‹ Précis d'histoire du commerce;Chapitre 11 sur 69 · Cf. Rocquain, L'État de la France au iS brumaire, paSsim · texte numérisé non relu

Cf. Rocquain, L'État de la France au iS brumaire, paSsim

HMT. pn COMM. — II. '4

barras. Le Directoire avait renoncé, même avec les Américains, à cette politique de dupe qui nous faisait respecter Tinsaisissabilité des marchandises anglaises sous pavillon neutre, tandis que les Anglais confisquaient les nôtres sous quelque pavillon qu'elles s'abritassent. Nos corsaires firent alors surtout en Amérique des prises importantes sur les navires américains. De part et d'autre, en France et en Angleterre, l'entrée de toutes marchandises ennemies était prohibée, et toutes marchandises ennemies reconnues sur le territoire déclarées saisissables. Le 1*' janvier 1798, le Directoire avait même ordonné une perquisition générale pour s'en emparer. Les navires qui les apportaient dans les ports étaient eux-mêmes sujets à être saisis. Le monde entier se trouvait mêlé à cette lutte où tout droit public maritime était foulé aux pieds.

L'Angleterre avait tremblé pour l'Irlande, où deux expéditions françaises avaient été envoyées pour soutenir les patriotes soulevés. Sa dette grossissait. La Banque d'Angleterre avait, en 1797, suspendu ses paiements en espèces qu'elle ne devait reprendre que 22 ans après ; ïincome-tax avait été pour la première fois établi en 1799. Pitt voulut du moins donner quelques satisfactions à l'Irlande et fit prononcer en 1800 son union avec la Grande-Bretagne. Ce fut la cause de sa perle. Le roi, le Parlement, la nation entière semblaient pris de vertige. A ce moment, « rien de plus sec, de plus dur, de plus rogne que l'âme anglaise : aux nègres, aux catholiques, aux prisonniers de guerre, aux Irlandais, aux condamnés, elle est impitoyable* ». L'Espagne a traité avec la France, à

1. A. Ghevrillon, Sidney Smith. Paris, Hachette, 1864, p. 163. Cf. Angellier, Robert Burnt, I, p* 479 et sq.

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE ET l'eUROPE. 51

Saint-Ildefonse (1796) : TAngleterre détrait sa flotte, se jette sur ses colonies, comme elle a fait pour la Hollande. L'Europe proteste contre cette tyrannie maritime. Paul l" ressuscite, avec la Suède et le Danemark, la ligne des neutres : Copenhague est bombardée.

Et cependant le ministère Addington se croira obligé de se rapprocher de la France. L'expédition d'Egypte a été pour nous une équipée à la fois malheureuse et glorieuse, une conquête scientifique durable à défaut d'une conquête politique ; Bonaparte y a conquis le Consulat, l'Angleterre y a gagné Malte.

La dictature de Bonaparte a été acceptée en France par la majorité de la nation comme une garantie contre une réaction royaliste et comme la fin de l'anarchie. Son prestige militaire, ses victoires, la forme de son gouvernement et les aspirations générales à la paix, finirent par imposer à l'Angleterre elle-même la conclusion de la paix. Si à la longue liste de nos victoires, elle opposait sa domination assurée sur les mers, à ses attaques contre les procédés de notre politique, nous pouvions riposter par le bombardement de Copenhague. Et à la haine d'une partie du peuple anglais contre les Français révolutionnaires et athées, les plénipotentiaires du premier Consul ne pouvaient-ils pas répondre par le spectacle de la France réorganisée, en possession d'une constitution presque monarchique et réconciliée avec l'Église ! La détresse financière dont nous avions tant souffert, avait pris fin. Le traité de Lunéville avait, comme celui de Campo-Formio, ratifié nos conquêtes sur le continent. L'Angietrre à son tour conclut la paix d'Amiens (1802). La paix générale était rétablie : trêve trop courte au milieu d'une si terrible mêlée I

CHAPITEE ITI

De la paix d'Amiens aux traités de 1815. — Le Consulat et l'Empire. — Le blocus continental.

Toute rEurope avait accueilli avec joie le rétablisseemeut de la paix générale. La mer allait enfla se rouvrir au commerce ! Plus les relations s'étendaient, plus se développait entre États la solidarité commerciale; le contre-coup des guerres se faisait partout sentir. A plus forte raison, le soulagement devait-il être grand, quand la piraterie s'éts^it aussi officiellement exercée sur toutes les mers et dans tous les parages, quand le droit des neutres, que Ton pouvait croire inscrit dans le code maritime international, avait été aussi outrageusement méconnu.

La France possédait tous les éléments d'une reprise sérieuse des affaires. Dès qu'un gouvernement eut été constitué, elle s'était mise au travail. La réorganisation du système financier et le rétablissement du crédit public avaient ranimé le crédit privé et le commerce. La Banque de France, créée en 1800, mais alors simple banque privée, ayant un compte courant au Trésor, fit, en l'an VIII, 111 millions d'escomptes, et ce chiffre s'élevait en Tan X à 443 millions. Au lieu de 111 exposants qui avaient pris part à l'Exposition de 1798, il y en eut 229 à celle de 1801, 540 à celle de 1802. Nos anciennes industries retrouvaient leur clientèle, de nouvelles avaient été créées ; les machines apparaissaient ; Jacquart avait exposé en 1801 son métier, que l'étude des mé-

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