CHAPITRE IV
Histoire du Danemark depuis ravéïiemeiit de Frédéric IV jusqu^à la mort de Christian VU ( 1699- 1808)..
Nous avons raconté, dans le cbapitre précédent, les guerres qui eurent lieu entre la Suéde et le Danemail
au commencement du dix-huîtième siècle; nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet. Frédéric IV, qui occupait le trône du Danemark depuis Tan 1699, avait essuvé» dans la première partie de son règne, une longue série de revers. Mais aprcs la bataille de Pultava il se jcùijiiit de nouveau aux ennemis de Charles XII, et la St^de épuisée ne lutta plus avec le même bonheur. Lapais de Frédériksborg, qui fut signée le 3 juillet 1720, teiaiiiia enfin la guerre entre ces Jeux royaumes. Le Danemark abandonna ses conquêtes et obtint en re- Tanche, de la Suède, le droit de prélever un péage pour le passage du Sund* Frédéric IV conserva enfin, aous la garantie de la France et de l'Angleterre, la portion de Sleswig dont il avait fait la conquête, et <jui appartenait à la maison de Holstein-Gottorp.
La paix de Frédériksborg fut pour le Danemark le commencement d'une longue période de bonheur et de prospérité. Le roi put réduire et quelquefois supprimer les impots extraordinaires que la guerre avait
XaV&£ I¥. PARTI£ il. GHAPXTK£ lY. ^21
nécessités. Il protégea le commerce et la navigation par un grand nombre de privilèges j tels que celui des quatre espèces qu'il octroya aux citoyens de Copenhague. Cette sorte de charte commerciale assurait aux habitants de la capitale le monopole du vin, du sel, du tabac et de l'eau-de-vie, à la condition que ces marchandises seraient introduites sur des vais« seaux danois. Frédéric IV voulait par là faire cesser la contrebande étrangère et par suite augmenter le revenu des douanes. Mais les moyens manquèrent pour mettre cette mesure à exécution, et le successeur de Frédéric, dès le début de son règne, se vit dans l'obligation de supprimer le privilège des quatre espèces* Frédéric IV ne lut pas plus heureux dans ses efforts pour relever la compagnie tormée pour le commerce des Indes orientales* Cette société avait dans l'origine fait de brillantes affaires* Outre Tranquebar elle avait fondé diverses factoreries sur la côte de Malabar, au Bengale et à Bantam, mais la niodieité de ses ressources, les guerres qu'elle fut obligée de soutenir contre le roi de Tanjore , les fautes qui furent commises par les gou* verneurs des établissements danois, l'affaiblirent tellement que le roi dut, le 4 octobre 1726, charger une commission spéciale d'examiner sa situation. Pendant
Îu'on s'occupait de ce travail, un négociant hollandais, osie d'Aspern, qui avait été membre de la société autrichienne d'Ostende , fit agréer au 1 oi , le 3o octobre 1727, un projet d'après lequel il devait être fondé à Altona, pour le commerce de Tranquebar, du Bengale, de la Chine et des Indes orientales en général, une nouvelle société qui jouirait de tous les privilèges de iaucienne et se chargerait de ses dettes si elles ne dépassaient pas 160,000 reichsthalers. Mais cette entreprise , pour laquelle il se présenta beaucoup d'actionnaires, fut étouffée dès su iialsscince par la jalousie des Anglais et des Hollandais. Georges il et les États*Gé-
HISTOIAE DES TZMFS MODEaBTBS.
néraux déclarèrent qu'ils ne souffriraient pas qjue dans h proximité de i*£lbe , il ftit établi une socsiecé pcrar le commerce des Indes. La Tille dt Âmsterdmi son cote fit emprisonnerJa femme et les enfants d'Aspern^ coniisqua ses biens, et le fit condainner à être pendu, parce que, citoyen d Amsterdam, ii était entre dans une compagnie de commerce étrangère. Tous ces obstades empêchèrent la société d'Altona de se former, et, après avoir rendu au roi ses privilèges, elle se sépara le â8 avril 1729. Mais peu de temps après Pierre BackeTi négociant de Brème, proposa la fondation d une nou* Telle compagnie, sous le nom de Société asiatique* Le prince royal pi it ^oût à ce projet et se mit à la tête de la société a laquelle le roi accorda un privilège de quarante ans (i).
Ce fut aussi sousFrédéric lY que le Danemaric essaya de rétablir avec le Groenland, son ancienne colonie, les relations interrompues depuis la grande peste de i349- Les Hollandais allaient, il estTraî, iqpielqneficm dans ces parages; mais ils gardaient un si grand secret sur leurs voyages qu'on ignorait généralement en Kurope s'il restait encore au Groenland quelques descendants des anciens habitants chrétiens. Un bon pastew de Vogens dans l'évéché de Drontheim, mommé flans Egède, était depuis longtemps toLinuerité de Tidce que le christianisme s était , faute de prêtres , éteint dans ce pays. Brûlant du désir de devenir lapôtre -Aes Groénlandais, livrés sans doute aux abominables er» reurs du paganisme, il se rendit à Copenlui^ue où il obtint du roi un ordre par lequel il était enjoint atil autorités deBerghen de faire tous leurs efforts paurk création d'une société qui ootisenth à entreprendre un voyage de commerce au Groenland. Ohn parvin: a équiper une hottille de trois vaisseaux sur l'un desquels s'embarqua la famille d'Égède que le Toi wfA
( i) Schoelly Cours dliistoire des ÉlaU européeas, t. x^v, p. r 7S ctssrr.
nf^w*p^ missioaoairâ. Après de longs et de pénibies cCfof^} Égèàej qui avait recroiiré dans le pays des traces d'une ancienne oiviKealton, sans toatefois y
découvrir aucun reste de population européenne, parvint à£aire quelques chrétiens; mais la compagnie db fierghen ne cofuvrant pas ses frais , fut dissoute en 1727. Ijb roi, «lors, résolut de faire potir son propre compte le commerce tlu Groenland. En 1^28 il fit partir des oiEciers, des soldats, des ouvriers de tout genre, des ehe?aux, de rartillerie, et tous tes maté* riaux néwasaires pour bitir un fort ; mais cette colo* Bie eut tant à souffrir du froid que la plupart des individus qui la composaient se bâtèrent de revenir eo Europe.
Deux ans arrant la mort de Frédéric lY un horrible incendie éclata à Ccypenhague et dura pendant quatre jours. Deux mille cinq cents maisons, six églises, rhôtel de ville, tous les bâtiments de Tuniversité, pènaieu» bibiiothècnieS) ftirest réduits en cendre. On ne parvint qu*awe oes peines infinies à sauver le chft« teau royaL Pendant et après cet incendie le roi s'acquitta de tous les devoirs d'un monarque et d*un père, il distribiBa d'abondants secours , fournit des matériaux à ceux qui voulurent vebAtir leurs demeures et accorda à tous les habitants cie Copenhague l'exemption des impôts pendant plusieurs années.
Frédéric IV mourut en 1730, et eut pour successeur son fils Christian VL Le nouveau roi ne s*occupa
cVabord que d'œuvr es de piété. De nouveaux effoi ts furent tentés pour seconder le zèle religieux d'Egède et propager le christianisme au Groenland, Un collée gménU de VùupecUam des églises fut chargé de surveiller les pasteurs pour les astreindre à prêcher TE- •vangile dans toute sa pureté. Il lut ordonné à tous les Sanoisi sous peine d'amende, d'assister régulièrement au service divin. Une autre ordonnance, «tietée par un
HISTOmE I>£S T£MPS MOI>£&M£S,
esprit plus libéral et plus éclairé, prescrivit à cliaque seigneur de construire dans son yiilage une école et une maison pour un instituteur.
Christian YI protégea également le commerce. La Société asiatique, fondée sous le règne précédent, fut confirmée dans ses privilèges. En lySS, le roi acheta de la France l'île de Sainte-Croix , qui devint bientàt la plus florissante des Antilles danoises. Une banque d'assignation fut fondée à Copenliugue. Il fut interdit par le département général de l économie rurale et du commerce que Christian avait créé, de porter des bijoux, des dentelles, des étofles de laine ou de soie, qui n*auraicnt pas été fabriqués dans le Danemark. Christian fit aussi beaucoup pour reiicouragenient des sciences. C'est par lui que furent fondés le théâtre danatomie et de chirurgie en 1736, le collège de mé* decine en 1740, et la société d'histoire et de langue danoises en 1746, Tannée même de sa mort. Dix ans auparavant, Christian Yl, qui ne négligeait rien pour Faccroissement de la marine, avait mit bâtir le chan* lier de Christianshafen, dans Tîle d^AmacL réunie à Copenliague. Ce monument et le château de Frédérichsbourg, dont les fondations furent posées en i ySi^ sont d'imposants souvenirs du règne ae Christian VL
Ajoutons quelques mots sur les principales transactions politiques du règne de ce roi.
La première fut le traité d'alliance qu'il conclut en 17^2 avec Fempereur Charles VI et la tzarine Anne IvanoTna et par lequel les intérêts du duc de Holstein-Gottorp furent abandonnés, si dans le délai de deux ans il n'acceptait pas la somme que le roi de Danemark lui offrait pour l'indemniser de s» part du Sleswig. Ce fut en exécutîan de ce traité que Christian VI envoya, en I733, à l'empereur un secours de six mille hommes qui servirent sur le fiiiin jus* qu'en xj'iQ.
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Il conclut) le 3o septembre iy^4i ^^ec là Grande» Bretagne, un traité par lequel les deux puissances se promettaient réciproquement un secours de six
mille hommes. Lorsque la guerre pour la succession d Autriche éclata , il resta neutre; néanmoins^ pour remplir ses engagements envers l'Andeterre, il fit au mois de mai 1741 marcher six mille hommes au secours de l'électorat de Hanovre. Ce fui probablement dans l'intention d'atténuer les effets de cette aUiance, que Louis XV conclut| le a3 août 173^1 <iin traité de commerce avec le Danemark.
Au mois de novembre de Tannée 174^) 1^ duc de Holstein-Gottorp, et immédiatement après l'administrateur de Lubeck , furent choisis comme successeurs éventuels au trône de Suède, bien que le clergé et les paysans eussent donné leurs voix au nls de Christian VL Le roi de Daiteinark prolesta contre cette élection et se répara à faire valoir par les armes les droits de son Is. La Russie et T Angleterre prirent fait et cause dans cette querelle, et la guerre allait éclater, quand, le a/i février 1744? convint d'un arrangement par lequel, d*une part, le prince royal de Danemark renonçait à ses prétentions au trône de Suède, et, de lautrC) le roi et les états de Suède, en renouvelant la paix
de 1720, promettaient d employer leurs bons offices pour faire renoncer le prince successeur de Suède à ses droits éventuels sur le Sleswig. Christian YI mourut le 6 août I y 46.
Son fils, Frédéric V, fut un des plus grands princes qui aient régné au dix-huitième siècle. Le Danemark lui doit un grand nombre de lois sages et d'établis* aements utiles. « Il commença son rème par la diminution des charges du peuple, par de sn^es vègle» menis destinés à accélérer la conclusion des procès, i faire administrer une justice exacte, à taire fleurir rindttstrie et le commerce* Le 4 septembre 1747 >
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jour de son sacre et do son couronnement , il fonda Société géaàrajie du coinmerce, dans le but de rendre Copenhague l'entrepôt de toutes le»niarchaadises de la Baltique. Il conclut^ en 1748) un traité de gmh merce avec le roi des Deux-Siciles, et, en ij5i, avec les Etals barbaresques. Deux années après, il accorda à une compagniei «jui fut nommée Société africaine, le privilège du commerce de Barbarie peodÀnt quarante ans. Cette entreprise n eut qu'un médiocre succès, et la compagnie cessa d'exister en 1768. Frédéric Y resta ueutre dans la guerre 4|ui éclata en i^àS entre la France et la Grande^etagne. A oetle occasion , il signa avec la Suède , qui observait le méiM système pacifique, un traité p'nir la défense commune de la liberté et de la sûreté du commerce danois et suédois. La même année (i 756), il sunit à la répu-^ Blique de Gênes et à la Porte OtSoniane par des traités d'amitié, de commerce et de navigation. En 1754, 2 racheta pour la somme de deux millions le privilège de la Société des Indes occidentates et de la Guinée, et déclara le commerce libre pour tous ses sujets es Afrique et en Amérique. En 1757, il fit venir des mineurs allemands pour perfectionner 1 exploitation des richesses que renterment les montagnes de laNorwége, et institua une école des mines à Kongsberg. Panai les nombreuses institutions de Frédéric \ , on remarque le magnifique Jardin des plantes, la maison des Invalides de Copenhague , un grand hôpital dans la même TÎtta^ l'institut d'éducation de Ghristiansfaa£eii poar deux cents jeunes gens qui se destinent à des mériers, l Académie de peinture, sculpture et arcliilectui e, 1 Académie militaire de Soroé. Il fut puissamment secondé par son ministre, le comte de Bernstorf, qui a ménlé d'être surnommé le Grand, et que son zèle pour les progrès de l'industrie et des manufactures a fait appeler le Colbert du Dasemack. f rédéric tut un {mnce
lettré* Husifiurs écriyains distingués fleurirent m Danemark sous son règne (i), et la ioiidation d'un opéra italien, d'un théâtre iraneais, et en&n d'an théâtm danois pour perfiectionner la httératnre nationale , y r^andit le goût de Uart dramatique (2). »
Cluistian Vil succéda, en 1766, à son père Frédéric Y« li continua d'abord le cours de ses réformes^ Les corvées furent diminuées, on adoucit le mode de perception de la dîme , et par là on prépara rafiranchisseiiK Ht des seiïs. Mais bientôt le jeune roi se livra tout entier à son penchant pour les plaisirs et aban-^ donna le soin des affaires ; le médecin Struensée parvint auprès de lui à la plus haute faveur, et s en servit
£our renverser les anciens ministres, dont il prit la place, loué d'une instruction superficielle, ce nouveau ministre voulut aller trojp vite en matière de réfocme* Dana l'espace d'une année (1770), il abolit presque entièrement les corvées , proclama la liberté de la presse, borna l'action de la police à l'extérieur. Ces réformes
Iirécipitées, la prédilection queStruen&ée affectait pour es Allemands, et ses liaisons suspectes avec k reine Caroline-Mathilde, le rendirent odieux. Les mécontents pénétrèrent un jour dans 1 appartement du roi , que ses honteuses débauches avaient lait tomber dans ua état voisin de rimbécillité , et lui arradbèrent Tordre d*arréter la reine et ses complices. Struensée fut con*« damne à mort et exécuté le 28 avril 1772. Une seconde sentence prononça le divorce de la reine Matluide. Le comte André de Bernstorf^ neveu du graml ministre,
(r) Ce fut Ikrnstorf qui eiij^ai^ea Frédéric V à appeler en Danemark un des plus beaux gcuies du dix-huilième siècle, Klopslock, et à lui accorder une pension pour qu'il put achever trauquillement sou poëme d»Jt Messiade. Cmhï égalenent loi qui dicfda le roi à iiire entreprendre un voyage en AJ^inieel m ▲renie, voyage dont ]Utfstei»-Iïiebnhr « commuuiqué lei résidtaU au monde savant.
(2) Ragon, Histoire générale dn dix-lmîlième siècle, p. et 346^ ctacboll, Goncadlbift* ém âtateeMpéeu^ 1. nyv, 19S et saiv.
728 HISTOIRE DES l'EMPS MODERNES,
succëda à Slruensée et gouverna le royaume jusqu'en 1780. Disgracié par le roi, il fut rappelé en ^7^4^ lorsque Tincapacité de Christian VU lui eut fait associer son fils Frédéric comme co-regent. Ce jeune prince Completel enfin raffranchissement des serfs. Le 20 juin 1788, il déclara que le Sternsband, c est-à-dire, le lieB qui attachait le paysan à la 'glèbe, cesserait le jan* ▼ier t8oo. Le prince royal succéda en 1808 à son père Christian VU, sous le nom de Frédéric VI.