LES PERSES
et la Chine». Ctésiphon, sa capitale, regorgeait de richesses ; une partie des troupes des Sassanides était armée de piques d*or. Lorsqu'elle succomba sous les coups des Arabes, Tor, l'argent et les meubles précieux qu'on y trouva surpassèrent, dit un écrivain arabe, tous les calculs de l'imagination. Un tapis de soie de soixante coudées de longueur et de largeur décorait un des appartements du palais ; on y voyait représentés des fleurs, des fruits et des arbrisseaux brodés en or ou figurés par des pierres précieuses. Ces tapis et ces étoffes de soie ou de laine pouvaient provenir de l'industrie indigène, mais il y avait aussi des épices, de l'aloès, du musc, du bois de santal, du camphre dont la présence témoigne de rapports continus avec les Indes, la Chine et les îles de la Sonde. Les champs de cailloux et les mers de sable qu'avaient à traverser les caravanes étaient cependant redoutés à cause des génies et des dragons qui en défendaient les approches I En fait, les ossements seuls indiquaient la piste à suivre et, pour qu'ils puissent marcher sur les pierres glissantes, il fallait mettre aux chevaux des chaussures de bois et envelopper dans une peau de bœuf les pieds des chameaux.
Les relations de la Perse avec la Chine étaient devenues si étroites que l'empereur de Chine secourut le dernier des Sassanides dans sa lutte suprême contre les Arabes. Les Byzantins durent accepter l'entremise des Perses pour leurs échanges avec la Chine et ce fut pour s'en affranchir que l'on introduisit, sous Justinien, l'élevage du ver à soie qui donna bientôt lieu dans tout l'empire à une industrie prospère.
Cependant la route de mer vers les Indes par Alexandrie était restée ouverte. La marine grecque continuait à dominer sur la Méditerranée ; elle alimentait l'Occident de ces épices qui
tiennent, même au milieu des invasions, une si grande place dans les échanges, et si elle était privée d'une partie de ses débouchés de ce côté, elle se dédommageait dans l'approvisionnement de Constantinople, devenue rapidement, comme capitale de l'empire et résidence de la cour, une cité populeuse et prospère. Comme Rome autrefois, Constantinople recevait du dehors plus qu'elle ne lui rendait; comme Rome en ses beaux jours, elle se couvrait de monuments splendides ; un art nouveau, Fart byzantin, qui constitue la gi'ande originalité de l'empire grec, y prenait naissance.
Elle avait hérité de Rome certaines coutumes dangereuses pour la bonne administration de l'État et la tranquillité publique. Le blé de l'Egypte y était, comme jadis sur les bords du Tibre, distribué au peuple qui recevait aussi, à certains jours, de la viande, de l'huile, du vin et des jeux. Le blé était devenu un monopole. Le gouvernement se faisait acquitter en blé le tribut de certaines provinces, l'achetait partout ailleurs et le revendait à des prix qu'il ûxait arbitrairement.
Que la distribution vînt à manquer et les désordres les plus graves étaient à craindre. Tout était prétexte à agitation pour sa population si mélangée : jeux du cirque, discussions théologiques, querelles de palais ; l'édiûce impérial semblait à chaque instant sur le point de crouler et cependant Constantinople, en dépit non seulement de ces crises intérieures, mais des guerres continuelles avec les peuples qui envahissent son territoire et menacent môme quelquefois ses murailles, reste, par la force des choses, un grand centre d'activité commerciale. « Sa situation comme capitale est unique... Elle n'appartient ni à TAsie, ni à l'Europe. Byzance, sur la côte d'Europe, Scutari, sur la. côte d'Asie, c'est une seule et
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même ville. Ce n'est pas une cité ordinaire, mais une immense capitale, supérieure en population à la vieille Rome, d'une force d'attraction énorme. » (Rambaud.) Les étrangers y affluent de tous côtés et ce mouvement de peuples des races les plus diverses, ce conflit d'influences, cette variété d'aptitudes, de mœurs, de tendances qui s'y heurtent entre elles dans un milieu intellectuel et moral assez consistant pour les pénétrer de son empreinte et les façonner à son image, donnent naissance à. cette civilisation byzantine qui s'épanouira du VIII® au X* siècle.
Avec le grec comme langue, Vorthodoxie comme religion et comme signe caractéristique, ime incroyable subtilité d'esprit et une activité dévorante au service des intrigues les plus futiles et des passions les plus affinées comme les plus grossières, elle est romaine par ses traditions administratives, orientale par son amour du cérémonial et de la pompe, mais elle reste encore grecque par son esprit. Le grand travail législatif de Justinien, qui demeure si longtemps en honneur dans l'Occident, n'y eut qu'une médiocre fortune et fît bientôt place à des codes mieux appropriés à ses goûts (Écloga de Léon m, 740; Basiliques de Léon VI). Le schisme religieux de Photius accentua la rupture avec Rome et cependant le plus pur esprit romain domine dans ses règlements industriels. Le « Livre du préfet » , récemment mis au jour, nous montre les corporations soumises à la surveillance la plus étroite ; le travail de l'ouvrier, le bénéfice des patrons tarifés; les prix, le jour et le lieu de la vente des produits imposés ; les approvisionnements réglementés ; l'achat direct des matières premières interdit à l'industriel qui doit les recevoir de sa corporation ; les étrangers traités en suspect.
Les marchands qui arrivent soit par teiTe, soit par mer.
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acquittent un droit ; on paye pour avoir le droit de tenir boutique, de vendre sur le marché ; les hôtelleries sont soumises à une taxe et à une surveillance rigoureuse ; certains marchands, ceux de Russie par exemple, ne sont autorisés à séjourner que Tété et dans un quartier déterminé. Et pourtant, alors, comme aujourd'hui encore sous les Turcs, le commerce y est en grande partie entre les mains des étrangers; les Vénitiens sont même investis, comme ûdàles et intéressés vassaux de Tempire, d'énormes privilèges qui les mettent au-dessus de leurs concurrents.
L'exportation de certaines marchandises est frappée d'un droit de 10 p. 100, celle de quelques produits, des étoffes sorties des manufactures impériales entre autres, prohibée; des clauses insérées dans des traités témoignent de préoccupations commerciales; l'ensemble des dispositions législatives est manifestement protectionniste, mais par système de gouvernement, par mesures fiscales, par préoccupations policières plus qu'en vertu d'idées et de vues économiques arrêtées.
Les produits les plus divers afluent sur les marchés ; le luxe des vêtements est extraordinaire ; les trésors des églises comme les palais impériaux et certaines demeures de particuliers renferment des amas d'objets en métaux richement sculptés et incrustés de pierreries, d'habits de soie, de pourpre et d'or. Les croisés seront stupéfiés de ses richesses comme les Byzantins de leur barbarie.
Thessalonique et Trébizonde étaient, après Constantinople, les cités les plus commerçantes de l'empire. Villehardouin saluait dans Thessalonique « une des plus fors et des plus riches villes de la crestienté ». — « Puissance militaire, industrie, commerce, art, religion, toutes les forces du génie