LE CONSULAT ET L^EMPIRE
canismès imaginés par Vaucauson allait lui permettre de perfectionner ; les industries chimiques faisaient leur apparition et la Société d*enc6uragement pour Tindustrie nationale, fondée en 1801, avait à sa tête, autour de Chaptal, les Berthollet, les Monge, les Pourcroy, les Conté qui allaient s'ejfforcer de diriger toutes les recherches des laboratoires et les découvertes vers les applications pratiques.
En 1803, le premier Consul, pour favoriser la circulation fiduciaire et augmenter les garanties que le public, défiant, demandait pour le papier-monnaie, attribua à la Banque de France, placée sous la surveillance de l'État, le privilège exclusif d'émettre des billets. En 1807, il mettait à sa tête un gouverneur et deux sous-goiiverneurs nommés par l'État; la Banque prenait donc un nouveau caractère, elle allait puiser dans le lien qui l'unissait désormais à l'État, des éléments de force et de faiblesse, dont l'action s'est fait souvent sentir dans son histoire, mais elle devait être aussi, dans des circonstances critiques, la véritable sauvegarde de son crédit.
La période d'anarchie du Directoire devait nécessairement être suivie d'une réaction qui s'étendrait à toutes les branches de la vie nationale. Bien rares et bien peu écoutés étaient ceux qui parlaient de liberté ; ce n'était pas seulement dans l'administration du pays, c'était dans son activité économique que l'on désirait sentir, que l'on invoquait la main du pouvoir. L'industrie et le commerce réclamèrent dés prohibitions, des restrictions à la liberté du travail ; les exagérations et les folies du blocus continental, excitèrent pendant quelque temps l'enthousiasme des industriels. Napoléon était naturellement porté à faire en tout acte d'autorité, à tout réglementer ; il était convaincu qu'il pouvait et devait
protéger rindustrie el le commerce; qu'un Auguste enfantait aussi aisément des industries que des Yirgiles ; il s'appliqua avec une véritable ardeur à favoriser cette base de notre fortune nationale. Si Tesprit qu'il y apporta est empreint d'étroitesse et de minutie, s'il exagéra l'intervention du Gouvernement dans des affaires où elle doit être sagement départie, il y était poussé par cette tendance générale à trop attendre du pouvoir et élever trop souvent vers lui des mains suppliantes. Sauf certains accès, où la passion lui fit dépasser la mesure, il resta le plus souvent en deçà de ce que lui demandaient les députations que le commerce envoyait vers lui. Il maintint énergiquement, malgré les exceptions qu'il lui fit subir, le principe de la liberté industrielle et si, au dehors, la liberté commerciale fut anéantie, elle subsista du moins à l'intérieur de son empire, et le commerce lui dut plusieurs créations heureuses.
Les efforts pour le rétablissement de notre empire colonial échouèrent douloureusement. L'expédition de Saint-Domingue n'aboutit qu'à un désastre ; la Louisiane ne fit que repasser entre nos mains ; le rétablissement de l'esclavage dans celles de nos possessions où il avait été supprimé, ne leur rendit pas une prospérité qu'elles ne pouvaient retrouver que dans la réouverture de leurs débouchés. La paix avec l'Angleterre ne dura que 18 mois. La guerre de tarifs n'avait jamais cessé. De 1804 à 1814, la France se trouva dans un état permanent de guerre.
C'était un duel à mort qui s'était engagé entre l'Angleterre et l'Empire. La première en a tiré tout le profit. Les funestes conséquences du blocus continental et les fautes de Napoléon ont même fait oublier ce qu'avait eu, et conserva jusqu'au bout, de barbare et d'odieux la conduite de l'Angleterre. Les
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procédés par lesquels elle a édifié sa tyrannie maritime ne le cèdent en rien pour la violence et l'iniquité à ceux par lesquels la combattit Napoléon.
Le malheur initial vint de l'insurmontable défiance qui régnait, au fond, de part et d'autre. La France ne se résignait pas à abdiquer l'empire des mers, l'Angleteire ne sentait pas sa rivale assez écrasée. La France ne pardonnait pas à l'Angleterre les secours prêtés à l'émigration, les subsides fournis aux coalisés, tous les maux que la croyance populaire faisait retomber sur l'or anglais ; les masses anglaises avaient été tellement excitées par les tories, la haine contre les libéraux et les Français à ce point échaufTée, que la paix avec les Jacobins semblait une trahison ; aussi les différends au sujet de Malte prirent de suite une tournure aiguë. C'était pour les Anglais une si bonne station navale, un poste si favorable pour la contrebande, qu'ils ne l'ont pas abandonné, même après notre expulsion d'Anvers.
La France et l'Angleterre allaient en somme se disputer le marché du monde. La France s'était laissé devancer dans l'emploi des machines ; l'Angleterre prenait dès ce moment sur nous cette supériorité qu'elle doit à l'abondance de ses mines. La France était lancée dans la voie des productions de luxe ; l'Angleterre avait persévéré dans celle qu'elle avait choisie dès le XVII* siècle, de la fabrication des articles courants et à bon marché sur lesquels le bénéfice est moindre en détail, mais supérieur par la masse des ventes, et qui occupe un plus grand nombre de bras. Les cotonnades se fabriquaient déjà chez elle en grande quantité et cette industrie n'était encore que faiblement développée en France. Notre grande supériorité pour le commerce des denrées coloniales avait disparu par le fait de la guerre et de la révolution de Saint-Domingue, et
TAngleterre ne voulait pas renoncer à Tavantage qu'elle avait conquis. Nos tentatives môme pour rétablir Tordre dans cette île, excitaient sa jalousie. Illui fallait la guerre pour poursuivre librement la campagne de contrebande qu'elle avait entreprise dans TAmérique espagnole et achever de nous expulser commercialement des États-Unis. L'extension de nos frontières assurait de plus vastes débouchés à notre industrie et restreignait le marché anglais. La question des rapports commerciaux entre les deux pays n'avait pas été touchée par le traité d'Amiens. Sur quelle base allaient-ils être repris? L'Angleterre avait de suite dirigé sur nos ports des marchandises qu'elle prétendait introduire aux conditions du tarif de 1786. La France protesta. Déjà les tarifs de 1786 avaient été remplacés par ceux de 1791. Un nouveau fut rédigé (an XI) protecleur, mais modéré, et des ouvertures conciliantes furent faites par le premier Consul offrant, sur cette base, le traitement de la nation la plus favorisée. En France, des protestations s'élevaient. «Jamais, écrit Mollien, la frénésie des prohibitions n'avait été plus générale, plus populaire en France qu'en 1800, au moment où Napoléon prit le timon des affaires. » — « Napoléon, dit Chaptal, était ennemi de tout traité de commerce. Il pensait avec raison qu'une grande nation ne peut avoir pour traité avec les autres puissances qu'un bon système de douanes. Elle doit le présenter aux puissances comme la condition à laquelle elle laissera entrer et sortir les marchandises. Elle peut alors menacer de représailles si d'autres puissances sont favorisées à son détriment. Il est encore un autre point de vue, sous lequel on peut envisager les traités de commerce, c'est qu'à peine sont-ils mis à exécution que l'une des parties s'aperçoit qu'elle a été lésée... »