LES PREMIÈRES SOCIÉTÉS HUMAINES
y occupaient des clairières souvent défendues par des marécages ; les cavernes s'ouvraient sur les flancs des coteaux et, ainsi que Tattestent les objets isolés que nous retrouvons dans les intervalles qui séparent ces stations, c'était aussi et nécessairement par les plateaux et les isthmes qui les unissent que se faisaient les communications entre elles. Ces habitudes persistèrent à Tâge suivant alors môme qu'avaient déjà disparu les circonstances qui les avaient imposées.
Les conditions climatériques avaient changé à l'époque néolithique; les glaciers s'étaient retirés, les pluies étaient moins abondantes, les vallées s'étaient creusées, les fleuves s'étaient tracé un lit plus resserré, l'homme avait déjà commencé à approprier la terre à son usage par la destruction des grosses espèces animales ; d'autres, comme le renne, avaient émigré. Un immense remuement de peuples avait opéré en môme temps que des révolutions ethniques, de véritables révolutions économiques et commerciales. La fusion d'éléments divers modifie, avec les aptitudes premières des populations, leurs habitudes et leurs goûts. Le polissage de la pierre, les monuments et constructions de cette époque, dolmens et habitations lacustres, constituent déjà un remarquable progrès sur celle des cavernes. La vie pastorale commence avec la domestication de certains animaux. Puis, comme il avait déjà substitué pour sa nourriture aux fruits que la terre donnait d'elle-même et pour la consommation desquels il était naturellement conformé, les produits de sa chasse et de sa poche, enfin de ses troupeaux, il en vint à demander à la terre les éléments de sa subsistance. Les terrains autrefois submergés par les fleuves avaient pris consistance ; les cours d'eau, plus calmes, ofî'raient, tout au moins pour la desiîente, des routes régulières et commodes ; les plus hardis s'y
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hasardèrent et bientôt les plateaux furent délaissés au proât de la plaine et de la vallée. Les buttes épargnées par le ravinement général reçurent des habitants ; des villes s'y fondèrent. Mais toutes les peuplades étaient loin d'avoir marché d'un pas égal dans la voie de cette transformation. Beaucoup avaient encore conservé leur sauvagerie primitive, leurs habitudes de luttes et de combats^ leurs goûts nomades même et de nouvelles poussées déterminaient périodiquement des migrations nouvelles. Les vallées fluviales fertiles, bien arrosées, exercèrent de plus en plus leur fascination; les populations s'y trouvèrent à l'étroit et la nécessité de s'unir pour défendre le sol occupé contre de nouveaux arrivants décida, autant que l'usage de la force, le groupement des tribus et la fondation d'États. Le peuple le plus fort exerça naturellement la prépondérance, soit que, comme dans le bassin du Gange, il formât une caste privilégiée, soit que, comme dans ceux de l'Euphrate et du Nil, il se soumit lui-môme à une discipline rigoureuse sous un chef unique. Partout cependant il s'établit comme une hiérarchie de professions sociales. Le travail de la terre étant plus pénible que la chasse ou la pêche, on ne s'y résigna qu'avec répugnance, on s'en affranchit quand cela fut possible, il devint le lot des faibles et des vaincus. Chaque peuplade en s'avançant portait sur les territoires qu'elle allait occuper les secrets de son art et de son industrie, les métaux dont elle avait appris l'usage, les céréales, les fruits, les animaux devenus nécessaires à ses besoins. Elle ne perdait pas toujours le souvenir des lieux qu'elle avait quittés et restait souvent en rapports avec eux. Mais on comprend à quelles incertitudes et à quels dangers ces échanges ou ces emprunts étaient exposés. La vie sauvage et barbare conservait pour beaucoup de ces peuples tout son