‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 42 sur 56 · LA FBANCE SOUS HENRI IV ET RICHELIEU · texte numérisé non relu

LA FBANCE SOUS HENRI IV ET RICHELIEU

d'Amérique destinées à un si brillant avenir, la Fmnce, elle aussi, s'essayait à la fondation d'une colonie.

La possession d'un territoire extérieur, d'un débouché extra-européen semblait être la condition indispensable d'un commerce florissant. Le marché européen tendait de plus en plus à se localiser. Derrière ce cosmopolitisme, que semblait accuser l'accaparement par les Hollandais de la plus grande partie des transports, ces guerres de tarif, ces rivalités industrielles que nous avons trouvées se développant parallèlement indiquent une tendance de chaque État à se suffire à luimême, à attirer et retenir chez lui par tous les moyens ce qui semble le signe unique de la richesse, le numéraire. Vendre le plus possible à l'étranger, lui acheter le moins possible, est le but suprême vers lequel on tend. De là, outre les prohibitions, les droits élevés, les règlements, conditions et vexations de toutes sortes imposés aux étrangers, le désir de posséder quelques-unes de ces terres d'où l'on tirera notamment ce que l'on commence à appeler les denrées coloniales. C'est le motif qiii va faire se rencontrer aux Antilles presque toutes les nations de l'Europe, c'est celui qui faisait créer presque simultanément les compagnies des Indes orientales en Angleterre et en Hollande. Il était difficile que la France n'éprouvât pas la même ambition.

Malheureusement la pacification du pays ne vint qu'un peu tard. En Hollande, la guerre d'Indépendance avait rapproché tous les cœurs et imposé l'union ; la solidarité nationale avait été cimentée en Angleterre par les menaces de Philippe II ; en France, trente-six ans de guerres religieuses avaient au contraire menacé l'unité, favorisé le particularisme provincial, créé ou entretenu un patriotisme local un peu étroit, mal disposé à l'entente pour des entreprises hasardées

et lointaines. Après un siècle remarquable surtout par Taffîi*mation des énergies individuelles etTéclat des personnalités, un siècle commençait d'effacement des caractères, d'abandon de toute initiative entre les mains de la royauté, d'idolâtrie monarchique. La popularité même d'Henri IV contribuait à développer ce sentiment ; les intermèdes d'agitation, de désordres, de guerres civiles provoquées par la turbulence de la noblesse, les nouvelles manifestations de son impuissance, allaient l'accélérer. La France en arrivera jusqu'à ne plus pouvoir tolérer des opinions religieuses autres que celles du roi, jusqu'à considérer comme un crime d'État le refus de se convertir à sa foi. Dans ces dispositions d'esprit, on attend tout de l'initiative souveraine et cette initiative ne se bornant pas à donner l'impulsion veut tout régler jusque dans les moindres détails. Qu'on y ajoute les conditions géographiques de la France, son double rôle de puissance continentale et de puissance maritime, les nécessités ou les entraînements de la politique européenne et l'on aura l'explicatiou de l'insuccès ûnal de nos tentatives coloniales, malgré les brillants épisodes qui illustrent leur histoire.

Celle de notre première Compagnie des Indes orientales est fort courte. Créée en 1604, par l'initiative de Gérard de Roy, au capital de quatre millions de couronnes, avec pouvoir de faire construire et d'équiper des vaisseaux, de s'emparer de ceux qui attaqueraient les siens et de garder les quatre cinquièmes de ses prises, elle s'occupa de recruter en Hollande les hommes et le matériel dont elle avait besoin. La Hollande s'en alarma, fit de sérieuses remontrances, et l'on n'entendit plus parler de rien \

1. Cf. PagDiez, Le Commerce de la France 80vt Henri IV, ap. Revue historique, t. XVI, 1881.

Page 1