Chaptal, Mémoires sur Napoléon, Paris
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ciale. Il avait, par la loi de germinal an XI, fixé; au moins pourprés d'un siècle, notre système monétaire, arrêté définitivement notre système de poids et mesures ; le Code de commerce parut en 1807 , « réglant, bien qu'incomplet, non sans méthode, comment les entreprises sont formées, détruites et jugées» (Levasseur); des prix avaient été créés en faveur des inventeurs, bref il s'était efforcé de mettre la France hors de page et en état de se passer de l'étranger.
Mais, si Napoléon dut en grande partie ses victoires aux armées et aux généraux qu'avait formés la République, la régénération de notre iodustrie sous son gouvernement avait été préparée par les travaux et les savants de l'époque précédente. Aux procédés découverts par Monge pour fondre des canons avec les cloches, par Fourcroy pour fabriquer l'acier, par nos chimistes pour produire le salpêtre, le raffiner et fabriquer la poudre, par Leblanc pour la soude ou à Tinvention du télégraphe aérien par Chappe, la période consulaire et impériale, ajouta de brillantes et utiles découvertes. De nouveaux produits furent trouvés, des machines inventées, des industries nouvelles, mousselines de Tarare, velours, satins, brocards, châles cachemii*e, toiles peintes, maroquinerie, caoutchouc, créées; d'autres, orfèvrerie, horlogerie, fabrication d'instruments de précision et de chirurgie, etc., transforpiées et développées. Les noms de Philippe Lebon, Philippe de Girard, Ternaux, Richard-Lenoir, Oberkampf, Jacquart soat restés célèbres. Si Napoléon, malgré quelques efforts locaux en faveur de la culturedu coton, empêche cette industrie de prospérer, il prodigue à celle du lin les encouragements. Les machines s'introduisaient dans l'industrie, bien que leur impulsion, par la vapeur fût. presque igaorée et que Fulton lui-même, lorsqu'il renouvela l'expérience de
Jouffroy pour la navigation à vapeur, n^ait pas été compris par Napoléon. La découverte du sucre de raisin et surtout du sucre de betterave était féconde pour l'avenir. Les pays annexés ou alliés participaient à ce développement général: les usines d'Essen datent de 1810 et TAnglelerre allait être étonnée, à la réouverture du continent, de trouver en face d'elle des rivaux qu'elle ne soupçonnait pas.
A défaut de la mer que 1,500 navires français parcouraient encore après la paix d'Amiens, la terre était ouverte. Si le blocus faisait tomber la population de Marseille de 120,000 à 80,000 habitants et si la moitié de ce qui restait était réduit à implorer les secours des administrations de bienfaisance, notre zone continentale d'échanges s'était accrue de tous les pays entrés dans le système impérial. Ce recul des frontières, cet envoi à distance de tous ces surveillants, gabelous, douaniers ou autres dont la présence à leur côté pesait tant aux habitants des campagnes, les avait attachés au régime. Les anciens impôts rétablis, sel, corvée, l'avaient été avec des tempéraments et des mesm*es qui les rendaient acceptables et les travaux publics accomplis facilitaient à l'intérieur de ce territoire libéré la circulation et le commerce. 13,000 lieues de routes réparées et entretenues, de grandes routes nouvelles créées à grands frais à travers les Alpes, les Cévennes et les Vosges, vingt fleuves ou rivières améliorés, des ponts construits, dix canaux achevés ou créés, des ports, Anvers, Cherbourg, Flessingue, Dunkerque, Calais, Brest, Savone agrandis et transformés, témoignent encore aujourd'hui de son activité.
Mais à partir de 1812, avec les revers, les charges que les guerres imposaient firent oublier les bienfaits si pompeusement célébrés naguères. Le marché se rétrécissait avec le
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recul de nos armées ; les bras manquaient aux manufactures comme aux champs. La substitution de la chicorée au café avait créé une industrie nouvelle, mais on se lassait de cette contrainte. En Allemagne, à Hambourg surtout, on supportait avec une peine de plus en plus grande Toccupation française. Jérôme se plaignait comme Louis autrefois, comme Murât, des exigences de Napoléon. « Partout, écrit-il (décembre 1811), la misère accable les familles, les capitaux sont épuisés; le noble, le paysan, le bourgeois, sont accablés de dettes et de besoins... Le désespoir des peuples, qui n'ont plus rien à perdre parce qu'on leur a tout enlevé, est à craindre. » — « On a fait la Prusse et une partie de TAllemagne si pauvres, écrit Fiévée, qu'il y a plus de profit à prendre une fourche pour tuer un homme que pour remuer du fumier. > Partout le blocus continental a laissé le souvenir le plus amer et, en France môme, bien qu'il ait fait tuer de 1804 à 1815 plus de 1,700,000 Français nés dans les limites de l'ancienne France, l'on pardonne mieux au vainqueur d'Iéna sa passion pour la guerre qui, du moins, a enrichi nos annales de brillants et consolants souvenirs que cette faute économique dans laquelle ou se plaît à voir l'origine et la cause des fautes et des malheurs qui ont amené sa chute et celle de la France !