‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 62 sur 89 · LIVRE IV. PAHT. II. CHÀPIXB.E U SS · texte numérisé non relu

LIVRE IV. PAHT. II. CHÀPIXB.E U SS

ton histoire le diTa,ii>AGe mot, le t^ars^arrècaetSMait

en silence. S'il avait eu souvent à ses côtés des hommes pareils pour le rappeler à lui-même» il serait sans doute parvenu à se dompter; mais la cour de Russie res«semblait bien plus aux cours de TOiieiit qu'à celles de TEurope ; on n y voyait guère qu un maître absolu et des esclaves. Le prince était toujours prêt à frapper de son bâton les personnages même les plus éminents, et ceux-*ci subissaient sans honte un châtiment si dë- ^dant à nos yeux. Il alla une fois au sénat, de très-^ bonne heure, pour voir bi les sénateurs étaient à leur poste; il les attendit longtemp ; quand ils arrivèreut| il les punit chacun à coups de canne ^ après quoi, la séance commença comme à l'ordinaire. Les dames du palais, elles-mêmes, recevaient quelquefois le knout. Toutefois, ses emportements ne duraient pas; ib étaient suivis d'un prompt retour.

Telle est l'histoire intérieure de la Russie pendant la dernière partie du règne de Pierre le Grand. Voyons Textérieur.

Nous avons dit qu en . 1 7 1 6 il était survenu du refroidissement entre Pierre le Grand et ses alliés , et que le tzar , au lieu de tàire une descente en Suède, avait

souffert que le roi de Suède entreprit la conquête de la Norwége. Le baron de G œrtz avait résolu de profiter des

Eremiers mécontentements des Russes. C'était un orome ami des choses gigantesques , et qui à Tau* dace des conceptions , joignait un rare talent comme négociateur. Il entreprit de réconcilier Pierre le Grand et Charles XII, et de faire, des deux rois réunis , les arbitres de TEurope* Pour obtenir la paix , il fallait que Charles XII fit des concessions au tzar; Gœrtz ïy disposait en lui faisant apercevoir qu'à la faveur de ces concessions il pourrait tirer vengeance de ses autres ennemis, surtout d'Auguste II et de George , électeur de Hanovre ^ roi d'Angleterre , qui

:Mit ttchsté) lies DftBOÎft, tes TÎUs&miëdoiaes^b Brte»

rtet d« Verden. D'après le <nmotèiie de Oiark» KII, cette vengeance n allait pas moins qu'à dépouiller l'un et 1 autre roi de leur trône et à les remplaoer^ fitsssift, ofaNM|iiiéedes airs •dmdépendsoice que pM- :ttflii(4e roi de PÔfogne, dmdt consentir tuàStimmtt à Tétablir Stanislas; elle était ennemie de George, qui, dam le Meklembourg , soutenait la noblesse que- -mile aprecle 4ifte,tsiis& que le 4;zar avait donné àmla»* <i .saiiièt» «m aiaoriage ; George .démit éire mmplaoé ' par le prétendant, Charles XII, séduit par de si ands projets, donna des pleins pouvoirs à son ministre. Xies l^reiniàresoMv^rSneB furent bien reçues du tzar ; iadcp^Hlaminent ides protinces dont GœttL aOnitU. oatsim, il proposait au mr de Taider^dsns Tacquisition du Meklembourg, que ce prince convoitait. Ainsi , la Kussie était à peme organisée^ ses frontières .n'étaieiit

£xs «MOINS assurés ) que ^dcià éûé wofdsdt ntrer dans » mrps genttanique ; eU» asfncait de kan à la 'oonroniie impériale.

Cependant Pierre le <ïrand n'embrassa pas immédiatament les projets de Gœi*tx; il se boraa à donner iquriquesiespéranotsiA «partit enaaîie pour son rayagie

en Europe, a la tiu de 1^16. Gœrtz parcourut alors rEurope , cherchant partout des ennemis à George 1" «es entvetenajit dss nelatians avec les jacobkes cf An- ^eleireé Ije plus pitisaaiit fiu le toardinal Albëraiii| ministre du nouveau roi d'Espagne Philippe V. Albé- Toni, à cette époque, cherchait à bouleverser l Ang^le- <terre et la France^ qui, sous la régence du duc d'Oviéaas, létak devenue l'alUée de rAngleierra. Gearts m itn Jkemmn fias detpeiM à s^elNiendre-; Albéroni fanrnit des subsides au ministre suédois. Celui-oi vint, en décembre 1716, à la tiaj^e, où se Pouvait Pierre le •Grand ,qoi nele vit pas, mais qui fit eontiinier les néfiociaaiaiis avec lui. lies <dioses en étaient ilà^ lorsqu'au

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ée jAttTier 17 17 la conspiration fut découverte.

L*anibass{ideur suédois fut arrêté à Londres et Gœrtz -à la Haye^ le tzar, qui n'était impliqué que très<*obsciumnent dans la coinr6S|>ondaiice ws Suédo», nmtesta qu'il était étranger à toot, ce ifiii m Ténipedia pas, dans son voyage de France qu'il fit ensuite, de proposer au duc d'Orléans une alliance contre TAngletarre* Goertz aortit au bout de six roots de sa prison , etTOprit ses négociations avec l*ardeur que lui aotumit le désir de la vengeance. Pierre, de jour en jour plus mécontent de ses allies, entra plus avant dans ses ^ets, et désigna lîle d Aland pour y continiter les négociations. Tout annonçait tin prochain asocès : le tzar éiJatt gagné par Tespérance de s'emparer du Meklembourg ; îtaDislas devait être rétabli en Pologne: £rèBie et Yerden seraient rendues à la Suède, des vaisseaux fournis pour transporter dix mîUe Snédoîs «en Ecosse, après la conquête de b Norwége que Charles XI 1 venait d'entreprendre pour la deuxième fois en 17 18 ; George P' serait détrôné en Angleterre, et trois mille Suédois envahiraient en même temps ie ' Hsm&9re. Dun autre cèté, Albéroni devait soolever la France et retirer la régence au duc d'Orléans. La face de l'Europe semblait sur le point d'être entièrement renouvelée, lorsqu ime catastrophe vint tout dé- •Irnire.

Charles XII a^égeait Frédériokshall en Norwége :

la ])lace était sur le point de se rendre^ nvdh le 3o novembre 1718, le roi, en visitant la tranchée, fut atteint à la»téte dune balle, qui ne venait peint idu oteé de r-ennemî et il temba mort sutvle-diamp.

La mort de Charles XII n interrompit pas les négociations d' Aland pour la paix ^ mais la Suède, chan- ^eam de rpohtiqtte, eut reeonrs à l'alliance de l'An* gleterre dont elle avait voulu détrôner le roi. Cette âliiance lui fut inutile; quoiqu'une (lotte anglaise eût

UIâXOIJi£ D£S TEMPS MODEAi^Eâ.

para dans la Baltique, elle ii*arréta en rien les expéditions des Russes.

La guerre avec la Russie dura encore un an. Les Russes la firent avec une barbarie inouïe : Pierre se yanta d'avoir, en six semaines, fait détruire par sa flotte huit villes, cent quarante et un châteaux, treize cent soixante et un villages. La paix fut signée à Nystadt le 3o août 172 1. Les Suédois cédèrent au tzar la Livonie, l'Estonie I Tlngriei la Carélie, lè district de Yiborg, la lisière de la Finlande, toutes les îles Toisines. C'était une étendue de trois cents Ueues de côtes. La Suède conservait la Finlande* Ainsi, après une lutte aussi acharnée, le tzar avait enfin réalisé ses projets, il était maître de la Baltique. Pierre le Grand célébra sa victoire par une entrée triomphale à Saint-Pétersbourg, où le sénat et le synode lui décernèrent les titres de grand y à* empereur et de père de la patrie.

Après s'être agrandi au nord , il fit des conquêtes vers le sud, clans la Perse. La Perse était déchirée par des guerres civiles; des marchands russes avaient été égorgés j Pierre attaqua la Perse avec 5o,ooo hommes (172a) , et la força à lui céder Tannée suivante la ville de Derbent et trois provinces qui le rendaient maître de la mer Caspienne (1723).

Au retour de son expédition, il se vit plus puissant ue jamais en Europe; il prit sous sa protection le uc de Holstein que le traité entre la Suède et le Danemark avait dépouillé d'une partie de ses États. Dans la même année il fit couronner et sacrer Catherine impératrice, et fiança sa fille aînée, Petrovna, au duc de Holstein. Sa santé était altérée depuis longtemps par ses travaux excessifs et par ses excès. Au milieu des préparatifs du mariage, il fut attaqué d une maladie qui l'emporta après douze jours de souffrances, le a8 janvier 1725. 11 ne laissait pas de testamenL Avant de finir, il convient d'examiner quels ont été

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« les résultats du règne de Pierre le Grand au dedans et au dehors.

Pierre le Grand A-t>il réellement introduit la civi»

llsalion dans la Russie? Non : la civilisation ne peut exister dans un pays où le peuple est esclave , où les grands sont traités en esclaves sans qu ils s'en trouvent humiliés, où les vices les plus grossiers et les plus avilissants dominent également le maître et le dernier de ses sujets, où aucun ne semble comprendre ce que c'est que la dignité de Tbomme.

Mais ce qu'on ne saurait nier, c'est que la Russie lui doit sa puissance et sa grandeur* En abolissant fat dignité patriarcale , et en la remplaçant par un conseil soumis en toutes choses au chei de l'État, il enlève au derffé les moyens de troubler le repos public» Il force les boyards à lobéissance absolue et ruine les privi* léges de la naissance, en n'accordant les dignités qu au mérite. Il ôte aux boyards la perception des impôts et l'administration de la justice, qu'il organise sur des bases plus équitables. Partout dans le gouvernement Il fait succéder Tordre à la confusion. Les arts et les métiers, inconnus avant lui , sont répandus dans toute la Russie, qui cesse d'être tributaire des étrangers pour plusieurs branches dindusirie. Il ranime le commerce intérieur et extérieur. La prospérité matérielle de la Russie se développe, et, par ses nouvelles institutions, elle ne fait que saccroitre. Enfin une armée nombreuse, bien disciplinée, soutient tout ce grand édifice et assure l'autorité absolue du tzar. Ainsi la Russie est organisée,* mais il faut remarquer deux vices dans sa constitution : d'abord Pierre le Grand, en attribuant à chaque empereur le droit de régler sa succession, a préparé des troubles nombreux à la Russie et des crimes à ses successeurs; ensuite, comme il n a pu rien innover qu'en s*appuyant sur les soldats, afin d'eflrayer les résistances | il a donné à son gou«

$1^4 «KMOnfi «HM TÉÊSfS JflUDilMflB»

Tel nement tous les inconyéaieDts du despotisme mi* litaire; et, ce qui le prouve, cest qu'après- mort ce ' sont toujours les ré^roents des gardes qui font les

empereurs.

Disons-le néanmoins y sous son règne tout cela a toumë à la grandeur de la Russie : il étend aoa ^ emprt^ jusqu à la Baltique ; il crée une marine re- [ doutable, et fonde une grande capitale. Il dtnniit la prépondérance de la Suède; il domine la Pologne: et quoique vaincu par la Turquie, il est pour elle un ' objet d épouvante. Il fait sentir déjà Tinfluenoe russe dam toute fEurope. En un mot , la Rtissie saisit le sceptie du Nord et entre dans le sysrènie européen | où, dans moins d'un siècle, elle sera prépondérante. [

Voilà ce qn a fait Pierre le Grand avec un aunKaiie tout puissant : le despotisme. Quelles que soient les | taches qui obscurcissent sa gloire, et elles sont nom- j breuses, c'est à bon droit que Thistoire Ta placé au premier nmg parmi les rois de son siècle.

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