J.A DÉCOUVERTE DE L^AMÉRIQUE. LES ESPAGNOLS
L'importance de cette révolution ne se fit heureusement sentir que progressivement. Les guerres de Charles-Quint et de Philippe II et leurs persécutions religieuses firent perdre plus d'habitants à l'Espagne que l'émigration en Amérique. Les préjugés du sang, si vivaces chez les Espagnols, la nécessité où se trouvaient les émigrés, par suite de la répugnance des femmes espagnoles à l'émigration, de s'unir à des femmes indigènes ou nées d'indigènes, retardait le peuplement du nouveau monde ; la mode adoptée de n'aller aux colonies que pour s'y enrichir promptement et non pour s'y établir à demeure; les tracasseries et les vexations auxquelles on était en but de la part des gouvernements et du clergé coloniaux; l'interdiction aux étrangers non seulement de s'y fixer, mais même d'y faire le commerce; la fascination exercée par Ips métaux précieux et le dédain qui en résultait pour l'exploitation et la mise en valeur des autres ressoim;es du nouveau monde, enfin les lenteurs et les fatigues de la traversée éloignèrent l'élément européen. Ce ne fut donc que par degrés que l'inQuence du nouveau monde s'exerça sur l'ancien. Les rivalités politiques s'aiguisèrent à son sujet et il fut pour l'Europe une nouvelle cause de conflits. Même les régions voisines du pôle, celles où n'avaient pas paru les Espagnols, où la chasse et la pêche étaient les seules occupations fructueuses excitèrent des guerres. Le xvii* et le xviii* siècle sont remplis de ces luttes coloniales dont l'ardeur même implique un pressentiment de l'importance que ces questions coloniales et le progrès des pays hors d'Europe vont prendre au xix* siècle.
Cependant certains produits originaires d'Amérique, d'autres dont la culture y a été introduite prennent place dans la consommation européenne et fournissent de nouveaux champs
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d^action au commerce ; nous lui devons le maïs, la pomme de terre, le tabac, devenus des richesses pour nos contrées ; le cacao, le quinquina, le coca, des baumes, des plantes médicinales et tinctoriales pour lesquels nous sommes restés ses tributaires. Nous avons introduit chez elle nos céréales, nos essences forestières, le café, le poivre, la canne à sucre, le coton dont elle est devenue productrice et marchande. Elle nous a fourni peu d'animaux domestiques, mais elle a adopté tous les nôtres. Elle a, dans notre siècle surtout, donné asile à des millions d'émigrants; ses États, affranchis de la tutelle de TEurope, se développent chaque jour et les États-Unis comptent pour la population et la richesse parmi les plus grands États du monde.
Mais c'est surtout dans notre siècle qu'il conviendra d'étudier l'influence que l'ancien et le nouveau monde ont exercée réciproquement l'un sur l'autre. Pendant les trois premiers siècles qui ont suivi la découverte, l'Amérique n'est qu'une annexe de l'Europe, un domaine lointain mal exploité, auquel on tient par gloriole autant que pour les bénéfices qu'on en retire, un marché sur lequel chaque puissance se réserve avec un soin jaloux l'emplacement et la clientèle qu'elle possède, quelquefois un asile où l'on va chercher la liberté, le plus souvent une bourse où l'on va demander la fortune. Elle est en tous cas déjà une source de développement pour la marine, d'élargissement pour le commerce, de prospérité pour certaines villes où se concentrent les échanges et pour les États qui savent en user sagement avec elle. La traite des noirs est malheureusement un des objets les plus convoités de ce commerce et des plus lucratifs; la politique commerciale inspirera bien des excès et des crimes, cette expansion de la vie européenne, cette prédominance des questions éco-
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nomiques, cet agrandissement de Thorizon commercial n'en sont pas moins nne révolution des plus fécondes. Le vieux monde du moyen âge s'écroule, \me ère nouvelle commence qui livre à l'activité de Thomme blanc, au lieu du coin de terre sur lequel il s'épuisait dans les luttes étroites et mesquines, le globe tout entier, à la compréhension duquel de grands mouvements intellectuels lui permettent d'étendre ses facultés et de hausser son intelligence.