LA FRANCE SOUS HENRI IV ET RICHELIEU
une véritable exploitation des indigènes/et que, d'autre part, la liberté du commerce avait suscité une émulation que le rétablissement du monopole arrêta complètement. « II] y a huit ans, écrit Lescarbot (1609), que pour deux gâteaux ou pour deux couteaux on eût eu un castor, et aujourd'hui il en faut quinze ou vingt. » Que la rivalité des acheteurs ait fait hausser les prix, diminué les bénéfices de ce trafic des pelleteries, ait même un instant constitué la compagnie et ses concurrents en peii«, cela n'a rien que de très naturel, mais fallait-il livrer, en reconstituant le monopole, les indigènes à l'exploitation sans scrupule de la compagnie ou attendre du jeu régulier des transactions l'établissement d'un prix également rémunérateur et pouT eux et pour les acheteurs? Les profits du commerce des pelleteries et fourrures avaient contribué pour leur part à déprécier les profits plus lents et plus modestes que pouvait procurer l'exploitation des autres richesses de ce sol, bois, prairies, grains, mines de cuivre. L'émulation des villes et des armateurs fut découragée ; le monopole triompha, comme en Espagne, comme en Angleterre, comme en Hollande, et ce fut désormais en France le seul mode adopté pour les relations commerciales entre les colonies et la métropole.
Les résultats obtenus par l'initiative privée dans quelques ports militaient en faveur de la liberté du commerce, les partisans du monopole pouvaient l'appuyer sur la nécessité d'opposer à la concurrence non plus de nos nationaux, mais des Anglais et des Hollandais un adversaire capable de lutter contre eux. « Faute de ces compagnies, dira Richelieu, et pour ce que chaque petit marchand trafique à part et de son bien, et partent pour la plupart en de petits vaisseaux assez mal équipés, ils sont la proie des corsaires et des princes nos
alliés, parce qu'ils n'dnt pas les reins assez forts, comme aurait une grande compagnie, de poursuivre leur justice jusqu'au bout. Ces compagnies seules, ajoute-t-il, ne seraient pas néanmoins suffisantes si le roi, de son côté, n'était armé . d'un bon nombre de vaisseaux pour les maintenir puissamment en cas qu'on s'opposât par force ouverte à leurs desseins. > Cet appui, que la marine royale n'était pas en état de donnera la Compagnie du Canada, allait [la laisser exposée sans défense suffisante à toutes les attaques et perfidies de ses voisins.
L'opposition à ces monopoles se retrouve formulée dans les cahiers des États généraux de 1614. Sous l'inspiration de Robert Miron, ceux-ci dressent tout un plan de politique commerciale remarquable par sa précisions
Prohibition d'entrée de tous les produits manufacturés de l'étranger ; défense de sortie pour toute matière première, à manufacturer en pays étrangers ; suppression de tout monopole industriel et commercial et des douanes intérieures. Sans doute, bien des restrictions accompagnaient ces vœux, ils n'en ont pas moins le mérite de la netteté et Richelieu et Colbert allaient puiser dans ces cahiers plus d'une inspiraion.
Les besoins du Trésor, les nécessités de la politique, les vrais intérêts du commerce inspirèrent à Richelieu plus d'une dérogation à ces principes. Les préjugés provinciaux ne permirent pas le report à la frontière commune de toutes les douanes provinciales; mais plusieurs mesures et créations utiles préparèrent cette réforme en facilitant la circulation. L'organisation définitive du service des postes en est la principale. Préparée par plusieurs édits, elle fut achevée par celui de mai 1630, divisant la France en vingt circonscrip-