E. Reclus, L'Amérique du Sud, Amazonie et la Plata
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des villes dont le développement a été le plus rapide, favorisé par une immigration nombreuse dans laquelle Félément italien tient une place de plus en plus grande.
Uruguay. — L'Uruguay n'a eu en 1891 que 247,320,000 fr. de commerce extérieur, chiffre qu'il franchissait déjà en 1863, qu'il a dépassé depuis, notamment en 1890 (332 millions), l'année où le mouvement commercial du monde semble avoir atteiut son maximum. 11 a cependant 1,612 kilomètres de chemins de fer, un port actif, Montevideo, les mêmes richesses naturelles que la Plata, mais son territoire est petit, sa population faible (700,000 habitants). L'industrie y est assez active, l'élevage très florissant, l'agriculture prospère. L'exportation consiste surtout en viande. Les saladeros y massacrent journellement un nombre considérable de têtes de bétail dont la chair est expédiée soit à l'état frais dans des frigoritlques, soit sous la forme d'extrait et dont les débris sont utilisés pour les usages les plus variés. Montevideo fait à lui seul les sept neuvièmes de ce commerce. L'Angleterre et la France tiennent les premières places dans les transactions de l'Uruguay avec le dehors.
Paraguay. — Ne communiquant avec l'extérieur que par le long détour du rio de la Plata, le Paraguay ne peut pas prétendre à un grand mouvement commercial. Il est monté cependant, en 1891, à 26,825,000 fr., chiffre élevé encore si l'on songe à quel degré de dépopulation et de ruine cet héroïque petit État avait été réduit par l'impitoyable guerre que lui ont faite la Bolivie, l'Argentine et le Brésil coalisés.
Tout au reste est original et étrange dans son histoire. Communauté fermée, chrétienté isolée du monde profane
sous la domination des jésuites, plus tard fief hermétiquement clos du D' Francia, puis de Lopez, il est après Textermination de ses habitants par les coalisés, vendu aux enchères à tous les spéculateurs de l'Europe et de TAmérique comme terre libre et vacante, se repeuple avec rapidité, mais garde toujours Tempreinte de son ancienne claustration; « Très en retard sur les autres peuples policés, les Paraguayens se trouvent dans une période économique comparable à celle des Mamelucos de TAmâzone et des Indiens de rintérieur du pays; » ils font la cueillette dans les bois, celle du maté principalement, dont ils vendent plus de 6,000 tonnes au dehors et leur grand article d'exportation avec les oranges, le tabac et le bétail, le cheptel se reconstituant assez rapidement depuis la paix. Point d'industrie ; un seul chemin de fer de 150 kilomètres, mais quelques routes et des rivières navigables. Pays d'avenir, en somme, s'il n'est pas étouffé par des voisins turbulents et jaloux et s'il parvient à constituer en faveur de ses habitants la propriété des terres que détiennent tous les spéculateurs étrangers.
Brésil. — Le Brésil est le plus important de tous les États de l'Amérique du Sud. La longue période de paix intérieure qu'il avait traversée sous ses empereurs a été, depuis peu, suivie de bien des agitations, mais il a trouvé dans la culture du café un si grand élément de richesses qu'il a pu surmonter cette crise et assister sans trop souffrira des démêlés souvent obscurs entre ses partis politiques et leurs chefs. Malgré les efforts faits par le gouvernement du Brésil pour attirer dans ce pays l'immigration européenne, il n'a reçu de 1804 à 1892 que 1,327,021 immigrants dont 688,906 de 1886 à 1892. L'abolition de l'esclavage a ouvert le champ au travail libre.
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Les Italiens sont, comme dans TArgentine, en majorité et formaient en 1891 les sept douzièmes du total des arrivants. Tout n'est pas utilisable pour la culture dans cet immense territoire, mais les forêts peuvent elles-mêmes fournir un important aliment au commerce ; beaucoup de progrès sont encore à faire, mais le Brésil a eu la bonne fortune de se livrer en grand à la culture du café au moment où, presque seule entre toutes les marchandises, celle-ci voyait hausser son prix. Nous avons vu quelle place occupe le Brésil dans cette production; la canne à sucre, le tabac, le coton, les bois de teinture, le caoutchouc fournissent aussi à son commerce. Pour le caoutchouc (20,000 tonnes en 1891), le Brésil tient le premier rang et celui de Para est le plus estimé. L'élevage y prospère (18 millions de bêtes à corne) ; il a des mines d'or, de diamants, de fer. L'industrie s'y développe ; des tarifs très élevés ont été, comme aux États-Unis, auxquels un traité lie le Brésil, opposés à l'entrée des produits européens. Il possédait, en 1893, 11,000 kilomètres de chemins de fer et des voies navigables immenses; Para et Rio sont reliées par de nombreuses lignes de navigation aux principaux ports des grands États européens, des câbles sous-marins rattachent Pernarabouc au réseau télégraphique du monde, et cependant le commerce du Brésil atteint à peine celui de la République argentine trois fois moins peuplée. En 1890 on l'évaluait à 1,271,428,400 fr., dont 572,120,000 fr. à l'importation et 699,308,400 fr. à l'exportation. La Grande-Bretagne, les États-Unis, la France, l'Allemagne, le Portugal, l'Italie sont les principaux pays avec lesquels se font les échanges. Le Brésil s'est réservé le cabotage entre ses ports et entretient une flottille pour ce service. C'est un des pays dont le développement prochain semble le plus assuré, s'il parvient
à arrêter dans leur essor les germes de discorde et d'affaiblissement qui se sont récemment montrés dans son sein.
Guyanes. — Les Guyanes sont la seule contrée de TAmépique du Sud qui relève de puissances européennes. Divisées entre trois dominations, sans compter le territoire contesté entre la France et le Brésil, elles ne justifient pas par leur richesse et leurs productions la rivalité qu'elles ont suscitée. La découverte de For leur a cependant donné dernièrement une importance que leur exploitation agricole n'avait pu leur assurer ; la Guyane anglaise en a produit pour 11 millions et demi en 1891 ; la Guyane hollandaise pour 3 millions dé francs, la Guyane française pour 7 millions. Le peu de bras disponibles a émigré vers les placers et la zone agricole est déserte. Le sucre fournit encore 49 millions de francs d'exportation (sur 63) à la Guyane anglaise qui importe pour 42,694,250 fr. de vivres et objets manufacturés, mais le chiffre du commerce de la Guyane hollandaise tombe à 21 millions de francs, celui de la Guyane française à 13 millions sans qu'on puisse compter sur un accroissenient dans l'avenir.