‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 68 sur 89 · LITRE IY« II. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LITRE IY« II. CHAPITRE III

«c (8 juillet 1709). Dans le temps même qu'on lui mettait un appareil, il ordonna un assaut pour le

lendemain; mais à peine avait-il donné cet ordre, qu on vint lui apprendre que toute 1 arnice ennemie s^aTançait sur^ lui. Il fallut alors prendre un autre parti. Charles, blessé et incapable d*agir, se voyait entre le Bon'sthène et la rivièie qui passe à Puli<>^a, dàns un pays désert, sans places de àùreté, sans muiHitons, vis«à-yis une armée qui lui coupait la retraite et ies vivres. Dans cette extrémité, il n assembla point de conseil de guerre, comme tant de relations Font débité; mais dan^ la nuit du 7 au 8 juillet, il tit venir le feld^maréchal Renschild dans sa tente, et lui ordonna sans délibération ) comme sans inquiétude ^ de tout disposer pour attaquer le czar le lendemain. Renschild ne contesta point, ti sortit pour obéir. A la porte de la tente du roi, il rencontra le comte Piper, avec qui il était fort mal depuis longtemps, comme il arrive souvent entre le ministre et le géné« ral. Pipc! kii demanda s'il n'y avait rien de nouveau. «JNon, V dit le ijenéral ii oïdement, et il passa outre pour aller donner ses ordres. Dès que le comte Piper fut entré dans la tente : « Renschild ne vous a-t-il rien appris? M lui dit le roi. « Rien, » répondit Piper : «Hé « bien, je vous appremls donc, reprit le roi, que de- « main nous donnons bataille. » Le conàte Piper tut ef* frayé d'une résolution si désespérée; mais il savait bien qu*on ne faisait jamais changer son maître d*idée; il ne mav(|iia sf)n étonnement que par son silence, et laissa Cliaries dornnr jusqu'à la pointe du jour.

« Ce fut le 8 juillet de Tannée 1709 que se donna cette bataille décisive de Pultava , entre les deux plus singuliers monarques (|ui fussent alors dans le numde : Charles XII, illustre ,par neuf années de victoires^ Pierre Alexiowitz, par neuf années de peines, prises pour former des troupes égales aux troupes suédoises ;

632 HlSXOIA£ I>£S T£MPâ MOOSRNl&S,

l'un, glorieux d'avoir tlunné des États; Tautre, d'avoir civilisé les siens : Charles, aimant les dangers, et ne combattant que pour la gloire; Âlexiovritz, ne fuyant point le péril, et ne faisant la guerre que pour ses intérêts : le luonarque suédois, libéral par grandeur d'ànie; le Moscovite, ne donnant jamais que par quelque vue : celui-là, d'une sobriété et d une continence sans ^exemple , d*un naturel magnanime, et qui n'avait été barbare qu'une fois; celui-ci , n'ayant pas dépouille la rudesse de sou éducation et de son pays, aussi terrible à ses sujets qu admirable aux étrangers | et trop adonné à des excès qui ont même abrégé ses jours : Charles avait le liue d invincible, qu'un moment pouvait lui ôter; les nations avaient déjà donné à Pierre Alexiowitz le nom de grand , qu'une défaite ne pouvait lui &ire perdre ^ parce qu'il ne le devait pas à des victoires.

«Pour avoir une idée nette de cette bataille, et du lieu où elle fut donnée, il faut se figurer Pultava au nord, le camp du roi de Suède au sud, tirant un peu vers l'orient; son bagage derrière lui, à environ un mille , et la rivière de Pultava au nord de la ville, coulant de lorient à foccident,

« Le czar avait passé la rivière à une lieue de Pultava^ du côté de l'occident, et commençait a former son camp.

« Â la pointe du jour, les Suédois parurent hors de leurs tranchées avec quatre canons de fer pour tonte

artillerie : le reste fut laissé dans le camp avec environ trois mille hommes; quatre mille demeurèrent au bagage : de sorte que larmée suédoise marcha aux ennemis, forte d'environ vingt et un mille hommes, dont il y avait environ seize mille Suédois.

«Les généraux Renschild , Roos, Lewenhanpt , Slipenbak , Hoorn , Sparre, tiamilton , le prince de Wirtemberg, parent du roi, et quelques autres , dont la

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plupart avaient vu la bataille de Narva, disaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée , où

huit mille S Liedois avaie nt détruit une année de quatrevingt mille Moscovites, dans un camp retranché. Les oi&ders le disaient aux soldats î tous s^encourageaient en marchant.

« Le roi conduisait la marche, porté sur un brancard à la tête de son infanterie. Une partie (le la cavalerie s'avança par son ordre pour attaquer celle des ennemis; la bataille commença^ par cet engagement, 4 quatre heures et démie du matin : la cavalerie ennemie était à l'occident, à la droite du camp moscovite ; le prince Menzikoft et le comte Golowiq l'avaient disposée par intervalles entre des redoutes garnies de canons. Le général Slipenbak, à la tête des Suédois, fondit sur cette cavalerie. Tous ceux qui ont servi dans les troupes suédoises savent qïiil était presque impossible de résister à la fureur de leur premier choc. Les escadrons moscovites furent rompus et enfoncés. Le czar accourut lui-même pour les rallier; son chapeau fut percé d'une balle de mouscjuet ; Menzjkoff eut trois chevaux tués sous lui : les Suédois crièrent i/ic/o/r^,.

« Charles ne douta pas que la bataille ne fut gagnée ; îl avait envoyé, au milieu de la nuit, le général Creuts avec cinq mille cavaliers ou dragons, qui devaient prendre les ennemis enilanc, tandis qu'il les attaquerait de front; mais son malheur voulut <{uè Creuts s't'garât et ne parût point. Le czar, qui s'était cru perdu, eut le temps de rallier sa cavalerie. Il fondu à son tour sur celle du roi, qui, n'étant point soutenue par le détachement de Creuts, fut rompue à son tour; Slipenbak même fut fait prisonnier dans cet engagement. En même temps soixante et douze canons tiraient du camp sur la cavalerie suédoise, et 1 infanterie russienne, débouchant de ses lignes , venait attaquer celle de Charles,

634 HiS70IH£ D£& T£^i>â MOI3«a]|£$.

a Le czar détacha alors le pnnoe MeDzikoflf pour aller se poster entre Pultava et les Suédois : le prince Menzikot'f exécuta avec hainleté et avec proxuptituda l'ordre de son maître ; noiMeulemcnt il coupa la com^ munication entre Tarmée suédoise et les troupes res^ tées au camp devant Pultava, mais ayant rencontré un corps de réserve de trois mille hommes, il 1 enveloppa et le tailla en pièces. Si Menzikoff fil cette manoeumre de lui-même, la Russie lui dut son salut; si le czar

Tordonna, il était un digne advej\saire de Charles XII. Cependant l inlantei le moscovite sortait de ses lignes^ et s*avançait en bataille dans la plaine. D un autre coté , la cavalerie suédoise se ralliait à un quart de lieue de Tarniée ennemie; et le roi, aidé de son feld-maréchai llenscliild, ordonnait tout pour un combat général.

« Il rangea sur deux lignes ce qui lut restait détroit pes^ son infanterie occupant le centre, sa caipolcm

les deux ailes. Le czar disposa son armée de même : il avait l'avantage du nombre et celui de soixante et douze canons, tandis que les Suédois ne lui en oppo* saient que qtutre, et qu'ils comraençaiantTà numqner

de poudre.

« L'empereur moscovite était au centre de son armée, n'ayant alors que le titrer de major-général, et semblait obéir au général Gsermetoff; mais il allait, comme empereur, de rang en rang, monté sur un cheval turc, qui était un présent du Grand Seigneur, exhortant les capitaines et les soldats, et promettant i chacun des récompenses.

« A neuf heures du matin, la bataille reeomfDeiiea; une des premières volées du canon moscovite emporta les deux chevaux du brancard de Charles : il en iit atteler deux autres ; une seconde Tolée mit le bnm*^ card en pièces et renversa le roi. De yingt-quatre dra* bans qui se relayaient pour le porter, vingt et un

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fuient tues. Les Suédois, consternés, s ébranlèrent , et le canon ennemi continuant à les écraser, la première ligne se replia sur la seconde, et la seconde s'^enfait* Ce ne fut en cette dernière action qu'une ligne de dix mille hommes de Tinfanterie russe qui mit en déroute larmée suédoise : tant les choses étaient changées !

« Tous les écrivains suédois disent qu'ils auraient gagné la bataille si on n'avait point fait de fautes; mais tous les officiers prétendent que c*en était une grande de la donner^ et une plus grande encore de s enfermer dans ces pays perdus , tnalgré l'avis des plus sages , contre un ennemi aguerri, trois fois plus fort que Charles XI t [xu le nombre d'iionimes, et par les ressources qui manquaient aux Suédois. Le souvenir de Narva fut la principale cause du malheur de Charles à Pultava.

« D^à le prince de Wirtemfeei <^ , le général Rens-* cliild et plusieurs officiers principaux étaient prisonniers, le camp devant PuUava forcé , et tout dans une confusion à laquelle il n y avait plus de ressources. Le comte Piper avec quelques officiers de la chancellerieétaient SOI lis de ce camp, et ne savaient ni ce qu ils devaient faire, ni ce qu'était devenu ie roi; ils couraient de côté et d'autre dans la plaine. Un major, nommé Bère, s'offrit de les conduire au bagnge; mais les nuages de poussière et de fumée qui couvraient la campagne, et Fégarement d'esprit naturel dans cette désolation , les conduisirent tout droit sur la contres** carpe de la ville même , où ils furent tous pris par la garnison. *

« Le roi ne vouhit point fuir et ne pouvait se défendre. 11 avait en ce moment auprès de lui ie général Poniatowski , colon#l de la garde suédoise du roi Stanislas, homme d'un mérite rare, que son attachement pour la personne de Charles avait engagé à le suivre

636 HISTOI&S DBS TBMPS MQDBBRES*.

en Ukraine sans aucun contmandement* Cetait un homme qui, dans toutes les occurrences de sa Tie,

et dans les dangers où les autres n'ont tout au plus que de la valeur, prit toujours soti parti sur-le-champ, et bieui et avec bonheur. Il fit signe à deuxdrabans, qui prirent le roi par»dessous les bras et le mirent à cheval malgré les doukurs extrêmes de sa blessure.

« Poniatowski, quoiqu il n eut point de commandement dans 1 armée, devenu , en cette occasion , génénl par nécessité , rallia cinq cents cavaliers auprès de la personne du roi : les uns étaient des drabans, les autres des officiers , quelques-uns de simples cavaliers. Cette troupe rassemblée et ranimée par le malheur de son prince se fit jour à travers plus de dix régiments moscovites, et conduisit Charles au milieu des ennemis y Tespace d'une lieue , jusqu'au bagage de 1 armée suédoise.

«Le roi I fuyant et poursuivi, eut son cheval tué sous lui; le colonel Giéta, blessé et perdant tout son

sang, lui donna le sien. Ainsi on remit deux fois à cheval, dans sa fuite, ce conquérant qui n avait pu y monter pendant la bataille*

« Cette retraite étonnante était beaucoup dans un si grand malheur; mais il fallait fuir plus loin. Ou trouva dans le bagage le carrosse du comte Piper, car le roi n'en eut jamais depuis qu'il sortit de Stockholm. On le mit dans cette voiture , et Ton prit avec précipitation la route du Borysthène. Le roi ^ qui depuis le iiionieiit où on l'avait mis à cheval jusqu'à son arrivée au bagage, n avait pas dit un seul mot, demanda alors ce qu'était devenu le comte Piper. <^I1 est prisavec toute la chancellerie , » lui répondit^on* «Et le général Renschild et le diu de Wirtemberg? » ajouta-t-il; «ils sont aussi prisonniers 9» lui dit Poniatowski. « Pri* sonniers chez les Russes ^ « reprit Charles en haussant les épaules. « Allons donc, allons plutôt chez les Turcs. >

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