‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 10 sur 56 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Coup d'œil général sur l'histoire du commerce. — Ses relations avec l'histoire de la civilisation et Tjhistoire politique. — Ses grandes divisions. — Causes générales qui influent sur le développement ou la restriction du commerce* — Sources de l'histoire commerciale.

Le commerce est l'échange que les hommes font entre eux des produits de la nature et de Tindustrie. Son origine et l'époque du développement historique de l'humanité à laquelle il convient de la rapporter ont fait l'objet de nombreuses controverses. Tandis que, suivant quelques économistes, il serait aussi ancien que le moment où deux hommes se rencontrant ont eu besoin d'échanger leurs services, d'autres prétendent quune abusive extension du sens de ce terme peut seule lui faire assigner de si lointains débuts et ne le font

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dater que de Tère moderne. Tel, en effet, que nous le comprenons maintenant, supposant l'aptitude à comparer les objets, à apprécier leur valeur, à en fixer l'équivalence, et reposant sur la foi d'un contrat, l'échange implique évidemment un développement intellectuel et social assez avancé. Mais avant le moment où l'ouverture des esprits, l'opinion, les coutumes, les mœurs, les lois ont rendu de pareilles transactions possibles, des échanges moins solennels et moins réguliers se pratiquaient depuis des milliers d'années, et si l'on veut bien affranchir ce mot de toutes les idées complexes qu'il éveille aujourd'hui, on peut dire sans hésitation que les premiers vagissements du commerce remontent à l'origine même, sinon de l'humanité, du moins des sociétés humaines. Ces premiers trocs ne rappellent évidemment que de fort loin les opérations compliquées de nos jours et en diffèrent autant que l'homme primitif de celui de la fin du xix' siècle; ils appartiennent néanmoins à l'histoire du commerce et ce serait la mutiler étrangement que d'en retrancher l'étude non seulement de ces premières manifestations de la vie commerciale, mais de toutes les relations économiques qui ont précédé les grandes découvertes de la fin du xv' siècle. Par elle en effet, par la recherche attentive des conditions et des circonstances dans lesquelles sont nées et se sont développées la-pratique des échanges et les habitudes commerciales, par la connaissance des modifications successives qu'elles ont subies, par la constatation des produits amenés dans la circulation, de leur pays d'origine, de la route qu'ils ont suivie, de leurs modes de transport, de leur faveur ou de leur défaveur, nous sommes initiés à tout un côté de la vie des peuples. L'homme a rarement guerroyé par seul amour des combats ; le désir d'acquérir, de posséder, de jouir de

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nouvelles richesses, qu'elles dussent profiter à tout un peuple, à une seule classe, ou même à un seul homme, ne se trouvet-il pas au fond de la plupart des faits de l'histoire politique ? La circulation des produits n'est sans doute qu'une partie de l'activité économique, mais par cela même qu'elle nous initie mieux aux relations des hommes entre eux, elle nous permet, beaucoup plus que l'étude de la production, de suivre les effets de la pénétration réciproque de tous les éléments qui existent à la surface du globe. Non seulement, eu efTet, les idées circulent avec les produits et ceux qui les transportent, mais ces produits mêmes introduits dans la consommation modifient dans une mesure, assurément plus ou moins appréciable, la manière de vivre et, par elle, celle de sentir, des individus et des groupes. On a pu dire avec raison que l'histoire du commerce était, à un point de vue spécial, celle de la civilisation. Car si elle ne met pas au premier rang, comme cette dernière, l'histoire du développement intellectuel et moral de l'humanité, elle nous montre comment se traduisent extérieurement ses sentiments, ses aspirations, ses besoins, ses mœurs et même ses progrès dans les sciences et les arts par le nombre, la variété et la qualité des produits livrés au commerce et à la circulation et par l'activité des échanges.

Se plaçant au point de vue des méthodes et procédés du commerce, un économiste allemand distingue dans son histoire trois périodes : 1** celle du troc ; 2** celle des monnaies ; 3* celle du crédit. Un autre, Karl Bûcher, considérant dans une vue plus suggestive le développement progressif de l'humanité et de l'ensemble de sa vie économique, adopte les périodes suivantes :

1* Période de l' Économie domestiqua fermée, pendant laquelle

les biens sont consommés aux lieux mêmes où il sont été produits, ou dans laquelle les échanges se faisant uniquement par colportage et dans un cercle très restreint, se réduisent à un minimum. Elle embrasse tous les temps qui s'écoulent des origines au xi* siècle de notre ère.

2** Période de VÉconomie urbaine ou de l'échange direct dans laquelle les biens passent immédiatement des producteurs aux consommateurs et qui a pour principale forme des manifestations du commerce, les marchés. Elle s'étend jusqu'au XVI' siècle.

3* La période de VÉconomie nationale dans laquelle les marchandises étant en plus grande quantité, ont une circulation plus active et passent par une série d'intermédiaires avant d'arriver à la consommation.

Ce sont là des divisions très générales auxquelles on peut reprocher notamment de ne pas tenir compte, dans la première période, des modifications considérables apportées dans les allures du commerce par la constitution de l'empire romain. Aussi les multiplie-t-on quelquefois, mais elles ont en somme l'avantage de bien spécifier les trois grandes phases par lesquelles a passé le commerce devenant de local, territorial ou provincial, puis national. Il faudrait môme y ajouter une quatrième phase comprenant la deuxième moitié de notre siècle pendant laquelle le commerce est devenu international ou universel.

Les divisions de l'histoire politique, que nous suivrons pour plus de facilité, n'en diffèrent que pour la limite à assigner aux deux premières périodes de Bûcher. La période des temps modernes concordant avec celle du commerce national, celle du commerce universel ou contemporaine commencerait en 1848, année qui ouvre, par la découverte des mines d'or

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de la Californie, une nouvelle ère économique, comme par la Révolution française de février et rétablissement du suffrage universel une nouvelle ère politique.

La distinction de cette dernière période est d'autant plus opportune qu'elle répond à une merveilleuse efflorescence du commerce, à Tapogée de son histoire. Tout a tourné à son * profit, les découvertes de la science comme les rêveries des philosophes, les perfectionnements de l'industrie comme les hardiesses des financiers. Les applications de la vapeur et de Télectricité, la multiplicité des moyens de communication et la rapidité des transports, la sécurité des routes terrestres et maritimes ont mis à sa disposition des ressources inattendues ; les grandes explorations continentales inspirées à la fois comme au xv* siècle par les mobiles les plus variés, religieux, mercantiles, humanitaires et scientifiques, le peuplement et la mise en valeur de nouvelles terres, le réveil de nations assoupies, Tentrée dans le mouvement économique universel de contrées jusqu'alors fermées au commerce européen, les aspirations à la fraternité universelle, 'l'application de nouvelles doctrines économiques ont élargi dans des proportions inouïes son cercle d'action.

Enfin le développement du crédit, l'association des capitaux, les grandes compagnies financières et commerciales lui ont donné, dans la vie économique du globe, une part qu'il n'avait jamais connue et dans la hiérarchie des professions, si je puis dire, un rang que ses plus hardis partisans n'auraient pas osé espérer pour lui ; l'enseignement commercial a pris place parmi les hautes études et le commerce est l'objet des incessantes préoccupations de l'opinion et des pouvoirs publics.

Cette grandeur même a ses dangers. Conune tout ce qui

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s'élève, il a soulevé des inimitiés ardentes et nombreuses. On supporte haineusement les profits qu'il peut faire, sans tenir compte des risques qu'il court. Les spéculations hasardeuses jettent le discrédit sur les opérations les plus régulières ; les pratiques nouvelles que les nécessités de l'industrie lui imposent, lui sont imputées à crime ; le petit commerce gémit sur la concurrence des grands magasins qui l'écrasent. Après avoir été salué comme une garantie contre les famines, une protection contre la féodalité industrielle et les hauts prix, le commerce est honni maintenant pour l'abondance des produits qu'il jette sur le marché, la mévente et les bas prix qui en résultent. L'agriculture et l'industrie redemandent contre lui le rétablissement de ces barrières à la chute desquelles elles ont dû leur prospérité. On oublie quelle immense armée de travailleurs ont mobilisé son développement et l'activité de la circulation et des transports, le bien-être qu'il a créé, l'aisance qu'il a répandue, et les attaques contre lui s'élèvent à la fois de la part des ennemis du capital et du capitaliste, et des défenseurs, parfois intempérants, du travail national.

Il n'en est que plus intéressant de rechercher dans son histoire ses titres de noblesse, de montrer par quels degrés successifs il s'est élevé au rang qu'il occupe, quels obstacles il a dû vaincre, quelles difficultés, quels périls il rencontre à chaque instant sur sa route ; quel mélange de sagacité, de prudence et de résolution il exige, quels prodiges il a enfantés, quelle part il a dans cette révolution qui entraîne de nos jours l'humanité, si rapidement que, comme le mouvement de la terre qui nous porte, elle échappe aux sens de ceux au profit desquels elle s'accomplit.

Des trois grandes sources de richesses que reconnaissait

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Quesnay, Tagriculture , Tindustrie et le commerce, c'est celui-ci qui a le plus lentement et le plus difficilement creusé son sillon et établi son cours. Outre en effet qu'il présuppose l'existence de produits agricoles ou industriels sur lesquels il puisse opérer, nécessitant un champ d'action plus vaste et le concours d'un plus grand nombre de volontés, il a eu pour naître et se développer à triompher d'un ensemble plus considérable de résistances venant de la nature ou des hommes.

Les circonstances générales qui ont entravé ou favorisé le développement du commerce et influent encore aujourd'hui sur son expansion ou sa restriction peuvent être ramenées à deux groupes : les unes venant de la nature et permanentes, les autres des hommes et par suite essentielleiîient accidentelles et variables.

Si le milieu physique a pu être considéré comme ayant exercé une influence prépondérante ou môme, suivant quelques-uns, décisive sur le développement intellectuel et moral et le rôle historique des individus et des peuples, à plus forte raison a-t-il dû, surtout à l'origine, faire sentir son action et son poids sur la marche et le progrès du commerce. La répartition des tenues et des mers, les plateaux et les plaines, les marécages et les déserts, les climats, étaient autant de circonstances favorables ou défavorables dont il dut apprendre tout d'abord à profiter ou à se défendre. « On peut dire, a écrit M. Reclus, que le développement de l'humanité était inscrit d'avance en caractères grandioses sur les plateaux, les vallées et les rivages de nos continents. » Frappé du rôle qui appartient dans cette évolution à la distribution des eaux, Ritter a partagé l'histoire du processus économique de l'humanité en trois périodes : fluviale, maritime, océanique, et cette division répond judicieusement à un des aspects de la

question, aux efforts que rhomme a dû faire pour utiliser progressivement et par degrés séculaires, les fleuves dont les inondations et les lits incertains le troublèrent et Tarrêtèrent si longtemps avant qu'il utilisât ces « routes qui marchent toutes seules », les mers intérieures du sein desquelles il apercevait encore le rivage et enfin ces immensités océaniques, objet au début de tant de terreurs et d'effroi. Mais elle néglige un autre et Tun des plus puissants facteurs de la distribution de la vie à la surface du globe, le relief terrestre. Les mers sont aujourd'hui domptées et comme asservies et les hauts plateaux n'ont presque rien perdu de leur puissance. La masse formidable des hautes terres asiatiques isole toujours les mondes hindous et chinois du monde européen. Sur bien des points sans doute, la lutte est déjà engagée contre les montagnes ; les déserts céderont, eux aussi, devant les appétits et les exigences du commerce ; la science assouplira les climats et étendra le domaine habitable; mais si les trioiriphes successifs de l'homme sur la nature ont réduit l'action du milieu physique, elle n'en persiste pas moins encore dans de puissantes proportions. Si les plateaux ont vu, comme les vallées et les plaines, éclore et se développer des civilisations, celles-ci moins pénétrées par les influences extérieures , tenues en dehors des grands courants de migrations et d'échanges que Ces plateaux éloignent et détournent, ont été plus lentes dans leurs mouvements, moins brillantes dans leur floraison, plus bornées dans leur rayonnement. Les sociétés nées sur les bords ou à portée de la mer se trouvaient dans de bien plus favorables circonstances pour prospérer et recevoir d'incessants mélanges et d'activés communications avec l'extérieur les éléments de vie et de progrès. Là où les facultés humaines ne sont pas alourdies et comme éteintes

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par un climat glacial ou torride, les conditions meilleures d'existence se traduisent par une plus grande aptitude au travail et aux échanges, et les exemples si connus de TÉgypte et de la Grèce ne nous montrent-ils pas comment, même sur un petit espace, la variété ou l'uniformité du sol, son unité ou son fractionnement peuvent agir sur la formation des caractères, la tournure de Tesprit, la sociabilité et enfin les destinées des races ?

Enfin, outre les conditions climatériques ou topographiques, la structure géologique du sol a son rôle important dans la vie commerciale d'un pays. Non seulement la complicité du sol est nécessaire pour que des conditions météorologiques favorables produisent leurs effets bienfaisants sur les plantes ou les animaux et celle du relief pour que Técoulement des produits soit possible, mais la terre elle-même, par les richesses [minérales qu'elle renferme, peut donner naissance à un mouvement commercial et industriel des plus actifs, créer subitement la vie là où régnaient, depuis l'origine des siècles, l'engourdissement et la mort. Ainsi peuvent se trouver déterminées, à côté des routes naturelles tracées parles découpures des continents, les dépressions des montagnes, la circulation atmosphérique et les courants marins, des routes nouvelles dont l'épuisement de ce même sol ou le discrédit de ses trésors entraîneront plus tard l'abandon.

Ainsi se trouvent confondues dans une action commune les influences physiques et les causes humaines ou, comme on les a appelées, psychiques, c'est-à-dire intellectuelles et morales. Essentiellement égoïste et défiant, l'homme ne s'élève que lentement à la conception d'échanges fondés sur la réciprocité des services et l'équivalence des valeurs. Quelle qu'en soit l'origine, de quelque combinaison d'éléments et

d'influences que cette disposition puisse provenir, les races nous apparaissent dans Thistoire avec des différences bien tranchées d'aptitudes et d'éducation première. Toute une longue partie de leur passé nous reste inconnue; ni la civilisation n'a marché partout d'un même pas, ni elle ne représente un type unique et commun du développement. Les groupements primitifs ne se sont pas formés suivant les mômes lois ; le milieu, physique ou humain, dans lequel ils ont crû, a varié à l'infliii ; les circonstances, si souvent plus fortes que les hommes, ont décidé du refoulement ou de l'essor de leurs aptitudes natives et tel pays resté jusque-là dans l'ombre, apparaît tout à coup sur la scène lorsqu'une race mieux douée sait tirer parti des ressources et des richesses restées enfouies ou méconnues jusque-là. Pacifiques ou violentes, les révolutions des empires, pour restreint que soit leur théâtre, ont toujours un contrecoup sur le commerce. Qu'elles détruisent des centres florissants, 'ferment des marchés, interceptent les routes, exterminent des populations ou au contraire incorporent de force ou de plein gré des contrées et des peuples, jettent dans la circulation des produits nouveaux ou augmentent le nombre des consommateurs, l'équilibre commercial est troublé. Le centre économique se déplace avec l'axe politique comme celui-ci suit souvent dans ses mouvements la marche et le progrès du commerce. C'est ainsi que la découverte et l'exploitation de l'Amérique ont produit au xvi^ siècle la plus grande peutêtre des révolutions qu'enregistre l'histoire.

Les variations si nombreuses qu'a subies dans le cours des âges la conception des besoins et des intérêts humains a été également la source de bien des péripéties et des crises dans l'histoire du commerce. L'homme est souvent à lui-même

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son plus grand ennemi. On le voit en môme temps que perfectionnant et multipliant sans cesse ses objets, ses moyens, ses procédés d'échange, empruntant à la science, pour rapprocher et supprimer les distances, ses plus merveilleuses inventions, s'ingénier en quelque sorte à circonscrire, limiter, abolir même ses relations avec les peuples voisins. Tantôt la crainte d'appauvrir un pays dictera des prohibitions ; tantôt des préoccupations morales ou l'orgueil de caste imposeront des lois somptuaires ; tantôt un amour exagéré du gain créera des privilèges et des monopoles; tantôt les besoins fiscaux des États grands ou petits multiplieront, sous les formes les plus variées, les entraves au commerce ; tantôt enfin le désir de favoriser et protéger le travail national engendrera, par système raisonné, un régime douanier libéral ou restrictif dont l'effet pourra se répercuter au loin et bouleverser de fond en comble l'échiquier commercial. Le développement du commerce ne fait qu'augmenter, par l'apparition incessante de nouveaux facteurs sur la scène, les difficultés du problème. Si les théories économiques ont cessé de se présenter avec un caractère absolu et ont été toutes ramenées à une conception différent e de l'intérêt bien entendu, elles renaissent d'autre part sous la forme de théories sociales dont les plus hasardées trouvent des partisans enthousiastes. Si la foi dans le progrès prar le seul effet du temps et du jeu régulier de l'activité humaine s'est ralentie, les opinions difTèrent dans d'énormes proportions sur les limites dans lesquelles on veut recom^ir à l'intervention de l'État.

L'histoire du commerce enregistre toutes ces péripéties, montre toutes ces doctrines et tous ces procédés en action. Au milieu de ce conflit de vues et d'idées, dans cette mêlée

des peuples, le commerce, perdant tout caractère hasardeux et empiriq[ue, est devenu une véritable science : science d'observation, car il exige une étude attentive et prévoyante de tous les faits actuels et possibles ; science d'expérience, car il demande une connaissance exacte et précise de ceux qui se sont produits dans des circonstances analogues. Il ne saurait marcher sans un esprit toujours éveillé, au courant des mœurs et des législations étrangères, de la situation économique de tous les pays, de leurs conditions d'existence, de leurs visées d'avenir.

S'il est vrai que l'humanité se répète toujours, l'étude du passé doit être, pour la solution de ces graves difficultés, d'un puissant, secours. Rien en tous cas ne peut mieux encourager à la poursuite du mieux que le spectacle des perfectionnements apportés dans la suite des âges aux modes de relations entre les hommes et des résultats qu'ils ont produits.

Les sources de l'histoire du commerce sont très variées. Au premier rang, il faut placer lés traités, conventions, lois, décrets, édits, arrêts, ordonnances, tarifs, mercuriales, statistiques douanières, inscriptions, etc., en un mot tous les actes authentiques intéressant soit directement, soit indirectement le commerce intérieur d'un pays ou ses relations internationales.

Les monnaies et médailles par leur origine, leur frappe, leur composition, leur poids, leur titre, leur valeur, leur nombre, leur dispersion, le lieu de leurs découvertes, etc., sont aussi de précieux indices qui ont permis de reconstituer certaines routes de commerce, de mesurer l'étendue des relations, de constater l'existence d'échanges entre des contrées très éloignées les unes des autres.

Les statues, tableaux, bijoux, ornements, monuments et

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œuvres d'art de toute nature nous initient également soit aux rapports entre leur pays d'origine et celui où on les rencontre, soit, par leur caractère, leur style, leur dessein, leur relief, la matière dont ils sont faits, les habitudes, les mœurs . qu'ils révèlent, les scènes qu'ils représentent, à des rapports entre peuples dont le commerce a été la première base, à la manière dont se faisaient les échanges, aux objets sur lesquels ils se pra,tiquaient.

Les livres de raison, inventaires, comptes, marchés, etc., donnent aussi de précieux renseignements, mais qui ne doivent être utilisés qu'avec mesure et ne pas recevoir, par exemple, une trop grande généralisation.

Les documents parlementaires, discours, rapports, pétitions, etc. ; les rapports des Chambres de commerce ou des institutions similaires, les discussions dans le sein des sociétés, associations, syndicats, corporations, etc., leurs vœux et doléances ne doivent être, en raison môme de la nature spéciale des intérêts dont ils sont l'écho, de la limitation fatale de leurs vues, du caractère forcément circonscrit de leurs investigations, utilisés qu'avec prudence et discernement. Les sermons et homélies, les pamphlets, les dissertations ou réflexions des prédicateurs et des moralistes ne peuvent, pour des raisons de môme ordre, faire autorité, sans qu'il soit permis de négliger les indications qu'ils contiennent.

Les tableaux des historiens, les récits des voyageurs, les commentaires des statisticiens, les écrits des économistes seront également consultés avec fruit.'

Les recherches entreprises depuis un siècle pour l'établissement des prix d'un certain nombre d'articles aux différentes époques, les index numbers et les travaux qui s'inspirent des

mômes idées, éclairent d'une certaine lumière la vie et les mœurs de ces époques; mais la comparaison qu'ils ont en vue entre ces temps écoulés et le nôtre ne peut être admise qu'à la condition de s'en tenir à des généralités et de ne pas vouloir pousser trop loin les rapprochements. S'il faut se défier des tableaux trop sombres, il est bon de se tenir en garde contre les apologies aveugles, de quelque bonne foi qu'elles se recommandent. La critique doit ici, comme partout, n'abdiquer aucun de ses droits, mais les exercer tous avec une inflexible modération et la seule passion de la vérité et de la justice.

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