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CHAPITRE XII

L'Amérique au dix-neuvième siècle. — Amérique du Nord et Centre- Amérique.

Le développement prodigieux de TAmérique et Timportâace qu'elle â prise dans la vie économique du globe sont au nombre des faits les plus considérables de Thistoire de notre siècle.

En 1800, sauf les États-Unis dont Tindépendance proclamée en 1776 avait été consacrée par le traité de Versailles (1783), toute la partie connue du nouveau monde était entre les mains des puissances européennes. Sa population ne dépassait pas 17 millions d'habitanis, son commerce 1 milliard. Aujourd'hui, sauf le Canada, les Antilles (où Haïti seule est partagée entre deiix républiques indépendantes) et les Guyanes, elle est tout entière occupée par des États libres; lapins grande partie de son territoire a été explorée et colonisée; 135 millions d'êtres humains vivent sur son sol, et son commerce extérieur se chiffre par 17 milliards.

Toutes les parties de l'Amérique n'ont pas eu une part égale dans cette croissance. A côté des causes générales qui l'ont favorisée, d'autres, particulières ou locales, l'ont aidée ou entravée qui expliquent l'inégalité de la marche en avant de ses différentes contrées.

États-Unis. — L'indépendance avait été pour les colonies anglaises une conquête plus industrielle et commerciale que politique. A ce dernier point de vue, elles avaient eu peu à

gagner, la métropole leur ayant laissé une autonomie presque complète, et n'étant intervenue au xviii* siècle, notamment, dans leur organisation^ intérieure que pour mieux assurer leur essor par le rachat des privilèges qui pouvaient Tentraver. Elles avaient cependant, par la création entre elles d'un lien fédéral, accru leur force et leur prestige. Elles allaient personnifier, au milieu de l'Amérique encore serve, l'indépendance américaine, le peuple américain, et par l'aisance même avec laquelle elles continuaient librement avec l'Angleterre les relations commerciales qu'elles avaient autrefois avec elle par contrainte, donné une haute idée de leur puissance. A l'exode des « loyalistes » qui se réfugièrent sur le territoire canadien, correspondit donc une immigration plus forte des fugitifs du vieux monde. Les charges que la guerre avec la Révolution française et le blocus continental firent peser sur le Royaume-Uni, l'activèrent encore, et le rétablissement de la paix européenne, loin de la ralentir, ne fit que lui donner une nouvelle impulsion. La crise économique jeta au delà des mers de nombreux Écossais, Anglais, Irlandais, qui se partagèrent entre le Canada et les États-Unis où ils trouvaient d'énormes espaces vacants, de grandes facilités d'établissement et la certitude de pouvoir, avec profit, exercei* leurs bras. Déjà les États-Unis avaient débordé bien au delà du territoire primitif des treize colonies. Les colons aguerris par leur triomphe, franchissaient de toutes parts les Apalaches et se répandaient dans ces riches vallées de l'Ohio et du Mississipi d'oii ils avaient chassé les Français, et dont l'acquisition de la Louisiane et de la Floride les laissait définitivement les seuls maîtres. La contagion de l'exemple et les troubles de la mère patrie armaient en même temps les colons espagnols. Des États indépendants trop tôt déchirés

par des rivalités et des dissensions intestines, remplaçaient les vice-royautés de TEspagne; le Brésil se séparait à son tour du Portugal; le Canada luttait pour obtenir avec l'égalité des races une plus grande somme de libertés; T Amérique, selon le mot du président Monroê , était aux Américains. C'était cependant le moment où une révolution d'une autre nature allait la rapprocher de l'Europe. La grande navigation à vapeur naissait et en 1838 était créé le premier service régulier de steamers entre l'Angleterre et les États-Unis. L'influence des idées européennes allait y provoquer dans un prochain avenir une crise redoutable.

Plus hardies que leur devancière anglo-saxonne, les nouvelles républiques latines avaient aboli l'esclavage ; l'Angleterre, à son tour, le supprimait dans ses colonies en 1834; la France l'imitait après sa révolution de 1848, tandis qu'au contraire, la grande république américaine se laissait dominer par les États du Sud où régnait le travail esclave et s'agrandissait, à leur instigation, du Texas, envahi par ses colons, et de la Californie, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, enlevés au Mexique (traité de Guadalupe 1848). Ces annexions, qui étendaient d'un océan à l'autre le territoire des États-Unis, survenaient au moment précis où de nouvelles perturbations prédisposaient à l'émigration une nombreuse partie de la population européenne.

De l'ancien système colonial auquel elle avait été tout entière soumise, l'Amérique gardait sa physionomie essentiellement agricole. Libre de vendre à qui elle voulait les produits de son sol, elle s'était bornée à introduire ou développer chez elle des industries primitives et ne disposant, malgré l'afflux constant des étrangers, que d'un nombre insuffisant d'artisans, restait pour les objets de luxe une cliente de plus en plus

recherchée des manufactures du vieux monde. Loin de l'atteindre, la révolution produite dans les conditions du travail par Tintroduction et le développement des machines ne pouvait que lui être favorable. Mais, outre les ouvriers habiles que les bras inoccupés fournissaient à ses manufactures, c'était surtout des travailleurs agricoles qu'elle recevait, attirés par les mille récits qui circulaient déjà sur la fécondité de ce sol vierge, offrant à tous ceux qui se présentaient pour en recevoir leur part, la perspective non plus seulement d'une existence assurée, mais d'une fortune rapide. Les Irlandais, chassés de leur île par la famine de 1845, y allaient enfouie. La disette de 1847 avait achevé de mettre en relief, en opposition avec l'épuisement de la vieille Europe, les promesses de ces terres lointaines. La récolte exceptionnelle de 1848 ne suffit pas à corriger ces impressions. Toute l'Europe était en proie à des révolutions, à des malaises profonds plus redoutables encore, à de vagues chimères, à des rêvei'ies, à des systèmes qui demandaient pour s'épanouir des champs nouveaux d'expériences. L'Amérique semblait les offrir.

La découverte des mines d'or de la Californie vint donner une impulsion plus forte au mouvement et lui imprima sa direction. Jusque-là c'était surtout des îles Britanniques que s'était faite l'émigration aux États-Unis. C'était, outre l'effet d'une tradition, le résultat d'une affinité plus grande entre les peuples, d'une plus grande proximité. La tolérance religieuse, les bienfaits d'une constitution libérale, la tranquillité non troublée du pays, les avantages d'un climat presque européen, l'absence de toute oppression législative, la liberté absolue dont y jouissait chaque citoyen, exerçaient aussi une puissante attraction. La fièvre de l'or l'étendit plus loin. Les récits merveilleux sur la richesse des placers califor-

niens, sur « les lingots d'or » que le hasard pouvait faire tomber entre les mains du prospecteur, déterminèrent une poussée vers cet eldorado. La France elle-même fournit à cette émigration un contingent relativement nombreux. Les tentatives de colonisation de la Sologne et de TAlgérle avaient échoué ; on préféra à ces contrées trop rapprochées ces champs aurifères dont le chemin de fer improvisé de Panama abrégea bientôt la distance. Les sages qui demandèrent la fortune à Texercice d'une profession près des placers ou dans la ville naissante de San- Francisco, l'atteignirent plus sûrement que les audacieux et avides chercheurs souvent victimes de crimes que Tapplication de la loi de Lynch ne parvenait pas à empêcher. A partir de ce moment, la marche vers l'Ouest, à travers les prairies de l'intérieur, recula chaque jour l'étendue des terres habitées. Le développement de la navigation à vapeur et l'accélération des transports à travers l'Océan, la construction de chemins de fer et leur pénétration à la suite, quelquefois même en avant des colons, ajoutaient aux séductions que l'Amérique exerçait sur les esprits aventureux ou même poussés par un examen réfléchi des choses vers des terres où la conquête d'une situation plus heureuse leur semblait possible par le travail. Lorsque l'Australie fut venue à son tour faire appel à cette Europe où la fin des agitations et des troubles avait partout laissé des mécontents et des vaincus, un flot continu de population fut versé régulièrement sur les terres lointaines. Au transport des noirs qui avait fait au siècle précédent la fortune de Liverpool et de Bordeaux, succéda celui des blancs. Des agences d'émigration firent même trop souvent, au détriment de ces malheureux, un commerce aussi inhumain que l'avait été celui des Africains. Tous les pays d'Europe, mais surtout les îles Britanniques

et TAllemagne, fournirent leur contingent. De 1850 à 1860, les États-Unis s'enrichirent de 2,799,423 immigrants, importation dont la valeur ne se traduit pas sur les statistiques par des chiffres, mais singulièrement profitable par les forces que cette population valide apportait pour le présent et pour Tavenir. Les échanges commerciaux entre l'Amérique et l'Europe se multipliaient en proportion du développement de la production agricole dont les États-Unis versaient le surplus sur l'Europe, et de la consommation d'objets manufacturés que demandait à celle-ci en plus grande quantité une population plus nombreuse. Le commerce extérieur de la république était de 700 millions en 1830; en 1852 il atteignait 1 milliard 930 millions et 3,557 millions en 1860, époque à laquelle à son magnifique réseau de voies fluviales s'ajoutaient près de 300,000 kilomètres de routes postales, 8,400 kilomètres de canaux et plus de 50,000 de chemins de fer.

Les pays à esclaves participaient dans une large mesure à ce mouvement. Le coton, introduit en Amérique en 1775, prenait une part de plus en plus grande dans les cultures. Son emploi dans les manufactures avait crû dans des proportions énormes ; la culture de cette plante s'était développée avec rapidité dans la vallée inférieure du Mississipi et sur les côtes du golfe du Mexique pour atteindre, en 1860, 5 millions de balles, c'est-à-dire plus d'un million de tonnes, dont la moitié était expédiée vers l'Europe. La production des céréales dans le Nord et le Centre croissait dans les mêmes mesures; en 1855, elle était déjà de 327,000,000 d'hectolitres, dont 200 millions de maïs et 58 de froment, de 426 millions en 1860. La guerre de Sécession fut par suite une véritable calamité pour l'Europe qu'elle privait des arrivages américains comme pour l'Amérique elle-même. Les échanges

des États-Unis avec le dehors tombèrent, en 1862, au-dessous de 2 milliards. La crise cotonnière sévit cruellement dans toutes les contrées manufacturières, et démontra d'une manière éclatante la solidarité de plus eu plus grande que le commerce établissait désormais entre toutes les nations.

La guerre civile, qui avait coûté 45 milliards de francs de perles à l'Amérique, lui laissait une dette de 20 milliards. La rapidité avec laquelle elle Tamortit témoigna de sa puissance financière et de ses facultés. Elle avait dû recourir à une énorme circulation de papier-monnaie, donner cours forcé aux greenbacks émis sous la garantie du Trésor, suspendre, dans un pays où les mines d'or rendaient jusqu'à 500 millions de francs par an, les paiements en métal et augmenter les droits de douane. Mais cette dernière mesure, aggravée après la paix, s'inspira en même temps d'autres préoccupations.

L'industrie avait, dans cette dernière période, pris sur beaucoup de points, et particulièrement dans la Nouvelle-Angleterre, un certain développement, sans toutefois changer de caractère. En 1860, l'exportation des objets manufacturés ne dépassait pas 60 à 70 millions, total dans lequel les machines entraient pour un chiffre important. Les gisements d'anthracite de la Pensylvanie, découverts en 1824, donnaient en 1860 12 millions de tonnes, et les autres mines de la république atteignaient une production égale ; celle du fer et de la fonte s'élevait à 1,600,000 tonnes : Pittsbourg et Philadelphie étaient déjà des cités de fer et de feu. Les chutes d'eau si abondantes des AUéghanys fournissaient une force motrice précieuse et largement utilisée, mais la cherté de la main-d'œuvi*e nuisait toujours au développement de la grande industrie. Toute l'application des esprits tendait à substituer de plus en plus la mécanique au travail hu-

main, à produire à bon marché. Lors de la substitution de la marine à vapeur à la navigation à voile et du fer au bois dans la construction des navires, TAmérique n'avait pas essayé de lutter avec l'Angleterre et avait, pour ainsi dire, déserté le grand commerce maritime. Après la guerre de Sécession, le patriotisme américain, exalté et voulant se venger de quelques méfaits prétendus de l'Europe (affaire de VAlabama), ne vit plus seulement dans ces droits de douane la principale ressource de l'État fédéral, mais une machine de guerre et en même temps une protection pour les manufacturiers de l'Est, qu'il fallait récompenser de leur fidélité à l'Union. Ce ne fut pas cependant encore une rupture, et des traités de commerce furent signés avec les principaux États sur la base de concessions réciproques.

Cette date de 1865 est, pour les États-Unis, comme le point de départ d'une ère nouvelle. L'immigration reprend avec une activité plus grande. La fièvre de spéculation et de travail qu'a encore développée la guerre donne à toutes les entreprises une impulsion prodigieuse. Elle trouve un précieux concours dans les mœurs financières de la république, dans la concentration et la mobilité des capitaux opérées par de nombreuses et puissantes compagnies et des banques multipliées presque à l'excès, et aussi dans le jeu des valeurs fiduciaires, billets, warrants, chèques et papiers de toutes sortes. Favorisée par des institutions comme les cUaring-houses, par les facilités que laisse la législation pour la constitution et la gestion des sociétés, quelquefois aussi par une large subvention de l'État en capitaux ou en terres, elle persiste en dépit d'agios scandaleux, de catastrophes fréquentes, ré&ultant de l'abus et de l'exagération de ces facultés; on les oubliait vite, parce que, le plus souvent, elles laissaient derrière

elles un travail effectué dont une autre société prenait la suite. C'est ainsi que s'est créé cet immense réseau de près de 300,000 kilomètres de chemins de fer, qui a absorbé 55 milliards de capita,ux, édifié de si énormes fortunes et donné lieu à de si étranges trafics, mais doté l'Amérique de si grandes facilités pour les échanges.

Ce sol, si merveilleusement riche, ouvrait, comme à plai* sir, de nouveaux trésors à tous ceux qui le fouillaient. Les terres agricoles de la région du Centre, vers lesquelles se déplaçait graduellement le centre de la population, versaient sur le marché d'énormes quantités de céréales ; celles du Sud, malgré l'abolition du travail esclave, multipliaient les balles de colon. Des mines d'or venaient ajouter leurs produits a ceux des placers californiens ; de trop riches gisements d'argent étaient mis à jour dans les Rocheuses ; le cuivre de la région des grands lacs, que des moyens imparfaits d'exploitation empêchaient seuls d'extraire , était maintenant, grâce à des pi'océdés perfectionnés, jeté dans la circulation ; le pétrole, reconnu dès 1859, amené par d'audacieux travaux vers les lieux d'embarquement , était, de là, distribué sur tous les points du globe. Le bétail américain, vivant, salé ou transformé en produits faciles à conserver et à transporter, se répandait partout. Le triomphe du machinisme aboutissait en industrie à des inventions stupéfiantes : la machine à coudre, la machine à écrire, le téléphone, le phonographe; le commerce enfin grandissait en quarante années de 700 p. 100 à l'exportation, de 500 à 600 p. 100 à l'importation, proportions bien supérieures à celles que l'on constatait pour la même période chez les plus commerçants des peuples européens (Angleterre : 335 p. 100 d'augmentation sur les exportations)*

L'acquisition des 1,500,000 kilomètres carrés de l'Alaska n'avait rien ajouté au domaine utile de la république. C'était uniquement sur le vieux territoire, égal, il est vrai, en étendue aux quatre cinquièmes de l'Europe, que s'était opéré tout ce travail. La population avait plus que doublé (63 millions) depuis 1860 (31 millions). La Chine elle-même avait contribué à sa croissance par un contingent bientôt répudié, mais d'abord utilisé pour la construction des grandes lignes ferrées d'un océan à l'autre. L'année 1881 a marqué comme le point culminant de l'intensité de croissance, mais celle-ci, quoique ralentie, n'en a pas moins suivi jusqu'en 1892 une marche ascendante. Le commerce extérieur y a atteint son maximum avec un chiffre total de 10,178 millions. Celui de l'intérieur, aidé par 32,778 kilomètres de rivières navigables, le réseau des canaux et les grands lacs, s'est élevé à 200 milliards; la richesse totale du pays dépasserait 320 milliards. La production en céréales a été estimée, eu 1891, à plus de 10 milliards de francs, celle du coton (1892) à 2,200 millions. Son exportation de produits agricoles, céréales et farines, coton, animaux, viandes, etc., a atteint 4,155 millions (1892), formant encore 74 p. 100 de l'exportation totale, pour retomber, il est vrai, à 3,200 millions en 1893.

L'accroissement de la production industrielle est, au point de vue du commerce général, comme à celui du développement spécial des États-Unis, un fait aussi digne de remarque. L'industrie représentait, en 1890, le dixième de la richesse du pays. Seules, les industries manufacturières et mécaniques jcomprenaieut 289,501 établissements occupant 3,730,557 ouvriers et donnaient pour 38 milliards de produits. Malgré l'importance énorme de la production et du travail du fer, de l'acier et du bois, les industries alimen-

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taires y conservaient encore la première place. La boucherie et le travail des viandes avec 1,367 établissements, représentant un capital de plus de 614 millions, ont donné, en 1890, 2,936 millions de francs de produits ; la meunerie, avec 18,475 établissements et un capital de 1,084 millions, 2,672 millions, soit au total pour ces deux industries une valeur de production de 5,608 millions , tandis que la métallurgie (fer et acier, fonderies d'objets en métaux), en ne considérant, comme pour les industries alimentaires, que la grande industrie, ne fait rendre dans ses 7,120 établissements, à un capital de plus de 2 milliards, que 4,387 millions de francs de produits. Et cependant les États-Unis ont atteint en 1892, avec 9 millions de tonnes, le premier rang pour la production de la fonte.

L'industrie du bois, avec Minneapolis et Duluth comme centres principaux, a acheté, en 1890, pour 967 millions de francs de bois qui, travaillés dans 21,011 scieries, représentant un capital de 2,600 millions, ont produit une valeur de 2,015 millions de francs.

Pour le coton, 904 établissements ont, en 1890, travaillé le tiers de la récolte et donné 1 ,393 millions ; les 2,489 qui mettent en œuvre la laine, en ont consommé 195 millions de kilogrammes, soit à 2 millions de kilogrammes près la même quantité que l'Angleterre et 5 millions de plus que la France, et la valeur de leurs produits a été de 1,756 millions. La concentration en un seul établissement de plusieurs branches de travail (filature et tissage) et l'uniformité des objets fabriqués répondant à l'uniformité des demandes, ont assuré le succès de ces industries, moins préoccupées qu'en Europe des variations de la mode et du goût, et moins astreintes à tenir compte de la diversité des demandes et des exigences du

consommateur; 2,082 fabriques de cordonnerie ont donné 1,150 millions de francs de produits. Et cette activité s'étant étendue à toutes les branches, Tindustrie s'est trouvée assez forte pour dicter des lois et imposer aux États-Unis un nouveau régime commercial.

Un phénomène notable est le développement de cette vie industrielle dans les États du Sud jusque-là restés exclusivement agricoles. La découverte de mines de houille et de fer dans le Kentucky, le Tennessee et TAlabama a créé, dans ce dernier État, un centre nouveau d'activité minière et industrielle, auquel on a donné le nom très significatif de Birmingham. La production de la fonte dans les États du Sud, Alabama, Virginie, Tennessee, a passé de 501,000 tonnes en 1883 à 1,182,000 en 1894, après avoir atteint jusqu'à 1,636,000 en 1892. Atlanta, en Géorgie, est devenue la capitale d'une région de travail du coton. Au lieu de 183,000 balles en 1883, les États du Sud en ont consommé 733,000 en 1893; leurs prétentions ne vont à rien moins qu'à détrôner, à la faveur d'une plus grande proximité des lieux de production et d'une main-d'œuvre moins coûteuse, les États de la Nouvelle- Angleterre *. Un groupement nouveau d'intérêts se forme de ce côté, comme du côté de la Californie, et cette transformation des États du Sud explique le peu de résistance que les visées protectionnistes du Nord y ont rencontré.

Mais le bill Mac-Kinley (1890), véritablement prohibitif par l'exagération de ses tarifs (135 p. 100 sur les lainages), fut en même temps la résultante d'un ensemble de causes diverses, parmi lesquelles il faut compter l'exaltation outrée de l'amour-propre national.

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