CHAPITRE II
Les premières sociétés humaines. — Les premiers échanges.
De quelque obscurité que soit nécessairement entourée rhisloire des sociétés primitives, Tétude des traces qu'elles ont laissées de leur passage a cependant permis de reconstituer une partie de leur existence. A mesure que se développe cette connaissance de ces premiers âges de l'humanité, se multiplient les preuves de relations commerciales chez les populations les plus anciennes et sur tous les points du globe. Dès Tépoque paléolithique ou de la pierre taillée, nos plus lointains ancêtres, contemporains du mammouth, aux aptitudes restreintes, à la vie bornée, chasseurs et pêcheurs, habitants des stations à ciel ouvert ou des cavernes, demandaient à leurs voisins les silex grossiers ou travaillés que ne produisait pas leur territoire et qui leur étaient nécessaires pour la lutte contre les animaux gigantesques ou féroces qui les entouraient et dont ils faisaient leur nourriture. Les troglodytes des vallées de la Lesse et de la Meuse les empruntaient à la Champagne dont les produits transportés se retrouvent dans un rayon de 200 kil. Des fragments de quartz hyalin des Alpes ou des Pyrénées se retrouvent dans les cavernes du Périgord ; des coquilles de TOcéan à la Madelaine
(Dordogne) et à Solutré (Saône-et-Loire). Aux temps néolithiques ou de la pierre polie, de véritables ateliers de fabrication répandaient au loin leurs outils ou leurs armes. Ceux 'de Spiennes (Hainaut) alimentaient tout le pays depuis la vallée de la Somme jusqu'en Hollande; les silex du Grand Pressigny se rencontrent depuis les bords de la Garonne jusque dans les îles Shetland; ceux de la vallée de TOhio étaient utilisés par les tribus des régions voisines; les monuments mégalithiques de l'Europe occidentale et de l'Afrique du Nord, les stations lacustres de la Suisse, de l'Italie et de la Hongrie, les terramares de l'Italie septentrionale ont donné à leurs explorateurs des objets de provenance très éloignée; partout en somme on peut suivre les relations établies entre des peuplades séparées par d'énormes distances.
Bien que la succession de leurs œuvres indique chez ces populations primitives un développement continu de leurs facultés, peu inventives en somme malgré la découverte du feu, bornées dans leurs besoins, elles limitèrent leurs échanges aux produits de leur industrie restreinte (armes en silex, outils, poteries, instruments et flèches en os ou en bois) et à la matière première qu'elle exigeait. La nature au sein de laquelle elles vivaient rendait au surplus les communications lentes et difficiles. A l'époque de la pierre taillée les phénomènes météorologiques avaient une formidable puissance. D'énormes masses liquides fondaient à la surface de la terre où elles creusaient des vallées que sillonnaient des fleuves immenses; des glaciers étendus recouvraient les plaines, et des volcans nombreux et d'une puissante activité continuaient leurs éruptions. Aussi n'est-ce pas dans les vallées alors en voie de formation que se retrouvent les débris humains, mais bien sur les hauteurs; les stations à ciel ouvert