‹ Précis d'histoire du commerce;Chapitre 13 sur 69 · LE CONSULAT ET L^EMPIRE · texte numérisé non relu

LE CONSULAT ET L^EMPIRE

Toutes les mesures prises contre l'Angleterre seroïrt donc avant tout des mesures de guerre. Malheureusement, la lutte ne resta pas circonscrite entre la France et l'Angleterre ; la France aurait trouvé une compensation aux inconvénients et aux souffrances qui résultaient du blocus de ses côtes dans le développement et la prospérité de ses propres manufactures ; Napoléon voulut entraîner toute TEurope à sa suite et par là il retourna contre lui les opinions et les intérêts que l'Angleterre aurait vus se prononcer contre elle. La vassalité et la domesticité économiques qu'il imposa indisposèrent autant les masses que leur sujétion politique à laquelle il offrait du moins partout comme compensation une administration, des lois, des codes supérieurs à ceux qu'il avait renversés et détruits.

Jusqu'en 1806, Napoléon s'en tint à la guerre de tarifs, relèvement de droits sur les marchandises anglaises ou les denrées coloniales. Le décret du 4 mars 1806 accentue les hostilités : la France a été victorieuse à Ulm et à Austerlitz, l'Angleterre a vaincu à Trafalgar. Pitt est mort. Fox a ouvert avec la France des négociations pour lé rétablissement de la paix ; mais ni l'Angleterre, ni Napoléon ne sont disposés à traiter. Les toiles anglaises sont prohibées ; les denrées coloniales, le coton lui-même frappés de droits excessifs. L'Angleterre frappe d'interdit, comme en 1792, tous les ports français (16 mai 1806) ; Napoléon, par le décret de Berlin (21*novembre 1806), déclare à son tour l'Angleterre en état de blocus -, tous les Français capturés sur navires de commerce sont traités par les Anglais comme prisonniers de guerre ; il il en sera de même pour tous les Anglais arrêtés sur le continent; les marchandises anglaises saisies sur le continent seront traitées comme contrebandes de guerre à l'égal des

marchandises françaiges prises sur mer par les Anglais; plus tard, TAngleterre forcera tous les navires à passer par Londres pour y acquitter des droits; Napoléon les déclarera devenus anglais par ce fait et saisissables dans tous les ports du continent où ils aborderont. C'est un duel à mort dans lequel l'Angleterre a la première violé toutes les règles du droit. Mais comment exiger que l'Europe s'enchaîne à nos intérêts ? Que des peuples vaincus, soumis, asservis par nous acceptent sans murmurer les privations qui résultent de cet état permanent de guerre ! que nos alliés nous suivent dans cette voie ! que les souverains indijfférents, neutres et hostiles se soumettent aux ordres de Napoléon voulant leur imposer l'acceptation de cette politique ! On sait à quelles entreprises téméraires, à quelle série de fautes ce blocus continental entraîna Napoléon.

Même lorsqu'il faisait saisir et brûler sur les places publiques, devant une population malheureuse et les regardant avec colère disparaître dans les flammes, des étoffes dont elle se serait si volontiers vêtue, des denrées que leur cherté rendait inabordables, il sentait fort bien tout ce qu'avait d'excessif cette politique. « Les personnes qui, à cette époque, sont restées dans l'intérieur de la France, écrit Bourrienne, ne peuvent se faire idée de la désolation qu'une mesure aussi sauvage répandit dans les pays habitués à vivre du commerce. Quel spectacle offert à des populations pauvres et manquant de tout que l'incendie d'objets dont la distribujion aurait été un allégement à leur misère 1 » Il frappait sans doute rudement l'Angleterre ; elle étouffait sous l'abondance de ses produits ; elle s'ingéniait pour les écouler ; Gibraltar, Jersey, Heligoland, Malte, Corfou, la Sicile, étaient des entrepôts d'où ses corsaires et les contrebandiers du continent.

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alléchés par rénormité du gain, faisaient passer sur le continent les marchandises prohibées ; les douaniers, dont le zèle diminuait à mesure qu'on s'éloignait des territoires de Tancienne France, ne pouvaient en empêcher le débarquement, mais une fois même sur le continent, elles se trouvaient sous le coup de continuelles saisies. Uincome-tax avait été rétabli; les billets de la Banque d'Angleterre étaient au-dessous du pair. Les pays en guerre avec la France devenaient, sans doute, pour notre ennemi des marchés sans concurrence; son commerce avec l'Espagne s'élevait de 50 millions de francs en 1807 à 275 millions en 1811 ; son commerce total, dans le même intervalle, de 1,175 millions à 1,400 millions; mais les corsaires français lui faisaient subir partout de rudes dommages; ceux de Maurice, dont elle s'empara en 1810, étaient pour son négoce avec l'Inde des ennemis redoutables. Le prix du blé montait jusqu'à 54 fr. l'hectolitre; la déclaration de guerre que lui firent les Êlats-Unis, poussés à bout par ses exigences et sa tyrannie, diminua dans de fortes proportions ses échanges (1812). Mais l'aristocratie trouvait dans l'élévation du taux de la rente des terres un surcroît considérable de richesse; l'argent refluait sur les campagnes où, en même temps que la culture s'étendait, la population diminuait pour émigrer vers les villes*. Elle s'entretenait dans sa rage et son implacable despotisme par la confiance dans le résultat fatal des fautes de Napoléon et des guerres nationales qui s'allumaient de toutes parts.

Napoléon, de son côté, reconnaissait par les licences, par la vente faite au profit du Trésor des marchandises déclarées

1. De 12 p. 100 en 1689, la population industrielle s*était élevée, en 1815, à 66 p. 100.

prises par les corsaires, Timpossibilité de faire exécuter ses décrets dans toute leur rigueur. Il s'ingéniait à limiter ces infractions, à régler minutieusement la coùtrebande ofiBcielle. « Il prétendait, dit Chaptal, faire manœuvrer le commerce comme un bataillon... Je Tai vu plusieurs fois donner des ordres pour qu'on n'exportât pas tel article dont il avait permis la sortie, parce qu'il venait de lire dans les papiers anglais qu'on voyait avec plaisir que l'Empereur laissait sortir cet objet. L'armateur se voyait alors forcé de refaire sa cargaison à grands frais. Il s'indignait de la résistance qu'opposait le commerce à ses vues. Il eût voulu le diriger au gré de ses fantaisies. Tantôt il liii prescrivait des débouchés pour ses expéditions, tantôt il désignait les seuls objets qu'il convenait d'importer et ceux qu'il fallait exporter... pendant quelque temps ; il désigna lui-même les seules maisons qui pouvaient expédier tel ou tel article et prescrivait les objets qu'il fallait importer au retour*. »

Cependant la nécessité, le besoin d'activité qui travaillait tous les peuples, ses encouragements enfin, donnèrent quelque temps à la France l'illusion de la prospérité. « La prospérité était grande (sous l'Empire), disent les Mémoires de Pasquier; l'industrie française, soutenue par un million de baïonnettes et par une armée auxiliaire de douaniers, était parvenue à suffire aux besoins d'une énorme consommation... Les résultats, à cet égard, ont été prodigieux. »

La réorganisation des Chambres de commerce avait été une des premières mesures du Consulat. Des enquêtes sur la situation du commerce avaient été faites par ses soins ; l'exposé de la situation de l'Empire lui consacrait une attention spé-

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