage de la Duna , et Charles conquit tonte la Couriande (1701). Fidèle à son prin*
U^O HISTOIIUBL 1)£S TEMPS MQI>E&N£S,
cife de ne finir la guerre fiie fMir la perte- di» aon*
ennemi, il résolut doter la couronne de Pologne à Aiigii^U» Auig^Hste avait mécQtÈX&utjé k& Poiaaaî& m ^ iMrodiiuant, au méfm de MaatnoeMa^de8.tn»ti{Me muBommtBy tirées de stm electoiet, dans. k Pi^gnef^ cétait malgré la nation cju il avait attaqué la Livonie^ m&n, le parti qui s'était apposé à ïéy^QÛon eu 1697 whflisiait loujours* Chaf les XII n'eut pa» de peine à aDulever une beone partie- daa Poicmaîs ooetre Ao*
f Liste. Il déclara que, dût-il rester cinquante ans en^ ologne, il n'en sortirait pas qu*il n'en eilt détrôné: le roi. Deux yictoireâ^J uiie à Glissait (1702), Tautre à Pulstuk (1703), amenèrent la déchéance d'Auguste à la place dudcynel une diète élut, le 12 juillet 1704} Stanislas Leczinski, palatin de Posnanie. Le comte £iper, miniayre de- Charles XII , avait con&eîUé à êtm maître de prendre peur lui-même la eouronnef le
S rince répondit qu u était |rfus flatté de donner que e gagner des royaumes. Déjà dans le traité de Tia- Tentbal avec les Danois , il n avait Srtipulé pour la. Suède âttcun aTantafife*. Il a été le premier, comine dit Veltaise, qui ait eu Fand^uitioa d'être conquérant sens avoir Tenvie d agrandir ses Etats.
Il était vainqueur en Pologne; mais dans le nord, Sartune commençait à Ésivonser les Kuaaea^ grâce aumé^^ prô qu'il en faisait» l\ penaail qu!m quelque tempe qn*il iimtlé.t les combattre, il lui suffirait de paraître pour les dissiper et pour ruiner toutes leurs entreprises* Mais il ne savait pa& à. quel ennemi il avait ai£aire« Pierre déployait une activilé qui embmasait tecit. à la fois; au milieu des préparatîfa deia guerre^ U s'occupait de joindre le Don et le Volga par un canal; il faisait venir, de. PoWgne el.de.SaM de» l>«a^rs et des brebis pour avoir de$< laines avec lesquieuei il pikt &briquer de bons draps ; il fiandeit des* nfannlactaMa de linge, faisait venir dta ouvriers foadeujLi» , des ar-
Bluriers, et faisait fouiller les mines de Sibérie. Sar le lac Peïpu» près de Narva , il constraâsait une flottille €^t demirgalèces, aguûxmsait ses troupes par de lifilka combats^ et en f^qA) Shéométoff, iia ae ses feMmux, btttlAitt pour h ptemièie fois généfal Auedois. Sheiémétoff s illustra par plusieurs autres YÛStokes; Pierre presait en personne la TÏliade JNiale^ bour^ qok cammasdait le lac Ladoga (1709), s^empa^ iftU; d^ pmiqud toute la Gavâie, praïaît en i^eâ la feirlef esse de Nyaiitz , à Fembouchure de la Neva dans la Baltique. Il touchait enfin la Baltique ;^ il résolut diy bâtir ujae ville, et fonda âaiairPétersbourg le 2j 1705. Dans ks tramiaL inmeMea qu'il finUot ^eécuter, Pierre se moiitni efFrajanrt de havlmiie ; il comptait la vie des hommes pour rien , pourru qu'il parvint à son but; il voulait créer un port sur la fiailîqpe, et il ne recula devant aucun sacsîfict.
jEn même temps Karva et Derpt, dans l'ingrie, capitulaient (1703); toute lln^rie étate CMiquk«« Les Suédois avaient cependaiit encore le dessus en bataille rangée^ ils remportaient, soufi Levenhaupt, deux vic«» tûîres, lune à Jacobstadt, en 17049 l'autre à Gàsawrs^ «O 1705 ; mais teur infériorité uuowri^e tes cmpé-* chait de poursuivre leurs succès.
Enfin, sur mer, les vaisseaux du tzar avaient constamment lavantage sur les flottes suédoises* Ainsi I^Âerre le G<niod appienait à l'école des Suédma à .oombttltre, et avee le temps à deimir leur Bukre.
Vainqueur dans son empire, il soutînt efficacement s>on aliié Auguste ii. Il n'avait pu jusque-là lui euvoyec ^e d^ secours îsiâufâeautSi»
£a«7o5, loo^iaM tkmomt^ «itvSreinrteBr Pcrfogoe*. Xla J rencontrèrenji, non plus les lieutenants du loâ de Suède, mais ce roi en personne* Charles et le ni Stanislas détruisirent en.deiub mois. D*uiii «lUvs foilé,, k MSHs de &ohiittfAsMrg, qjA caanra^
dait une armée de Sâxotis et de Rosses , fut yaincu par
le maréchal Renschild à Frauenstadt, en février 1706, Telle était la terreur inspirée par les Suédois que les Saxons et les Russes ne résistèrent pas un moment; ils s'enfuirent si Tite que les Tainqueurs trouvèrent sur le champ de bataille 7,000 fusils tout chargés qu on avait jetés à terre sans les tirer. Les Suédois souillèrent leur triomphe par une aitreuse cruauté. Renschild fit égorger de sang-froid, six heures après le combat^ tous les prisonniers russes qui demandaient la vie à genoux.
Charles, sans donner de relâche à Auguste II, entra dans la Saxe dont il fut bientôt le maître, malgré la diète de Ratasbonne qui Favait déclaré ennemi de FEmpire sll passait FOdcr. A son approche, tous les habitants fuyaient devant lui ; il les rappela, leur pronu ttant de les traiter comme ses propres sujets; et, eu effet ^ il fit observer par ses troupes une si exacte disdpline qu*on eftt dit, comme le remarque son historien , que le roi de Suède n'était en Saxe que pour veiller a la conservation du pays. 11 avait posé son camp à Alt- Ranstadt près de Lutzen , et de là régnait dans tout Télectorat avec un pouvoir absolu* Auguste acheta la paix aux conditions les plus dures; il dut renoncer à la couronne de Pologne, reconnaître Stanislas, rompre tout traité ayec les Moscovites (i J07).
Charles XII ne s'empressa pas de quitter la Saxe. 11 recevait dans son camp d^AIt-Ranstadt lesambassa* deurs de presque tons les princes de l'Europe j les uns le suppliaient de quitter les terres de l'Empire , les autres de tourner ses armes contre lempereur. Son intenti^m secrète était en effet de s'ériger en arbitre de FEurope^ mais après la conquête de Moskou. Avant de partir, il voulut du moins humilier Tempereur. Un des ministres de Joseph I" ayant prononcé à Vienne quelques paroles peu respectueuses , Charles se le fit livr^ ;
IiITAB nr. MAT. XI. GHAMMB I. 67$
il exigea que l'empereur lui livrât de plus i,5ooMosco- TÎtes qui s'étaient réfugies sur ses terres, et ce. qui était bien plus fort , qu'il accordât des libertés aux protes*
tant s de Silésie et plus de cent églises qui furent enlevées aux catholiques. L'empereur céda; il était alors ^ occupé contre la France et craignait de s'attirer ce nouvel ennemi* Charles XII avait encore de plus vastes projets; il se croyait prédestiné à exécuter les plus grandes choses. Sou ambition n'avait pas de li* Alites. ,
Cependant le tzar avait envahi la Pologne et y faisait àes progrès ; il avait convoqué une diète a Lubhn pour
élire un nouveau roi de Pologne. A cette nouvelle Charles quitta la Saxe en septembre 1707, et précipita aa marche avec 43,ooo hommes. Levenhaupt l'attendait en Pologne avec ao^ooo hommes, il en avait i5,ooo e|k
Finlande, et de nouvelles recrues arrivaient de Suède. Tout plie devant son impétuosité; il chasse le tzar de Grodno, passe la Bérésina malgré les troupes ennemies^ défait plus loin les Russes qui étaient couverts par une rivière, par un marais profond, par des retranchements garnis d'une nombreuse artillerie, et, les chassant toujours devant lui , arrive à Mohilev sur le Dniépr, vers le mois daoùt 1708. Le tzar fiût des
Ïropositions de paix : « Je traiterai avec le tzar à Mo^ (^u, » répondit le vainqueur. Pierre, lorsqu'on lui lap-
fiorta cette parole : « Mon frère, dit-il , veut faire TA* exandre, mats il ne trouvera pas en moi un Darius. » JU avait raison : dans cette dernière campagne il dé« ploya des talents dignes d'Alexandre , tandis que son adversaire agit plus en soldat téméraire (|u en capitaine •habile.
De Mohilev Charles pouvait marcher sur Moskou;
il n'en fit rien ; il n'était plus qu'à cent lieues de la capitale , lorsque tout à coup il tourna vers le sud et M dirigea du côté de rUiu*aine. Celui qui hû avait fait
Sfg4 «liions tfms Tixts màMAMBA.
prendre cette résolution était Mazeppa, Thetînan des cosa(|ues, qui aspirsk à devenir indépendant de la Sussve, Maxeppa promcMiit So,ooo hommefs, et des "■rirresen abradMoe,pmmemd'autaiitpliis séduisaMe que les Suédois commençaient à manquer de subsi»tances. L armée supporta dans sa marche des fatigues inouïes. Ënfm le cosaque ponrut^ mais en fugitif; les BttMes avaient déoouTert et étouffié le complot» Charles XII comptait au moifis mr Lewabaupt qui lui amenait de Livonie i5,ooo lionimes et d'immenses «unitions de guerre et?de bouche^ Levenliaupt arriva^ mis f»nq comlMits ^sucoessifs avaient réduit son mée à *5ooo ^lommes, et Im avaient coûté teru^ «es
bagages. Le comte Piper conjura alors le roi de Suède de se forlifier dans quelque ville de l'Ukraine et de faire des provisiona pour attendre le prin^empsj XStiarles refusa et commua à tenir la campagne ; lê fimà TOortel de f hiver de 1 709 rte put pas niéme f ur* Têter; dans une marche, 2,000 hommes tombèrent ^morts de froid presque à .ses jeux.
Le tzar le suivait partout, et^ sans risquer «Tae* ^kan générale, l'affiiiblissait par de petits conAols; Charles XII se dirigeait toujours vers le sud j enfin, an mois de niai 1709, il vint mettre le siég^e devant Pulta va 9 dont la prise devait lui livrer toutes les mum* tioBS dont Im-mèine manquait» Les Russes vinrent Ml -seoosurs de cette place ftu nembre de 70,000 et ^vec 72 pièces de canon ; il restait à Charles XII i8,uoo Suédois et à peu près autant de cosaques zaporaviens qiû s'étamit «déclarés po«r kii, iïéafiiiioiiis # n'hésita pas à limer la bataille.
Cette bataille était loin d'avoir une égale importance pour les deux princes. Charles XTI risquait, il est iprai, son armée, sa réputation militaire jusque-là sans tadhe, «t peu^étve ses ^provinces d'Attemagne : «fiest le sort onfinaire des^mâbats; ni»s «le taar, s'il étril
^miiou, pouvait s attendre^ d après le caractère de son ennemi, à une ruine empiète; aloro l'œuvre de civilisation qu'il avait conmienoée en ftmtie périasaic;
le déi>oidre, la confusion rentraient de toutes parts dans sou empire; les Russes, qui ne sentaient encone ^ue la gène des réioimes sans en avoir éprouvé 'les fienfaiUy Tctoumaient à leurs »oîeimes habitudes^ et tout retombait dans le chaos. Ainsi , dans cette lutte, PieiTe soutenait la cause de la civilisation , tandis que la victoire de Charles Xli devait aix^oer oeiie
<de la barbarie. Malgré ses qualités hérmques, Charles
aie devait pas nnmfkeT.
Ce fut le 8 juillet 1709, à quatre heures du matin,
Xe s engag<ea la bataille de Ptdtava. Le cavaleiâe suéise culbuta d'abonl la cavalerie mase; nans, aecsihlée par le feu -de la nombnesuse astUlerieenemie à laqusUe les Suédois ne pouvaient opposer que quatre canons de fer, elle plia à son tour. Un corps de 5, 000 dragons, jBu^pel Charles avait «ordonué de tourner les, Busses, m^égàVÊL dans aa route et ne parut point. Aieutée las 'deux infuiteries en -vhmnc .aux maiiie^ le roi de Suède, auquel une balle avait récemment fracassé le 4Mlmn j se faisait porter dans les ran^s suir un bran* fcatdj au luiitea de la jnélée;;3fi6 âuëâois^ animés par la préseoee de leur mi , comlMittaiefit avec fureur, lorsque la poudre leur manqua; alors Ils reculèrent,, Mtisi bataille fut perdue. Le roi prit la fuite, laissant Çyooo TTiorts , S,ooo prisonuiecs emr «le «champ de bsH aaîlle; il lui restait un txvps de i4/ooo houames qui , quelques jours après ^ se Fcudift ms vaiaqueurs. Charles XII passa «le Dniepr, et, toujours poursuivi, ^«versa enhn le Dniestr, et arriva à Bender dans d.*eKipnre turc il «était aauvé^ mns .il était saM m-
Pierre avait reçu les généraux prisonniers avec courtoisie et leur amit xeodu leurs épées^ quant
aux soldats, il les envoya eu Sibérie; rap^elons-nous tp» Renscluld ayait massacré les prisonniers russes; le moins barbare était encore Pierre.
La défaite de Pultava fit éclater une re'volution générale dans tous les Etats auxquels Charles XII avait im* posé des lois. Auguste II rentra en Pologne et détrôna Stanislas. L'empereur enleva aux luthériens de h Silésie les églises <pie le roi de Suède l'avait forcé à leur donner. Pierre fit un traité avec le Danemark, la Pologne , la Prusse , pour dépouiller les Suédois des conquêtes de Gustave-Adol[^. Aussitôt il blo^pia Riga^ capitale de la Livonie. Après une entrée triomphale dans Moskou, le i*' janvier 1710, cérémonie où l'on avait vu passer sous .sept arcs magniâques , 1 artillerie , les dra|^eaux des vaincus , le brancard de Charles XU fracasse par deux coups de canon, les généraux et
les soldats prisonniers , il courut à de nouvelles conquêtes. En 17 10, les Russes enlevèrent aux Suédois Yiborg, capitale de la Garélie, Kexholm sur le lac Ladoga qu'on regardait comme imprenable, et Riga dans la Lîvonie. La soumission de la Garélie et de la Livonie est suivie de celle de TEstonie. En Allemagne, 11,000 Suédois, restes des armées de Charles Xll^ gardaient la P<>niéranie; le sénat de Stockholm lut obligé de signer une convention par laquelle cette armée ne deVaît pas sortir de la Poniéranie, qu'à cette condition les alliés s'engageaient à respecta» Charles XII s'irrita de ce traité qui liait les mains à son armée, et écrivit au sénat quil lui enverrait une de ses bottes ponr le gouverner. La Suède était désolée par une maladie contagieuse* Ce royaume n avait pour se consoler de tant de désastres que la victoire d'Hd- singborg, remportée par Steinbeck sur les Danois qui avaient envahi la Suède. Mais il n'avait sauvé que le territoire suédois | et non pas ses possessions^ qui couraient les plus grands dangecs.
$ IL DwiriS LA GAMPAGNB DU PaUTH IUSQu'a IiA MORT BB PlBaRB LB GrAND (1711-1725).
La bataille de Pultava eut deux grands résultats, d'àbord d enlever à la Suède la prépondérance dans le Nord pour la faire passer à la Russie, et de consolider en Russie les travaux de civilisation comniences par Pierre Je Grand. Il écrivit du champ de bataille à l'amiral Apraxin : « Grâce à Dieu, voici la pierre fondamentale « de Fëtersbourg solidement établie. » Cependant la lutte n'était pas finie, elle changea de théâtre et se continua dans la Turquie.
Charles XII, réfugié à Bender, effraya la Turquie des progrès de la Russie* Achmet III régnait alors; il y avait douze ans que la paix de Carlovritz avait été si« gnée; depuis ce temps, la Turquie n'avait plus été inquiétée par les Allemands, dont toute lattention était tournée du côté de la France, et elle avait réparé ses forces. Le moment semblait venu de reprendre Azof et d'arrêter les progrès de la Russie sur la mer Noire. Un parti puissant y poussait: c'était celui du khan de Crimée, le plus menacé par les Russes. Voilà ce qui explique comment Charles XII put faire déclarer la guerre par Achmet à Pierre le Grand (171 1).
Rerre le Grand commit la même faute que- Charles XII dans rUkraine. Il avait traité avec Démé*trius Cantémir , qui était prince de Moldavie sous la suzeraineté de la Turquie, et avec le prince de Vala-^ chie; tous deux lui avaient promis des renforts et des vivres, comme Mazeppa au roi de Suède ; ni i un ni Tau* tre ne purent tenir leur parole, et bientôt le tzar, avec 37,000 hommes, se vit enfermé sur les bords du Pruth par 200,000 Turcs etTartares commandés par le grand vizir Haltagi-Méhémet. Il n'avait plus d'espoir de salut, lorsque la tzarine lui conseilla de tenter la voie des