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Grossi, Nuova Àntologia

164 PRÉCIS d'histoire du GO.MMERGE.

nise, sa verroterie; Rome, ses mosaïques; Carrare, ses marbres ; Florence, ses objets d'art ; Livourne, les fers de Tîle d'Elbe et Tacide borique. Brindisi conserve sa situation de port d'attache pour les paquebots destinés à franchir le canal de Suez; Venise elle-même est tête d'une ligne anglaise pour le môme parcours ; Gênes et Milan développent chaque jour leurs relations avec les pays au delà du Gothard; l'Érythréè enfin attire, surtout pour l'approvisionnement des troupes italiennes, quelques négociants et ouvre des perspectives de relations fructueuses avec les royaumes abyssiniens et les pays du haut Nil. Cependant, malgré ses nombreux chemins de fer, l'amélioration de ses ports, ses grandes lignes de navigation, ses essaims d'émigraïUs, le chiffre. du commerce général est descendu de 2,273,835,534 fr. en 1874 à 2,154,242,548 fr: en 1893. Son transit, de 80 millions en 1883, à moins de 50 en 1893 ; la moyenne des exportations, par suite du ralentissement des relations avec la France, a diminué de 1888 à 1892 de 133 millions. Le déficit budgétaire est permanent, l'or rare, la dette énorme, et, malgré la réforme des banques, le papier au-dessous du pair. Si en 1894 le chiffre du commerce s'est élevé à 2,288,188,421 fr., les métaux précieux entrent dans ce chiffre pour 131 millions, ce qui ramène en définitive la valeur des échanges à 2,146,789,853 fr., chiffre à peu près égal à celui de Texercice précédent.

Allemagne. — En Allemagne, la volte-face fut subite. En 1877, le chancelier de fer accentuait la politique douanière suivie depuis 1862 par la Prusse, en supprimant les droits d'entrée sur les fers. En 1878, il préconisait une attitude toute contraire et, le 12 juillet 1879, un nouveau tarif était

promulgué : les droits sur les fers sont rétablis, ceux sur les tissus, le café, le vin, le riz, le thé, le bétail, etc,, sont augmentés ; des droits sont établis sur les céréales, les bois, le pétrole, etc. Industriels et propriétaires ruraux doivent' donc trouver satisfaction dans le nouveau régime. Seules, en effet, les matières premières nécessaires à Tindustrie et que ne produit pas r Allemagne 60 vit exemptées .de tout droit à rentrée. Au risque d'aggraver les. conditions de la vie, las objets de grande consommation sont surtout frappas. L'exportation du seigle, la principale céréale allemande, avait cessé depuis 1850, celle du blé depuis 1860, et aujourd'hui encore, malgré les progrès faits par Tagricullure dans certaines contrées, l'Allemagne importe pour 300,000,000 de francs de céréales (1894), le dixièûie de sa consommation. La grande propriété qui domine à droite de l'Elbe trouva surtout une protection puissante dans le droit de 1 fr. 25 c. par lOOkilogr. établi en 1879 sur le blé et le seigle jusque^à introduits en franchise, porté à 3 fr. 75 c. en 1885 et à 6 fr. 25 c. en 1887. Et pourtant la population rutale ne tresse de diminuer depuis lors. Sa proportion est descendue de 68 p. 100 en 1871 à 55 p. 100 en 1894 ; une grande partie s'est réfugiée, comme. partout, dans les villes, attirée par des salaires plus rémunérateurs et l'apparence d'une vie plus joyeuse; une partie a émigré. En 1878, le nombre des émigrants n'était de que 24,000 ; en 1879, de 33,000 ; il atteignait subitement 106,000 en 1880, 210,000 en 1881 et, sans demeurer à ce chiffre, dépassait notablement encore dans les années suivantes le contingent antérieur à 1880. Le développement de l'industrie, un des buts visés par les nouveaux tarifs, se poursuivait avec activité. Le rendement des mines de Silésie dépassait toute espérance; la production de la Saxe et de la Westphalie en houille grandissait sans

cesse ; des travaux remarquables d'approfondissement et de régularisation des fleuves étaient menés à bonne fin ; la navigation intérieure progressait rapidement, la navigation maritime ne cessait de s'nccroître. L'Allemagne disputait à la France le marché des objets de luxe en semant partout des objets à bas prix sans solidité et sans goût, mais trompant l'œil par la profusion d'ornements et le clinquant; grâce à une main-d'œuvre peu rétribuée, elle rivalisait avec l'Angleterre pour les articles usuels et peu coûteux. L'entraînement national forçait M. de Bismark à adopter une politique coloniale. Les ports, Stettin, Brème, Hambourg surtout, prospéraient. Les grands vapeurs, les grandes lignes de navigation allemandes se dirigeaient sur tous les points du globe; ses émigrants, restant partout en relation étroite avec la mère patrie, lui créaient dans tous les parages de nouveaux débouchés. Les chemins de fer, exploités par l'État, multipliaient les lignes commerciales et stratégiques. La réforme monétaire de 1873 et l'adoption de l'étalon d'or avaient prémuni l'Allemagne contre les dangers de la possession d'une monnaie d'argent dépréciée. La banque d'Empire enfin, créée en 1876, instrument puissant d'unité commerciale, favorisait les règlements de comptes entre les villes.

L'industrie se plaignait pourtant. La sucrerie, dont lapi'Oduction était passée de 291,000 tonnes en 1873 à 1,800,000 en 1893, chiffre supérieur de 1,300,000 tonnes à la consommation intérieure de l'Allemagne, se plaignait de ne plus' vendre, malgré les primes élevées accordées à l'exportation, à un prix rémunérateur ; mêmes doléances de la part des fabricants d'alcool qui ont élevé leur production à 3,000,000 d'hectolitres et pouvant en exporter 250,000 se plaignent, alors que partout on réclame protection contre l'intrusion de

LE GO&iMERGE EUROPÉEN DEPUIS 1871. 167

Falcool allealând, de ne plus écouler dans des conditions satisfaisantes. L'on avait voulu élever une barrière contre les importations de produits étrangers; en 1891,rimportation s'élevait à 5,500,000,000 de francs contre 4,172,000,000 à Texportalion. Dans les six dernières années, Texportation n'avait augmenté que de 5 p. 100, tandis que l'importation montait de 33 p. 100. Malgré les protestations des agrariens, l'Allemagne, cherchant comme tous les autres pays à lutter contre une crise qui sévit partout et sur tout, en est donc revenue à un système commercial moins absolu. Abaissant à 3 marcs et demi (4 fr. 375) les droits sur les céréales, elle a obtenu de l'Autriche, de la Russie, de la Belgique, de la Suisse, de la Roumanie des concessions notables à l'entrée de ses textiles, de ses produits chimiques et métallurgiques, de. ses charbons (50 p. 100 en Russie), de ses câbles électriques, tout en prenant ses précautions contre la France, et son tarif, divisé en 43 chapitres subdivisés en 393 articles , désigne les articles « par des descriptions à la fois assez larges pour embrasser toutes les catégories et assez précises pour exclure les articles français du bénéûce de la clause de la nation la plus favorisée à laquelle nous donne droit le traité de Francfort » .

Favorisée par sa richesse en houille dont la production, tirée surtout des grands bassins de la Westphalie, de la Saxe et de la Silésie, atteint aujourd'hui 95 millions de tonnes, l'abondance des minerais et le bas prix de la main-d'œuvre, l'industrie allemande a été aussi puissamment aidée par de grands travaux entrepris avec méthode et persévérance. L'État propriétaire, dans un intérêt stratégique, de la plupart des lignes de chemins de fer est intervenu plus utilement en sa faveur par les soins apportés à l'aménagement

de ses lits fluviaux que par des lois socialistes qui n'ont satisfait personne. Grâce à rapprofondissement du Rhin, Strasbourg a pu recevoir dans son port en 1892 un navire venant directement de la mer du Nord. 18,000 bateaux d'une jauge de 1,300,000 tonnes, dont 570 vapeurs, sillonnent ses voies navigables intérieures. Le trafic total du Rhin seul s'est élevé en 1890 pour les ports allemands à 13,151,246 tonnes. Ruhrort a eu cette année-là un mouvement total de 3,446,413 tonnes en charbon et grains exportés, minerais et grains reçus du dehors; Mannheim, au confluent du Neckar, de 2,685,151 tonnes; Francfort-sur-le-Main, de 584,353 tonnes. Rotterdam, Amsterdam, Anvers sont les débouchés maritimes de ce système fluvial dont presque tout le commerce est abandonné à des navires hollandais. Hambourg est devenu, à la suite de travaux considérables, le port le plus important du continent sur la mer du Nord, et le canal de Kiel vise, en même temps qu'un résultat militaire, la mise en communication directe des arsenaux de Kiel et de Wilhelmshafen, le développement des relations des ports allemands de la Baltique avec le dehors et l'affranchissement de toute sujétion commerôiale vis-à-vis du Danemark.

Le nombre des navires qui franchissent les détroits est aujourd'hui de 35,000 environ et 4,500 empruntent en outre le canal de l'Eider, construit à la fin du siècle dernier (1777-1784). Long de 98'^'^65, le nouveau canal est de 57 kilomètres environ plus court que l'ancien, mais plus long encore de 20 kilomètres que la distance directe de Kiel à la mer du Nord. Partant de Brunsbûitel, un peu au nord de l'embouchure de l'Elbe, il remonte vers le Nord jusqu'à Rendsbourg et, se dirigeant ensuite directement vers l'Est, aboutit à Holtenau sur la baie de Kiel. Sa profondeur est de

9 mètres, la largeur au fond, de 22 mètres, et à la surface, de 65 mètres. Deux navires de dimensioa moyenne peuvent s'y croiser; pour les autres, des barrages sont établis à 12 kilomètres en moyenne les uns des autres, et à chaque extrémité deux écluses jumelles sont consacrées toujours exclusivement. Tune à rentrée des navires dans le canal, Tautre à leur sortie. La traversée dure 13 heures environ, réalisant une économie de 40 heures sur le trajet des ports de la Baltique à Hambourg et de 22 heures sur celui de ces mômes ports à Londres. Au profit de qui, de Hambourg ou des ports baltiques, s'opérera le changement prévu dans les habitudes commerciales ? Hambourg se voit déjà, grandissant en vertu de la vitesse acquise, transformé en entrepôt, central de toute T Allemagne du Nord, dont les ports baltiques ne seront plus que des satellites et, grâce à sa flotte, à ses compagnies de navigation, à ses relations antérieures, recevant de TAllemagne et du dehors, dans ses docks immenses, des produits de toute sorte dont elle deviendra le marché. Les ports baltiques caressent la perspective de voir arriver directement dans leurs bassins ou leurs rades les achats faits au dehors et la domination tyrannique de Hambourg baisser à leur profit. Hambourg fonde son espoir, justifié peut-être, sur le progrès des échanges de l'Allemagne avec les pays lointains çt avec ses colonies. L'alcool et le le sucre allemands y trouvent plus de facilité d'écoulement que dans les ports baltiques , les grains et les denrées, résines, huiles industrielles, thé, café des régions tropicales ou de TËxtréme-Orient un port plus facilement accessible dont le rayon fluvial et les canaux qui s'y rattachent pénètrent jusqu'à la capitale et les régions peuplées de la Saxe. Hambourg a la meilleure part du tonnage de la flotte marchande aile-

mande, montrant aujourd'hui partout son pavillon et ayant puissamment contribué à raccroissement si notable du commerce extérieur de TAllemagne. En 1892, cette flotte comptait 3,728 navires d'un tonnage total de 1,511,579 tonnes, chiffres dans lesquels les vapeurs entrent pour 986 bâtiments et 786,397 tonnes. L'Allemagne vient aujourd'hui pour Timportance de son commerce au troisième rang des puissances du monde après l'Angleterre et les États-Unis, la France étant reléguée au quatrième rang. Elle attend de sa nouvelle conception d'un ZoUverein de l'Europe centrale un nouveau surcroît de force et de puissance économique et morale.

France. — A peine sortie de la guerre étrangère et de la guerre civile, mutilée de deux provinces, grevée d'une dette de 30 milliards, la France s'était remise à l'œuvre et relevée avec une rapidité qui avait étonné l'Europe et efTrayé ses vainqueurs. Bien que les protectionnistes n'eussent jamais désarmé et que la direction des affaires eût été confiée à l'un de leurs plus zélés partisans, Thiers, nous avions trop d'intérêt à ménager l'Europe et à étendre nos relations commerciales pour rompre avec le système des traités. La plupart de. nos conventions furent donc renouvelées à leur échéance. Notre agriculture, que ne menaçaient pas encore les produits exotiques, fut un des principaux agents de notre relèvement financier et le chiffre de nos échanges dépassa bientôt celui auquel nous étions arrivés avant la guerre. La réfection de notre armement et de notre ligne de défense, la nécessité de nous mettre à l'abri d'une surprise, donnèrent aux travaux et aux manufactures une impulsion que corrobora le développement de notre outillage pacifique. L'Assemblée nationale avait ordonné une étude de nos voies de cominunica-

tion qui aboutit au rachat d'un certain nombre de canaux, à la construction de quelques autres, la concession de nouvelles voies ferrées, Tachèvement de notre réseau de routes et, plus tard enfin, à la publication du plan Freycinet (1878) dont Texécution fut malheureusement peu méthodique et trop hâtive. Nos efforts, pour être éparpillés, n'atteignirent que partiellement le but proposé. Le désir de satisfaire à des exigences et à des réclamations locales ne peimit pas de concentrer, comme il eût été préférable, la somme des efforts sur un certain nombre de points vitaux et bien des dépenses sont restées sinon improductives , pourtant moins fructueuses qu'elles auraient pu l'être. Dunkerque, Calais, Boulogne dans le Nord, Rouen, la Rochelle (LaPalice), Bordeaux, Port-Vendres, Cette, virent grandir leur activité. De nouvelles lignes de navigation subventionnées furent créées, celles qui existaient développées. Un mouvement remarquable d'expansion au dehors, bien que combattu par une fraction de l'opinion, comme intempestif, se produisit. Notre domaine africain s'agrandit, partie par les explorations pacifiques, partie par la conquête. Notre domination eu Indo-Chine fut étendue au Tonkin et à TÂnnam, nos anciens droits sur Madagascar remis en lumière. Nous abandonnions, il est vrai, notre situation en Egypte, mais l'Algérie était florissante, la Tunisie placée sous notre protectorat.

Cependant la crise agricole naissait et acquérait vite des proportions inquiétantes. Les campagnes se dépeuplaient. Au lieu de trois paysans pour un citadin que l'on comptait en France il y a cinquante ans, on en compte à peine deux aujourd'hui.

Lorsque l'Italie nous eut, par son tarif de 1887, jeté un défi, les idées protectionnistes, soutenues et propagées par

Texemple de la plupart des États européens, prirent définitivement le dessus. Déjà le système douanier avait fait dans nos assemblées l'objet d'études et de discussions importantes. Les plus fougueux partisans de la protection ne niaient pas la nécessité d'accommoder le régime qu'ils rêvaient aux exigences nouvelles de la politique internationale et de la situation particulière de notre agriculture et de notre industrie. Les deux expositions universelles de Paris en 1878 et 1889, notre participation à celles tenues pendant cette péliode sur tous les points du globe, avaient assez témoigné de leur développement et de leur force pour qu'on se gardât de toute exagération capable de npus faire fermer par représailles nos débouchés extérieurs. Une grande prudence s'imposait donc, bien que l'on montrât quelque impatience à attendre l'expiration de toutes nos conventions. Ainsi, en 1893 encore, malgré le nouveau régime. commercial, sur une production totale de 1,787^000,000 de francs, nos industries textiles en ont expoi^^té pour 782,000,000 de francs, tandis que notre importation ne s'est élevée qu'à 97,145,000 francs ; et encore faut-il ajouter à la valeur de ces exportations celle qui résulte du travail de la confection dans lequel nous occupons toujours une supériorité reconnue. Enfin, en 1892, la France avait repr:is cette entière liberté si désirée en matière de tarifs.

Une agitation, dont il faut dire quelques mots, car son objet subsiste toujours, avait précédé ce moment et comme risqué de faire dévier de son but la réforme en en faisant une œuvre de passion.

L'article 11 du traité de Francfort accorde, nous l'avons vu, réciproquement à l'Allemagne et à la France, en matière commerciale, la clause de la nation la plus favorisée. Intro-

duîte dans le traité sur la demande de nos plénipotentiaires et d'abord toute à notre avantage, elle avait facilité, en développant nos ventes àrAllemagne, le règlement deTindemnité qui nous avait été imposée. L'équilibre s'était rétabli depuis lors au profit de l'Allemagne ; nos importations, après avoir été jusqu'en 1873 inférieures à nos exportations, leur devinrent et leur sont restées supérieures. En fait, si le développement industriel de nos anciens ennemis s'est fait surtout à notre détriment, c'est moins notre marché intérieur que nos marchés extérieurs qu'ils ont conquis, et le chiffre des importations de l'Allemagne en France, dans lequel même se trouvent comprises des provenances de la Russie et de l'Autriche, n'a rien qui ressemble à une invasion.

Devenue maîtresse de ses tarifs, toujours dominée par la préoccupation de se soustraire à l'action de cet article néfaste, la France a compliqué sa législation douanière, compromis peutôlre par des exagérations l'œuvre principale qu'elle poursuivait : la défense de l'agriculture et de l'industrie nationales.

La rapidité des évolutions économiques avait justement frappé les esprits. Notre agriculture se trouvait en présence de concurrents que vingt ans auparavant elle n'aurait pas soupçonné avoir jamais à craindre. Contre des dangers imprévus il fallait avoir les mains libres : donc plus de traités à longue échéance, plus de ces conventions dans lesquelles chacun des contractants n'obtient de concessions qu'à charge de réciprocité, où l'on peut être dupe d'un adversaire plus clairvoyant et mieux avisé. L'on ne refuse pas tout pourparler avec les puissances étrangères, mais on redoute tellement l'habileté de leurs diplomates, la bonhomie des nôtres et les surprises sentimentales que Ton profite d'un moment où l'on est ferré à glace pour les prévenir et les rendre impossibles.

Les tarifs seront donc autonomes : Tun maximum, Tautre minimum. Point de règle précise pour rétablissement de Ces tarifs; aucune proportion fixe entre eux. Il s'agit d'une œuvre pratique ; on obéit, non à une théorie, mais à une nécessité; pas de parti pris ; la simplicité, la brièveté, la netteté du tarif, Texistence d'une règle conductrice, d'un ensemble importent peu. Chaque article est indépendant de son voisin. Pas d'autre principe avoué que celui d'une protection efficace, tout en restant modérée. Aux États qui nous ferment leurs portes et ont élevé contre nous des droits protecteurs, le tarif maximum, tarif non de guerre, ni même de représailles, mais de légitime défense; aux autres, à ceux qui voudront bien conclure des « arrangements » avec nous, le tarif minimum.

La surélévation des droits est de 69 p. 100 en moyenne pour le tarif maximum, de 40 p. 100 pour le tadf minimum. Pour certains produits, la houille par exemple, le môme droit ligure aux deux tarifs. Pour d'autres, certains chiffres frappent par une élévation qui équivaut à une prohibition ; certaines matières premières nécessaires à l'industrie sont exemptes de tous droits; d'autres, comme les céréales, les bestiaux et les bois sont en dehors des tarifs, leurs taxes pouvant être toujours modifiées. Les défenseurs du tarif citent, pour seprévaloir de sa sagesse, certains droits en effet modérés ; ses adversaires en opposent d'autres dont l'exagération n'est pas niable. Les uns montrent certaines industries prospérant à l'abri des 721 articles du tarif; les autres, ( ertaines industries sacrifiées et tuées par eux, comme les distilleries de riz et maïs, immolées à celles de betterave^ Tous conviennent de la difficulté où se trouvent placés les négociateurs d'ententes avec les pays étrangers par cette bar-

rière du tarif minimum au-dessous de laquelle ils ne peuvent pas descendre.

L'effet produit par ces tarifs sur noire mouvement commercial a été, ce qui était inévitable et cherché, un ralentissement de nos échanges.

Notre commerce total était, en 1885, de 7,176,546,000 fr. ; en 1891, de 8,337,604,000 fr., et en 1894, il était retombé à 7,391,512,000 fr., chiffre qui est de près d'un milliard audessous de celui de 1891 , mais demeure supérieur de 218 millions à celui de 1885.

Les importations sont retombées, en 1894, au chiffre de 1885 (4,1 19,465,000 fr. contre 4,088,401, 000 fr.), en diminution de 646 millions sur 1891 ; les exportations, en revanche, sont montées de 3,088,145,000fr. en 1885 à 3,275,047,000 fr. en 1894, en progrès de 187 millions sur cette date, mais en diminution de près de 295 millions sur 1891. Les céréales et les vins jouent dans ces chiffres un tel rôle qu'il est impossible d'édifier sur les chiffres d'ensemble un raisonnement concluant. C'est donc sur l'importation et l'exportation des produits fabriqués que doit se porter surtout l'attention. En 1885, l'importation était de 592,417,000 fr. ; en 1891, elle atteignait 658,335,000 fr. En 1894, elle tombait à 562,881,000 fr. Ainsi nous avons acheté des objets manufacturés non seulement pour 95 millions de moins qu'en 1891, mais encore pour 30 millions de moins qu'eu 1885; en revanche, si nous avons exporté 180millions de moins qu'en 1891 (1,704,773,000 fr. en 1884 — 1,924,894,000 fr. en 1891), nous sommes en progrès de 76 millions sur 1885 (1,628,180,000). Notre gain total s'élèverait donc, sous ce rapport, à 106 millions en dix ans. Un document ofKciel anglais évalue ainsi les résultats moyens de la dernière période

sexennale pour les quatre plus grandes nations commerçantes :

SXPOBTATIOir. IMFORTATIOV.

États-Unis + 20 p. 100. + 33 p. 100.

France +14 — +6 —

Angleterre 4- 10 — + 13 —

Allemagne .,...+ 5 — +33 —

En somme, le recul sur le chiffre de nos affaires en 1891 est indéniable. Pour quelle part les nouveaux tarifs y entrent-ils? La question est difficile à résoudre et, selon les chiffres que Ton invoquera, la réponse sera différente. Il y a donc lieu de mentionner rapidement les raisons autres que nos droits de douane qui ont pu agir sur nos échanges.

En premier lieu, la reconstitution de notre vignoble, en diminuant nos achats, en Espagne principalement, a, par contre, la situation fût-elle restée la môme législativement qu'en 1891, amené forcément une restriction des achats de ce pays et de ceux où nous étions acheteurs. Elle a inversement augmenté notre puissance d'achat des sommes que nous n'envoyons plus à l'étranger et de celles que procure la vente de nos récoltes. Les droits sur les céréales ont, au seul point de vue du commerce extérieur, diminué nos achats et nos reventes dans une proportion à peu près identique, privant notre commerce du bénéfice de la seconde opération, mais permettant à nos cultivateurs de vendre leurs produits dans des conditions moins désastreuses.

Le krach de Panama, les crises financières de la Grèce, de l'Argentine et d'autres pays « aux finances avariées », qui ont puissamment atteint l'épargne française, frappée également par les conversions ayant, en douze années, ramené l'intérêt d'une partie considérable de notre dette de 5 p. 100

à 4 */,, puis à 3 */j p. 100; enfin la diminution de la rente de la terre atteignant les propriétaires pendant que le bas prix des céréales frappait les fermiers, étaient autant de causes qui tendaient à restreindre la consommation. D'autre part, tous les États ayant adopté une politique identique, l'équilibre se trouvait rétabli au point de vue de l'influence des droits de douane. Les commandes et achats de matériel de guerre^ les approvisionnements, les constructions navales, donnent en outre à certaines industries une activité factice.

A l'intérieur, une nouvelle révolution s'est opérée, nous l'avons vu, dans les transports. La navigation a pris une importance qu'elle n'avait jamais eue. Tandis que l'État, par les impôts qu'il prélève, les charges qu'il impose aux compagnies pour la construction de nouvelles lignes très coûteuses et d'un rapport plus que médiocre, force les compagnies de chemins de fer à maintenir leurs tarifs, malgré une réduction notable opérée récemment, à un taux encore assez élevé, la suppression des droits de navigation, l'amélioration et le creusement des canaux et des fleuves, la réfection des écluses, l'éclairage de certains parcours pendant la nuit, a ramené la faveur vers les voies navigables. La concurrence sur les mers a rejeté vers le cabotage entre ports français une partie de notre flotte à vapeur marchande, et les grands travaux faits dans nos ports ont aidé ce mouvement ; enfin le développement de nos colonies et de nos relations avec elles a été une autre cause d'arrêt dans la décroissance du chiffre de notre commerce général.

Malheureusement, si nous avons développé nos échanges directs avec certains pays (l'Argentine pai* exemple, dont les laines arrivent maintenant dii^ectement à Dunkerque), la décadence de notre marine marchande en général n'est pas

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niable. Les navires étrangers sont plus nombreux dans nos ports que les navires français; dans certaines mers, notre pavillon n'est représenté que par les services subventionnés ; dans d'autres, il a disparu. La réserve à notre marine du commerce direct entre la métropole et les colonies lui conserve quelque activité, mais notre effectif est réduit, non seulement d'une manière absolue, ce qu'expliquent la transformation générale de la navigation, le tonnage des navires, la rapidité des voyages, la facilité des chargements et des déchargements, l'équivalence d'un vapeur à six navires à voiles^ mais aussi relativement aux changements survenus chez les autres puissances. Si le nombre de nos navires a peu varié de 1883 (15,222, dont 895 vapeurs) à 1892 (15,278, dont 1,161 vapeurs), leur tonnage est descendu de l,00â,679 tonnes à 906,606 , diminution qui a atteint surtout notre marine à voile, et nous laisse, même pour les vapeurs , très au-des- «otM de l'Allemagne.

Angleterre. — L'Angleterre a maintenu avec persévérance la politique commerciale qui lui a si bien réussi. Forte de «on avance ifldustrielle sûr les autres pays, de son matériel et de se» frais d^installation amortis, de ses capitaux, de sa flotte de transports, elle n'a rien négligé pour maintenir contre de nouveaux et redoutables concurrents sa suprématie, et c'est à peine si celle-ci a subi de légères atteintes. Les avantages de sa situation insulaire se sont encore accentués dans cette dernière période, alors qu'elle peut affranchir son industrie d'une partie des charges' que le militarisme fait peser sur toutes les puissances continentales, et dont celles même qui, comme Tllalie, aux frontières bien délimitées, n'auraient rien à redouter de leurs voisins, s'accablent comme

à plaisir. Des deux branches de Tagriculture que les mêmes puissances s'efforcent également, à juste litre, mais à grands frais, de protéger, Tune, le labourage, est jetée hardiment par-dessus bord. Les blés, toutes les céréales de l'étranger ont libre accès sur son territoire, et le bas prix de la vie qui résulte de l'arrivage à des prix infimes de ces céréales sur tous les marchés anglais, de l'abondance et de la bonne qualité de la viande que son bétail, mieux protégé, fournit, des beurres de l'Australie mis en vente à 2 fr. le kilogramme sur le marché de Londres, des viandes conservées ou congelées de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et des deux Amériques, permet aux industriels de donner à leurs ouvriers des salaires moins élevés, tout en étant avantageux pour ces derniers, que ceux qu'exigerait une vie plus chère. Sa production de houille, passée à 185,000,000 de tonnes par an, la richesse de ses mines où les filons épais permettent en général une exploitation large et facile, leur dissémination sur tout son territoire, la commodité du transport par mer ou par canaux, la proximité de la mer de ces mines, d'où le charbon peut être directement versé dans les navires qui les conduiront partout, réalisent pour elle des avantages qui ne se retrouvent nulle part ailleurs en Europe. En même temps qu'elle fournit à sa marine un fret assuré et d'autant plus précieux qu'il exige de nombreux bâtiments, elle la met à même d'offrir partout pour le fret de retour des conditions qu'un navire parti sur lest ou à moitié chargé, ou n'étant pas assuré de trouver à destination un fret avantageux, ne pourrait accorder. Lés matières premières qui viennent de tous côtés s'entasser dans ses entrepôts ne sont pas grevées, pour aller dans ses manufactures, du coût de transport qu'ont nécessairement à payer les acheteurs du dehors. Les machines, pour la

même raison, lui reviennent à meilleur compte qu'à ceux qui s'en fournissent chez elle et ont souvent à acquitter en outre des droits protecteurs. L'abondance de ses débouchés lui permet, par un plus grand débit, une plus grande production et par une plus ample répartition de ses frais généraux, une fabrication moins coûteuse. Sur les 2 milliards de francs auxquels s'élève la valeur des produits de son industrie cotonnière, elle en exporte 1,720 millions. Pour beaucoup d'articles elle fournit plus de la moitié, pour quelques autres plus des trois quarts de la valeur totale des marchandises en circulation : 40.1 p. 100 pour les lainages, 53.6 p. 100 pour les fers et articles en fer, 55.6 p. 100 pour les machines, 73.1 p. 100 pour les tissus de coton, 84.3 p. 100 pour les fils de coton et 87.1 p. 100 pour les tissus de jute V Sur les marchés neutres, elle a maintenu sa situation, elles progrès faits par la Belgique et les États-Unis ont atteint dans de bien plus fortes proportions qu'elle l'Allemagne et la France. Grâce à l'effectif de sa flotte marchande (50 p. 100 de l'effectif total) et à ses vapeurs (61 p. 100 du tonnage de la flotte à vapeur du monde), sa part dans les transports maritimes n'a cessé de grandir. La moitié de ceux de l'Europe et près des trois quarts (73 p. 100) de ceux du commerce du monde se font par son entremise.

Cependant les défenseurs de l'agriculture et les partisans de l'augmentation des salaires réclament l'établissement de droits protecteurs. Cette réponse à l'élévation des taxes dans presque tous les pays du continent aurait pour effet ou d'éloigner leurs produits, ou de les forcer à conclure des traités ou

1. Peez, Coup d'œil sur la politique commerciale de V Angleterre, ap. Revue d'économie politique, mars 1895.

des an'angemenls sur la base de la réciprocité. La perspective de voir encore se rétrécir le marché que la concurrence étrangère, celle de ses propres colonies, les droits et tarifs protecteurs disputent ou ferment à ses produits n'est pas de nature à entraîner ses hommes d'État dans cette voie, pas plus que les efforts des bimétallistes, quelque appui qu'ils trouvent dans les cotonniers de Manchester, ne la feront renoncer à son système monétaire. Les 17 milliards de francs auxquels on évalue sa fortune en titres et papiers de toutes sortes sont moins encore par les intérêts qu'ils procurent que par la facilité que ces intérêts fournissent pour les règlements de compte sur tous les points du globe et la dépendance dans laquelle ils placent les pays débiteurs, un élément de force que compromettraient des droits protecteurs.

Aussi est-ce ailleurs, dans le développement de son empire en Afrique, dans l'accaparement de l'influence sur les pays où se jette avec furie la spéculation sur les mines et où s'ouvre poui' la colonisation européenne un nouveau et vaste champ d'activité, comme sur le haut bassin du Nil, qu'elle cherche une compensation à ses pertes sur les marchés de l'Amérique et de l'Extrême-Orient.

Le plus haut chiffre auquel se soit élevé le commerce extérieur de l'Angleterre est, en 1891, celui de 19,265 millions, dont 11,325 millions à l'importation et à 8,135 millions à l'exportation. Si l'on en retranche 247 millions pour l'importation des marchandises entrées en transbordement, et 1,547 millions pour l'exportation de produits étrangers et coloniaux, il reste près de 17 milliards et demi pour le commerce propre du Royaume-Uni. A l'intérieur, les recettes des chemins de fer ont atteint, en 1893, 2,031,926,678 fr., dont le transport des voyageurs a fourni les deux tiers, soit, pour un

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réseau de 33,226 kilomètres, une moyenne de près de 700,000 fr. par kilomètre. La dépression constatée pour les années suivantes ne peut être que transitoire, et déjà Ton signale un relèvement d'activité dans les transactions.

Russie. — La Russie de son coté n'avait jamais franchement adopté le régime delà liberté commerciale. Les concessions qu'elle avait faites par les tarifs, encore très nettement protecteurs, de 1857, 1867 et 1869 n'avaient eu en vue que l'ouverture de l'Occident aux produits de son agriculture et un appel aux capitaux dont elle avait besoin pour la construction de ses chemins de fer. La difficulté des communications avec l'intérieur, le coût des transports, l'élévation des droits la préservaient d'une invasion de produits manufacturés. Elle admettait au reste que la portion la plus aisée de sa population fît usage des articles perrectionnés de l'industrie européenne, tandis qu'elle écoulerait vers l'Asie ceux encore grossiers de l'industrie indigène. Lorsqu'on 1876, après onze ans d'un travail actif, elle jugea son réseau ferré suffisamment avancé, un nouveau tarif releva tous les droits.

Cette année même l'insurrection bosniaque, bientôt soutenue par la Serbie et le Monténégro, ouvrait une nouvelle phase de la question d'Orient. La Ru6sie allait y être ellemême entraînée par l'impulsion vigoureuse du vieux parti moscovite au nom de l'idée orthodoxe et de l'idée slave. Ses armées allaient s'avancer jusqu'à la Propontide et le traité de San-Stefano prépara une transformation politique complète de la région des Balkans.

Pendant la guerre franco-allemande, la Russie, afin de pouvoir effacer les dernières traces du traité de Paris, avait maintenu l'Autriche et l'Italie dans la neutralité et, en

échange de ce service signalé rendu à rÂllemague, obtenu l'abrogation des articles qui gênaient sa liberté d'action sur le bas Danube et sur la mer Noire. Puis, effrayée par Tambition de TAllemagne , elle Tavait, en 1873, empêchée de reprendre la guerre. Celle-ci s'en vengea en faisant substituer par l'Europe au traité de San-Stefano celui de Berlin (1878). Une guerre victorieuse allait aboutirpour la Russie à la ruine de son influence dans l'Europe orientale. L'Autriche devenait une puissance slave et, par une dérision amëre, le cenfeie d'attraction des .éléments roumains et slaves des pays danubiens et balkaniques, tandis que ces mêmes éléments étaient sacrifiés chez elle à la rivalité ombrageuse et quelque peu tyrannique des éléments allemands et hongrois.

La Russie se rejeta sur l'Asie où elle poursuivait avec méthode et persévérance son plan de colonisation et de conquête. Elle se heurta de ce côté à la jalousie de l'Angleterre et un conflit armé faillit éclater, en 1883, entre les deux puissances. Dès lors, la Russie se rapprocha plus ouvertement de la France. Celle-ci répondit à ses avances en fournissant à la Russie les capitaux nécessaires pour l'achèvement de sa transformation économique et bientôt rallianoe francorusse fit contrepoids à la triplice de l'Europe centrale.

En 1887, la Russie avait, dans l'intérêt de ses finances, exigé le paiement des droits de douane en or. C'était une nouvelle aggravation des droits.

Cependant le développement industriel de la Russie s'était poursuivi et quatre grandes régions manufacturières étaient en pleine production, à l'ouest dans les provinces polonaises et baltiques, au centre autour de Moscou, au sud dans la région du Donetz, à l'est dans l'Oural. La Russie ne visait pas les marchés de l'Occident. Son marché intérieur de 115

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millious de consommateurs et les pays limitrophes de l'Asie suffisaient à son ambition; à TOccident, ses produits agricoles, blé, seigle, lin, chanvre, bétail, chevaux, graisses, suifs, cuirs et peaux, et ceux de son sous-sol, naphte et pétrole; à l'Orient, ses produits manufacturés. La circulation intérieure est maintenant aisée et facile. Des routes de terre, des voies ferrées, des voies navigables sillonnent l'empire dans toutes les directions ; ses chemins de fer transportent annuellement 50 millions de tonnes' de marchandises; de 20 à 40 millions circulent sur ses 55,000 kil. de voies intérieures navigables, fleuves, rivières et canaux (la France, l'Allemagne, l'Autriche, l'Angleterre, laBelgique, la Hollande et la Suède en comptent à elles seules seulement 45,000). Sa marine fluviale est le double de celle de tout le reste de l'Europe et compte 1,300 vapeurs d'un tonnage total de 83,000 tonnes et 21,000 bateaux d'un tonnage de 6 millions de tonnes. Matières premières et produits fabriqués circulent donc à l'aise (sauf les iuterruptions par les glaces), et pourtant en 1891 les parties sud-orientales de la Russie d'Europe ont été désolées par la famine, alors qu'il y avait souffrance par pléthore sur d'autres parties du globe. Aussi la Russie a-t-elle renoncé par des conventions récentes à cet isolement trop complet dont elle a souffert. La production de ses mines de houille dépasse aujourd'hui 7 millions et demi de tonnes. Cependant, puissance agricole avant tout, la Russie voit dépendre de l'abondance ou de la restriction de ses récoltes, le cours du rouble, dont la hausse ou la baisse reflètent les fluctuations de sa vente à l'étranger. La dépréciation du papier (le rouble, dont la valeur nominale est de 4 fr., oscille en général entre 2 fr. 30 et 2 fr. 60), l'absence du numéraire argent, la rareté de l'or, pèsent sur les transactions.

Gomme T Allemagne, T Autriche, Tltalie, la Belgique, la Russie s'est rendue maîtresse par rachat des plus importantes de ses voies ferrées. Elle a introduit dans leur exploitation, pour accroître la circulation et le trafic, le tarif hongrois par régions et opéré sur les prix une réduction qui va dans certains cas jusqu'aux trois cinquièmes. Pour les petits parcours, le prix jusqu'à 170 kil. est de 3,64 centimes par kil. en 3* classe, augmentant de 2,28 centimes par kil. de 170 à 320 kil.; à partir de 350 kil., des zones successives de 54 centimes chacune s'ajoutent au parcours précédent. Les billets de seconde classe coûtent la moitié en sus et ceux de première deux fois et demie autant que ceux de troisième.

En 1883, année où il a atteint son chiffre le plus élevé, le commerce de l'empire russe s'est élevé à 4,810,000,000 fr., dont 2,248,800,000 fr. à l'importation et 2,561,200,000 fr. à l'exportation. La Russie d'Europe (moins la Finlande) entrait dans ce total pour 4,486,032,000 fr., dont 2,054,836,000 fr. à l'exportation et 2,431,196 fr. à l'exportation. Depuis 1888, si l'on ne considère que la Russie d'Europe, les importations ont baissé d'une manière sensible et à peu près continue, tandis que les exportations ont subi un mouvement d'oscillation remarquable, montant à leur chiffre le plus élevé en 1888, où leur valeur est de 2,912,000,000 fr. et descendant en 1892 à 1,600,000,000 fr. La récolte et le mouvement du commerce des céréales et des autres produits agricoles restent donc les grands régulateurs des échanges extérieurs de la Russie malgré l'importance prise par l'exportation du pétrole et des autres produits du sous-sol de cet immense empire.

La foire de Nijni-Novgorod, toujours fréquentée, reste comme un souvenir d'anciens errements et d'usages aujour-

d'hui disparus. Son mouvement d'affaires est considérable et témoigne de Timportance que peuvent prendre avec l'extension des voies ferrées les relations de la Russie avec la partie asiatique de son empire.

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