‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 64 sur 89 · LIVRE lY. PART. II. CHAPITRE II. Go · texte numérisé non relu

LIVRE lY. PART. II. CHAPITRE II. Go

▼ices de la constitution polonaise, tels que le liberum

ueto et la loi de 1 unanimité. C'est ainsi que Ton préludait àlâ-^^ûw-j/zia^/^o/zY/yK^ d'une grande et noble nation.

Deux ans après, Catherine II eut la £[Ioire de dicter les conditions de la paix de Kainardji (1774)* ^ sultan reconnut l'indépendance de la Crimée. 11 accorda aux Russes la libre navigation du Pont-Euxin et de IHelIespont, et leur céda tout 4e territoire compris entre le Bog et le Dniepr. Il paya une autre indem-^ nité de trente^cinq millions , et promit une amnistie pour les Grecs qui avaient pris les armes en faveur de la Russie. Mais le plus ^rand triomphe de Catherine II fut le silence que 1 on garda sur la Pologne, dont Venyahissement ayait été le prétexte de la guerre déclarée par le sultan Mustapha. Ainsi fut consommé Tabandon de ce malheureux peuple.

Ce fut là le point culminan t du règne de Catherine II. L'Europe retentissait encore du bruit de ses triomphes, et les littérateurs qu'elle comblait de richesses et d'éloires lui décernaient le titre de Granclc. L a( adrinie de Petersbourg fie placer dans la salle de ses séances un buste qui la représentait sous les attributs de Minerve, honneur que U dépravation de ses mœurs pouvait faire ressembler à une épigranime. En même temps Catherine étendait son influence politique sur toute l'Europe. En 1779 , elle intervint avec la France comme médiatrice entre la Prusse et TAutriche. Le traité de Teschen qui termina le différend de ces deux puissances, fut conclu sous Tinlluence de son ambassadeur Repnine et du ministre français Breteuil. Lorsque là guerre d'Amérique eut éclaté, et que la France et TEs* pagne se furent déclarées contre l'Angleterre, Catherine II publia sa fameuse déclaration sur la neutralité armée. Les cours de Vienne et de Berlin, le Portugal, les Deux-Siciles et la Hollande adhérèrent aux princi«» pes établis dans cette déclaration. Ainsi Catherine It

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eut la gloire de prendre sous sa protection les droits des neutres, et de faire ia paix piaritime comme elle ayait fait à Teschen la paix continentale (1780). L'Ai^ gleterre protesta, mais elle se garda bien de rontpre ouvertenieiiL avec la Russie.

En même temps, Catherine II continiiait de s'agrandir dans le Sud. La Crimée, déclarée indépendanie par le traité de Kaîpardji, fut occupée en 1783 par une armée moscovite, chargée en apparence de rétablir le klian Sahiiii-Guéraï qui avait été chassé par ses sujets. Le sultan, effrayé, signa un nouveau traitA par lequel il consentit à la cessiofi de la Grimée et du Kuban. Catherine II rendit à ces deux provinces leurs anciens noms deTaïuide et de Caucase, et son lavori Potemkin , qui en avait pris possjt^ion , reçut le sur* tiom de Tauridien (1784).

Tel était alors lascendant de la Russie , que le souverain de Kachett et de la Cartalinie, Héraclius, et le Sultan delà Géorgie , Salomon , firent spontanément bomma|[e de leurs Etats à l'impératrice. C'est alors

Ïu'çut lieu ce voyage fastueux où Catherine, entourée 'une armée de quarante mille hommes, escortée de tous les ambassadeurs des puissances étrangères , alla prendre possession de la Taurijde. Elle était encore à Cher^on, sur le chemin de Byzance^ lorsquelle apprîi que le sultan avait pris les armes. La guerre fut proclamée le 17 août 1787; Catherine II en fut comblée de joie. Elle ^vait provoqué la guerre; ses armées, ses flottes étaient prêtes. La Turquie fut envahie de toutes parts par les armées de la Russie , auxquelles s*é» taient joints quatre-vingt mille Autrichiens. Délaissée par les Anglais qui lavaient poussée à la guerre, la ji^Urquie ne reçut de secours que du roi de Suède Oustjave III; mais ce prince échoua dans sa tentative de surprendre Pétersbourg, et conclut la paix à Waerel^ en ly^p. Livres à Jeur^ j^xojjiXa^ iorces, les

Turcs essuyèrent une longue série de revers. En 1788 ils perdirent ChoGStim et Oczakaff; en 1789 ils furent vaincus à Fokszany en Moldavie, et p^ès de Maitines^ lia sur les bords du Rymnik. des deux défaites entrâtlièrent la perte de Bender. En 1790 les Russes enva* hirent la Moldavie, la Valachie , la Bessarabie, et s'emparèrent de la forte place d'ismaïl. Heureusement pour la Turquie, Joseph II mourut cette année, et son aucomeur, Léopold II, qui redoutait le voisinage des Busses, cotu lut la paix avec le sultan à SzisLowa (1791). Catherine 11, réduite à ses propres forces, signa; 1a paix à Jassj en Moldavie, le 9 janvier 1792. Par ee traité , le Niestr devint la fromièi^e des deux em<* pires; les Turcs cédèrent Oczakolf et tout le pays 5itue entre le Bog et le iSiestr; toutes les cessioua précédentes fusent confirmées; la Russie restitua ses autres conquêtes, et Catherine renonça ^ son projet de relever l empire de Byxance.

Elle essaya de se dédomniairer sur la î^iloo^ne. Pendant la guerre de Turquie, la diète de \arsovie avait xéibnné les aibus du gouvernement; le liberum veto et la loi de rumnimité avaient été abolis. La nouvelle constitution, décrétée le 3 mai 1791, avait déclaré le trône lieréditaire et lavait assure à la maison électorale de Saxe après la mort du roi régnant. La diète 3*applaudissait avec raison d'avoir enfin établi un gotw vernement capable d'assurer la liberté et l'intégrité de la patrie. A peine Catherine 11 eut-elle signé la paix avec la -Turq^rie, qu'elle fit entrer une armée en Pologne pour soutenir 4a confédération formée à TafMM vvilz par quelques nobles qui lui étaient vendus. 11 y eut un élan universel pour la défense de la patrie. Â la Journée du Dubienka, huit milie Polonais conduits par Koscâmko tinrent tête à viagt mille Russes; mais la trabiaon de PoniaDowdd, qui accéda subitement à la cûufédérauon vde Targowiti^, perdit la Pologne»

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Maîtres du roi et du gouverneoieiit, les confédérée

licencièrent Farmée, sous prétexte que la république n était engag(*e dans auciiTie guerre. Tous les décrets de la dieie de Varsovie furent abolis^ et les traîtres qui vendaient leur patrie envoyèrent une députation solennelle à Catherine pour la remercier de « mett^ sa gloire à restaurer la république, »

Déjà le second démembrement était résolu* Dea troupes prussiennes se joignirent aux armées russes qui avaient envahi la Pologne. Les deux puissances publiaient dans leurs manifestes que les Polonais étaient livrés à l'esprit anarchique des jacobins de Paris, et qu*il importait de ramener la république dans les limites qui convenaient à la forme de son gouvernement. La diète, assemblée à Grodno au ml* lieu de vingt mille Russes, céda à la Russie les pala* tiuals de Podolie, de Polozk, de Minsk, une portion de celui de Wilna , la moitié de ceux de Novogro* deck, de Brzesc et de Volhynie, et la moitié de la Lithuanie. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, eut la meilleure partie de la grande Pologne avec les villes de Thorn et de Dantzi^ (i793)* ^ Prusse et la Russie garantirent à la république Imté^té des possessions qu'elles lui laissaient.

La crainte et le desespoir régnaient eu Pologne. Une association secrète se forma à Varsovie pour délivrer la patrie," le Ibrave Kosciuzko devait être le chef de rinsurrectifin. Le refus de Madalinski de licencier \a brigade de cavalerie qu'il commandait, devint le signal du soulèvement. Kosciuzko surprit Cracovie à la tête de quelques milliers de braves, qui lui conférèmt une sorte de dictature (1794). Partout les Polonais couraient aux armes et prêtaient serment à la c onsti» tution du i mai. La garnison russe qui occupait Var« sovîe fut écrasée par les habitants. Déjà la Lithuanie^ la Samogitie, le palatinat de Sandomir, les distrids

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de Brezc et de Grbdno étaient sous les armes : la Pologne semblait renaître. £lle fut écrasée sous les forces de ses ennemis ; iès années de la Russie, de la Prusse et de rAutricherehTahirentde toutes parts, avant qu'elle eût eu le temps d'organiser sa défense. Kosciuzko succomba en héros. Souvaroff s'empara du faubourg de Praga qu'il joncha de dix-huit mille cadavres; Varsovie épouvantée ouvrit ses portes, et Tinsurrection fut étouffée. Stanislas-Auguste reçut l'ordre d abdiquer, et le démembrement final de la Pologne fut arrêté entre les trois puissances.

La Russie prit tout ce qui restait à la Pologne de la Lithnanie jusquau Niémen et au Bug, la plus^

frande partie de la Saniogifie avec la Conrlande et la émigaile, la partie du pays de Chelm située sur la^ rive droite du Bug ,^et le reste de la Yolhynie.

L'Autriche eut pour sa part le palatinat de dracovie presque tout entier, ceux de Sandomir et de lAd>lin , avec la partie du pays de Chelm et celles des palatinats de Brezc, de Podlachie et de Masovie qui s'étendaient sur la rive gauche du Bug.

Enfin la Prusse s'empara de la partie des palatinats de Podlachie et de jMasovie, située sur la rive droite du Bug, de la partie de la Lithuanîe et de la Sanio^» tie située en deçà du Niémen, et d*un petit district situé dans le palatinât de Cracovie.

Poniatovvski accepta un traitement annuel de deux cent mille ducats, et termina en 1797 une vie si funeste à sa patrie.

Ainsi fut accompli à la face de la France et de

FEurope ce grand crime qui , après trois mutilations successives, frappa au cœur une nation entière. Catherine II qui lavait préparé n'en jouit pas longtemps ; elle mourut d'apoplexie foudroyante en 1796, au moment où elle s'apprêtait à diriger toutes les forces de m>n empire contre la France révolutionnaire.

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