‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 39 sur 56 · E. Reclus, Océan et terres océaniques · texte numérisé non relu

E. Reclus, Océan et terres océaniques

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les îles môme, toute infraction au monopole fut punie de mort. Seuls dispensateurs de ces denrées, ne les offrant à la consommation qu'en quantité limitée, ils abusèrent de ce monopole pour les vendre à un prix très élevé fixé par la Compagnie, et les dividendes qui dès lors pendant de longues années ne descendirent jamais au-deôsous de 15 p. 100, atteignirent le plus souvent 20 p. 100 et jusqu'à 40 et 50 p. 100.

S'abstenant de toute occupation territoriale sur le continent hindoustanais, les Hollandais furent cependant amenés à élever dans quelques positions importantes, des forts. Java et les Moluques restèrent leurs principaux centres d'action, mais ils s'avancèrent jusqu'en Chine, furent quelque temps maîtres de Formose, s'établirent au Japon, s'assurèrent par la prise de Malacca d'une importante station, fondèrent quelques comptoirs sur les côtes de Coromandel, ne négligèrent pas Ceylan dont la cannelle devint un de leurs principaux articles d'échanges, et enfin, en 1651, se donnèrent au Cap, à l'extrémité de l'Afrique, un précieux point de relâche.

Comme les Espagnols, les Hollandais, pour défendre leur monopole commercial, punissaient de mort quiconque faisait connaître les itinéraires de leurs navigateurs. Après s'être procuré les cartes de leurs îles et en avoir fait de nouvelles, ils se gardaient bien de les publier; on en donnait des copies à chaque capitaine de vaisseau, avec injonction de les remettre dans les archives de l'amirauté, et la peine du fouet, la marque, le bannissement étaient réseiTés aux traîtres qui les montraient à des étrangers. Même dans les parages dangereux, et dont les périls étaient grossis à plaisir par la légende, on refusait des pilotes aux navires en détresse.

Les 60 représentants des actionnaires, parmi lesquels les États généraux, choisissaient les 17 directeurs, réglaient sour

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verainement tout ce qui concernait les opérations commerciales ; le chef de la flotte les représentait dans la mer des Indes ; mais celui-ci changeant incessamment, toute une administration fut créée à Batavia qui, sans renouveler les abus des gouverneurs portugais, se rendit souvent coupable d'excès de pouvoir. Les Européens qui allaient aux colonies ne le faisaient qu'avec esprit de retour; la métropole était donc pleine de gens qui avaient visité les comptoirs lointains, connaissaient les ressources des pays occupés ; tous, animés du même esprit mercantile entretenaient donc une continuité de vues, de persévérance dans la conduite, qui assurèrent la prospérité de la Compagnie.

Gréée sur le modèle de la Compagnie des Indes orientales, celle des Indes occidentales eut une destinée moins longue, mais un instant plus brillante. Il eût été difficile de disputer aux Espagnols les parties du continent américain sur lesquelles ils s'étaient établis. Ce fut dans les contrées négligées par eux et au Brésil, possession portugaise j que s'attaquèrent les Néerlandais. Leur échec de ce côté, en leur permettant de se tourner tout entier vers l'Insulinde, fut un bonheur pour eux. Dès 1667, le traité de Bréda leur enlevait New-Amsterdam, qui avait remplacé la Nouvelle-Avesnes et allait devenir New- York, avec les territoires environnants ; le Brésil leur échappa pour retourner au Portugal au traité de La Haye de 1661 ; la Guyane, bien qu'aucun des autres peuples qui s'y sont établis n'en ait tiré un aussi bon parti que les Hollandais, n'eut jamais une bien grande importance et Curaçao ne prospéra que par la contrebande. Grâce aux prises faites sur les Espagnols, la compagnie distribua cependant quelque temps des dividendes plus élevés que la compagnie des Indes orientales. De 1623 à 1636, avec

800 navires, elle en enleva 545 à Vennemi, fit pour 90 millions de prises et put répartir 25, 50 et même 100 p. 100. Cette saisie de métaux précieux sur les galions facilita les achats en Orient sans déplacement du capital antérieurement amassé et exerça par là une heureuse influence sur Téconomie générale de cette phase du développement hollandais. La grandeur et le nombre des entreprises pouvaient paraître en effet excéder les forces et les ressources de la République. Mais leur entente des affaires, Tesprit pratique qui empêcha les Hollandais de déserter les anciennes voies de leur fortune, pour se lancer exclusivement dans les entreprises lointaines, rhabileté avec laquelle ils profitèrent de tous les exemples du passé et tirèrent de leur propre fond des expédients nouveaux, les préservèrent du sort des Espagnols et des Portugais. La banque d'Amsterdam, créée en 1609, fut une de leurs plus heureuses et plus fécondes institutions.

Les principes commerciaux d'Amsterdam n'étaient plus ceux d'Anvers. Plus de comptoirs étrangers, de factoreries, de grandes maisons italiennes ou allemandes soutenues par des banquiers de leurs pays. Ce sont les Hollandais qui font le commerce en Hollande. Des droits, des prohibitions, protègent le commerce national. Celui-ci, toutefois, ne peut prospérer que si le marché se prête facilement aux règlements avec les acheteurs. Banque de dépôt et de compensation, la banque d'Amsterdam accepte toutes les monnaies, les évalue à leur valeur réelle, déduction faite des frais de monnayage et de la perte par l'usure, ouvre des crédits pour les sommes qu'elle reçoit, et, par des virements, règle ou compense en argent de banque toutes les lettres de change.

L'asile ouvert largement par la Hollande à tons les proscrits politiques ou religieux y fit afttuer les capitaux; le taux

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de rintérôt s'abaissa : de 5 p. 100 au temps de Maurice de Nassau, il descendit à 4 p. 100 sous Jean de Witt, à 3 p. 100 en 1700, alors qu'en France et en Angleterre le taux courant était de 8 p. 100.

Cet aflO-ux des capitaux était favorisé encore par la vente des produits de la pêche et de l'industrie. Plus de 450,000 personnes vivaient au xvn® siècle dans les Provinces-Unies de la pêche et de la manutention et de la vente de ses produits. La pêche de la baleine, dans les parages du Spitzberg, concédée d'abord à une compagnie, puis rendue libre en 1642, occupait, en 1680, 200 navires et 14,000 matelots, et une véritable foire animait, pendant la saison, l'établissement fondé dans cette île à 11 degrés du pôle, pour la fonte de la graisse, la préparation des fanons et dés peaux et la récolte de l'huile. De 1669 à 1778, 14,167 navires hollandais tuèrent dans les mers du Spitzberg 57,590 baleines qui leur valurent un profit de 92,775,000 fr. Des manufactures s'étaient, eh outre, fondées sur tout le territoire de la République. Les provinces du Nord, Groningue, Frise, Over-Yssel, fabriquaient des draps, des toiles, des tapisseries; Leyde, devenue la ville la plus industrielle en même temps que la plus savante de la Hollande, avait aussi des fabriques florissantes de lainages ; Harlem, ses blanchisseries; Delft et Gouda, des faïenceries; Utrecht, des fabriques de velours; Amsterdam, des marbreries, des moulins à huile, des scieries, des savonneries, des tanneries, etc., et bientôt ses raffineries de sucre et sa taille des diamants. Les produits agricoles de la Hollande, beurre et fromages, les brasseries, les distilleries de genièvre, les ateliers de construction de Saardam, les filets, les cordages fournissaient aussi au commerce extérieur. Amsterdam était devenu le plus grand marché de l'Europe*

La Bourse d'Amsterdam troublait quelquefois par des spéculations le jeu régulier des opérations commerciales. Les tulipes donnèrent même pendant quelque temps le prétexte du jeu le plus désordonné. On vit vendre des oignons 25,000 fr. ; la recherche de la tulipe noire tint en suspens toute une population. Les États généraux durent intervenir pour interdire certains marchés et réprimer la propagation de fausses nouvelles.

La communauté juive, qui s'augmentait incessamment des réfugiés de toute l'Europe méridionale, prenait une grande importance; elle fournissait un nombre si considérable de courtiers, qu'on dut lui fixer une limite. Ses relations avec tous les juifs d'Orient ouvraient encore de ce côlé un champ d'activité au commerce de la Hollande et Smyrne devint un de ses principaux comptoirs. L'Espagne, la France, l'Angleterre, les pays du Nord et de la Baltique ne commerçaient guère que par navires hollandais ; les Provinces -Unies avaient à elles seules 16,000 bâtiments de commerce, plus que tous les autres États européens réunis. Le bas prix du fret était une des grandes causes de la prospérité de cette industrie. Sur un navire de cent tonneaux oii les Anglais mettaient trente hommes d'équipage, huit marins hollandais suffisaient pour faire la manœuvre. Les bateaux hollandais, moins coûteux, obtenaient donc la préférence et ce commerce de transport, évalué à un milliard par an, était un des éléments essentiels de leur richesse. ,

Tandis que la fermeture de l'Escaut par le traité de Westphalie (1648) portait le dernier coup à Anvers, les fleuves qui viennent finir en Hollande restaient de grandes voies ouvertes à son trafic, et ses navires tenaient, alors comme aujourd'hui, la place de beaucoup la plus considérable dans la navigation du bas Rhin.

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Dans ce moment unique de son histoire, la Hollande avait sur FEurope tous les genres de supériorité. En même temps qu'elle fondait le crédit commercial^ Grotius créait le droit des gens ; elle avait des hommes d'État éminents, des savants remarquables, d'incomparables artistes. Celte prospérité n'avait pu qu'exciter la jalousie des puissances voisines; l'Angleterre lui porta les premiers coups.

LiBB deux révolutions qui ont fixé les institutions politiques et la situation religieuse de l'Angleterre, ne sont pas, en effet, malgré la place immense qu'elles occupent, le seul intérêt qu'offre son histoire au xvii* siècle. Il a préparé, en outre, par une série d'évolutions, le mouvement économique et social du siècle suivant.

Les côtés brillants du règne d'Elisabeth recouvrent une crise agraire d'une intensité profonde et qui avait provoqué de grandes souffrances; La vente ou la transformation des biens ecclésiastiques avaient modifié les conditions de la propriété. Les nouveaux possesseurs des terres substituèrent, suivant une tendâhce déjà ancienne, à la culture, l'élevage du bétail et principalement du mouton en vue de la producd action de la laine; des enclosit^es agglomérèrent, comme plus tard au xviii* siècle, de petites fermes en grandes exploitations. Un grand nombre d'ouvriers agricoles restèrent ainsi sans emploi. « Où trente personnes auparavant trouvaient leur nourriture, on ne vit plus qu'un berger avec son troupeau» » D'un autre côté, l'élévation du prix des denrées par suite de l'arrivage des métaux précieux d'Amérique ne coïncidant pas avec un accroissement des profits et de la rente pas plus qu'avec une hausse des salaires, les propriétaires vivant de revenus fixes, furent, comme les ouvriers, réduits à la gêne. Le statut du laboureur de 1563 essaya de remédier

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à une partie de ces difficultés. Chaque chaumière ne devait donner asile qu'à une seule famille et posséder au moins quatre acres de terre avec certains droits sur les terres communales, et les juges de paix étaient chargés de la fixation trimestrielle des salaires. Mais le développement de Tindustrie était trop lent pour fournir du travail à tous les bras inoccupés. L'arrivée des émigrés religieux des Pays-Bas et de la France créait une concurrence redoutable aux anciens travailleurs de la terre inexpérimentés. Ce n'était pas de grandes usines qui se créaient comme deux siècles plus tard, mais de petits ateliers, réunissant autour du patron dix ouvriers au plus et rappelant par leur organisation l'industrie familiale des campagnes. Enfin la suppression des monastères avait laissé en souffrance deux services dont ils s'étaient chargés jusqu'alors, celui de la viabilité, attribué plus tard aux paroisses qui s'en acquittèrent assez mal, et celui de l'assistance. De 1501 à 1601, les règlements se succédèrent pour organiser cette dernière. L'établissement en 1601 de la taxe des pauvres témoigne assez de l'intensité des souffrances auxquelles elle devait porter remède.

Ainsi toutes les classes de la société étaient atteintes et le contre-coup s'en fit ressentir sur le mouvement commercial avec l'étranger qui, malgré l'ouverture de débouchés nouveaux, n'atteignit pas le cinquième de ce qu'il avait été au siècle précédent.

Tout était donc prêt pour une émigration sérieuse si un entraînement puissant, un mobile impérieux donnait l'énergie nécessaire pour affronter le rude climat des régions d'au delà de l'Atlantique, sur lesquelles Walter Raleigh avait planté le drapeau britannique. La religion et la politique le fournirent à la fois : ces ouvriers agricoles, ces cultivateurs

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faméliques, soutenus par ces deux forces si actives, allèrent donc peupler en masse ces régions presque solitaires, et la Nouvelle-Angleterre grandit, unie d'abord à la mère patrie par des liens tout moraux, puis rattachée à elle par une dépendance économique qu'elle accepta, pourvu que ses franchises religieuses et ses libertés politiques demeurassent intactes.

C'était là comme un prolongement de l'Angleterre. Ces colonies ne ressemblaient à aucune de celles qui avaient été fondées jusque-là. Tout différait, la teire sur laquelle s'établissaient les émigrants, comme le caractère des émigrants eux-mêmes. La chasse, la pêche, le défrichement, telles étaient les seules perspectives des colons. Les découvertes de Davis et de Forbisher à la recherche du passage du Nord- Ouest ne laissaient aucune illusion sur les relations possibles avec rinde. Ils acceptèrent délibérément cette situation, et les convois se succédèrent amenant, sur ce sol au climat âpre et rude, d'énergiques pionniers.

Grotius avait dans son mare liberum réclamé la liberté des mers ; Selden , par son mare clausum, établissait la souveraineté de l'Angleterre sur les mers voisines. L'ambition maritime des Anglais allait les mettre aux prises avec la Hollande. Cromv^rell et Vane eurent l'idée de réunir les deux pays en une seule République ; les Hollandais, guidés par Jean de Witt, repoussèrent cette proposition dangereuse pour leur autonomie et l'Angleterre répondit à ce refus par l'Acte de navigation (octobre 1651). Aucun navire ne poun*ait désormais importer en Angleterre que les produits de son pays d'origine. Les Anglais allaient être forcés de se faire marins pour aller chercher eux-mêmes aux lieux de production les marchandises dont ils avaient besoin ; les rouliers des mers étaient frappés dans une de leurs plus lucratives industries.

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Ea vain les Hollandais protestèrent dans un duel terrible. Tromp ne balaya que pour un instant la mer. 11 leur fallut parle traité de Westminster (1654) reconnaître TActe de navigation ', Charles II l'aggrava encore (1660) ; une nouvelle guerre n'aboutit qu'au traité de Bréda (1667) et à une seconde acceptation par la Hollande de cette Grande Charte de la marine anglaise.

L'acquisition dés trois colonies de New^-York, New-Jersey et Delaware était doublement précieuse, parce qu'elle donnait aux territoires anglais une ligne continue de littoral et parce qu'elle écartait une chance de conflit entre les deux pays. La France, avec ses possessions du Canada, de la baie d'Hudson, de Terre-Neuve et de la Louisiane, se trouvait désormais seule en compétition dans ces parages avec les colons de l'Angleterre ; le besoin que ceiix-ci auront contre nous de la protection de la métropole la leur fera accepter, bien qu'elle doive leur paraître plus pesante cà mesure que les colonies deviendront plus puissantes; elles s'en affranchiront dès qu'elle ne leur sera plus nécessaire.

La fondation de ces colonies n'eut pas une suite iinmédiate pour le commerce. Elles n'offrirent aux industries de la mère patrie qu'un débouché très restreint pendant tout ce siècle et n'ajoutèrent à la liste des objets d'échanges que des pelleteries et le tabac. Signalé dès 1560 par l'ambassadeur de France à Lisbonne, Nicot, il commença à arriver en quantités appréciables après la colonisation de Virginie, dès le règne de Jacques I^. Introduite un instant en Angleterre, sa culture ne tarda pas à être prohibée et il devint de suite un article de monopole.

Les colonies des Antilles eurent bien plus rapidement une grande importance commerciale. Fondées, comme celles du

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Nord, par des émîgrants qui allaient y chercher une terre plus hospilalière et plus libre, elles ue tardèrent pas à voir arriver un flot d'aventuriers de toutes nations. Unis d'abord pour la course et la contrebande, ces boucaniers ou flibustiers se divisèrent bientôt suivant leur nationalité. La Barbade, Saint-Christophe, Nevis, Antigoa, Montserrat, furent les principales îles anglaises. La culture de la canne à sucre, introduite depuis 1508 à Saint-Domingue par les Espagnols, s'y répandit. En dépit des concessions accordées par les Stuarts à quelques gentilshommes, le commerce y resta libre; elles prospérèrent et, en 1650, la' Barbade seule contenait 50,000 blancs et 100,000 noirs, et son commerce exigeait 400 bâtiments d'une jauge de 60,000 tonnes. En 1670, par suite d'une nombreuse immigration de royalistes au temps de la République, le nombre des blancs était de 70,000. Malheureusement le commerce des nègres était le principal aliment de cette activité. Crom\\ell échoua dans ses tenta* tives sur Saint-Domingue, mais enleva aux Espagnols la Jamaïque. Elle devient bientôt le séjour favori de flibustiers et le grand entrepôt des négriers anglais. Plus d'un million de ces malheureux passa par cette île, dont leur travail fit une grande productrice du sucre.

Les possessions des « Indes occidentales > firent néanmoins toujours un groupe à part dans l'empire britannique, et ce fut peut-être dans l'exploitation de ces îles que l'Angleterre se montra le moins habile. La culture du tabac, du rocou, du cacao, du piment, de l'indigo en fit d'abord la principale richesse. Lorsque s'y fut ajoutée celle de la canne à sucre, qui bientôt éclipsa toutes les autres, la métropole y poussa à l'excès le système colonial, se réservant à elle feule le droit de terrer et de raffiner le sucre, et les épuisant

par une production excessive. Mais leur possession affranchissait TAngleLerre de toute dépendance vis-à-vis de l'Espagne et de la France pour ces denrées coloniales et assurait un fret à la marine marchande.

Antérieure de deux ans à la Compagnie hollandaise, la Compagnie anglaise des Indes orientales fut loin de prospérer aussi rapidement. Les Hollandais meltaient d'autant plus d'âpreté à la lutte que cette occupation des Indes leur apparaissait comme un épisode de leur grande guerre d'Indépendance. Et, de plus, ils avaient une éducation commerciale bien supérieure à celle des Anglais. L'Amérique exerçait d'autre part une bien grande attraction. Les Indes n'étaient qu'un champ de commerce, le Nouveau-Monde offrait des terres à cultiver, une autre patrie à habiter. Ni l'opinion, ni le Gouvernement ne s'émurent donc de conflits qui se terminèrent à l'avantage de la Hollande. On se contenta de semer quelques comptoirs, à Surate, à Madras ; en 1662, on aidait les Persans à prendre et détruire Ormuz ; des relations importantes et suivies avec la Perse, par le nouveau port de Bender-Abassi, furent créées ; les Anglais en rapportèrent de la soie, de la laine, des poils de chèvre, des tapis, des peaux travaillées, des perles, des essences et y livrèrent des cotonnades de l'Inde, des épices, du sucre, des métaux. L'acquisition de Bombay, donnée à la Compagnie par Charles II qui l'avait obtenue comme dot de sa femme, Catherine de Portugal', et celle de Calcutta (1689) cédée par le Grand Mogol Aureng-Zeb, lui donnaient deux importantes stations, mais la Compagnie eut à traverser à la suite de la Révolution de 1688 une crise redoutable. Une nouvelle compagnie fut même fondée en 1702; elles fusionnèrent en 1709 et ainsi fut constituée cette « grande dame de Londres » qui

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devait avoir pendant un siècle et demi une si brillante carrière.

Malgré ces émigrations^ malgré des pestes ten*ibles et des famines fréquentes, la population de l'Angleterre avait plus que doublé pendant ce xvii" siècle. De deux millions et demi d'habitants qu'elle comptait en 1600, elle était montée cent ans plus tard à plus de cinq millions, peut-être cinq millions et demi. L'immigration des réfugiés politiques et religieux de Flandre, d'Allemagne et de France, l'arrivée à Londres sous Cromwell de juifs portugais, la colonisation des parties septentrionales du royaume, désormais assurées de la paix par la réunion entre les mêmes mains de l'Ecosse et de l'Angleterre, expliquent en partie ce phénomène.

L'accroissement de la population urbaine fut le résultat d'une double émigration des campagnes du fait des lords propriétaires qui, depuis la fin de la guerre des Deux-Roses, avaient commencé la désertion de leurs manoirs, et des paysans que le prix excessif des fermages fit renoncer à la culture. Les progrès de l'industrie aidèrent à ce déplacement. Celle des laines, encouragée par les exportations aux Indes et en Perse, se développa et se transporta des comtés de l'Est, son berceau, vers ceux de l'Ouest dont le climat, plus humide et plus égal, convenait mieux à la filature et au tissage et ceux du Nord à cause de la présence de la houille dont l'exploitation allait croissant. La fabrication des briques se développait ; celle de la fonte grandissait. Au moment où les forêts du Sussex étaient épuisées pour le travail du fer et de la verrerie, lord Dudley découvrait de nouveaux procédés pour traiter les minerais par la fonte. Mal accueillie par la routine, cette découverte ne porta pas immédiatement ses fruits, mais elle était une précieuse indication pour l'avenir.

Les protestants français, chassés par la révocation de l'Édit de Nantes, avaient apporté Tindustrie de la soie. Enfin Tacte de navigation, en forçant brusquement les Anglais à se faire marins, avait donné aux constructions navales une impulsion violente. Le prix de la construction monta subitement de 30 p. 100, le salaire des matelots grandit au point de rendre la concurrence impossible avec les Hollandais qui s'emparèrent du commerce avec la Russie et le Groenland ; mais ce ne fut là qu'une crise passagère et négligeable en présence des autres résultats de cet acte fameux. L'institution de la poste par Cromwell (1657) en vue du bien « du commerce, du transport des dépêches officielles et de la découverte des desseins criminels et attentatoires à la sûreté de l'Ëtat » , bien que son établissement eût surtout un but de police, n'en procura pas moins une grande facilité au commerce. Un mouvement intellectuel remarquable accompagna toute cette évolution économique, et la politique moderne de l'Angleterre, inaugurée par son duel avec la Hollande malgré la communauté de religion, devait s'affirmer au siècle suivant. La création de la Banque d'AngleteiTe (1694),. bien qu'étant avant tout une œuvre politique, allait favoriser l'édification de cette suprématie maritime qui est le fait capital de l'histoire de l'Angleterre au xviii* siècle.

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