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CHAPITRE XVI

La Renaissance et la Réforme. — L'Europe centrale et occidentale au seizième siècle.

La Renaissance et la Réforme, en modifiant les tendances et le courant des esprits et créant de nouveaux intérêts, devaient avoir également leur répercussion sur le commerce.

Ces deux révolutions sont, comme les grandes découvertes maritimes, la résultante du travail qui s'était opéré dans la chrétienté depuis deux siècles. Lltalie était toujours restée pleine des souvenirs de Tantiquité classique; sa résurrection, le retour au passé avaient toujours fait partie de son idéal ; la vie politique et la vie privée, la vie intellectuelle comme la vie commerciale y avaient toujours cherché leurs modèles; elle n'avait jamais appartenu sans réserve à l'unité du moyen âge. Malgré les rapports intellectuels que les relations commerciales avaient noués entre les pays du Nord et elle, malgré Tinfluence réciproque que les artistes flamands et allemands et ceux de l'Italie exerçaient les uns sur les autres, bien qu'elle eût reçu du Nord avec empressement la peinture à l'huile et fait à l'imprimerie un accueil enthousiaste, une impulsion native, aidée par une grande prospérité, l'avait définitivement rejetée vers l'antiquité, et la fin du xv* siècle voyait arriver à son plein épanouissement ce mouvement de renaissance.

Ce n'était pas seulement une doctrine et un idéal artistiques et littéraires, c'était toute une conception de la vie qui triom-

phait et, de Tltalie, allait gagner toute l'Europe . L'esprit essentiellement païen et mondain de la Renaissance, ses mœurs aimables et faciles, son dédain pour certaines conventions sociales, son humeur frondeuse, indépendante, son libre jugement sur toutes choses, môme en matière religieuse, contrastent avec la pensée plus froide et plus sérieuse , les habitudes familiales plus réservées, le fond plus chrétien des pays du Nord. Les manifestations extérieures de la richesse et du bien-être, les fêtes, les banquets, les cortèges diffèrent sur certains points essentiels par Tordonnance et le caractère, mais elles s'accordent à favoriser le développement de tous les arts et de toutes les industries qui concourent à la satisfaction de ces goûts de représentation et de parade. Le commerce devait se procurer atout prix ces riches étoffes, ces ornements, ces broderies, ces bijoux, ces hamais, dont le prix de leurs terres et de leurs moulins permettait aux grands seigneurs de se parer et d'orner leur monture. Rien ne pouvait mieux répondre aux aspirations et aux appétits de cités marchandes ; rien ne montrait mieux la révolution qui s'était accomplie dans les habitudes et dans les mœurs, que cette métamorphose des seigneurs ayant échangé le goiit de la vie sauvage et guerrière pour l'existence brillante et légère des cours.

Lorsqu'à la suite des guerres d'Italie, la Renaissance eut pénétré en France, elle y produisit une impression profonde. L'on n'y connaissait plus guère de l'Italie que ses marchands et ses banquiers. Depuis plus d'un siècle et demi, la France était Flandre. C'était du Nord que lui venaient ses écrivains et ses artistes; l'influence de la maison de Bourgogne l'avait fait définitivement pencher vers le Nord et elle avait subi d'autant plus facilement l'ascendant de cette civilisation

flamande que celle-ci avait ea elle la force d'expansion d'un mouvement en plein développement. Le séjour même de la papauté à Avignon, le refus de la France de reconnaître au moment du grand schisme la suprématie du pape de Rome, la lutte engagée par elle aux conciles de Constance et de Bâle contre les prétentions pontificales, tout avait conspiré pour jeter la France dans cette voie.

Le vieux fond latin qui sommeillait s'éveilla brusquement au contact de la renaissance italienne. Une école française était née en Touraine; elle avait déjà produit en architecture (château de Loches) et en peinture quelques œuvres remarquables; l'influence italienne modifia ses tendances; elle eut peine à défendre son originalité. La bourgeoisie applaudit à ces brillantes chevauchées où se dépensait l'activité des seigneurs; lorsqu'à Louis XTI, économe, eut succédé François 1**', fastueux et prodigue; quand la cour se fut formée, promenant dans les châteaux qui s'élevaient à l'envi dans la vallée de la Loire et les vallées voisines son brillant cortège et ses mœurs faciles, un double courant se manifesta. Le désir de réagir contre cette propension aux dépenses exagérées et ruineuses qui gagnait de proche en proche, fut pour beaucoup dans le succès qu'obtint dans la haute bourgeoisie aux mœurs austères et sobres la protestation de l'esprit chrétien et sombre des réformateurs.

Ceux-ci, de leur côté, par le caractère morose et froid de leurs doctrines, tendaient, en réprimant non seulement ces parades et ces débauches extérieures du costume et de l'ornementation, mais ces pompes ecclésiastiques, ces représentations par les statues, les verrières, les tableaux qui tenaient une si grande place dans la vie religieuse de cette époque, la suppression de ces ornements et de cette orfèvrerie sacrée

dont la fabricatioa avait presque seule alimenté, peadant les années qui avaient suivi les invasions geimaniques, Tindustrie européenne, tendaient à tuer, avec Timagination et le grand art, des industries et un commerce depuis longtemps florissants et prospères.

L'esprit germanique se dressait de nouveau contre Tesprit latin, le moyen âge contre l'antiquité, le christianisme en face du paganisme. La papauté, accueillant avec faveur la Renaissance et l'imprimerie, entrait à pleines voiles dans le monde moderne et semblait vouloir en prendre la tête; T Allemagne théologique et mystique s'insurgea. La Renaissance émancipait la pensée humaine, la Réforme l'asservit de nouveau. Derrière la libre interprétation de l'Écriture qu'elle invoque, elle place l'autorité des textes qui la détruit. En tout la Réforme prend le contre- pied de la Renaissance ; mais son caractère vraiment et sincèrement religieux n'est pas la seule cause de son succès. La vieille haine contre Rome y a sa part, comme la révolte contre les désordres du clergé, les abus de la papauté et la richesse de l'Église.

Ce n'était pas la première fois que des hérésies naissaient derrière lesquelles se groupaient les mêmes passions, mais il avait manqué à celles-ci la force qui assura le succès de l'hérésie luthérienne, l'imprimerie. Ce fut elle qui fut dans cette lutte véritablement victorieuse; la papauté y fit appel à son tour dans sa brillante mais tardive campagne de contreréformation catholique; la Renaissance, dont elle avait favorisé les premiers pas, vit son libre esprit succomber, étouffé par les deux champions de l'autorité sous les drapeaux desquels l'Europe, désormais divisée en deux camps ennemis, s'enrôla tout entière.

La Réforme n'eut pas partout le caractère un peu farouche

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qu'elle prit sous Calvin à Genève. En Allemagne, Nuremberg, la ville des joyaux artistiques, fut une des premières à Tadopter; la Saxe, le pays des mines, des toiles et des draps, était son berceau et son asile. Elle y était, comme en Angleterre, aristocratique et lançant dans la circulation et dans le monde les terres et les richesses de TÉglise; elle y eût eu des résultats économiques importants, si les guerres religieuses et les rivalités de toutes sortes qui, jusqu'à la fin de la guerre de Trente ans, désolèrent FAllemagne, ne les eût pas empêchés de se produire.

Le groupement en deux corps, catholiques et réformés, des innombrables parcelles souveraines de l'Allemagne créait un nouvel ordre de choses moins favorable à la liberté des villes. Il répondait dans ses grands traits aux divisions naturelles et géographiques du pays, le Midi étant resté en majorité catholique, tandis que le Nord, à Texception de la «rue des Prêtres», avait adopté la Réforme. L'accroissement du pouvoir des seigneurs et des princes par les conditions mises à l'élection de l'empereur et les sécularisations, les révoltes des paysans, les guerres religieuses et la guerre sociale, avaient ruiné les campagnes et affaibli les villes. Celles du Nord étaient en même temps gravement atteintes par la décadence de la hanse, celles du Midi par le déplacement de la route vers les Indes. L'afflux des métaux précieux d'Amérique rendait moins lucrative l'exploitation des mines allemandes; la crise monétaire qu'il déterminait avait sa répercussion sur l'industrie et le petit commerce ; la misère dépeuplait les campagnes ; l'application des articles de la paix d'Augsbourg provoquait de nombreuses émigrations. Beaucoup d'Allemands alors, cédant à une inclination de la race, louèrent leurs services à l'étranger. Comme au temps des

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grandes compagnies, le métier de soldat était devenu lucratif. On Tembrassa comme la meilleure des professions. Francfort devint un grand marchés d'hommes. Au commerce de la librairie et de l'argent s'ajouta celui des soldats. Ses foires, rendez-vous de tous les curieux, de tous les désœuvrés, de tous les aventuriers, virent se former sous des « capitaines » des bandes de lansquenets et de reîtres préls à louer au plus ofTrant leurs sei*vices. Peu importait à ces « fils du diable » la bannière sous laquelle ils combattraient ; tous n'avaient plus qu'une seule religion, celle du pillage, et ces bandes allemandes épouvantèrent tristement toutes les contrées sur lesquelles elles s'abattirent de leurs lugubres exploits.

Partagée entre les deux influences de la Renaissance et de la Réforme, mais entraînée du côté de. la première par l'impression rapportée d'Italie, n'ayant pas, grâce à ses traditions libérales, à protester contre les abus d'autorité de la cour de Rome, la France, qui avait donné le signal de la restauration de l'autorité monarchique, resta dans l'obédience du Saint-Siège. Elle dut à l'esprit juriste d'outre-mont ces grandes ordonnances qui ont dans tous les ordres réalisé ou préparé des mesures et des créations d'une importance capitale et sont une des gloires de cette époque.

C'était déjà beaucoup pour le commerce d'avoir vu tomber avec les souverainetés féodales une partie des obstacles et des taxes que celles-ci imposaient à la circulation. Trop souvent, il est vrai, l'annexion d'une de ces seigneuries au domaine royal n'avait d'autre résultat immédiat que la superposition aux charges antérieures de celles qu'exigeait l'administration d'un grand État, mais en dépit de la fiscalité et des caprices de l'administration centrale, le besoin

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d'ordre et de régularité se manifestait de plus en plus. Le gouvernement royal prenait conscience de ses devoirs. L'agriculture, rindustrie et le commerce entraient de plus en plus dans ses préoccupations. La fondation par Louis XI des manufactures de soieries de Tours; celle de la fabrique de tapis de Fontainebleau, par François P' ; la création de foires ; des ordonnances de Louis XI, de Louis XII et de leurs successeurs, pour Tentretien des fleuves et des routes de terre et l'abolition des péages irréguliers ; un édit de François I*' mettant les chevaux de poste à la disposition des particuliers; un autre, rendant uniforme, pour tout le royaume, Tusage des poids et mepures employés à Paris, rentrent dans cet ordre d'idées. Les édits de Villers-Coterets et de Crémieu, Tordonnance d'Orléans, sont remplis de prescriptions avantageuses au commerce, mais la mesure la plus importante fut l'institution des tribunaux consulaires. Les premiers furent établis en 1544 à Lyon et à Toulouse, en 1562 à Reims, en 1563 à Paris. En 1565, les principales villes commerçantes duroyaume en étaient dotées à leur tour. L'examen des affaires commerciales était confié à cinq marchands, élus pour une année, dont le premier portait le titre de juge, les autres de consuls, avec appel devant les parlements. La sécurité des transactions, le respect des contrats étaient ainsi placés sous la sauvegarde des négociants eux-mêmes. Les décisions de la juridiction consulaire de Rouen (le Guidon de la mer, 1584) firent jurisprudence en matière d'assurances maritimes. Des édits de 1540 et 1549 opéraient même une réforme plus importante encore. Ils reportaient les droits de douane à la frontière du royaume, uniformisaient et fixaient les droits jusque-là laissés à l'arbitraire des agents des fermiers, et simplifiaient les formalités pour l'acquit de ces droits. La

royauté avait été ici plus vite que Topinion. Il fallut eu 1556 rapporter ces ordonnances sur les réclamations des provinces ; cette réforme ne devait être opérée que par la Révolution. Les foires de Lyoti sont encouragées ; le règlement des affaires qui s'y concluent est favorisé par la création d'une chambre de compensation, la plus ancienne des clearing-houses, où débiteurs et créanciers réglaient leurs comptes, abattaient le change dans une assemblée générale qui marquait la clôture de chacune des quatre foires annuelles; le passage par cette ville devenue « la boutique du commerce universel » de certains articles soumis à la traite, est rendu obligatoire. Une grande ordonnance de 1581, œuvre du chancelier de Birague, modifie le régime des corporations et facilite Tacoès à la maîtrise. Les préoccupations économiques apparaissent ainsi sous mille formes et avec un plan préconçu, mais outre Télat troublé du royaume et les guerres religieuses qui pendant 36 ans l'agitèrent, une autre cause de perturbation vint agiter le commerce : la crise monétaire produite par l'importation des métaux d'Amérique.

En présence de l'augmentation générale des prix, un édit de janvier 1572 réglementa l'exportation des matières premières, prohiba l'importation de certains produits fabriqués, et établit dans les villes des commissions pour taxer les objets de première nécessité et les salaires. En 1577, les transports sont taxés à leur tour. Des lois somptuaires sont publiées à diverses reprises. Un nouveau tarif de douanes double les droits établis par celui de 1540. L'ignorance des vraies causes du mal, l'invasion de plus en plus grande de l'or espagnol en France, les troubles du royaume et les exigences croissantes du Trésor, rendaient toutes ces mesures inutiles.

Du règne de François I" date un des traités les plus im-

portants pour notre commerce extérieur : les capitulations de 1536, signées avec le sultan des Turcs, Soliman II. Non seulement, en effet, les Français obtenaient le droit de s'établir, de commercer et de pratiquer en toute liberté leur culte dans toute l'étendue de l'empire ottoman, mais ils n'étaient justiciables pour toutes les causes civiles et commerciales que de leurs consuls et de la loi française. La protection de la France sur tous les catholiques orientaux était reconnue, et le pavillon français, seul admis avec ceux de Venise et de la Hongrie dans les mers de l'Orient, pouvait couvrir et protéger tous les navires et commerçants européens qui invoqueraient la protection et accepteraient la juridiction de nos consuls. L'accès des^fidèles aux lieux saints et les intérêts de notre commerce en Orient se trouvaient par cette alliance, si fort reprochée alors à François I", mieux garantis que par les bruyantes et infructueuses expéditions de Charles - Quint contre Tunis et Alger, et la brillante mais inutile victoire de Lépante.

Les efforts faits pour nous donner des colonies en Amérique avaient été moins heureux. Il n'en resta de trace ni en Floride, ni aux Antilles, ni au Brésil. Seul le Canada nous demeura, mais sans nous être d'aucun profit. La fondation du Havre en 1516, sur l'emplacement du petit port de Leure, en vue de ces expéditions lointaines, nous dota du moins d'un port destiné à un brillant avenir.

En Angleterre, le règlement de la question religieuse dans les premières années d'Elisabeth permit de mieux profiter des travaux des règnes précédents et d'y ajouter encore. Les flots l'aidèrent à recueillir les fruits de l'épuisement de l'Espagne et des luttes soutenues par Philippe II en France et

dans les Pays-Bas. La décadence de la ligue hanséatique affaiblie par ses luttes contre le Danemark, la séparation des villes hollandaises, les progrès de la Russie (prise de Novgorod par Iwan III, 1481) et Témancipation de la Suède, peiinirent aux Anglais de s'affranchir successivement de la mainmise opérée par cette association sur leur commerce extérieur. Des Pays-Bas, où le traité du grand intercourse (1498) leur assurait la liberté du trafic, et de la France avec laquelle ils commerçaient toujours par Calais, ils auraient étendu leurs relations directes à la Norvège, à la Suède que leur ouvrit Gustave Vasa (traité de commerce de 1551), à la Russie et à TOrient.

Les marins anglais, suivant le plan dressé par les Cabot, cherchaient par le Nord- Ouest et par le Nord-Est des routes vers le pays des Épices. Cbancellor obtint du czar Iwan IV pour les Anglais la permission de commercer librement dans ses États où l'avait amené une de ses courses. Le grand marché de Moscou où arrivaient par la Volga et les plaines de l'Est les fouiTures de l'Asie septentrionale, renard bleu, zibeline; hermine ou castor, les poissons secs de la Volga ou de la Caspienne, le chanvre, le suif et les produits de l'Asie centrale, déversa ces articles sur l'Europe occidentale par le port, créé vers ce moment, d'Arkhangel. Jenkinson essaya d'ouvrir par le Turkestan (Boukhara) et la Perse des relations directes avec les Indes. Il échoua, mais malgré la concurrence des Italiens et des Hollandais, l'Angleterre entretint dès lors avec l'empire moscovite de fructueux échanges. La corporation des marchands de Londres devint une puissance dans l'État. Les statuts des merchants adventurers, approuvés par Edouard VI et Marie Tudor, servirent de modèle à ces grandes compagnies qui, au siècle suivant, de-

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valent prendre un si grand développement, investies d'une sorte de délégation de la souveraineté avec pouvoir de traiter, conquérir et défendre, jnême par la force, leur monopole contre les rivaux étrangers dans les pays occupés par eux ou placés sous le protectorat de leur pays.

Mais cette prospérité d'Arkhangel ne fut qu'éphémère. La route était plus sûre et moins longtepips interrompue vers et par les marchés de TAllemagne. Les troubles de la Russie, à Textinction des Rurik, achevèrent de ruiner la voie de la mer Blanche, et les soies de la Chine et de la Perse, le thé de la Chine et les épices de Tlnde reprirent le chemin de Cracovie, Breslau, Leipzig, qui devint alors le grand marché de fourrures, Frâncfort-sur-le-Mein, la place la plus importante de l'Allemagne, Cologne, Brème* et Hambourg. La compagnie anglaise se déplaça comme le commerce luimôme. La ruine d'Anvers laissait une place importante à prendre sur le continent, et bien qu'Amsterdam eût recueilli la meilleure part de sa succession, Emden et les places hanséatiques des embouchures de l'Elbe et du Weser attirèrent chez ielles une partie de son immense mouvement. Les draps anglais affluèrent par ces comptoirs anglais en Allemagne, non plus comme autrefois pour aller recevoir dans ce pays la teinture et les apprêts, mais sortis des fàbriçtues anglaises prêts à entrer dans la circulation*

Elisabeth avait, comme autrefois Edouard III, offert une hospitalité intéressée à tous ces industriels, artisans et marchands, que les persécutions religieuses, les règlements religieux de la paix d'Augsbourg, les guerres intestines chassaient en masse des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la France. La création de la Bourse de Londres, en 1576, était un indice de l'importance prise par eon marché 5 celle de la Com-

pagaie des Indes (1600) allait marquer un pas plus hardi encore dans la voie commerciale et maritime où Elisabeth avait définitivement lancé les Anglais. Drake avait renouvelé le voyage autour du monde, accompli seulement avant lui par l'équipage des vaisseaux de Magellan. La destruction de l'invincible Armada avait marqué la fin de la prépondérance maritime de l'Espagne; le Portugal avait été ruiné par ea réunion à l'Espagne ; Lisbonne et Cadix avaient été pillées par les escadres anglaises. C'était les puissances du Nord- Ouest, Angleterre, Hollande et France, qui allaient se partager ou se disputer pendant le xvii* siècle la souveraineté des mers.

Les Pays-Bas étaient trop avantageusement placés sur la mer du Nord pour que le commerce n'y maintînt pas, malgré tout, son activité. Il se déplaçait, mais à petites distances. De Bruges, il avait émigré à Anvers; d'Anvers il allait se transporter à Amsterdam. A Bruges, une circonstance tout physique, l'ensablement et la fermeture de son port, avait aidé et rendu irrémédiable sa ruine; ce fut une cause toute humaine qui mit fin à l'éblouissante prospérité d'Anvers* 200,000 habitants s'étaient pressés dans ses murs au xvi' siècle ; « ses mille maisons de commerce faisaient plus d'affaires en un mois que Venise en deux ans au temps de sa plus grande prospérité». 50 vaisseaux visitaient son port par semaine; «on en comptait quelquefois plus de 2,000 à la fois, et les jours de marché il en entrait souvent jusqu'à 800 ou 900 pour la plupart chargés de produits de pêche ». 2,000 voitures et 10,000 charrettes et chariots de paysans y apportaient par terre les marchandises des pays voisins; ses deux foires annuelles, de 20 jours de durée, ouvertes à tout commerçant et à tout produit, y attiraient les marchands du

inonde entier. Toutes les maisons de banque y avaient des , succursales; les Fugger, les Velser et les Hochstetter y représentaient Augsbourg; les Peutinger, Ratisbonne; les Gualterotti et les Bonvisi, Milan; les Spinola, Gênes; les Peruzzi, Florence ; sa Bourse était le plus grand centre des opérations financières en papier (lettres de change) ou en espèces; les Portugais eux-mêmes y transportaient les épices qu'ils apportaient des Indes; les produits de son industrie, tapis, étoffes, orfèvrerie, argenterie, s'écoulaient jusqu'en Orient. Les douanes et droits de marché rapportaient 1 million 726,000 florins, et le mouvement des marchandises s'y élevait à 500 millions de couronnes.

Dans cet énorme mouvement d'affaires, les Pays-Bas n'entraient eux-mêmes que pour une part assez restreinte. Anvers était comme un grand entrepôt, une halle où se donnaient rendez-vous les produits et les marchands du monde entier. Bien que certaines maisons étrangères y fissent faire leurs opérations par des indigènes, c'était surtout par leurs agents directs, c'est-à-dire par des étrangers au pays, que se faisaient les achats, que se concluaient les marchés. Les Flamands et les Brabançons étaient plutôt industriels que marchands, mais ils savaient quelle source de bénéfices était pour eux ce commerce et ils ne négligeaient rien pour attirer les étrangers.

Avec ceux-ci avaient naturellement pénétré l'influence et les idées du dehors. La Réforme que les étudiants allemands avaient introduite dans les universités françaises (Orléans, Bourges, etc.) où ils venaient étudier en si grand nombre, l'avait été dans les Pays-Bas par les marchaads. Charles- Quint, né en Flandre, toujours attaché de cœur malgré ses nombreuses couronnes à son pays d'origine, avait su conci-

lier sa haiue des idées nouvelles avec le souci des intérêts de ses concitoyens et les siens propres et fait oublier ses persécutions religieuses par la protection donnée à leur commerce. Les Pays-Bas sentaient eux-mêmes combien cette réunion de tant de pays entre les mains de leur souverain était favorable à leur prospérité, combien il leur était avantageux d'avoir les sympathies et le concours de TEspagne au lieu de son hostilité. Mais la dure et inflexible politique de Philippe II frappant à la fois leurs intérêts et leurs consciences, ils s'insurgèrent contre ce joug intolérable et les deux sièges d'Anvers (1567, 1584), la digue élevée par Faruèse dans le lit de TEscaut, le pillage de la ville et la ruine de sa campagne, rémigration d'une grande partie de ses habitants, l'interdiction enûn par Philippe II de tout commerce entre la péninsule ibérique et les provinces révoltées mirent un terme à cette splendeur. Des Pays-Bas espagnols, le commerce, l'industrie, les capitaux se transportèrent dans les Pays-Bas affranchis. Amsterdam prit la place d'Anvers et cet avènement d'un nouveau peuple et d'une nouvelle métropole marque une nouvelle ère de l'histoire du commerce.

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