‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 31 sur 56 · Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen âge · texte numérisé non relu

Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen âge

CONDITIONS GÉNÉRALES DU COSiMERGE AU MOYEN AGE. 193

à certains produits de mercerie qu'ils enlèvent Tair ; chaque marchandise, comme on sait, demande des conditions particulières d'atmosphère. De toute espèce de produits, ils savent ainsi tirer un profit malhonnête ; on trompe sur Taunage, sur la quantité, sur la mesure, sur le poids. On donne à telle denrée une couleur qu'elle n'a point naturellement, ou bien on glisse la plus belle marchandise dessous et dessus, puis on cache ce qui est avarié au milieu, et ces tromperies n'ont pas de fin. Aussi un marchand ne se fie-t-il plus à un autre, car il sait à quoi s'en tenir, il voit, il comprend ce qui se passe \ » Ainsi les moralistes ne varient pas plus leurs plaintes que les marchands, selon eux du moins, leurs procédés. Mais quelle créance accorder à ces récriminations quand on les voit s'étendre à tout ? Car les grands marchands, les accapareurs, les monopolistes, les usuriers, les hausseurs de prix, tout passe sous les fourches de l'anathème. Les foires de Francfort elles-mêmes, qui seules entretiendront encore un peu d'animation commerciale en Allemagne au xvi* siècle, n'échappent pas aux foudres du réformateur, « Additionne les sommes ravies à l'Allemagne en une seule foire de Francfort, sans nécessité aucune, et tu pourras à peine comprendre comment on peut encore trouver un liard d'argent dans notre pays. Francfort est le trou d'or et d'argent par lequel s'écoule hors de chez nous tout ce qui s'épanouit, tout ce qui germe, tout ce qui se monnaye et se frappe. Si le trou était bouché, on n'entendrait pas tant de lamentations, on ne répéterait pas de tous côtés qu'il n'y a que dettes et point d'argent ; les contrées et les villes ne seraient pas accablées de taxes, ni rongées par l'usure. > Il

Page 1