Cf. Leroy- Beaulieu, op. cit., 2« ùdit., p
HIBT. DU COMM. I. , 20
306 PBÉcis d'histoire du commerce.
qués, 1,900,000 de denrées alimentaires, 1,564,000 de vins et eaux-de-vie, 1,548,000 de bois de construction, métaux, etc. ; la situation n'était pas meilleure dans les colonies qu'en France quand mourut Louis XIV.
Les colonies eurent leur large part de bénéfice dans le mouvement de réveil universel qui suivit cette mort. Le XVII® siècle s'était prolongé 15 ans au détriment de son successeur. Celui-ci eut hâte de manifester sa vie. Toutes les intelligences se trouvèrent comme dégagées, les volontés affranchies. La nation, dont le souffle était comme étouffé par le lourd et imposant décor qui la dissimulait, apparut enfin avide de jouir et d'agir. L'appareil gouvernemental resta le même en apparence, les maximes officielles n'étaient pas changées, mais l'esprit fut bien différent.
Law avait vu se prononcer en Angleterre le mouvement colonial. Outre ses conquêtes sur la France, elle avait oÏJtenu de l'Espagne le vaisseau de permission, grave atteinte de principe et, par la manière dont en abusèrent les Anglais, de fait, au système colonial. Elle a^vait dans le cours de la guerre obtenu par le traité de Methuen une sorte de monopole commercial en Portugal, auquel elle allait vendre les produits de son industrie en échange de ses vins, en faveur desquels elle excluait ceux de France. La fièvre de spéculation avait commencé à sévir dans l'île. La contagion passa le détroit avec Law. Les Anglais rêvaient de mines d'or et d'argent dans ce qu'ils appelaient la mer du Sud, c'est-à-dire dans les pays au delà de rOrénoque, les Français en virent en songe sur les bords du Missîssipi. L'écroulement de la Compagnie d'Occident fut terrible, mais au point de vue commercial, et surtout au point de vue de nos colonieSyles résultats du système furent importants et heureux.
Law manqiia de prudence et de mesure; il fut débordé par ceux qui le suivaient, entraîné par eux où il ne voulait pas aller, mais si son entreprise dévia en une aventure, elle était au début parfaitement combinée. Ainsi, en matière commerciale, on le vit à la fois frapper, dans l'intérêt de nos manufactures, certains produits étrangers de droits protecteurs et, par un règlement de 1717, rendre presque libre le commerce de nos colonies avec la métropole. En 1715, d'Aguesseau se plaignait de ce que les Anglais introduisaient à la Martinique des farines et du bœuf salé. € Comment Tempescher? répondait Pontchartrain. Cela cessera quand les négociants français approvisionneront ces îles et cela permet au reste aux colons d'écouler des produits que ne prendraient pas les négociants français *. » Les produits français furent affranchis de tous droits à l'entrée dans les colonies, droits qui étaient un encouragement à la contrebande; les importations des colonies n'eurent plus à acquitter que des droits très réduits, leur sucre brut put être envoyé directement dans toute l'Europe. Ce fut pour les Antilles l'ouverture d'une période de grande prospérité. En réunissant en une seule (1718) toutes les compagnies de commerce existantes, Law les galvanisa* Ni les gouvernants, ni la masse de la nation, sauf un engouement aussi passager qu'irréfléchi, ne le suivirent, mais un certain nombre d'esprits se laissaient séduire ; les idées et les conceptions pratiques se mêlèrent aux goûts d'aventure et aux aspirations chevaleresques. Un courant se dessina vers les entreprises coloniales qui, malheureusement, ne fut pas soutenu, mais n'en eut pas moins sur quelques points des résultats fort appréciables*