CHAPITRE V
Histoire de la Turquie , depuis la paix de Pnssarow4i% jusqvHa la paix de Jassi (ijiS-iySa).
Le sultan Achmet III^ qui régnait depuis 17091 avait signalé les premières années de son règne par h conquête des îles deFArchipel et de la Morée. Mais il avait été moins heureux dans sa guerre contre 1 Autriche. Par la paix de Passarowitz^ il avait cédé à Tem* pereur Belgrade, Temeswar, la Valachie jusqu'à l'Aluta et une partie de la Servie (1718). Ce traité hunii* liant lui attira la haine de ses sujets. On était irrite de voir le sultan se livrer à l'indolence, passer ses jours à contempler les monceaux d'or amassés dans son palais, à admirer ses belles tulipes ou les magnifiques glaces qu'il faisait venir de Venise. La mauvaise issue de la guerre contre les Perses acheva de le dégrader aux yeux des Turcs, et amena enfin sa ruine.
Une révolution avait éclaté en Perse, en i7a2. Le rebelle Mir-MahraouJ avait détrôné le sophi Schah- Hussein; mais un fils du souverain légitime disputait encore à l'usurpateur l'héritage de son père* Les Turcs
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et les Russes profitèrent de cette guerre civile pour s^agrandir aux dépens de la monarchie persane. Pendant que les généraux de Pierre le Grand souniettaieDt le âchirvan , le Ghilan , et toutes les côtes de la mer Caspienne , les Turcs s emparaient de Tiflis, d*Erivan , de Tauris et des provinces qui en dépendaient. £n ij^ôf le successeur de Mir-Mahmoud, Aschraff^ eeda au sultan la Géorgie et T Arménie. Mais ce succès ne fut pas durable. Le fils d*un pasteur du Khorasan, Nadir, renversa l'usurpateur et rétablit Thamas , fils ci Hussem. Un message lut alors envoyé à Constantinople par le ^[énéral victorieux , pour redemander les provinces cédées» Achmet III et le vieil Ibrahim , son vizir, étaient peu disposés à abandonner leurs plàisirs pour retourner aux combats; cependant ils craignaient les ulémas et les janissaires. La guerre fut donc décidée , mais conduite avec mollesse. La nouvelle (le la reprise de Tauris, par les Perses, fut le signal de la révolte. Achmet III fut déposé, et les janissaires élevèrent à sa place son neveu Mahmoud (i^3o).
Le sultan Mahmoud P' inaugura son règne par le 'massacre de Patrona, de Musia, a Ali et de leurs parti* sans aiixcjuels il devait le trùne. En même temps, il envoya Tordre de faire périr le pacha Hustan qui dirigeait la guerre contre les Perses et qui devait sa dignité à - Patrona. Le lieutenant de Rustan^ à qui la dépêche était adressée , venait de mourir des suites d'une blessure, iiustan s en empara^ et^Tayant lue, il écrivit au sultao: « Ma vie appartient au sublime sultan ; mais j'ai vaincu «1 ennemi, j'espère le vaincre encore ; qu ensuite mon « glorieux luaîire ordoii ne de mes jours. >» Et le proscrit poursuivit le cours de ses succès.
Ali-Pacha succéda à Rustan dans le commandement de Farmée, et fut bientôt remplacé lui«-méme par Topal-Osman. Une nouvelle révolution venait de changer en Perse l'état des affaires. Nadir, irrité de
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la puftUUniinîté da sottv^rain fUi kii devait le tvÔM^
et qui, sans le consuLl^r, néo^oci ait avec les Turcs une paix lionteuse, l'avait renvtusé pour élever à sa place sou fils Abbas-Mîiiba) enfaint encore au berceutt. La déposîtiou de TIuiomis fut auivîe de la reprise de h guerre contre les Turcs. Lorsque le jeune prince, ceint du diadème, eut été app<>ite en présence <le la cour pour recevoir lea hommages des grands proster* né» devant lui , îl avait jeté des cris dans son bercoM. « Le royal enfant , avait dit aussitôt Nadir , redemande « les provinces cédées aux Turcs. Elles lui seront bien- ' « tôt rendues. » il recommença les hostilités par la pcite d'Amadan et de Kermanschah, puis^ tout à coup, il ; ae dirigea vers le midi et mit le siège devant Bagdad. Topal-Osman le vainquit près de cette ville, et les i tètes de trente-trois mille Persans» élevées en pyra- I midefi à Bagdad^ furent le trophée de la victoire (i^âai Vaineu dans deux nouvelles oataillea, Nadir demanoi la paix. KUe fut refusée. Tupal-Osniaii fut bientôt puni de son orgueil. Il fut vaincu et tué dans un quatrième combat y et le pacha de Bagdad acheta la paix par la restitution de la Géorgie et de l'Arménie. Ën même temps le sultan reconnut Nadir en qualité de sophi de Perse (i^SS).
L'impératrice de Hussie^ Anne Ivanovna , et Tentpereur Charles VI avaient essajré de profiter des em* barras de la Turquie; mais l'événement ne répondit pas à leur attente. Vaincu dans trois campagnes successives, Tempereur conclut , en ij^^, une paix désavantageuse, par laquelle il restituait au sultan , fiel*
S rade , Sabacz , Orsowa , et les districts de la Servie et e la Valachic qui avaient été cédés à TAutriche par le traité de Passarowitz. La Russie rendit également toutes ses conquêtes.
Mahmoud P** ne vit point dans la guerre pour h succes^iion d Autriche une occa^ioade s'agrandir aux
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dépeaa detfMttisaoBNïéft cbrétieniies. D leur èfinl même sa médiation , et, n*ayaiit pas éijé écouté ^ U vécut en paix jusqu à la fin de sa vie (1754).
Son frère^ Otlunan Ul, lui succéda à Tàge de dn*^ quante^trois ans* U ne rogna que trois ans^ et so» règne n est marqué dans l'histoire que par un incendie qui cauâunia les deux ticis de Coustantinople.
Musia]^ lil^soQ oereu, lui wccédai en 1757* Le nouveau prince s^efforça, par de sages instituticoa^ d'adoucir les mœurs barbares de ses sujets et de Î09* tiûev les ressorts du gouvernement. Mais il était tiop tard pour arrêter la décadence de Tempire ottoman* Lorsque l'impératrice Catherine U eut envoyé en Pologne une armée de quarante mille hommes, destinée à faire élire son protégé 6tanislas-Poniatowski,Mustajh9k vonhiten vain lui déclarer la guerre et venir ainsi aat secours de la Pologne asaervie. Lee ulémas et le divan s'opposèrent à toute rupture avec la Russie^ et le mupljtl prouva, le Coran à la main, qu'il était détendu d'attaquer ceux, qui laissaient en paix, l'empire» U £illul qu'un détachement russe vic^t ht territoire turc, en poursuivant un eorps de confédérés polonùe jusque dans Balta, pour que Musiapha put enfin déclarer la guerre à la tzarîne. Ce fut en 1768 que com-> mença, entre lea Turcs et les Russes, une guerre opittiètf e qui dura six ans. Nous en avons raconté ailleurs les événements les plus marquants. Mustapha ue vit pas la fin de cette guerre* 11 mourut le a i jaA» rier 1774*
Son irèfe^ Abdul-H«nid, signa, en 1774 9 1« bon-
taux trciilé deKainardgi. La Crimée et le (juban furent déclarés indépendante de la Turquie, Les Russes se firent céder Azof et obtinrent la libre navigation de la mer Noire et du Bosphore.
Mais la paix de Kainardgi ne pouvait satisfaire longtemps l'ambition de Catherine. La trahison de Ihospo-
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dar de Moldavie, la r^olté du scheîk Daher , qui s*é> tait déclaré iiïdépendant en Palestine, et l'insurrection des Grecs de la Morée avaient donné la mesure de la faiblesse de 1 empire ottoman. Catherine fomentait secrètement tous ces troubles dont elle espérait profiter. Le sultan entreprit alors de réformer son année. Il fit venir de France des ofticiers et des ingénieurs. Pour la première fois les Turcs furent soumis à la discipline et façonnés à la tactique européenne. Le grand vizir, Hassan-Bey, organisa une marine nouvelle avec une rapidité merveilleuse. Mais Catherine II ne permit pas au sultan d accomplir ces réformes salu* taires. La guerre recommença en 1787, et cette fois encore les Turcs furent vaincus. Abdul-Hamid mou* rut au milieu de cette lutte (1789).
Son neveu, SéUm IH, qui lui succéda , fut forcé de signer, en 1791, le traité de Jassi, par lequel il confirma la cession de la Crimée dont les Russes avaient
Eris possession en pleine paix. 11 leur céda en outre I forteresse d*Oczakoff et toutes les provinces situées entre le Bog et le Niestr. Après avoir fait la paix avec la Russie, Sélim III continua les réformes que son père avait commencées. Elles lui devinrent fatales: déposé par les janissaires , en 1807, il fut rois à mort. Son successeur , Mahmoud II, n'en continua pas moins ses réformes, mais elles n'ont pu arrêter la décadence de l'empire ottoman. Constantinople est une proie réservée à 1 ambition moscovite, et ni la force des armes, ni les négociations ne pourront désormais empêcher les tzars de venir, le jour ou ils l'auront décidé, planter leur drapeau sur les rives du Bosphore, pour menacer de là et l'Asie et l'i:!«urupe.