E. Reclus, Nouvelle Géographie universelle, t. X, p
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populations fétichistes où n'avaient pas encore pénétré les marchands d'hommes, accueil bienveillant, amical, et celui qu'il trouvait chez les peuplades déjà visitées par ces traitants arabes ou chez lesquelles avait pénétré la triste réputation des «blancs». A plus forte raison, nos relations deviennent-elles difficiles avec celles de ces peuplades qu'entraînent le fanatisme et Tamour du pillage.
Avant la grande mainmise de TEurope sur l'Afrique, le commerce y avait une sorte de régularité, obéissait à certaines traditions, à des usages reçus, à des nécessités de topographie, de lieux, de climats.
Les caravanes dans lesquelles des hommes faisaient seuls les transports, étaient et sont encore les plus originales, les plus essentiellement africaines. Celle de Bihé, dit le voyageur Ladislas Magyar (1847), vient ordinairement deux fois par an, à Benguela, forte de 3,000 hommes, dont la moitié sont armés. La charge de chacun d'eux est de 64 livres (50 à 54 en moyenne sur la côte orientale) de marchandises, poids que ses armes, sa nourriture, sa vaisselle et la natte qui lui sert de couche, élèvent à 90 ou 95 livres. « L'avant-garde de la caravane arrive ordinairement deux ou trois jours à l'avance, pour annoncer aux marchands la venue de l'expédition. Alors on se prépare à recevoir les hôtes, et l'on rassemble les vivres nécessaires et les articles d'échange. ^ La caravane vient par petites troupes plus ou moins nombreuses 5 les divisions se rendent avec leurs marchandises chez leurs connaissances pour y prendre leurs quartiers. Ceux qui apportent des marchandises à vendre se parent d'habits neufs et passent les premiers jours à boire et à manger. Ensuite commence le trafic qui dure six jours ; enfin les marchandises troquées sont emballées et réparties entre les por-
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leurs*. » L'ivoire, les cornes de rhinocéros et la cire sont les principaux articles qu'elle apporte à la côte.
Dans le Sahara, le transport se fait par les chameaux. En 1887, la grande caravane de Tendouf à Tombouctou comprenait 650 chameaux, dont 50 chargés d'eau, 520 esclaves, 350 chameliers touchant pour la location un cinquième des bénéfices. Elle a transporté des cotonnades anglaises et de l'acier en barres, du sel de Taoudéni, et rapporté en retour pour 917,000 fr. dont 104,000 fr. d'esclaves. La moyenne est de 350 à 450 chameaux par caravane. En 1884, Tombouctou recevait ainsi, d'après son envoyé El-Hadj-Abd-el- Kader, 140,000 chameaux, portant 22,000 tonnes de marchandises d'une valeur totale de 9 millions. La caravane au sel de Bilma que rencontra Barth, comptait 3,500 charges de chameaux, sans compter les jeunes bêles sans emploi, et la valeur du sel transporlé était, dit-il, de 150 millions de cauris ou 60,000 ducats d'Espagne. Dans l'Afrique du Sud, où l'élevage du bétail était une des principales ressources, c'était dans d'immenses chariots, attelés de plusieurs paires de bœufs, que les Boers opéraient leurs trekken, transportant dans ces maisons roulantes, à la large caisse, faite de bois dur et grinçant, leurs vivres, leur ménage et leurs marchandises, et aujourd'hui encore c'est dans ces chars attelés de 16 à 18 bœufs et portant 5,000 kilogr., que l'on voiture à travers la prairie sans route, dans le Transvaal, la houille, les pièces des machines destinées à l'exploitation des mines et les autres fardeaux.
Sur la côte, le commerce maritime était en grande partie
1. L. Magyar, Voyage dans l'Afrique du Sud (1849-1867), cité par Hartmann {Les Peuples de l'Afrique. Paria, Germer-Baillière, 1880).
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entre les mains des Arabes et des Banyans hindous ; des boutres arabes, des barques montées par les Souahili, font même encore d'importants échanges entre tous les points de la mer des Indes 5 les anciennes relations favorisées et créées par les moussons se sont perpétuées à travers les âges ; ne transportant plus d'i^sclaves, ils conduisent aux différents points sur lesquels ils sont engagés les travailleurs libres loués pour les suppléer, et les marchandises qui arrivent en plus grande quantité que jamais de l'intérieur. Du côté de la Guinée, les Krou remplissent le même office dans les lagunes et devant les barres si dangereuses qui en défendent l'approche.
Les coutumes commerciales du moyen âge, développées par l'influence arabe, sont encore en usage dans l'intérieur. Les routes étant rares, les marchés et les foires s'y sont multipliés. La variété des articles apportés aux marchés est en proportion de la fertilité et des ressources du pays. Les produits de la culture, de l'exploitation des végétaux et des mines, la viande et les débris d'animaux, les armes, les tissus indigènes ou importés, s'y trouvent étalés les uns à côté des autres : l'or et les peaux, l'ivoire et les plantes tinctoriales, les plantes médicinales, les épices, le poisson, le sel, les plumes de marabout et d'autruche, le sucre et le café. Un voyageur anglais prétend avoir pu acheter sur le marché de Kauo, un parapluie au même prix qu'à Londres ! et à côté de tous ces objets, des esclaves. Les foires surtout réunissent une grande quantité de marchandises, échangées ici contre des cauris ou de la verroterie, là contre du sel, ailleurs contre des roupies des Indes ou des florins de Marie-Thérèse. « Les Africains des diverses nationalités paraissent nés pour le commerce, écrit Hartmann ; ils ont l'intelligence des échanges, sont tous âpres à la possession, escrocs et avides de bé-
néâces. L'Africain aime à marchander : il se sert de toute son éloquence, il prodigue son temps et ses paroles lorsqu'il s'agit d'engager, de continuer ou de terminer une transaction commerciale. D'ordinaire, les Africains ne commercent qu'en détail ; mais il y a aussi parmi eux des marchands en gros, dont le commerce est très étendu et la fortune royale ; on les trouve surtout dans les pays dont les produits, très recherchés sur tous les marchés de l'univers, sont l'or, l'ivoire, l'huile de palmier, la gomme arabique, les plumes d*autruche, les peaux, etc. Dans bien des pays, les chefs sont les premiers et même quelquefois les seuls négociants de la tribu ; ils monopolisent complètement certains articles de commerce. Chez d'autres peuples, les marchands forment une classe particulière, dans d'autres tribus encore, tout le monde s'occupe de commerce à son gré. Il n'y a pas à cet égard de règles fixes. Dans certaines localités, on procède avec ordre; dans d'autres, tout est confusion*. »
Aujourd'hui, l'Afrique entière est partagée et théoriquement adjugée à telle ou telle des puissances européennes ou aux rares Étals dont elles veulent bien encore reconnaître l'indépendance. Des routes ont été construites principalement en Egypte, en Tunisie, en Algérie, dans les colonies portugaises et l'Afrique australe anglaise ; 11,607 kilomètres de chemins de ferla sillonnent (an 1892) ; 13 câbles sous-marins, donî, 4 partant de France, la réunissent à l'Europe, 5 à l'Asie, 2 à l'Amérique, et l'enseiTent de toutes parts. 11 compagnies de navigation entretiennent des relations régulières avec ses ports de la Méditerranée, 11, dont 4 anglaises et 3 françaises, avec la côte occidentale, 5 avec la côte orientale. La Compagnie