‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 7 sur 89 · I.ITRE in. CHAPITAB I · texte numérisé non relu

I.ITRE in. CHAPITAB I

laissent passer l'heure du souper. » La cour se crut

victorieuse, mais la journée du lendemain la détrompa. Les barricades de Henri III se relevèrent dans les rues de Paris, sous l'influence secrète du coadjuteur* « Ce mouTement, dit*il dans ses mémoires, fut comme un* incendie subit et violent qui se prit du Pon^Neuf à toute la ville. Tout le monde, sans exception, prit les armes. Lon voyoit les enfants de cinq et six ans le poignard à la main ; on voyoit les mères qui les leur apportoient elles-mêmes. H y eut dans Paris plus de deux cents barricades en moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que la ligue avoient laissées entières (i). » Les soldats furent obligés de se retirer 4evant la foule; et les factieux, le coadjuteur en téte, poussèrent leurs barricades jusqu'à cent pas du Louvre. Bientôt la reine entendit re» tentîr les cris mille fois répétés de : Broussel et liberté! Le parlement arriva en corps pour demander la mise en liberté de ceux de ses membres qui avaient été emprisonnés ; et Anne d'Autriche fut contrainte de céder. « On ne sauroit exprimer, dit Montglat, Ja joie qit'eurent les Parisiens à 1 arrivée de Broussel; les uns lui baisoient la robe; les autres se jetoient à ses pieds

i>our lui embrasser les genoux; les autres lappeloient eur protecteur; et^ devant son logiS| il y eut si grande affluence de peuple, quil fut contraint de sortir dans la rue pour se faire voir. On fit faire son portrait en taille-douce, qu on vendoit par les rues, où il y avoit écrit : « Pierre Broussel, père du peuple (2). » Depuis ce jour, la reine ne parut plus dans les rues sans être insultée. On chansonnait partout les amours de dame Anne et du Mazarin, Poussée à Ijout, elle quitta Paris le 6 janvier 16491 et se retira à Saint-Germain avec ses deQx fils et Mazarin. Le prince de Condé, qui haiissait

(1) Mémoires du cardinal de Ketz.

(2) Mémoires de Mooglat.

7^ HISTQEW Mi (DBHffS MMIIBNBS.

.contre les f«beUe0.

Alors commença la guerre civile de la fronde, dont l'intrigue et les chansons furent ptîut-etre les princi^ paies armes. Le «ang cauW ciéaiuooins d»u6 le» «é4ir tionfi, lec batailles let les exMUtiotis judiciaire; vàm tel était le manque absolu de toute passian, que tout se tournait en plaisaiiterie. Un pelit-Tils de Henri IV, le duc de Beaufort, Tidole des Parisiens, le roi de$ halleéy tout /romifeiir qui I ëiiait, «était lebi^iatéjwr sob ifÊgti aiiaai bien que par Jka ma wins.

Outre Je duo de Beaulort, ou icomptaît dans Je parti du jxirleraent et des frondeurs le prince de Gonti^ frère de Conde, qui ne valait pas son aiuë. Les f ariaieus leiurent pour leur geueralissime, quiûque petift et bosftu. Le cardinal de 1 appel le, dAQS60U lan«gage spirituel et maUn^ un fséro qui ne multiplioit que parce quHl était prince du san<^. Les autres chefs de ce parti étaient Je duc de Loiiguevilie, ic duc de iii^uiiloo, le vicomte de Turenne, qui se laissa entraîner par aa passion pour la duchesse de Longueville^ las ducs de Vendôme, de Nemours, de la Rochefoucauld. Le pailenuiu, encouragé par le 2^rand nombre de ses adhérents, et, poussé secrètemeut par le coadjuteur, rendit un arrêt qui déclarait Mazann perturbateur da n|K>s public, leoneœi du roi et de TÉtat, et lui eu» joignait de sortir du royaume dans Tespace de luiit jours. En même temps, il oidouna des levées de troupes, et établit de.s taxes nouvelles pour k»s payer* ^ fNtriement ordonna que ces taxes et Tarant qui aî?oit «té %pillé sur les particuliers, serviraient a lever «Us trou[)es; et les c(3mraissions furent expédiées pour quatui ze l u il le iiontnies de pied et qua tre niiile cAie-

vaux. Ceux qui s'eurolèreai; « «étoieot pas de ^J»màê guerriers; et Tardent, qui fut donné aux généraiix^ aux officiers et aux soldats, fut sneiUeur

,qm.ld mcmtmt que ks troupes ne tarent utiles à ceux

qui les fuiyèrent (i). »

La guerre ayant commence, le prince de Condë se rendit maître de toutes les avenues de la capitale, et eowpa les vivres aux Parisiens. Le priwe de Gonti essaya en vaia de se nuimenir dans le poste de Cba- :reBton^ où il aivait pleeé trois mille horauies. L'armée royale s'en empara le 5 février, et les Parisiens ne réussirent pas à le recouvrer. C'est là le seul £iit de Mdque imprananee de cette première guerre, c 11 faut dire, à la louanf[e de Sûiis, dit madame de Mottevilie^ <que jamais il li'y a eu de guerre qui se soit faite avec moins (ranimosité. Nous avons oui et vu des menaces, des iosoleuces et des crîeries, même des mauvaises «étions, mais non pas ces maasacves et barbaries que hmis lisons dans les histoires, et que les autres révol* tes auroient produites (2). » Le ridicule continua à se mêler de tous Its événements de cette guerre. Le régiiueut du cardinal de liet'^ se nommait le régiment de Cori nthe, parœ que le cardinal ^tiM archevêque titulaire de Gortnthe* Ce régiment ayant été battu par les royalistes, on appela cet échec la première aux Corinthiens. Il y avait dans le parlemeiit vingt conseillers nouveaux^ créés par Richelieu, lis étaient ac» caUés de d^^ts par leurs collègues qui ne pouvaient pas leur pardonner leur origine. Pour se faire mieuK Tenu*, ils contribuèrent chacun pour quinze mille livres, et ils n'en retirèrent d autre profit que le surnom, de Qmnze-f^mgtSm

Les £spagnols, ténMMiis de cette guarro étrange, aMienc #efiiisé d'aoeéder au traité de Westpbalie. En 1649, essayèrent de la rendre plus sérieuse, et pénétrèrent en France, L'idée n'était pas mauvaise. Si le comte duc d'Olivarès a(vett pu susciter aui: Français

(t) "Mémoires de madame de Motteville* (2) UjmL

Oigltized by

8o HI8TOIBB BE5 TSMM MODERNES.

une bonne guerre dviie, comme autrefois Richeliea avait donné de Toccupation aux Espagnols, en encourageai! i 1 insurrection du Portugal et de la Catalogne, c*eût été un immense avantage pour 1 Espagne. Occu-

Î>ës chez eiixj les Français n'auraient plus eu assez de brces pour agir au dehors, et r£spagne eût pu réparer les pertes qu*elle avait essuyées. Heureusement il n'en fut rien. Le (langer commun réconcilia un moment les deux partis. Un accommodement lut signé à Ruel le 1 1 mars 1649* Tout lavantage fut pour quel-» ques chefs des frondeurs. Us arrachèrent tous, dit madame de Motteville, quelque lambeau des libéralités royales. Au reste, la régente conserva son ministre; le parlement ne renonça pas à ses prétentiotis. Ainsi rien n'était changé dans les dispositions des esprits, quoiqu'une apparence de calme eût succédé aux dernières agitations.

Le 18 août, la cour rentra dans Paris. Le prince de Gondé, qui avait soutenu jusque-là la régente, maigre son antipathie pour le Mazaririy sentit qu on ne pouvait se passer de lui et devint d'une exigence insupportable. Les frondeurs, instruits de son refroidissement envers la cour, lui firent des avances qu'il repoussa. €'est alors que fut créé pour lui, pour le prince de Conti, son frère^ pour le duc de Longuevilie et quelques jeunes gens qui l'environnaient, le nom de peiits^ maitreSy qui est reste dans la langue Irançaise, comme les noms lV importants et de frondeurs. Le prince de Condé se faisant marchander également par les deux partis, Mazarin réussit par son habilelé à le brouiller avec les frondeurs, et 1 ayant ainsi isolé, il le fit arré» ter. Conti et Longuevilie, furent également arrêtés au Louvre (18 janvier i65o), et conduits au château de Vincennes, d'où on les transféra au Havre.

« Le peuple de Paris, dit Voltaire, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque i ' "

' LITEB m. CBÂMTUB U Si

fit des feux de jme^ lorsqu'on mena au donjon de Vincennes le défenseur et le héros de la France. » Cependant Mazarin eut bientôt à se repentir de cette con» duite. L'emprisonnement des trois princes, qui semblait deiroir assoupir les tactions, ne servit qu'à les ranimer. Le Tieomte de Turenne, qui venait de passer aux Es* pagnols pour se Tenger de ce que Mazarin lui avait ôté son commandement, déclara qu'il combattait pour la délivrance des princes, et prit le titre de lieutenant général du royaume. Tous les autres partisans du prince de Condé se préparèrent à le venger. Sa mère, qui était restée à Pans malgré la cour, porta sa requête au parlement. Sa femme se réfugia à Bordeaux, et, aidée des ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld , elle fit révolter cette ville contre Mazarin. En même temps, le duc de la Rochefoucauld levait des troupes dans son gouvernement de 1 Angoumois, pour faire la t^uerre au ministre italien. « Toute la France redemandait le grand Gondé. S'il avait paru alors, la cour était perdue. Gourville, qui, de simjple valet de chambre du duc de la Rochefoucauld, était devenu un homme • considérable par sou caractère hardi et prudent, imagina un moyen sûr de délivrer les princes... Un des conjurés eut la bétise de se confesser à un prêtre de . k fronde. Ce malheureux prêtre avertit le coadjuteur^ persécuteur en ce temps4à du grand Condé. L'entre«» prise échoua (i). »

Mais bientôt le coadjuteur, trompé dans ses espérances ambitieuses, se joignit aux frondeurs et opéra un rapprochement entre ce parti et les amis de Condé» Le parlement demanda hautement la mise en liberté du prince. Le duc d'Orléans lui-Tnême se joignit aux irondeurs, à Tinstigation du coadjuteur. Le parti des princes et celui des frondeurs se trouvant unis et soutenus par l'Espagne, Mazarin dut céder. U se mit de côté

(i) Voltaire, Siede Je Louis XIV.

Oigltized by

9% HisTOW M9 tnxm M^wraBs.

pour laUii^r ^^asser l'orage ^ quixu JPi^ris k 6 fiévriw et se rendit à Saioi*&enaei9» Aiwiràt le parlement arracha à la régeoie la promaMe de ae jamaie

rappeler son ministre, et rendit un arrêt portant que, si Ma/,ai iii n eUit p^i» sorti du royaume dans 1 espace de quÎAie iour^i il secait procédé 'Conue lui jadiciaif xement. La r^enle initée youIiu le lejoiodre; maie les bourgeois eo armes TentottrèreM au X.ouvFe pour l'en empêcher. La cause de Mazarin semblait perdue. « Les mêmes frondeurs^ dit Voltaire, (jui avaient vendu . le grand Condé et les priuiîes à la y^ugeance tioude de . Mawiii, forcèreat la reÎM à «ouvrir leurs prisone» at à ehasser du royaume sou pveHuer ninistre» Mazaiim

alla lui-iiicaie au liavre, où lis étaient dcLenus, il leur rendit leur liberté, et ne fut reçu d'eux qu'avec le mépris qu il en devait attendre; après quoi il se reticn M Ùége. £ondé revint à Paris aux aoeUmatious de <ie même peuple qui laviât unt bai. Sa présence renoiir vela les cabales, les dissensions et les meurtres (i). »

Le retour de Coqdé iouroit un nouvel aliment à la •discorde. Le coadjuteiir, qui avait contribué à sa déli* vrance, se brouiUa avec lui, parce quil s opposait au. mariage du priuce de Gxiti avec mademoiselle de Cbevreuse. Il suscita contre lui une partie du parlement et du peuple. JVLàzarin qui, du fond de sou exil, §0UTernait la régente, lui cooAeiUa d*eotreteuir soi<^ gneusement ces dussensions naissantes, afin de perdre le prince et le coadjuteur Tun par Tautre. Au milieu de ces misérables intrigues, le gouvernement ne pre^ uait jamais que des partis faibles et incertains* Ùmt ainsi que la reine nomma au cardinalat ce même coadjuteur, lauteur des barricades, qui avait naguère con^ tiaint la famille royale à sortir de la capitale. Le prince de Condé, irrité de cette faveur, et s'apercevant qu'où

le traitait avec moins de ménagement» prit le j^ù-

(i) Yoluure, Sièds de Louis XHT,

sortir de Pari^ ib 66 ioiadfe «uux Espagnols* iMorsque .MasMuin xecut k nouvelle qM le ^^ôoce de Coindé avait pwé 4 Vmnomm^ il jugea loocaflira

iavorahle, et rentra en France moins en ministre qui "Maat reprendre son poste qu en souverain qui se re^ iMt an poiWMéîon de ses Étau, 11 était à la téte d une arwée de stpt aiiUe hominas qu il avait levas à saa dépens, e'est-à*dm, avec Targent de la France qu'U' sécait approjjrié. Il en donna le comman dénient aa mej^ékhal diiocquincourt. Tous les olEciers portaient des écharpes vertes : c'était la couleur ^ts livrées de Maamm* Cette liardiesae, qui jadis avait perdu le ma* réchal d*Ancre, réussit à Mazarin. La reine lapprouva, et pendant que le par lement le proscrivait et mettait sa tête à prix, elle allait le rct^oiadre daus le Poitou, où elle avait oooduit^ le jeune roi, pour ramener à iobéis<> saace les piovieoes du midi de la Franoe soulevées par le prince de Condé (28 février lôSa). D'un autre enté, le duc d Orléans, qui avait levé des troupes dans i^aris .sans savoir à quoi elles seraient employées, se prononça en faveur de Condé, et convint de soutenir sa cause, en ee qui eenùmmt texpuUiondu ministre.

Ainsi la <îuerre civile recommença avec une nouvelle ardeur. Le jeune Louis Xl\, élevé clans 1 adversité, allait avec ea mère, son frère et Mazarin, de province en praviftce, pouissuivi par les oebeUes* Le jparle«ient avait promis cinquante mille écus à celui qui ramènerait Mazann mort qu vif. C'était le prix que Charles IX avait promis autrefois pour la téte de Caligny.

Ge|>endant, le prince de Condé, ligué avec les £s* paguols, était entae eu campagne contre le roi, tandis que Tmwnne quittait ces mêmes Espagnols et faisait sa paix avec la cour. Les deux armées se rencontrèrent près d'Orléans, à Biéneau, et Condé y remporta la victoire.

Après cette victoire, le prince de Candéj^ q/ii u çs«

84 HISTOIBB DBS T8MPS MODBBHBS,

pérait pas surprendre Turenne comme il avait surpris d'Hocquincourt , se rendit à Pàris avec son armée. Il

voulait s'assurer de cette ville, du parlement et du duc d'Orléans. Sa récente victoire et son grand nom semblaient devoir le rendre maître absolu de la capitale. Mais au fond tous les esprits étaient divisés. « Chaque parti était subdivisé en factions, comme il arrive dans tous les rroul^lcs. Le coadjuteur, devenu cardinal de Pietz, racconinjodé en apparence avec la cour, qui le craignait et dont il se déliait , n'était plus le maître du peuple, et ne jouait plus le principal rqle. Il gouvernait le duc d*Orléans et était opposé à Condé. Le parlement flottait entre la cour, le duc d'Orléans et le prince. Quoique tout le monde s accordât à crier contre Mazarin y chacun ménageait en secret des intérêts particuliers; le peuple était une mer orageuse^ dont les vagues étaient poussées au hasard partant de vents contraires. On ïit promener à Pans la chasse de .sainte Geneviève pour obtenir Texpulsion du cardinal-ministre j et la populace ne douta pas que cette sainte n opérât ce miracle (i). »

Au milieu de cette confusion générale, pendant que les campagnes étaient couvertes de soldats, que rémeute régnait dans la ville, et que 1 on montait la garde aux portes des monastères, le duc de Lorraine, Charles IV, s'approcha de Paris avec sa petite armée de huit mille hommes , seul bien que la guerre lui eAt laissé, et qu'il avait coutume de vcîulre tous les ans au roi d'Espagne. Le prince de Conde 1 avaitappelé en France et lui avait donné de l'argent pour se battre; . Mazarin lui donna de Taisent pour ne rien faire et pour sortir du royaume. Charles IV prit l'argent de Mazarin et de Condé, et s'en retourna en Lorraine après avoir tout ravagé sur son passage. Après sa re*

(0 ▼«llMe»iliid.

tiaîte, le prince de Coudé sentant diminuer son pou- Toir, et Yqyant que son armée s'affaiblissait tous le^

jours , prit k parti de négocier ayec la cour qui était à Saint-Germain. Mais la cour qui se sentait forte , et qui comptait quelque peu sur la mésinteliis^ence qui avait éclaté entre le prince de Condé et le duc d*Or* léans, rejeta ses propositions* Les négociations n'ayant abouti à aucun résultat, le prince de Condé résolut de pousser la guerre avec vigueur. Il était posté à Saiiit- Cioud, ayant ia rivière devant lui, etTurenne eu deçà. Ce poste lui parut bon tant qu'il n eut pas à crainare pour ses derrières ; mais l'arrivée du maréchal de la Ferté lui faisant craindre d'être enveloppé, il se retira à Charenton et passa la Seine. Ce fut dans cette marche que, se trouvant pressé par 1 armée royale que commandait Turenne, il n'eut que le temps de se jeter dans le faubourg Saint- Antoine, où se donna, leajuil* let iCj'iy le couiLat devenu si célèbre. « Le roi vit de la hauteur de Charonne la bataille de Saint-Antoine, où ces deux généraux firent avec si peu de troupes de si grandes choses^ que ia réputation de Tun et de Tau* tre, qui semblait ne pouvoir plus croître , en fut aug« mentée.

« Le prince de Condé, avec un périt nombre de seigneurs de son parti, suivi de peu de soldats, sou* tint et repoussa Tefiort de l'armée royale» Le duc d'Orléans, incertain du parti qu'il devait prendre, res* tait dans sou palais du Luxembourg. Le cardinal de Retz était cantonné dans son archevêché. Le parle**' ment attendait l'issue de la bataille pour donner queU que arrêt. La reine en larmes était prosternée dans une chapelle aux Garmélite|| Le peuple, qui craignait alors également et les troupes du roi et celles de M. le prince, avait iérmé les portes de la ville , et ne laissait plus entrer ni sortir personne, pendant que ce qu'il y avait de plus grand en Fnmce s'acharnait au combat,

Diyuizeo by

$6 HISTOmS MB SSIIM MmUNSS.

et versait son sang dans le faubaui|[; Ce fot là q»e le «lue de la Racbefonoatifaly ai illufiin par eoo courage et par son esprit , reçut un coup auHleasw des yeux,

qiii lui fit perdre la vue pour quelque temps. Uii neveu du cardinal Mazarin y fut tue, et le peuple se crut vengé. On ne Toyaît que jeunes seigneurs tués ou Ue^s qu'on i^poitait à la porte Saint^Antoine , qiai ne a'oiivrait point.

« Enfin Mademoiselle, fille de Gaston, prenant le pai^ti de Oondé^ que son père n'osa secourir, fit ouwir les portes aux Jolesaés^ et eut la hardiesse de iam tirer sur les troupes du rot le oanon delafiastille* L'ar» niée royale se retira. Condé n'acquit que de la gloire; mais Mademoiselle se perdit jiour jamais clans l'esprit du roi , son cousin , par cette action violente j et le cardinal qui saTaii rexarême envie qu'avait Mademoi* selle dcpouser une tète couronnée , dit alors : « Ce canon -là vient de tuer son mari (i).»

Apres ce combat mutile et sanglant, le parlement, peukiitMnidé par une cour erratite^ loin de la capitale, et pressé par les partisans dn duc d'Orléans et du prince de Condé, nomma le prmier lieutenant gén^ rai du royaume, quoique le roi tiit majeur, et le second généralissime des armées. Aussitôt le roi, pour se venger, cassa par ordonnance tout ce que le parlemeui ' avait fait à Paris ^ et le déclara transieré à Pontoise. Les présidents et une vingtaine de conseillers obéirent seuls à cet ordre. Les deux pai iements de Paris et de Pontoise se conte&tant mutuellement leur autorité, et douant des arrêts contraires, s accord^ent néanmoins à demander l'expulsion de Maiarîn. La reine n'osa mépriser ces remontrances, et Mazarin fat renvoyé, mais seidement pour la forme, et momentanément. Il sortit une seconde £ois du royaume j et c est pendaiU

(c) TélluieySièeledeLowiUV.

jœt exil ifttil éctitvk âu roi : » fl 9e laé iMie pas wm « wil« 4lQiMiia nyaMie dont j'ai rtonlé toules les liNia-

« tières. »« Mais si Ion étoit dégoûté de la cour, on l'étoit beaucoup plus encore à Paris les uns des autres. I^es parlementa ire6 & accotnaiodoient mal entre «iul, et lis scMSConmodoieiit wcore plu» mal arec les [wina^» Les princes eux-mêmes n'étoient pas trop bien ansoi ])le , et ils ne comptoient plus sur le parlement. Le peuple, de son côté, n'aimoit plus les frondeurs d'épéa 9 ni ceux de robe.... Enfin , le prérot des maridiands alla^ die la part de la TÎUe et de tous ses jMlMtants y supplier le roi de leur ftive l'honneur d*y revenir (i). »>

Louis XIV entra dans Paris , après avoir pubbé une amnistie , et trouva tout paisible dans cette viUe, ^pii avait été naguère si ogîtée. Gaston d'Orléans 6m; relé^fué à Blois , où il passa le reste de sa vie dans le repentir. Le cardinal de Retz fut arrêté dans le Louvre , et après avoir été conduit de prison en prison , il mena lonortempe une vie errante, ou il finit enfin dans !« vetnatl C^x <!«• «ewbre^ da pailemeot qui avaient le plus abu«é de leur ministèie, furent eon^ damnés à lexil ; les autres, renfermés désormais dans ies bornes de la magistrature , ne s'appliquèrent plus 4qpi'â faire oublier leur conduite passée. Le prince de Condé, abandonné de tous ses partisans enFianoB| et ne croyant pas pouvoir se fier à Tamnistie royale, alla se joindre aux Espagnols dans les Pays-Bas. Enfin, au mois de mars i653, le cardinal Mazarin fiit rappelé par une déclaration du roi. Il fut étonné, en rentrant dana Paria, de se pstrouver tout-putssant sans oonte»tacîon. Lotfis XiV le reçut oon»nie un père , le peuple comme un maître. Les anciens frondeurs s'étouffaient dans ses antichambres* On lui fiit à iiiotel de ville un

(i) Mémoires de madaiBe de Mottenlie.

Diyuizeo by

88 HISTOIRE HBS tsmm mooxrnbs»

magnifique festin ^ au milieu des acclamations de la foule. Le parlement ^ qui avait mis sa téte à prix, de* manda sa protection , et condamna par contumace le

prince de Condé à perdre la vie.

Ainsi se termina , en i&53 , la guerre de la fronde, ui avait eu pour prétexte le mauvais gouvernement e Mazarin. Elle eut pour résultat immédiat de rendre ce ministre plus puissant, et pour résultat éloigné le trioni{)he du pouvoir royal parvenu a son apogée.

Evénements extérieurs. Continuation de la guerre emtre l'Espagne. — uélliance de la France avec CromwelL Paix des Pyrénées^ — Mort de Mazarin^ —A la faveur des troubles de la fronde, les Espagnols avaient r*'p[is la plus grande partie de nos conquêtes. Ils avaient recouvré Timportante place de Dunkerque, chassé les Français de Barcelone , et repris Casai en. Italie. Ainsi tout le fruit des victoires de Rocroi , de Lens et de Nordlingen , était perdu. Heureusement , grâce aux anciennes victoires de ce même prince de Condé, mainteuaut leur allié, ils étaient si atfaiblis que rien ne put les relever. En i653, lorsque Louis XIV se trouva maître absolu de son royaume, et que la tranquillité réf^na sur tous les points de la France, réquilibrt' netardapas ase rétablir entre les deux puissances, et bieutôt après ^ les li^pagnols s'accoutumèrent de nouveau à être vaincus.

« Louis XIV, dit Voltaire, se trouva, en i653, mai* tre absolu d un loyaiunc encore ébranlé des secousses qu il avait reçues; rempli de désordres en tout genre d'administration, mais plein de ressources, n ayant au<cun allié, excepté la Savoie, pour faire une guerre offensive, et n*ayant plus d*ennemis étrangers que TEspagne, qui t Lail alors en plus mauvais état q ne la France. Tous les Français qui avaient fait la guerre civile étaient soumis , hors le prince de Condé et quelquesuns de ses partisans, dont un ou deux lui étaient de-

tmn m* GBAmBB i. 89

meures fidèles par amitié et par grandeur d'âme ^ comme le comte de Goligni et BouteYiUe,et les autres, parce que la cour ne voulut pas les payer assez clièi ement.

. « Condé , devenu général des armées espagnoles , ne put relever un parti qu'il avait affiiibli Im-méme par la destruction de leur infanterie aux journées de

Rocroi et de Lens. Il combattait avec des troupes nouvelles, dont il n était pas le maître, contre les vieux régiments français , qui avaient ap(Nris à vaincre sous lm,et qui étaient commandés parTurpnne*

« Le sort de Turenne et de Condé fut d*être toujours vainqueurs, quand ils combattirent ensemble à la tête des Français , et d'être battus quand ils com« mandèrent les ËÎspagnoIs*

« Turenne avait à peine sauvé les débris de l'armée d Espagne à la bataille de Rethel, lorsque, de général du roi de France, il s était fait le lieutenant d'un général espagnol ; le prince de Condé eut le même sort de» vaut Arras (a5 août i654)* L archiduc et lui assiégeaient cette ville. Turenne les assiégea dans leur camp et força leurs lignes, les troupes de l arcluduc furent mises en iuite. Condé, avec deux résfîn^^nts de Français et de Lorrains, soutint seul les efforts de larmée de Turenne; et tandis que Tarchiduc fuyait , il battit le maréchal d'Hocquincourt, il repoussa le maréchal de la Ferté, et se retira victorieux , en couvrant la retraite des Espagnols vaincus. Aussi le roi d Espagne lui écrivit ces propres paroles ; « J ai su que tout était perdu, et que « vous avez tout conservé (i). »

Après cette dé&ite , les Espagnols levèrent le siège d*Arras. Ainsi l'ennemi avait été repoussé sur la frontière du nord. Du côté de l'est, le comte d'Harcourt; devenu rebelle à la Fjpànce^ s'était emparé de quel-

• (x) Voltaire, Siècle de Louis XIV,

Digitizeci by

gù Hi$Tc»B mm «mm vanBNss.

qiifis villes d' Alagce ^ mais le marédial de la Ferté

ftkBéùMyThÊÊm^ etniîtlesîéged6TaMt£nsacb.ûelÉe fhoe aUftit Atre ébraBe à oipiuiler, loracfue le oomte

d Harcourt fit volontairement sa soumission. Ainsi les armées françaises étaient partout victorieuses. ïja même temps , ie jeune xoi faisait ses premières armes au siège de &i6nay,doaft il ë empara le 6 aoùL Mais le jardinai Mavarin Tâoigna bienÀt du thc&tre de la guerre, ne voulant pas qu il exposât ciiivantage su peisoune, à la* quelle le repas du royaume et la puiââaaoe du miui»» tre semblaient attaches.

Les Espagnols étaieut trop affaiUis pour ooutjnuer la i^nerre aTOO vigueiir; et pendant plusiews années elle ne fit que languir. Les noms de Louis XIV et de Philippe iV étaient ignorés de TEui-ope^ leurs mini»» tres^ Mazarin et don Ijiisde Haro, dirigeaient alors les i^itaiffeis de la FfauBce et de l'Espagne. Tous deux s'a» Pressèrent à Gromwell et briguèrent son alliance. L*or^ gueilleux protecteur, qui avait fait condamner à mort Charles 1"^% eut la satisfaction de se voir recherché par 1^ deux fias puissants rojaumes de la chréiienté. Le mimstre e^gnol lui offrait de Taider à prendre Calaîs. Mazarin lui proposait d'assiéger Dnnkerque, et de lui remettre cette ville. Gromwell se dcLerininii pour la 1* lance ^ espérant enlever le Mexique aux £spaguols ; mais ceux-ci Curent avertis à temps , et les amiraux de Gromwell ne réussirent à e^emparer que de la Jamaïque, qui assura aux Anglais lecommt rte du nouveau monde. Ensuite seulement le protecteur traita avec la France. Il 1 br^ Louis A.1 V à lui donneir dans ses letu*es le titre de hère, et le confiraignit en outre à fiûre sortir de ses États les deux fils du malheureux CiMirles l^. C'est à ce prix que Mazarin acheta l'alliance de 1 Angleterre» Les ministres espiignols éclatèrent en cris d'indignation contre le cardinal, qui sacrihait, disaient-ils, les lois divines et humaines, rhffiBenr et la reUgioD,

«euTtffier d'un mi^^eî qui fknmm da-Fnnee Churlas II

-el le duc d York , pour plaire au bourreau de leur père. L'nrcusation était juste , mais maladroite. Pour toute réponse, Mazariû produisais» <)££re^quiU avaient ftitee €ux*iiiénies au .pvoteoteur •

Cette %iie avec GrmtimU donna à la France une supériorité marquée. Pendant que l'amiral Blake aU <iait brûler les galions d'Espagne , vingt vaisseaux angkie viorent bloquer le .pont de Dunkerque, et six mille limxÊL soldats , qui avaient £uut k révolttlion d' Ajsigle* terre, renforoireot lavinée de Turenne.

« Alors Dunkerque, la plus importante place de la Flandre, fut assiégée par mer «t par terre. Coude &t don iuan d* Autriche aq^nt niaaatsë toutes leurs forces, sa présentèrent pour la secottrin L'Ëurope avait les Jfm sur oet éivenenient. Le cardinal Mazarin mena Louis XIV auprès du théâtre de la guerre, sans lui permettre d y monter, quoiqu'il eut près de vingt ans. Ce prince se tint dans Calais. Ce tua là que Cromweil lui envoya une ambassade fiistueuse, à la tète de laquelle étak son gendre , le lord Falcombridge. Le roi kii envoya le duc de Créqui, et Mancini, duc de Nevers, neveu du cardinal, suivis de deuxoeuts gentilshommes. Mancîni praenta au protecteur une lettre du cardinal. Cette lettre est remarquable. Maasarin lui dit « qu'il est affligé de ne pouvoir lui rendre en per- « sonne les respects dus au plus grand boixuue du « monde. »

« Cependant le prince maréchal de Turenne attaqua f armée d'Ëspagne, ou [dutot l'armée de Flandre, près

des D«nes. Elle était coranaandée par don Juan d'Autriche^ lils de Philippe IV et d'une comédienne, et qui devint, deux ans après, beau^i/rère de JLouis XIV. Le nriiice de Coudé «était dana oille armée, mais il no commandait pas ; ainsi il ne iut pas difficile àTurenne de vaincre (i4 juin i6j8j. Le^ àix mille Anglais con-

Oigltized

92 HISTOl&B US T£M9S MOBBRIIBS.

tribuèrent à la victoire; elle fut complète. Les deux

princes d'Angleterre, qui depuis furent rois, virent leurs malheurs augmenter dans cette journée par Tascendant de CromwelL

« Le génie du grand Gondé ne put rien contre les meilleures troupes de France et d'Angleterre. L'armëe espagnole fut détruite. Duiikerque se rendit bientôt après. Le roi accourut avec son ministre pour voir passer la garnison* Le cardinal ne laissa paraître Louis XIY, ni comme guerrier, ni comme roi; il n'avait point d'argent à distribuer aux soldats; à peine était-il servi : il allait mander chez Mazarin, ou chez le maréchal de ïurenne, quand il était à l'armée. Cet oubli de la dignité royale n^était jpas dans Louis XIV l'effet du mépris pour le iaste , mais celui du dérangement de ses affaires , et du soin que le cardinal avait de réunir pour soi-même la splendeur et l autoiité.

« Louis XIV n'entra dans Dunl^erque que pour la rendre au lord Lockhart, ambassadeur de Gromwell. Mazarin essaya si, par quelque finesse, il pourrait élu* der le traité, et ne pas remeLlrc la place; mais Lockhart menaça, et la fermeté anglaise 1 emporta sur l'habile té italienne.

« Plusieurs personnes ont assuré que le cardinal, qui s'était attnbué l'événement d'Arras , voulut enga* er Turenne à lui céder encore Thonneur de la bataille es Dunes. Du Bec-Crépin , comte de Moret, vint, dit-on ^ de la part du ministre , proposer au général d'écrire une lettre par laquelle il parût que le cardinal avait arrangé lui-même tout le plan des opérations. Turenne reçut avec mépris ces insinuations, et ne voulut point donner un aveu qui eût produit la honte d'un général d armée^ et le ridicule d'un homme d'église. Mazarin, qui avait eu cette faiblesse, eut celle de rester brouillé jusqu'à sa mort avec Turenne (i). » (i) Voltaire, Siècle de Louis XIV.

IlIVRS in. CEAf IT&B I.

La bataille des Dunes n'enleva pas seulement aux Espai;iiols la ville de Dunkerque; ils perdirent encore les places de Furnes, Dixmudey Gravelioes^ Oudenarde et Ypres* Ainsi la France était puissante au dehors par la gloire des armes , et elle commençait à tenir le premier rang en Europe, surtout depuis que la mort de CromweU avait préparé de nouvelles révolutions à TAngleterre. Mais le peuple souffrait et demandait la paix que ses Tictoires lui promettaient glorieuse.

Ne pouvant marier sa nièce avec le roi, Mazarin revint à son premier plan de lui faire épouser une infante d Espagne. On cite de lui cette fameuse lettre

Îu il écrivit à Louis XIV, pendant les négociations de [unster : « Si le roi Très-Chrétien pouvait avoir les Pays-Bas et la Franche-Comté en dot, en épousant Finfbnte, alors nous pourrions aspirer à la succession d Espagne I quelque renouciation qu'où iu faire à Vinfiinte 9 et ce ne serait pas une attente fort éloignée , puisqu'il n y a que la vie du prince, son fipère, qui l'en peut exclure. » Ainsi, dès cette épocjuc, Mazarin avait prévu le cas qui arriva cinquante ans plus tard, à la mort de Charles II.

Il envoya en conséquence son secrétaire à Madrid pour proposer à don Luis de Haro les bases dun traité. Lorsqu'on fut d'accord sur les préliminaires, les deuK ministres signèrent une trêve et se rendirent à la frontière, Mazarin à Saint-Jean de Luz, et don Luis de Haro à Saint-Sébastien. Ils eurent ensuite plusieurs conférences dans Tîle des Faisans, formée par laBidassoa, et, le 7 novembre i6i3, ils y signèrent cette paix si célèbre, connue sous le nom de paix, des Pyrénées.

La France acquit par cette paix le comté d'Artois , à la réserve de Saint-Omer et Aire; le Boussillon et le Conflans. Le prince de Condé obtint de rentrer en France. Mais l'article le plus important fut le mariage de Louis XIY avec Tintante d'Espagne, Marie-ïhé-

p4 HISTOiAB WS^ YfiMPS MOlMSANES.

rèse, fille de Philippe IV. Ma^ii» aurait von In qa'on lui donnât ponr dot la Franche-Comté et les Pays^ Bàs; mais oi^nelui assigna, par le contrat de mariage^ ijue cinq cent mille ëctui dfor, qui se ftirent jamais paytés. L'infiiiite renonça fomiellenFeiif , pour elle et pour ses descendants, à toute prétention soit sur la> totalité, soit sur une partie de la monarchie d'Ëspagnew Hazarin |Jiiévoyail bien le cas qu'on ferait de cette re* jionciatiott, si la postérité mâle de Pliîlippe IV yenatf à s'éteindre, et Ton sait que les événements l'ont depuis justifié.

Cette paix glorieuse plaça la France au premier rang en Europe; TËspagne et l'Autriehe* étaient abaisséespour toujours , la Franc» sueeédaif à letir prépondé* rance, et aicsi se trouvaient réalisés les projets de Henri IV et de Richelieu.

Mazarin^ qui avait eu la gloire d'attacihep son aom aux traités de WestphaKe et dtos Pyréniées, se trouva sdors au comUe de la puissance. Quoique le roi ëki plus de vino-t ans, il conserva sur lui et sur le royaume une autorite absolue. A son retour à Paris, il exigea et obtint que le parlement vînt le haïunguer par dé** pntés. il ne donna plus' la maiu axn princes du saug , comme autrefois , dans les cérémonies publiques. Il marchait avec un faste royal, ayant, outre ses gardes^, une compagnie de mousquetaires. C est ain^ qu'il t%* gna jusqu'à sa moft (9 mans f^i).

§ V. MAJORrrÉ de Louis XIV. — Goï.bert. — hov^

VOIS. — i66i*

réen

earaeûre. — Prépondiremee de la Ftancêm Eumpe.^

Quel était l'état de la France, lorsqu'elle soriit des mains de Richelieu et de Mazarin, pour passer dans celles de Louis XIV ?

VÊWÊ Ilfr tKAmu % 9S

«Il y eut alors, dît M, Michdbf, le plus cornet * trimphe de la royauté, I» plus pBT&itMStord du peiip« pie en un homme cpii se soit tvouvéjamm* Richeliei»

avait brisé les gfrand s et les protestants ; la fronde avait ruiné le parlement en le faisant connaître. Il ne resta debout sur la France qu un peuple et un roi. lie pre^ wer rémt dans le second; il ne pouvait wre encoM de sa vie propre. QuandLoiiis XIY dit : « L'Etal, o'est « moi, « il n'y eut dans cette parole ni enflure, ni vanterie, mais la simple ënoneial^n d'un fait (i). »

Louis XLV pleura le minisfre <jitt lui avait servi de gouverneur et de tuteur pendant son enfance t mais il prit la ferme résolution de ne plus ehoisir de premier nimistre, et de gouverner à l'avenir par lui-niéine. « Le m, dit madame de Motteville, depuis qu il voyoit son mâniatre pencher vers sa fin, avok montré qu'il vouloic à l'avenir gouverner son royaume. Il disoit qu'il n'approuvoit point la vie des rois fainéans, et qui se laissent mener par le nez. 11 ajoutoit lui-même a cela qu'il vayoit bien qu'on pouvoil lui reprocher qu'il avoit fiai ce qu'il blâmoit; mais il attribuoit sa conduite psss^eà Testime qu'il avoit eme pour le cardinal à causer de son lialjileté, et à cette soumission et dépendance à laquelle son enfance l'avoit accoutumé.... Les offi-» eiers de la- eouronne et les ministres étant assemblés , k^rcn leur dit qu'il vouloit, à l'avenir, gouverner lurméme son royaume... qu'il ne voviloit point de premier iainistre; qu'il se serviroit de ceux qui avoient des charges pour agir sous Ifti, selon leurs fonc** lions (u)* »

On peut dire que jamais il* n y eut dkina une cour

plus d'intrigues et d'espérances qu'à la mort de Mazariit. Personne ne pensait qu un roi élevé dans l éioi*

(r^, Muhelet, Précis de l'histoire de France, p. 246. (2) Mémoires de madame de MottevUle.

Qb HISTOIRE DES TEMPS MODERNES.

gnement des affaires osât prendre sur lui le fardeau du gouvernement; car Mazarin avait prolongé à dessein son enfance, et ne l'avait instruit que dans les dernières années de sa vie. Toute la cour était si persuadée de l'incapacité de Louis XIV, qu'à la mort de Mazarin il n'y eut qu'une pensée, lier des intrigues pour lui donner un remplaçant. De tous ceux qui avaient travaillé jusqu'alors avec le premier ministre, il n'y en eut pas un qui ne demandât au roi : « Avec qui travaillerons-nous?» Lorsque Louis XIV leur répondit à tous : « Avec moi, « l'étonnement fut grand : il le fut encore plus lorsqu'on vit sa persévérance. « Il y avait quelque temps , dit Voltaire , qu'il consultait ses forces, et qu'il essayait en secret son génie. Sa résolution une fois prise, il la maintint jusqu'au dernier moment de sa vie. Il fixa à chacun de ses ministres les bornes de son pouvoir, se faisant rendre compte de tout par eux à des heures réglées; leur donnant la confiance qu'il fallait pour accréditer leur ministère , et veillant sur eux pour les empêcher d'en trop abuser (i). » Louis XIV, depuis cet instant, ne cessa jamais de se rendre un compte exact de toutes les affaires importantes , et de surveiller les hommes qu'il employait. Il commença par mettre la réforme dans le ministère, par réprimer les abus , et les finances eurent ses premiers soins. Elles étaient dans le désordre le plus grand par suite d'une longue dilapidation à laquelle Mazarin , secondé par le surintendant Fouquet, était moins étranger que personne. Ce dernier avait fait passer des sommes immenses à Mazarin, et s'en était attribué à lui-même de plus considérables. Il étalait un luxe plus que royal. Sa seule terre de Vaux lui avait coûté plus de dix-huit millions. Pour fournir à ses magnificences et à ses profusions , il trompait le

(i) Voltaire, Siècle de Louis XIV. . .

Page 1