LES ÉTRUSQUES, — LES CARTHAGINOIS
laquelle il a donné son nom, et Spina, sur la mer, recevaient par les routes qui aboutirent plus tard à Aquilée, puis à Venise et enfin à Trieste, l'ambre des bords de la Baltique. Vulsinii (Bolsena) et le Soracte étaient les grands marchés intérieurs où le Latium venait amener ses bestiaux et ses esclaves. Les principaux articles du commerce étrusque étaient les vases peints, les lampes d'airain, les coupes d'or, les aimes, les objets en cuivre et en bronze qu'ils exportaient en Grèce, à Carlhage, en Sicile, en rapportant les produits fabriqués d'Athènes, de Corinthe, de l'Egypte, de Milet et de Babylone que Ton retrouve aujourd'hui dans les tombeaux de Cseré et de Préneste : ornements d'or, plats d'or, vases d'albâtre, vases émaillés, œufs d'autruche, cuirs travaillés et poteries. Habiles dans tout ce qui concernait la construction et le gréement des navires, ils allèrent même, dit-on, jusqu'aux îles Gassitérides, à la recherche de l'étain. Ils empruntèrent aux Grecs l'usage de la monnaie et eurent des ateliers à Populonia. Mais, bientôt corrompus par leurs richesses, adonnés aux plaisirs de la table, jalousés par les Carthaginois et 1^8 Grecs, sans accord entre eux, les Étrusques perdirent rapidement leur puissance sous les coups des peuples voisins : sur terre, les Gaulois, les Samnites, les Romains ; sur mer, les Grecs de Cumes qui leur infligèrent en 474 une défaite décisive.
Les Carthaginois restèrent seuls en présence des Grecs.
Kyriath-Hadechât , Carthage, la ville d'Élissar (Didon), avait eu, par suite de l'épuisement et de l'éloignement de sa métropole et aussi de sa magnifique situation, une fortune rapide. Fondée non par de simples trafiquants, mais par l'élile de l'aristocratie tyrienne, elle s'était vite dressée, grâce à l'activité et à l'ambition de ses colons, en rivale des colonies
voisines et de Tyr elle-même, avait promptement substitué dans le bassin occidental de la Méditerranée son patronage et sa suprématie à ceux de la métropole et créé, malgré la concurrence et la rivalité des Étrusques et des Grecs, un empire punique. Fièrement campée sur les bords mômes de la mer, au pied de la colline de Byrsa, elle était faite pour commander non pas, comme la moderne Tunis, aux terres africaines, mais à la mer. Ses deux ports, « qui ne sont plus aujourd'hui que deux petits lacs, deux pièces d'eau que Ton dirait faites pour quelque jardin anglais » (Gagnât) , occupaient une superficie de 16 à 25 hectares, espace considérable pour l'époque ; 17 citernes ayant chacune 30 mètres de long et 7"*,50 de large, et qui restaurées servent aujourd'hui à Tapprovisionnement de la Goulette, l'alimentaient. Sur la colline « la ville étageait en amphithéâtre ses hautes maisons de forme cubique. Les places publiques la nivelaient à des distances égales; d'innombrables ruelles s'entre-croisant la coupaient de haut en bas. » Alliée des colonies antérieurement fondées par les Phéniciens, elle voulut devenir aussi puissance territoriale, soumit le pays qui l'environnait, entretint une armée, battit les Cyrénéens, sema de postes l'intérieur du pays et, par ses relations avec les nomades, étendit son commerce au delà des oasis du Fezzan (Garamantes) et de Bilma, sinon, comme on l'a dit, jusqu'à Tombouctou et au Niger, du moins jusqu'au Soudan central, d'où les caravanes lui apportaient des dattes, de la poudre d'or et de l'ivoire. En même temps ses navires portaient sur tout le littoral de l'Afrique les produits de l'agriculture, blé, huile, bestiaux, et de son industrie : tissus de soie et de laine, étoffes teintes en pourpre, ouvrages en métaux. Hannon, franchissant le détroit de Gibraltar, longeait la côte occidentale de l'Afrique