CHAPITRE
Histoire de la Suède depuis V avènement de Charles Xll ju^qu à la mort de^ Gusta^f^ Ul (16^7-^79:1).
ChAU96 XII ('1697-17^8).
La minorité du roi Charles XI avait laisse des souveiûr» &ï amers dan» tou& les espriu» (}tte les états 4ès leur premièfe réunion s'empressèrent de déclarer ^Charles XII majeur : pentp-éire par celle mesure les
nobles espéraient-ils pouvoir pt^rsuader au jeune roi de revenir sur les réiormes opej:ées par son père et d éloigner des affaires la reine, son aïeule; mais si tel était leur espoir, il fut entièrement déçu.
Charles XII, né le 27 juin 1682, sous le signe du cœur de Uon,reçutà peu près la même éducation que eon père ; mais si cette éducation donna au père la forœ iiécessaire pour résister aux attaques de la mauyaise fortune , et pour réformer TEtat en faisant peser sur lui une niaiii de fer, elle causa la perte du fils qin , n'ayant pas à lutter contre des dangers imD;iuient&, s en créa pour trouver l'occasion de déployer Ténergie dt son caractère et la vigueur de ses forces physiques. Les •exeii ices du corps furent la base principale de l'educatiou que reçut le jeune prince, et Charles XJL crut pouvoir tout espérer d*uft fils qm, dans sa douzième année, tua un ours du premier coup. Dès lors com*
ment s'étonner si chaque jour le jeune Charles devint plus téméraire? D un autre cq;é, il montra dès sou plus jeune âge un entêtement qui faisait fléchir tous ceui qjtti Tenvironnaisnt. On crut pouvoir permettre beaoh
coup à un enfant q^i, a peme âgé de sept ans, s'éaia
LIVK£. lY. PAET* H. CHAPITRE III» 6lt
avec une énergie surprenante : « Il faut être doux «comme un agneau envers ses amis, niais vif, coura- «geux et ardent comme un lion envers ses ennemis, » Charles Xi mowcu% le S avril 1697, ^ ^ peine âgé de quinze ans, fut déclaré majeur le 27 septembre de la même année. Le comte Piper, qui paraît avoir beaucoup contribué à son émancipation j Wfinl son favori tt son premier mhiistre, et lui fit eondure^ en juillet 1698 , une alliance avec la France.
Deux mois aupaiavaul on en avait fait une avec la Hollande et 1 Angleterre j mais du reste tout le monde ae préparait alors à la guerre que la succession d'Ës* pagne dèvait bientôt allumer, et il était évident que cette fois les Etats de l'ouest de l'Europe ne pourraient ni demander, ni fournir des secours aux royaumes du nord. Les relations de la Suède avec le Ikandebourg et VJËmpire laissaient le gouvernement suédois à labri de toute crainte; mais lambition de Pierre, qui venait de se débarrasser des iiungues de séï sœur et des stré» Ikz, causait les plus vives inquiétudes.
Un voyage de ce monarque en Hollande lui avait fait apprécier combien il est important pour un État de posséder une <?raTide étendue de côtes. Or la Russie, à cette époque, ne touchait à la mer que du côté d Arc^ngel, beaucoup trop éloigné du centre pour pren* dre une part active au commerce de TËurope. Rien n'était donc plus naturel que le désîr de rendre au commerce russe ses anciennes communications avec la lialtique par Icà embouchures de la ^éva» dont la Suède s était emparée. 11 n en fallait pas davantage au fur pour diercher querelle à cette puissance; mais Piper, trop bon politique pour s'engager dans une guerre avec les Moscovites, pendant que l'Europe occidenule était menacée d*un embrasement général ^ s'efforça de calmer lambitiondu ttar par l'envoi d'une ambassade somptueuse et de prescal^ uiagnifiquesu
Pierre reçat les présente avec beaucoup de bim^ciU lance, et, pendant que les ambassadeurs suédois se
laissaient amuser à Mohkou, il signa un traité d'alliance avec Frédéric 'Auguste, électeur de Saxe, en 1691, après la mort de Sohieski, était parvenu, au moyen de sommes considérables distribuées habilement, à écarter le prince de Conti et a se faire élire roi de Pologne. Dans les pacta com^efUUj qu'il dut signer à son avènement, on avait emprunté auxcrapitulations des empereurs la clause qui obligeait le sott* verain de réunir à Tempire les provinces aliénées. Il paraît qtie les Polonais, en introduisant cette clause ' dans cet acte solennel, avaient eu surtout eu vue de recouvrer le territoire occupé par la Porte ottomane ^ et qui fut en effet restitué par la paix de GarloTitz, >
en 16*99.
Jb'rederiC*Auguste, qui était un roi magnifique, a j la manière de iiouis XIV, ou qui, du moins ^ avait i 1 ambition de passer pour tel, était animé du plus vif désir de iairo des conquêtes, autant pour mériter Is gloire d'aVoir rendu à la Pologne son ancien lustre, que pour occuper par une guerre extérieure la no* blesse factieuse et turbulente de ses États. Frédéric» Auguste devint donc l'ànie de la coalition qui allail se iornier contre le jeuïie monarque suédois. Ce fut lui qui excita contre Charles XII le tzar et le roi de ' Djinemark. Ses principaux conseillers étaient Flem« ming, négociateur habile, qui lui avait procuré la ^ couronne de Pologne, et Pattkul, gentilhomme iivo- | nien,qui, par suite des représentations très-énergiques qu'il fit à Charles XJ, au sujet de la révolutim i opérée par ce prince , s'était vu forcé de s*expab*ier. I Paukiil appela surtout Tavidité de Télecteur-roi sur 1 Ja Livonie, Mais comme il était probable que les 1 Polonais mettraient peu de aèle à conquérir cette , j^iovince, qui, entre les mains de la Suède^ leur pa*
LX¥U IT. WÂMT» If. cKAmms tu. 6i3
taimît moins dangercme pour leur tibenéi guette ne le serait entre celles du roi de Pologne, on songea
à les entraîner, en brusquant la conquête sans dëelaration de guerre préalable, saut à les apaiser ensuite en réunissant la livonie à la république polonaise: « ce que désiraient surtout les nobles de la Livonie, dont Pattkul (leltnclait les intérêts.
Frédéric- Auguste amusa les ambassadeurs suédois à Varsovie, comme Pierre les avait amusés à Moskou, et, le di- novembre 1699, un traité d alliance offen* sive fut conclu entre ces deux monarques, sans que la diplomatie suédoise en eût le plus léger soupçon. Bientôt la ligue s'adjoignit un troisième membre, le roi de Danemark, Frédéric IV, ennemi naturel de la Suède. Il venait de monter sur le trône de son père, et était d'autant plus exaspéré contre Charles XII, que celui-ci ne cessait de soutenir par tous les moyens possibles son beau*frère, le duc de Hol* stein, dans ses querelles éternelles avec le Danemark. Frédéric renouvela et étendit les alliances que son père avait déjà faites avec la Saxe-Pologne et la Russie y on convint formellement de donner au tzar une province sur la Baltique, et d*afracher à la Suède tout ce qui n'avait jamais appartenu à Tune des puissances aillées.
Frédéric alors remplit toutes les cours de l'Europe de plaintes contre Charles XII , au sujet de l'assistance qu'il prétait à son beau-frère. Vainement le duc veut entrer en négociations ; vaiuement l'Empire s'offre comme médiateur, Frédéric pénètre à main armée dans le Holstein, occupe Sleswig, prend Gottorp, prélève des contributions et assiège Tonningen* En même temps les Saxons s'approchent de la Livonie; mais le gouverneur suédois de Kiga, le comte Dalberg, prend aussitôt l'éveil et rassemble ses forces. Les Saisons feignent d*étre alarmés par ces réunions de troupes*, et
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enièwnf ^pdquei lUtadbeM&iB suMois. Fiemmng dédane^^le ai février 17^0, àttnê une proehtniptieift
aux Livonieus , qu'il doit entrer daus la province pour fiiKveoir^uie altaque de la part des Suédois. Il s'em* • ^re de quelques ouTrages avancée , et, le 24 , il se préiente oeTant Riga ; maïs, négligeant de proficior du premier embarras des Suédois, il leur doiiiie le temps de se fortiiier, et Dalberg n'est pas homme à se rendre a» premier coup de canon. En même temps Pattkal parcourt le pays pour le* révolter; mais la noblesse se méfie de lui , et les paysans qu'il a embauchés coni« mencent à se livrer au pillage.
Cliaries XII reçut coup sur coup la nouvelle de rinoursion des DancMs en Holstein et celle de TeBCrée des Saxons en Livonie. Aussitôt toute sa vie est chaagée : il 11 est plus question désormais ni de plaisirs, ni de ciia&se aux ours. Line seule pensée le préoccupe ; la guerre. Le conseil du roi de S«ime avait pris lalarme ; il ne savait que décider^ lorsque le prince se levant : « Mes- « sieurs, dit-il, j'ai résolu de ne jamais faii e iiik guerre ^ injuste, mais aussi j entends bien n en jamais iinir une « légitime que par la perte de mon ennemi. Ma réso» m Imiion est prise : f irai attaquer le premier qui se àé^ « clarera, et quand je 1 aui ai vaincu, j'espère faire quel- « que peur aux autres. » Charles XII venait de se révéler; tel il se montre en ce moment, tel il restera tottCe sa vie : inaccessible à la crainte, mais implacsable dans ses vengeances, il poursuivra la destruction de ses eTinerais avec une indomptable opiniâtreté; il y épuisera les ressources de la Suède, que la révolu* tion récente de 1680 a mises entre ses mains; et il laiidra que la Suède obéisse et le suive , puisque la constitution nouvelle n*a balancé le pouvoir du roi par aucune force modératrice* 11 fit rapidement ses préparatifs, et s allia aux Anglais et aux Hollandais, qm^ voulant tenir la balance égale entre les princes dm
IiinS XV. H. GKâPf TRE III.
Konl , lui iîMtrnireBt um flotte puisMiite. Le premiefi
qui sentit la force de son bras fut le roi de Danemark.
« 11 partit pour sa première campagne le 8 mai (nouveau style) de Tannée 1700. Il quitta Stocidioi» ou îl ne' revint jamais. Une Ébule innombrable é» peuple lafx^ompagna jusqu'au port de Carlscrona, en faisant des vœux pour lui , en versant des larmes , et en ladmirant* Avant de sortir de Suède, il établit à Stockholm un conseil de défense composé de plusieufis sénateurs. Cette commission devait prendre soin de tout ce qui regardait la flotte , les troupes et les fortifications du |>ays. Le corps du sénat devait régler tout le reste provisionnellement dans Tintérieur du royaume» Ayant ainsi mis un ordre certain dans ses États , son
esprit, libre de tout autre soin, ue s'occupa plus que de la guerre. Sa iiotte était composée de quarante-trois vaisseaux; celui qu il monta , nommé le Roi Charles, le plus ffrand qu'on ait jamais vu , était de cent vin^ pièces de canon ; le comte de Piper , son pi*emier mi* nistre et le e^énéral Renschild s'y embarquèrent avec lui. Il joignit les escadres des alliés; la iiotte danoise évita le combat et laissa la liberté aux trois flottes c(»nbinées de s approcher assez près de Copenhague pour y jeter (juelques bombes.
«t II est certain que ce fut le roi iui-niéme qui proposa alors au général Renschild de faire une descente et d'assiéger Copenhague par terre, tandis qu elle se-* rait bloquée par mer. Renschild fut étonné dune proposition qui marquait autant d'habileté que de courage dans un jeune prince sans expérience* Bientôt ' tout fut prêt pour la descente ; les ordres furent donn^ pour faire embarquer cinq mille hommes qui étaient sur les côtes de Suède et qui furent joints aux troupes qu'on avait à bord. Le roi quitta son grand ▼aisseau et monta une frégate plus légère. On comniMça par faire partir trojis cents grenadiers dans da
6i6 mufmm mu isim mobbihbs.
petiteft chaloapes. Entre ces petites dialonpes ^ de petits bateaux plats portaient des fiiscines, des chevaux
de frise et les iusti uinenls de pioimiers; cinq cents hommes délite suivaient dans d autres chaloupes; après, venaient les vaisseaux de guerre du rot, avec dEeux frégates anglaises , et deux hollandaises , qui devais nt iavoriser la descente à coups de canon.
«Copenhague, capitale du Danemark, est située dans ViledeZéelande < Séeland), au milieu dune belle plaine^ ayant au nord-ouest le Sund , et à l'orient la mer Baltiffue, t)ù ctaiL alors le roi île Siicde. Au mouvement imprévu des vaisseaux, qui menaçaient d une descente^ les habitants, consternés par l'inaction de leur flotte et par le mouvement des vaisseaux suédois, regardaient alors, avec crainte, en quel endroit fondrait Forage ; la iloUe <ie Charles s'arrêta vis-à-vis Humblebck, à sept milles de Copenhague. Aussitôt les Danois rassemblent en cet endroit leur cavalerie. Des miHces furent pla* cées derrière d épais retranchements, et Tartilleric
on put y conduire fut tournée contre les Suédois.
« Le roi quitta alors sa frégate pour s aller mettre | dans la première clialoupe, à la tête de ses gardes. L'ambassadeur de France était alors auprès de luL « Monsieur l'ambassadeur , « lui dit-iien latin (car il ne voulait jamais parler français), « vous n'avez rien à « démêler avecles Danois : vous n'irez pas plus loin, sil i « vous plaît. M « Sire, «lui répondit le comte de Guiscard, en français, « le roi mon maître m'a ordonné de « résider auprès de Votre Majesté , je me iiatteque vous « ne me chasserez pas aujourd'hui de votre cour qui ,
n*a janyiis été si brillante. » En disant ces paroles, il donna la main au roi qui sauta dans la chaloupe, où le comte de Piper et land^assadeur entrèrent. On s'avançait sous les coups de canon des vaisseaux qui favorisaient la descente* Les hateaux de débarquement ne taiftnt encore qu'à trois cents pas du rivage* Charles XU^
]ULVa£ IV. PART» II, CHAPXTBB lU. 6lJ
impatient de ne pas aborder assez près ni assez tôt, se jette de sa chaloupe dans la nuer, iépée à la inain^ ayant de leau par delà la ceinture : ses ministres, Tambassadeur de Francè , les officiers , les soldats sui» vent aussitôt son exemple, et marchent au rivage, malgré une grêle de mousquetades. Le roi, qui n'avait jamais entendu de sa vie de mousqueterie chargée k liaUe) demanda au major ce que c'était que ce petit sifflement qu'il entendait à ses oreilles. « C'est le bruit « que font les balles de fusil qu'on vous tire,» lui dit Je major. — « Bon , > dit le roi, « ce sera là dorénavant ma musique.» Dans le même moment, le major, qui ei|>liauait le bruit des mousquetades, en reçut une dans I épaule; et un lieutenant tomba mort à 1 autre coté du roi.
« Il e;|t ordinaire à des troupes attaquées dans leurs ^branchements d*être battues, parce que ceux qui
attaquent ont toujours une impétuosité que ne peuvent avoir ceux qui sa défendent, et qu'attendre les ennemis dans ses lignes, c'est souvent un aveu de sa faiblesse et de leur supériorité. La cavalerie danoise et les milices s'enfuirent après une faible résistance. Le roi, maître de leurs retranchements, se jeta à genoux pour remercier Dieu du premier succès de ses>armes. Il fit sur-le-champ élever des redoutes vers la ville, et marqua lui-même un campement. En même temps, il renvoya se?» vaisseaux eu S( anie, pnrtîe de la Suède voisine de Copenhague , pour chercher neuf mille hommes de renfort. Tout conspirait à servir la vi* ▼acité de Charles. Les neuf mille hommes étaient sur le rivage prêts à s'embarquer , et dès le lendemain matin un vent favorable les lui amena.
« Tout cela s'était fait à la vue de la flotte danoise^ ' qoi n'avait osé s*avancer. Copenhague, intimidée , envoya aussitôt des députés au roi pour le supplier de ne point bombarder la ville. 11 les reçut à cheval^
6x8 Uiâï01£l£ 1>£S ï£.Mfâ MÛD£fi.i^£S,
i la tâte de son régiment des rardes : les dopm<e eè
mirent à genoux devant lui. Il fit payera la ville quatre ceot xuiUe rimlales, avec ordre de faire voiturer au ^mp toutes sorles de OToWsioiH^quilproimt defeive payer fidèlemeitl. On lui apporta des vivres , piMi qu*il fallait obéir; maison ne s attendait giièrt- que des vainqueurs daignassent payer ^ ceux qui les apportèrent turent bien étonnés d'être payés généreusement el sans délai par les moindres soldats de larmée^ Il ré» gnait depuis longtemps dans les troupes suédoises une discipline qui n'avait |)as peu contribué à leurs victoires. Le jeune roi en augmenta encore la sévérité. Un aoldat n eût pas osé re&iser le payement de ce cpa'fl nchetait , encore moins d*a1ler en maraude , fM même de sortir du camp. Il vonhit de plus que dans une victoire ses troupes ne dépouillassent les morts fu après en avoir eu la permission , et il parvint aisé* ment à faire observer cette loi. On faisait toujours dans son camp la prière deux fois par jour, à sept heures du matin et a quatre heures du soir; il ne nian-
Îua jamais d y assister et de donner à ses soldats estemple de la piété, qui fait toujours impression sur les hommes quand ils n'y soupçonnent pas de Thypo-. crisie. Son raiiip, mieux policé que Copt nluigiio, eut tout en abondance; les paysans aimaient mieux vendre leurs denrées aux Suédois, leura ennemis, qu*aux Danois qui ne ks payaient pas si bien. Les bourf^is delà ville furent même obligés de venir ])lus il une fois chercher y au camp du roi de Suède, des provi* «ions qui 'manquaient dans leurs -marcbés.
« Le roi de Danemark était alors dans le Holstein , oè il seiiiLlait ne s'être rendu que pour lever le siège de Tonningue. ii voyait la mer Baltique couverte de vaisseaux enneniisi un jeune conquérant déjà maître de la Zéeiande , et prêt à s'emparer de la capitale. U fit publier dans ses i^uts que ceux qui preudrai^nrt les
armes contre les Suédois auraient leur liberté. Cette déclaration était d'un grand poids dâns un royautae iiu^ ibéfoîfi libre^ où toms les paysans, et même beftueoop ^
boargeois, sont esclaves aujourd'hui. Charles fit dire au roi de Danemark qu'il ne faisait la <jnerre que pour l'obliger à taire la paix; qu il n'avait qu a se résoudre à Midre justieeau ducdeHolstein euà voir Copenhague détruite, et «on royaume à feu et à sang. LefD»» nois était trop licuieux d avoir affaire à un vainqueur mi se piquait de justice. On assembla un congrès jflKisld ville de Travendal, sur les frontières du HoU steîfi. Le roi de Suède ne souffrit pas que Fart des mî* nistres traînât les négociations en longueur ; il voulut que le traité s'achevât aussi rapidement qui! était des^ cendu en Zéelande* Effectivement, il fut conclu, le 6 d'auguste, à lavantage dn duc de Holstein, qui fut indemnisé de tous les frais de la guerre et délivré d opprc ssion. Le roi de Suède ne voulut rien pour lui-même, satisfait; d'avoir secouru son allié et kumîlié son ennemi. Ainsi .Charles XII , à dix-huit ans, mmniença et finit cette guerre en moins de six $e* mailles (i). w
Cependant , Flemming s'était emparé de Dana* iniinde le â6 mars , et croyait que Riga , ainsi privé des oommmiicaitions avec la mer, allait tomber de lui»
Inénie en son pouvoir; mais Riga était défendu par le vieux comte Dalbei^, général suédois «qui, à i âge de quatre-vings ans y joignait le feu d'un jeune homnae à l'expérience de soixante campagnes (a).» Dalberjg âwit fait entrer dans la ville des provisions conside* Tables, et, pour rendre sa résistance plus duiable encore, il avait renvoyé de la ville une partie de la poi-
Klation. En outre, ÎA était parvenu à faire désavouer tlàtil par la noblesse du pays ^ et un secours étant
(i) Yollaire, Histoire de Charles Xil.
(a) Voltaire, ibid.
6aO HlSTOIB£ DES TEMPS JIODE&NES.
arrivé de la Finlande, les Saxons se virent contraints à se retirer derrière la Duna, qu'ils ne purent repasser qu'au mois de juin , lorsque le roi Au^^uste arriva lui* même sur les lieux. Ce prince amenait un renfort de troupes envoyé par la république polonaise qui venait (le déclarer la guerre à la Suède. Le siège de Riga fut repris, mais sans plus de succès, et à la nouveUe de la descente opérée en Séeland , Auguste saisit un prétexte futile pour le lever.
Il allait se retirer entièrement, et déjà il avait imploré la médiation de la France et de TAngieterre, quand il apprit qu'enfin Pierre commençait i agir. Le tzar, qui avait déclaré à plusieurs reprises que ce serait déroger à sa dignité que d altacjuer un voisin sans cause légitime, et qui avait même envojé une ambassade à Charles Xll, lui déclara tout à coup h guerre, et fit, en septembre, présenter aux Etats- Généraux une note dans laquelle il exposait les motifs qtiî le portaient à cette résolution. C'était Ja première fois que les Moscovites adoptaient les usages de k diplomatie européenne. U est vrai que la note conta* Qait les mensonges les plus absurdes. Pierre y allég^uait pour raison de la guerre, qu'on ne lui avait pas rendu assez d honneurs lorsqu'il avait passé incognito a Kiga| et qu on avait vendu les vivres trop cher à ses ambassadeurs. « C était là , s'écrie Voltaire , les |^riefs pour lesquels il ravageait Tlngrie avec quatre-vingt mille hommes ! »
Au mois d'août, larmée russe quitta MosLou et se dirigea sur Narva, et comme 1 électeur de Saxe avait envoyé un ingénieur pour diriger les travaux du siège, la place fut serrée de près.
Charles XII , de son coté, non moins empressé de secourir la Livonie, arriva , le 17 octobre^ dans k rade de Pernau ; le yacht qui devait le conduire à terre était tellement surchargé qu on crut un instant quil
âllail; chavirer. Aussitôt le général RheDskjold (i) se jeta à la mer à^ec toute sa suîte , et ne parvint à terré qu'ave<; peine. Charles n'oublia jamais cette preufve de courage et de dévouement.
A peine eut-il rassemblé cinq mille hommes d'infanterie ^ trois mille chevaux et trente-sept bouches à feu , qu'il résolut d attaquer rennemi. Le a 8 novembre, il força les défilés de Pyhœjoki , et deux jours après il livra bataille.
Pierre, accompagné de ses favoris Gollovin et Menzikoff, avait quitté le camp la veille, et confié le commandement en chef au duc de Croy. Le camp russe,
fortifié tout à la fois par la nature et par l'art , était défendu par soixante mille hommes, dont à peu près la moitié se composait de-troupes régulières. Charles ne balança pas un instant à les attaquer derrière leurs retranchements. L'enthousiasme guerrier du jeune monarque se communiqua à toute son armée: chacun espérait se venger sur 1 ennemi des privations aux* qudles il avait été exposé. A deux heures de Taprès» midi commença la lutte. Une neige furieuse , qui donnait au visage des ennemis, permit à l'aile gauche des Suédois de s'approcher des retranchements^ ils les escaladèrent. Aussitôt une terreur panique sem^o des Russes 9 le désordre se met dans leurs rangs. Laile droite s empresse de se retirer derrière la Narva, mais le pont s'enfonce sous le nombre des fuyards; ceux €[m sont coupés cherchent à prendre position dernère les chariots du train, et se rendent à la merci du vainqueur pendant la nuit. Charles s'exposa constamment an feu ; et Taile droite ayant également repoussé Tennemi sur tous les points, il se trouva, à rapproche de la nuit, maître de la plus grande par* tie au camp et d'une hauteur qui le dominait. Le
(t) C'est cdni que Yoluire nomme RenschiUL
lendenicûu le général Weide demanda à capituler, et Charles, ne pouvant garder tant de prisonniers, codsifintit à renvoyer ks soldats et les offîoiers subal^ ternes. La perte des Suédoi» fui p«u oomîdérable} le butin qu ils firent, en canonfl et en sunitiMs de guerre, tut immense.
Le 3 décembre , Charles fit son entrée à Narva. f^tme se répandit bîenlot dans toute l'Europe^ et Fa» mour et la confiance dfe son armée devinrent aani bornes. Toutefois on ne saurait considérer cette victoire que comme un événement malheureux |)ourla $iiède : elle raropUt Tâme du jeune rai d un profond mépris pour les RuMea, et il ne tint aucun oompte de leurs ariiicis : dédain funeste chez un prince qtÉi avait pour adversaue un homme tel que Pierre k &rand.
Charles , aprèa avoir passé Thiver à NamFB, oondmiit
au printemps toute son armée en Livonie, et en chassa les Saxons sans be\iucoup de peine. On aurait du croire que la gu^re allait finir ^ mais Auguste venait de conclure une nouv^e alliance avec le taar ; il avait obtenu de lui des subsides eonsidéraUe» et di» neuf régiments. D'un autre côté , en Pologne, le parti des bapieha ^ oppnmé par celui des Ogiuski et de la eour , supplia le monarque suédois de venir à son 99^ cours. Auguste avait déclaré à la ifiète de Ratiabomie qu'il ne ferait pas la guerre comme électeur et membre de l'Empire, et la république de Pologne, de son coté, avait également protesté de sa neutralité; mais Chaiiles n!en persista pas moins à attaquer son ennemi, bien que ses généraux et ses vieux conseillers lui représentassent combien c'était se hasarder que défaire la guerre à la Pologne , même dans la supposition d un succ^; la giiierre était devenue robjetdetoui^ses désira» U manda à la république polonaise de prononcer la décheance d'Auguste pour mieux prouver sa neutralité^
etf il fit ravager et ra^agm én peisonne les terres des
Ogittski (1701).
Auguste sonna l'alarme dans toutes les cours de r£urope; il envoya même à Charles des ambassadeurs ft des ambassadrice» : mais celui-ci persista dans la demande qu'il avait adressée à la Pologne , et , le a4 mai, il occupa Varsovie, sans avoir rencontré aucune résistance. Le roi de Pologne se retira à Cracovie, et Charles ) ajant négligé de le poursuivre , il eut le temps dy former une armée e* de s'avancer de nouveau yevs Varsovie. 11 trouva à Clissow les Suédois, qui le vainquuent près de cette ville, le 20 juillet 1702; ■sais la victoire fut fortement disputée par les Saxons, et les Suédois y perdirent le valeureuse duc de Holstein , beau-frère dfe Charles. Cracovie capitula devant la teuiérité de Charles ^ qui occupa tout U^pays. X4 avait ^ il est vrai, ordonné la discipHne la plus sé» aux soldats; mais il permit néanmoins les exactiosis des généraux pour rendre les Polonais dociles y et il les autorisa à pressurer le pays comme des y^U" trichieiis^
Nous n'entrerons pas dans tous les détails d'une guerre racontée avec tant d'intérêt et de charme par
1 liistorien de Charles XII; il suffira de dire qtie le Garactère de la guerre fut toujotirs le même : Charles renversait toiis les <^stacles et dominait partout où. il était présent 9 tandis que les seigneurs polonais in* triguaient et ne savaient quel parti prendre. Auguste de son côté faisait tous ses efforts pour obtenir la paix, afin de pouvoir mieux se préparer à la gxxevve^ donnait à son. adversaire, par ses continuelles tergiversations , une occasion toujours nouvelle de la continuer. 11 satisfaisait ainsi les plus vifs désirs du roi de Suède; car ou celui-ci aurait«il pu courir autant de daflagers qu'au milieu des marais et des forêts de la^ Pologne? *
624 HtSTOIU DBS TBMPS MODSAKBib
Ce fut seulement en 1704 que le cardinal primat convoqua la diète pour négoci^er la paix avec le roi da Suède 9 qui avait déclaré ne vouloir traiter qu*aYec k république de Pologne. La noblesse y vint en grand noniij>ie, et d'après les plaintes amères qui éclatèrent contre Auguste , on vit bien qu il s'agissait de toute autre chose que de conclure la paix avec la Suède. La déchéance d'Auguste fut donc prononcée et le trône déclaré vacant. L électeur de Saxe, qui ne s'était pas attendu à une détermination aussi énergique j remua ciel el terre pour former une contédération op* posée aux décrets de Varsovie, et Pattkul parvint encore une fois à faire donner de l'argent et des troupes par le tzar, qui commençait à craindre de rester seul exposé ail courroux de Charles; mais Auguste ne pou* Tait pas plus compter sur les Polonais de son parti que Charles ne pouvait se fier sur les autres , et l'enlèvement des princes Sohieski , sur un territoire neutre, révolta au plus haut point les esprits. La confédération de Varsovie s augmenta donc de jour en jour, surtout lorsque le prince Lubomirski et ta Tilk de Danzig s'y f urent joints.
Bientôt on soccupa délire un nouveau roi. On aurait facilement fait agi;^er le prince de Gonti à la confédération ; mais Charles , swrd à tous les conseilsi voulut un noble polonais , bien que tous les Polonais lui assurassent qu'un étranger seul pourrait maintenir la concorde. On proposa donc llacbûwil| LubomirsU et Leczinskii et ce dernier fut élu, parce que le roi de Suède le protégeait ouvertement. Il fut proclamé roi le i3 juillet; mais la contrainte manifeste que Ton avait faite à la diètCi lui aliéna, dès le principe, Tes* prit public I qui, dti reste | dans les temps de troubles^ s'éloigne assez ordinairement de ceux-là même qu ila portés au pouvoir, une fois que le fait est accompli.
Cependant Charles s étant éloigné de la capitaJe pour s emparer de Lemberg, Auguste profita avec adresse de son absence, et surprit le petit corps suédois qui défendait Varsovie sous les ordres du général Horn. Ce dernier fut fait prisonnier, et Stanislas s enfuit eu toute hâte à Lubiin. Par suite de ces événements , la confédération de Varsovie fut dissoute, et Lubomîrski , ainsi que beaucoup d*autres nobles , embrassa de nouveau le parti d Auguste. Mais à peine Charles fut-il revenu de la Pologne orientale, que les Saxons se virent forcés de s'enfuir en Allemagne. Auguste fut tellement irrité de l'inconstance des Polonais, qu'il songea à abdiquer la couronne; Patlkul ne parvint à Ten empêcher qu'en gagnant les seigneurs de la cour^ qui représentèrent au roi combien une pareille résolution serait honteuse , et parvinrent ainsi à l'en détourner. D'un autre côté , pour relever un peu le parti saxon en Pologne, Patlkul alla lui-même attaquer, mais sans aucun succès, les Suédois près de Varsovie.
Le !ii septembre 1705 eut lieu le couronnement de
Stanislas, qui, le 28 novembre, signa la paix avec la Suède. Charles ne demanda pas un pouce de terrain ; il promit même de contraindre le tzar de rendre ce • qu'il avait enlevé à la Pologne; tout ce qu'il exigea , ce fut qu'on rétablît la maison de Sapieha, et qu'on tolérât la religion protestante.
Le tzar, qui avait désiré la paix après la bataille de Narva , reprit courage lorsqu'il vit Charles s'enfimcer dans la Pologne. 11 n'était resté en Finlande, pour protéger les frontières suédoises, que quelques bataillons de nouvelles troupes,. qui , presque jamais , n'attendaient l'ennemi; et comme d'ailleurs la jalousie qui divisait alors les chefs de>ces corps empêchait toute resolution énergitjue de leur part, Pierre eut tout le temps d'exercer ses soldats, et releva leur cou-