‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 8 sur 89 · I.IVRB III. CnAPlTRE I. gj · texte numérisé non relu

I.IVRB III. CnAPlTRE I. gj

monarque par de faux états , où la dépense était exagérée et la recette diminuée. Golbert , qui était alors

conseiller d Etat, fut consulté secrètement par Louis XIV, et il lui découvrit les artifices de Fouquet. Une féte magnifique, que le surintendant donna dans son château de Vaux, au roi et à toute la cour, acheva d irriter contre lui le monarque. La perte du surintendant fut jurée. Toutefois , Louis XIV ne crut pas lautorité loyale assez fortenieut établie pour agir franchement contre Fouquet, qui laissait percer l'intention de suc» céder à la toute-puissance de Mazarin et de Richelieu, même malgré le roi. Il employa, pour se défaire de lui j la dissimulation , on pourrait dire la perfidie. Le 5 septembre x66i, Fouquet fut arrêté à JXantes, où il avait accompagné le roi pour diriger les opérations des états de Bretagne, assemblés dans cette ville. Louis XIV put reconnaître alors que les hommes les plus puissants n'avaient plus une position dans l'Etat qu'en l'empruntant à la faveur royale. Fouquet fut disgracié; tous ceux qui avaient compté parmi ses amis, et qui^ suivant Texpression de madame de Motteville, amient incrifié au veau d'or ^ rabaudonnèrent il fut jugé sans le moindre obstacle, et enseveli dans une captivité obscure qui ne finit (^uavec sa vie. Colbert, que Mazarîn mourant avait légué à Louis XIV, comme rhomme le plus capable de le seconder, succéda, non au pouvoir, mais à la charge du malheureux ministre dont il s'était montré le persécuteur le plus acharné (1661).

Dès ce moment, la timidité de Louis XIV disparut pour faire place à la confiance la plus absolue dans

son pouvoir sur la France, et dans la supériorité de la France sur les puissances étrangères. Le roi d'Espagne

(i) Par une exception bien lionoi able pour leslèltres, Pclissou et la Foutaiiic lurent les seuls qui lui restèrent iidèies,

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fut obligé de lui faire des excuses pour une insulte que son ambassadeur avait faite à cekii de France à Londres* Le pape fut humilié dans une occasion sexor l>Iable, et Louis XIV tira parti de l'insulle pour se constituer le protecteur des princes d'Italie.

Ce n'étaient là que des victoires d'amour-propre; elles n en faisaient pas> moins une profonde impression dans toute TËurope; et d'ailleurs LouU^XiV, à cette même époque, obtenait des avantages plus solides. Pour cinq millions de livres, il i ;ichetait du roi d Angleterre, Charles li, les villes de Dunkerque et de Mardyk sur la côte de Flandre, conquises jadis par la France pour le compte de CromwelU A prix d'argent encore il ao quérait Marsal, la principale forteresse du duc de Lorraine. Il envoyait des secours aux Portn<^ais pour les aider à repousser le joug espagnol. Il se déclarait ie protecteur de la chrétienté contre les infidèles , en envoyant des troupes à T Autriche , son ennemie se» crête , pour l'aider à repousser les Turcs qui faisaient une invasion en Hongrie, et aux Vénitiens pour défendre Candie^ assiégée par les inhdèies*

Bien que Louis XIV cherchât une occasion de guerre pour Ëûre briller sa puissance de tout son éclat, il voulut pourtant, et avec raison, ne pas prendre une part réelle à la guerre que se faisaient alors les Provinces-Unies et TAngle terre. Les traités lui impo* saient la loi de secourir la première de ces puissances» L'unique secours qu'il leur envoya fut un brûlot; cé" tait le seul navire qui se trouvât alors dans le port de Brest. Ce n'est pas qu il n eut pu les secourir plus efficacement; mais il préférait laisser s'ailaiblir mutuellement ces deux grandes puissances maritimes , tanilis . qu il préparait activement la grandeur navale de la France, et que ses arsenaux de Brest, de Toulon et de Dunkerque construisaient ces vaisseaux avec lesquels il allait bientôt disputer lempire de la mer aux

Awgl^s et aux Hollandais réunis. Louis XIV 6t tra- Tailler trente mille hoiM^s à fortitier Uunkerque (k| QÔté 46 la terre 4ci kl nier. On crausa entr« \^ v^iW ^ la ciiadeliff un biMin eniiabW 4<i contenir tveni»

vaisseaux de guerre; et bientôt Dunkerque devin( un objet de terreur pour les Anglais. En même temps l'armée françaiiMï iut portée à cent vingt mille bomiQ^.; «Ile n était pas raoîn» iradoatabl^ par l'ardeur et p^ir b diflcipline ws soldats, que par la uàwo^ d«i officiers ; la trésor royal était plein , tandis qu'aucun aiUre na se trouvait en mesure de faire la guerre.

Loim XXV, il Uut k dire, fut $etiQudé adaiirâble<% ment par doux grande ministres qu il ai^wt w le bon* beur de distinguer et d'employé à son service. « Uum

des gloires de Louis \iV, dit M. Michelet, c'est d a*voir gardé vingt-deux ans pour ministre, Lun des homme» gui oui fait le plus pour la gloire de la France : je parle de Colbert. C était le petit«>fik d'un marchand de laine de Reims , à Lenseîgne du Long- Vêtu; un esprit quelque peu pesant et dur, mais solide y actif, inviQiuble au travail. Il réunissait les attrir butions 4e Vintérieur^ 4tt commerce, des finances, celles même de la marine , qu'il plaça entre les n^ns de son fils. Il ne lui manquait que le ministère de la guerre et de la justice pour être roi de France, La gi^re était dirigée depuis 1666, par Louvois, exsict, violent, farouche admiojtstrateiur, dont rinfiuence balança celle de Golbert. Louis XIV sablait placé entre eux, comme entre sou ])on et son mauvais génie; et toutefois, l'un et l'autre étaient nécessaires; à eux <ieux, ils formièrent l'équilibre du grand règne (i). »

NoiM ellons doaner le tjibleau 4e ladministration de Colbcrt et de Louvois, puisque lerè^ne de Louis ^V est là presque tout entier.

(i) Mîchdet, Précis de rhistoire de France, p. 247*

XOO HISTOIEB DES T£MPS MÛDE&NfiS.

CoLBERT ( 1 66 i-i683). — État (les finances^ de IHn^ dustrie et du commerce y à P avènement de Colbert au ministère. — Au moment où Golbert prit la place du surintendant Fouquet, les finances étaient dans le plus grand désordre. Voici quelques faits qui serviront a montrer comment elles étaient administrées avant l'année 1661. Ët d'ahord^ un passage des Mémoires de Gourville^ à la date de Tannée i654) nous donnera une idée dé la manière dont on levait les impôts dans les provinces :

« La campagne finie (i), M. le prince de Conti s'en j^etourna à Pézénas. Comme gouverneur duLanguedoc, il étoit chargé , de la part du roi , de prendre des mesures pour la tenue des états. Sa Majesté souhaitoit qu'on lui donnât quinze cent mille livres; et MM. les

évéques^avec de grandes remontrances , prétendoient que les provinces ne pouvoient pas passer un million, le pays étant fort rumé. Je m avisai d'écrire à M. le cardinal que, pour avoir un million cinq cent mille livres des états, et peut-être plus, et lever toutes les difficultés, il ny avoit qu'à expédier des quartiers d'hiver pour toutes les troupes ae Catalogne dans le Languedioc, et que j*étois bien persuadé qu'aussitôt que cela seroit su, l'on feroit de grandes instances auprès de M. le prince de Conti , pour recevoir quinze cent mille livres ; qu'il falloit en même temps envoyer les expéditions pour les quartiers d'hiver en Guyenne, et charger le courrier de rendre à M. le prince de Conti celles qui regarderoîeni le Languedoc, et me faire remettre entre les mains le paquet qui regarderoit la Guyenne; ce que M. le cardinal goûta t'ort^ et ordonna que cela fût exécuté. Ainsi il me fit réponse qu*il avoit si approuvé ma pensée, qull mandoit à

(i) La campagne de x654 où Coudé fut batlu par Tuveuoe à Ârras. Yoy. p. S9.

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