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CHAPITRE XIV

Les Portugais et la découverte d'une nouvelle route vers les Indes.

La fin du xv* siècle est marquée par deux événements qui ont dans Thistoire du commerce une importance capitale : la découverte par les Portugais d'une nouvelle route vers les Indes et celle de TAmérique, au nom de l'Espagne, par Christophe Colomb. Ils coïncident précisément avec cette série de révolutions qui mettent fin au moyen âge et inaugurent les temps modeiiies, et dont chacune influa aussi pour sa part sur la transformation économique de l'Europe. Le caractère des deux époques se retrouve nettement dans les grandes expéditions maritimes. L'esprit religieux du moyen âge s'y afiirme hautement; l'esprit scientifique les soutient et les guide; ce sont des croisades qui, comme celles des siècles précédents, vont tourner surtout au profit du commerce ; elles vont élargir le cercle de l'activité matérielle de l'humanité, comme la Renaissance son horizon intellectuel, changer les conditions de l'existence, bouleverser toute l'organisation sociale et tout l'équilibre politique, commencer, en un mot, une nouvelle période de l'histoire du monde.

Dès la fin du xiii« siècle, un Français, Lancelot Maloisel, reprenant, le long de la côte occidentale de l'Afrique, la route

abandonnée depuis les Carthaginois, s'était avancé jusqu'aux Canaries; au siècle suivant, les Dieppois avaient poussé jusqu'au golfe de Guinée, jalonnant le littoral de leurs comptoirs, reconnaissant le riod'Ouro, le cap Vert, Sierra -Leone, fondant dans la Guinée septentrionale le Petit-Dieppe, le Petit-Paris, la Mine (ElMina)^ et ae tenant pas assez secrètes leurs impressions et leurs découvertes pour que le bruit de leurs succès et de la richesse des pays visités par eux n'excitât pas Témulation et Tenvie. Un Français encore, Jean de Béthencourt, avait conquis au début du xv* siècle les Canaries, mais la guerre de Cent ans et les troubles civils qui l'accompagnèrent, avaient éloigné les Français de ces parages, et ce furent les Portugais qui, sous la direction de l'infant don Henri, reprirent et agrandirent leur œuvre.

La poursuite de la guerre contre les Maures , la guerre sainte, est le premier but des expéditions portugaises. Le clergé les bénit ; les nobles s'y précipitent ; les savants en assurent le succès : l'astrolabe va permettre aux marins de mesurer la hauteur du ciel et d'établir leur position sur le globe; la boussole, bien perfectionnée depuis que sa connaissance a été apportée par les Arabes, de se guider sûrement sur les mers \ mais l'enthousiasme religieux vient en aide à la conviction raisonnée de l'infant pour dompter les terreurs; les monnaies frappées avec l'or que l'on trouve sur les côtes de Guinée sont appelées cruzades.

L'infaut était mort (1463), quand les Portugais franchirent réquateur-(1472). Il avait déjà pu voir commencer sur les bords du Tage cette vente des noirs qui va y prospérer si longtemps. Du reste, les chrétiens s'étaient familiarisés en Orient avec le commerce des esclaves qui étaient devenus un des grands articles d'échange des villes italiennes; la

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vente de rhomme n'avait pas encore complètement cessé dans les comptoirs de Venise.

En 1484, Diego Cam apercevait Testuaire du Congo ; eu 1486, Barthélémy Diaz découvrait le cap des Tourmentes ; ce cap, qu'Emmanuel le Fortuné appelait avec raison le cap de Bonne-Espérance, était en 1498 doublé par Vasco de Gama, et ce grand navigateur, après avoir successivement mouillé sur la côte orientale à Mozambique, à Monbaça et à Mélinde, arrivait Tannée suivante (1499), guidé par des Maures, à Calicut. La nouvelle route vers les Indes était découverte. ~ L'océan Indien, dans lequel était ainsi directement entré pour la première fois un navire venant d'Europe, était déjà le théâtre d'échanges fort actifs. Ils étaient entre les mains des Maures, que les Portugais retrouvaient ainsi au terme de leurs voyages; grands marchands, grands convertisseurs, ennemis désormais non plus seulement religieux, mais commerciaux. La terre où les Portugais abordaient n'était pas plus libre que la mer. Une population dense, industrieuse, habituée au maniement des armes comme aux opérations commerciales, se pressait aux Indes. Ils allaient donc avoir à vaincre de nombreux obstacles pour faire passer le trafic de ces contrées entre leurs mains. Mais la supériorité de leur armement, leur courage héroïque, l'habileté de leurs chefs, triomphèrent de tous les obstacles. En vain Veniso leur suscita l'hostilité du soudaii d'Egypte, menacé comme eux de voir passer à d'autres le commerce de l'Inde; elle ne réussit pas mieux à arrêter les progrès du Portugal qu'Albuquerque à détourner le cours du Nil ; d'Almeida et Albuquerque jetèrent aux Indes le fondement d'un véritable empire portugais, et pendant près d'un siècle Goa, résidence du vice-roi, fut la capitale politique, religieuse et commer-

<;iale d'une domination qui s'étendait des rivages de l'Afrique aux dernières îles de la Malaisie.

Mais en retour et comme dédommagement des difficultés qu'ils avaient eu à vainere, les Portugais trouvaient établis des courants commerciaux qu'ils n'eurent qu'à détourner à leur profit. Les moussons conduisaient depuis longtemps les barques arabes des ijivages de l'Afrique à ceux de l'Hindoustan et les ramenaient à leur point de départ. Les relations des Arabes avec les îles aux Êpices, la Chine et le Japon, n'avaient pas cessé. Mozambique, Ormuz, Calicut, Malacca, Canton étaient d'importantes places de commerce. Les régions voisines, bien cultivées par eux, étaient riches et prospères ; Goa remplaça Calicut \ Macao fut substitué à Canton ; les marchandises, au lieu de prendre la voie de la mer Rouge vers Venise, se dirigèrent par le Cap sur Lisbonne, mais les articles d'échange restèrent les mêmes. Le prestige des Portugais, leurs exploits militaires permirent- même d'étendre les relations; les moyens de transport étant plus multipliés et plus faciles, le commerce prit un grand essor. Aussi bien l'Europe recevait-elle alors d'autre part des moyens et des valeurs d'échange qui lui permettaient de multiplier ses achats.

La route adoptée suivit à l'aller les côtes de l'Afrique, doublant sans s'y arrêter non plus qu'au retour, tant ces parages étalent redoutés, le cap de Bonne-Espérance, s'élevant jusqu'à Mozambique et de là se dirigeant vers Goa. Quelque* fois elle contournait Madagascar pour gagner plus directement sa destination, mais rarement. Car au désir de suivre une route plus sûre et mieux connue s'ajoutait le besoin de trafiquer dans les ports africains. On se lançait souvent au retour en plein Atlantique, relâchant à Sainte-Hélène, et de

là on regagnait la côte avancée du Sénégal, les Açores et Tefnbouchure du Tage. La piraterie régnait dans ces mers lointaines comme dans celles d'Europe; on voyageait par convoi, sous la protection de navires de guerre et à époques fixés, pour profiter des moussons. La durée du voyage aller et retour , avec le temps d'arrêt à Goa pour déposer et reprendre les marchandises, était de dix-buit mois.

Les idées qui présidèrent à l'organisation de ce commerce furent celles qui dominaient partout alors. La liberté commerciale était inconnue, et ceux qui avaient découvert la nouvelle route et fondé ce nouvel empire, voulurent se réserver à eux seuls le bénéfice de leurs sacrifices et de leurs efforts.

Bien qu'admettant tous ses nationaux à y prendre part, le gouvernement portugais se réservait la plus grande partie de ce commerce-, d'abord les monopoles, comme le poivre, et, par intervalles, les autres épices, puis le commerce d'Inde en Inde, c'est- à dire d'un port à l'autre de la mer des Indes. Les baïques indoues n'étaient autorisées à le pratiquer qu'avec une autorisation du vice -roi valable pour un an seulement et révocable si elles transportaient certains objets dont le trafic ne devait être fait que par les Portugais, les armes par exemple. Goa était le principal centre de tout ce mouvement. Des flottilles opéraient régulièrement, à des époques calculées toujours d'après les moussons, des traversées entre elle et les principaux ports. Une station militaire surveillait de son port toute la mer d'Oman; d'autres croisières attachées à d'autres stations, Malacca, Ternate, Mozambique assuraient également la liberté de la navigation.

Trop peu nombreux pour pénétrer dans l'intérieur du pays, les Portugais en avaient laissé le commerce aux Arabes et

aux Indous, mais par des traités conclus avec les princes indigènes, ils s'étaient garantis contre toute concurrence. Les seuls Portugais devaient recevoir d'eux, moyennant un prix déterminé, certains articles et leur en fournir d'autres; tout commerce avec d'autres peuples était interdit sans le consentement de la puissance suzeraine.

Des postes fortifiés établis sur les principaux points servaient en même temps qu'à la défense des entrepôts à la manifestation de la puissance portugaise. C'était surtout sur la force morale que reposait cet empire et en présence des résistances et des soulèvements que les exactions des gouverneurs, la rapacité des commerçants, l'intolérance des missionnaires soulevaient incessamment, il était indispensable que les indigènes eussent sous les yeux des preuves de la force matérielle de leurs tyrans.

Lés navires qui parcouraient la mer des Indes en tous sens contribuaient au môme résultat. Aux caravelles primitives avaient été substituées des caraques, jaugeant jusqu'à deux mille tonnes, tenant mieux la mer, et dont la capacité permettait de transporter plus de marchandises sans augmentation proportionnelle des frais. La construction de ces bâtiments était un des éléments de l'activité industrielle de Lisbonne qui trouvait dans les forêts des bords du Tage le bois nécessaire à ses chantiers.

Chacun des comptoirs portugais avait ses articles d'échanges, sa zone d'approvisionnement, sa clientèle. • Bien que dépourvue d'eau potable, possédant une bonne rade dominant une foule de ports intérieurs, placée en saillie sur un renflement de la côte d'Afrique dans la mer des Indes, l'île corallique de Mozambique exportait des esclaves, des bois d'ébène, de l'or, de l'ivoire et recevait en échange du

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vin, de Thuile, de la eoie, de là toile, des étoffes de coton, de la verroterie. Les Arabes établis dans ces parages faisaient avec l'intérieur de très nombreux échanges qu'ils soldaient avec des coquillages tirés de la côte de Zanguebar et qui, sous le nom de cauris, étaient répandus jusque dans le Soudan. Socotra, poste avancé vers les pays musulmans de la mer Rouge, envoyait de Taloès, des nattes, des dattes, des parfums apportés de l'Arabie où Aden avait échappé à la conquête portugaise. Ormuz, à l'entrée du golfe persique, en face de la région alors prospère et bien cultivée de Mascate, recevait et livrait les drogues médicinales, les épices et les chevaux apportés par les caravanes de la Syrie et des con* trées de l'Eupbrate, les tapis, la soie brute et ouvrée, les chevaux et l'argent qu'elle tirait de la Perse et du Khoraçan et y ajoutait le sel de son territoire et les perles des tles Bahrein, articles en échange desquels les Portugais importaient les étoffes de l'Inde et^es pierres précieuses. Diu, sur le golfe de Cambaye, était le principal débouché des produits de l'intérieur : produits naturels, indigo, fer, cuivre, cire, opium, blé \ produits fabriqués, huiles, étoffes de soie et de coton, incrustations. Le riz venait surtout de Damaun. 6oa résumait le commerce de la côte de Malabar, important surtout en poivre, dont elle recevait annuellement de Cochin plus de 150 navires. Ceylan exportait de la cannelle, des pierres précieuses, des perles, du coton, de la soie, du tabac, de l'ivoire. Négapatam, sur la côte plus négligée de Coromandel, livrait surtout de l'opium et des toiles peintes à destination de Pégou et de Siam. Malacca, tenant alors le rôle que remplit de nos jours Singapour, était un vaste entrepôt où aboutissaient les marchandises de Siam, de la Birmanie, de la Cochinchine, de la Chine, du Japon et des îles de la

Sonde : bois d'aloès, bois de teinture, bois desandal, camphre, or, étain, plomb, enivre, pierres précieuses que les pays voisins venaient en outre y échanger entre eux. Ternate enfin, le principal établissement des Moluques, fournissait les épices, noix muscades et clous de girofle dont le commerce, exclusivement concentré entre les mains des Portugais, leur procurait d'immenses bénéfices.

Les relations étaient plus difficiles avec les pays riverains du Pacifique. Admis en Chine en 1517, chassés pour leur insolence, autorisés de nouveau à commercer et maîtres de Macao, les Portugais tiraient de la Chine de la porcelaine, des ouvrages en ivoire, en écaille, en bois fin et en laque, des étoffes de soie, de For. Ils y portaient de Targent, des pierres précieuses, des draps, du verre, des cristaux, des montres, du vin. Au Japon, où ils abordaient en 1542, ils échangeaient les étoffes de soie venant de Chine, du blanc d'Espagne et autres produits de l'Europe et de l'Inde contre des métaux, argent et cuivre.

Les produits encombrants tenaient en somme dans ce mouvement commercial une place à peine plus grande que lorsque la terre était la grande voie des échanges. L'industrie européenne fournissait peu de produits naturels ou fabriqués à livrer en retour* Les métaux précieux étaient donc la seule marchandise avec laquelle on pût se libérer. L'argent des mines d'Amérique vint à propos s'ajouter à celui des mines d'Allemagne et à l'or de l'Afrique pour solder les différences et cette exportation atténua et retarda la crise que l'afflux des métaux précieux du Nouveau-Monde devait produire sur le marché européen.

Toutes les marchandises tirées par les Portugais de leur empire colonial, même les esclaves noirs, arrivaient à Lis-

bonne où la casa da India (maison de Tlnde) était chargée de surveiller tout ce commerce. De Lisbonne elles étaient réexportées sur tous les ports de T Europe soit par les Portugais, soit par les navires italiens ou hanséates. On vit même le grand marché des denrées de Tlnde transporté de Lisbonne à Anvers et les Portugais laisser passer ainsi sans résistance à d'autres une grande partie du profit qu'il donnait, Lisbonne ne retenant guère chez elle que le moins avouable de ces marchés, celui des esclaves.

11 avait commencé dès 1440, avait été régularisé en 1460 et concédé, moyennant une subvention à la couronne, à des compngnies. Employés sur tous les points de la côte où existaient des établissements portugais et dans les îles, les noirs y rendirent de très grands services, dont, la constatation donna l'idée de les substituer en Amérique aux Indiens exterminés ou exténués par le travail des mines. La traite se développa sur tous les points de la côte d'Afrique avec tous ses hideux excès et elle resta jusqu'au milieu du xvii* siècle un des principaux éléments du commerce et de la richesse du Portugal.

Au surplus, après un moment d'éblouissante prospérité, le Portugal ne tarda pas à déchoir. L'agriculture et l'industrie, qui commençaient au xv" siècle à prendre leur essor, furent délaissées pour la navigation et le négoce. La partie la plus active de la population s'expatriait; les guerres et le climat faisaient outre-mer une énorme consommation d'hommes; bien peu s'établissaient aux colonies, plus rares encore étaient ceux qui y fondaient une famille. Le luxe et la mollesse nés de cette rapide croissance avaient, après la fièvre du premier moment, énervé ce peuple jadis si entreprenant. Il ne se montra pas à la hauteur de sa fortune, et lorsque

Philippe II se fut, en 1580, rendu maître de Lisbonne, les colonies passèrent sans regrets du Portugal à l'Espagne.

Le Portugal n'avait pas été plus heureux du côté de TAmérique. Devenu, par la grâce delà tempête qui jeta Cabrai sur ces côtes, maître du Brésil, ébloui par le couMuerce des épiées et des richesses de Flnde comme TEspagne par les produits des mines, il n'y envoya que deux sortes de colons, des forçats et des juifs. Encore ces derniers, qui avaient introduit la culture de la canne à sucre et donné une certaine activité au commerce, ne furent-ils pas soutenus. Ce furent des protestants français qui y fondèrent la ville qui devait succéder à Bahia comme capitale, Rio de Janeiro (1555). Les Portugais se montraient sous un jour plus favorable sur un autre point du Nouveau-Monde. C'était encore, au moment où le Portugal perdit son indépendance, ses navires qui étaient les plus nombreux parmi ceux qui péchaient la morue sur les bancs de Terre-Neuve.

Ce brillant épisode de son existence à un moment si important dans l'histoire de l'humanité a mis en relief l'habileté maritime et l'héroïsme des Portugais plus que leurs talents administratifs et leur génie commercial. Il leur était difficile, dans l'état rudimentaire de leur industrie, de remplir un autre rôle que celui de courtiers et de rouliers des mers ; mais ils étaient, par la situation de leur capitale, en mesure de tirer de ce rôle des avantages qu'ils laissèrent trop vite échapper. Lisbonne était précisément à moitié chemin entre les deux grands marchés de l'Europe d'alors, Venise et Bruges. Le bel estuaire du Tage offrait alors comme aujourd'hui des conditions bien préférables pour le commerce maritime à celles que présentaient Venise, obligée de défendre sans cesse son port contre les alluvions de la Brenta, et Bruges, condam-

née à une ruine prochaine. Le marché qui allait s'établir à Anvers s'y fût développé avec d'autant plus de succès que Lisbonne se trouvait à proximité de Séville ; que le grand entrepôt du commerce des Indes orientales eût touché à celui du commerce du Nouveau-Monde. Assurément il manquait à Lisbonne le voisinage des centres actifs de la Flandre, la proximité de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne ; mais les Portugais pouvaient garder pour eux l'industrie des transports : au lieu de se décharger sur les navires italiens ou hanséates du soin de porter à Anvers les épices, les y porter eux-mêmes et en rapporter les produits manufacturés que pouvaient consommer les Indes et le Brésil. Sans doute Lisbonne conserva une partie de ces profits ; les industries de luxe qui s'y développèrent alors, le grand nombre d'esclaves noirs que ses habitants attachèrent à leur service, témoignent . d'un grand développement de la richesse publique. Les constructions navales y demeurèrent florissantes; une grande partie des vaisseaux de l'invincible Armada sortit des chantiers de Lisbonne , mais ils regardèrent trop les Indes comme une dépendance exploitable de leur pays; ils y fondèrent trop leur prépondérance exclusivement sur la force ; ils ne surent pas s'y faire des clients dont les relations avec eux auraient pu survivre à la chute de leur puissance.

Leur grand mérite est sinon d'avoir ouvert la voie aux grandes explorations maritimes, puisque les Dieppois les avaient précédés dans les parages africains, du moins de les avoir reprises avec esprit de suite. Auraient-ils, sans les progrès de la puissance turque dans la Méditerranée orientale, réussi à détourner le courant du commerce des Indes ? Les habitudes commerciales sont tenaces.

Si l'Italie, qui voyait au moment même où l'on découvrait

la nouvelle route, s'ouvrir ces longues guerres qui commencèrent sa décadence, fut atteinte de suite dans son commerce, Barcelone ne souffrit qu'à partir de 1529. Sélim et Soliman contribuèrent dans une bonne mesure à achever l'œuvre commencée par Vasco de Gama. Tout avait conspiré à la ruine de l'Italie et à la fortune du Portugal. II ne sut pas ou ne put pas se tenir à la hauteur de cette fortune.

Un des traits les plus surprenants de cette histoire de l'em* pire portugais est l'abandon presque absolu dans lequel ils laissèrent l'Afrique. 11 semble que le prestige exercé par les Indes l'ait projetée dans une ombre complète. Que les Portugais aient dirigé dans l'intérieur du pays des explorations sur lesquelles ils gardèrent le secret, cela était dans les traditions et les habitudes de l'époque ; si ce secret leur a été jadis profitable, il leur a en revanche nui de nos jours, à supposer toutefois que les Anglais eussent pu être arrêtés dans leur occupation de pays à leur convenance par les droits bien établis d'une puissance faible. Il est certain toutefois qu'ils n'ont pas compris toute l'importance de certains points sur lesquels l'attention s'est portée depuis, comme le Cap et l'estuaire du Congo. Les Portugais n'ont rempli qu'une partie de la tâche qui leur était échue : les Hollandais allaient se montrer marins plus avisés et commerçants plus habiles.

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