Janssen, L'Allemagne et la Réforme, L
Pour assurer la sécurité du commerce, la ligue, véritable puissance militaire, fut souvent en guerre avec les puis* sances voisines : Suède, Norvège, Danemark, auxquelles elle dicta des conditions de paix qui lui donnaient dans ces pays une véritable indépendance et comme une sorte de protectorat sur les rois eux-mêmes. A Novgorod, la hanse accapara pendant trois siècles tout le commerce extérieur, au détriment des Russes eux-mêmes, auxquels elle interdisait l'accès de leur compagnie et tout rapport en dehors d'elle avec les marchands de l'Occident. Riga, Revel, Dorpat étaient, comme Novgorod, dans la dépendance de Lubeck.
De même que les Russes avaient été éliminés du commerce de leur pays, les Anglais se virent dépouillés par la hanse. Les associations marchandes existant antérieurement furent absorbées par elles. La hanse de Londres, dsCns la- * quelle étaient entrées beaucoup de villes flamandes : Bailleul, Bergues, Cambrai, Douai, Lille, Orchies, Valenciennes, se rompit à leur profit, tandis que le comptoir allemand de Londres groupait autour de lui tous ceux que les Allemands avaient fondés dans d'autres villes: Bristol, Lynn, York, Hull, Yarmouth, etc.
Le comptoir de Londres s'appelait la cour d'acier (Stahlhof). Le commerce ne s'y faisait que par les Allemands. Il consistait, à l'exportation, en laines, draps, métaux, cuirs; à l'importation, en bois de construction, cordages, lins, toiles, fil, graines, goudrons, morue, ouvrages en fer, vins, draps, épices. C'était là, au reste, les principaux articles qu'importaient partout les hanséates. Ou peut y joindre les fourrures, quelques produits du sol allemand, comme le blé, les articles de Nuremberg, les produits métallurgiques. L'industrie des constructions navales était la principale de ces
villes maritimes, mais il leur était défendu de construire pour Tétranger.
Le code de la ligue fut le code maritime de Visby, dans lequel les coutumes de Lubeck et d'autres villes maritimes sont inscrites à coté d'emprunts faits aux rôles d^Oléron et aux autres codes maritimes.
Pour le commerce intérieur de l'Allemagne, la ligue fit peu. On peut néanmoins mettre à son actif la sécurité des convois, l'entretien des rivières qui facilitaient les relations de ville à ville et enfin l'ouverture d'un canal entre l'Elbe et la Baltique.
Pour faciliter les transactions on adopta le plus souvent, comme type, les mesures des villes les plus importantes, ainsi celles de Lubeck et de Cologne. La ligue n'eut point de monnaie particulière ; les paiements se faisaient généralement en métaux ou en marchandises. Elle ignora l'usage des banques et des assurances maritimes.
Portée trop exclusivement sur le commerce et trop attachée à ses procédés primitifs, la ligue finit par succomber devant l'opposition des pays qu'elle dominait. Ainsi, l'Angleterre commença, dès les premières années du xvi* siècle, à se soustraire à sa domination. La Suède, vers la môme époque , devint florissante sous les Wasa. Enfin, la découverte de l'Amérique et d'une nouvelle route pour les Indes lui portèrent, quoi qu'elle fît pour s'en accommoder, un coup sensible. La décadence de la hanse commence à la fin du XV* siècle, elle disparaîtra définitivement en 1669.