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Économiste français du 9 février

500 millions d'argent; en dernier lieu, la Russie, qui possède 1 milliard 250 millions d'or et 300 millions d'argent.

La circulation par tête de toute espèce de monnaie (or, argent, papier) dans les différents pays du monde pourrait être estimée ainsi : France, 202 fr. 50 c. ; Cuba, 155 fr. ; Pays- Bas, 143 fr. 50 c. ; Australie, 13âfi\ 75 c. ; Belgique, 127 fr. 50 c; États-Unis, 122 fr.; Royaume-Uni, 67 fr. 50 c; Russie, 35 fr. 60 c.

Mais les métaux précieux ne représentent qu'une faible partie de la richesse et par suite de la faculté d'acquérir et de commercer d'un pays.

La circulation fiduciaire joue même aujourd'hui, dans le monde commercial, un rôle plus actif et beaucoup plus important que la circulation monétaire. Celle-ci ne fonctionne guère plus que pour les petites opérations, les affaires restreintes et d'un courant journalier. Centralisés dans de grandes maisons de banque, de dépôt, d'escompte et de crédit, les encaisses métalliques servent de gages à des opérations qui peuvent en dépasser la valeur au centuple. Les clearing houses d'Angleterre et d'Amérique compensent annuellement pour plus de 100 milliards d'affaires, tandis qu'en France, où le stock de métaux précieux est beaucoup plus considérable, les chambres de compensation n'opèrent que sur la vingtième partie de ce chiffre. La fondation de grandes sociétés de crédit faisant appel à de nombreux capitaux et dont la vente et le rachat des titres renouvellent incessamment la qualité des commanditaires, a démocratisé le crédit. A côté des banques privées représentant encore l'ancien fonctionnement du crédit, comme les foires et marchés rappellent, avec non moins d'utilité qu'elles, les anciens procédés du commerce, les grandes sociétés sont dans le mécanisme

financier contemporain ce que sont les bourses pour les opérations commerciales. Presque partout, les banques d'État jouent le rôle de modératrices et, par la solidité de leurs gages et la sécurité de leurs billets, sauvent la circulation fiduciaire du discrédit où pourraient la faire tomber des émissions inconsidérées de papier.

On évaluait à plus de 13 milliards, en 1890, la quantité de papier circulant inconvertible en espèces. L'Amérique du Sud, la Russie et les États-Unis étaient au premier rang de ces pays à circulation exagérée.

Mais dans la phase actuelle du crédit, les gages peuvent être hypothéqués sur les valeurs en réserve aussi bien que sur les richesses acquises.

On a essayé d'évaluer d'une manière complète, en y comprenant outre les métaux et le papier, le soi, le sous-sol avec tous leurs aménagements industriels, agricoles ou commerciaux, en un mot tout ce qui a une valeur susceptible d'être chiffrée, la fortune des principaux États. Le census des États- Unis de 1890 donne pour ce pays le chiffre de 325 milliards. D'autres estimations donnent pour l'Angleterre, 250 milliards; pour la France, 210 à 220 milliards; pour l'Allemagne, 160 milliards; la Russie, 90 milliards; l'Autriche- Hongrie, 80 milliards, etc., ce qui donnerait au prorata par tétepourle8États-Unis,5,200fr.; pour l'Angleterre, 6,700fr*; pour la France, 6,800 fr. ; pour l'Allemagne, 3,200 fr.

D'autres statisticiens ont essayé d'établir, d'après une étude des salaires et du genre de vie, les aptitudes à acquérir des individus de môme catégorie et de nationalité différente, renseignements d'où peuvent résulter des indications utiles pour le commerce sur le genre de débouchés que peuvent lui offrir les différents marchés. D'après M. Gould, de l'Office

de statistique de Washington, la famille américaine économise 14.3 p. 100; la famille anglaise, 7.6 p. 100; la famille française, 13.7 p. 100; la famille belge, 16 p. 100; lafamille allemande, rien.

Les dépenses de l'Américain se répartissent ainsi : loyer, 11 p. 100; nourriture, 42 p. 100; alcool, 7 p. 100; tabac, 2 p. 100; vêtement, 18 p. 100.

Celles de l'Anglais : loyer, 11 p. 100; nourriture, 47 p. 100; vêtement, 16 p. 100; alcool, 2.6 p. 100; tabac, 1 p. 100.

Celles du Français: loyer, 7.7 p. 100; nourriture, 49 p. 100; vêtement, 22 p. 100; tabac, 1 p. 100; alcool, vin compris, 4.7 p. 100.

Celles de T Allemand : loyer, 6 p. 100; nourriture, 51 p. 100; vêtement, 20 p. 100; alcool, 5 p. 100; tabac, 1 p. 100.

La différence des salaires est en rapport avec la situation économique, le prix de la vie, les habitudes traditionnelles, et les chiffres seuls, si Ton fait abstraction des conditions ambiantes, ne fournissent que des éléments d'appréciation incomplets. Ces réserves faites, nous trouvons dans le même statisticien l'évaluation suivante du budget d'une famille d'ouvriers du fer dans les principaux États : États-Unis, 3,920 fr. ; Angleterre, 2,599 fr. ; France, 2,323 fr. ; Belgique, 1,796 fr.; Allemagne, 1,411 fr.

La répartition des fortunes, les mœurs, l'éducation, les goûts, les besoins, le degré de développement industriel et agricole des différentes contrées sont aussi des éléments essentiels à considérer pour établir d'une manière aussi exacte que possible leurs facultés commerciales. Mais bien des circonstances accidentelles peuvent venir modifier les conditions normales d'échanges qui en résulteraient. Souvent même ces

modifleations résultent de faits cherchés et voulus, de véritables coalitions représentant, dans cet ordre de faits, ces associations et groupements de toutes sortes, par lesquels Tiudi- ' vidu cherche à multiplier ses forces, soit pour accroître son revenu et ses moyens d'existence, soit pour accélérer son accès à Taisance et à la fortune.

L'excès de la libre concuiTence, souvent aussi le simple fait de la présence sur le même marché d'articles similaires offerts dans des conditions différentes, par suite de conditions dissemblables de production, amène entre les producteurs ou détenteurs de marchandises des ententes ou la formation de syndicats. Elles peuvent naître également de la surabondance des produits et de l'avilissement des prix. Ce sont, sauf le nom, de véritables coalitions que seule la législation française persiste à condamner et qu'ont cessé de défendre les codes étrangers. Tantôt des sociétés se constituent pour l'accaparement de tous les stocks existants et la limitation de la production ultérieure (Société des métaux), tantôt les associés conservent leur indépendance et limitent à un seul objet l'entente ou pacte qui les lie. On a même catalogué et rangé sous différents chefs, variables suivant les auteurs, ces di« verses formes de syndicats. Toutes ces dénominations anglaises indiquent que c'est surtout en Angleterre et en Amérique que ces procédés sont appliqués.

S'agit-il de relever les cours un instant dépréciés, un corner ou consortium entre détenteurs raréûe la marchandise, enfle les prix, achète par avance les produits à venir, offrant au producteur, qu'il s'agisse de blé, de maïs, de café, de cuivre, de soie ou de coton, en échange de la limitation de sa production, un prix hautement rémunérateur. Le resserrement de la consommation, la création de nouvelles usines,

Texploitatioa de nouvelles mines, la nécessité de disposer sans cesse de nouveaux capitaux que Técoulement des stocks accumulés n'amène pas, peut alors déterminer un kraek.

L'entente doit-elle être plus durable, un pool, un schwànze se conclut qui réunit cette fois, non plus des commerçants, mais des industriels s'entendant pour tirer directement de ce qu'ils offrent, argent ou transport, une même rémunération, comme l'ont fait les lignes concurrentes de chemins de fer de New- York à Chicago ou de Chicago à Omaha, accaparant toute cette industrie et, cela n'est possible qu'en Amérique où l'État ne s'efet réservé aucun droit sur l'exploitât ion, écrasant par la réduction des prix les ligues récalcitrantes ; ce qui permit, par exemple, de parcourir en 1894, pour 5 dollars, les 1,600 kilomètres qui séparent New- York de Chicago. Ainsi encore l'association des big Four, les forts quatre, entre les quatre grandes fabriques de viandes de Chicago poiu- la fixation du prix d'achat du bétail et du prix de vente de leurs produits.

Le maintien de l'équilibre entre la production et la consommation est l'objet d'une comhination ou d'un kartell pouvant môme s'étendre d'un pays à l'autre, fixant la production de chaque usine, en fermant quelques-unes au besoin, moyennant indemnité au propriétaire sous la forme de prime de chômage, et trouvant grâce aux yeux de la loi par le prétexte invoqué d'empêcher la ruine de l'industrie et d'assurer du travail aux industriels. Ainsi le comptoir métallurgique de Longwy, le syndicat des brodeurs de Saint-Gall, la raffinerie parisienne. 368 de ces kartells existaient en Allemagne à la fin de 1890.

Plus redoutables sont les trust, dont les membres se dépouillent en faveur de mandataires irrévocables ou trustées de tous leurs droits de délibération ou de contrôle sur les affaires

de la société dont ils sont actionnaires, laissant ainsi au Board of Trustées une puissance formidable, dont le Standard oil Trust pour Texploitation et la vente du pétrole est la plus célèbre. Ces ententes s^étendent dans certains pays, comme le Canada, à toutes les branches de l'industrie et]constituent de dangereux monopoles. Ces syndicats industriels, qui réussissent mieux que les syndicats purement commerciaux, sont comme une socialisation de l'industrie, transformant le commerçant ou commissionnaire en un véritable salarié, sans que ceux-ci y trouvent plus que les ouvriers, souvent brutalement sacrifiés, d'appréciables avantages.

Deux grands courants commerciaux dominent aujourd'hui l'ensemble de la circulation : l'un, de matières alimentaires et matières premières nécessaires à l'industrie, convergeant de tous les points du globe vers l'Europe ; l'autre, d'objets manufacturés, divergeant de l'Europe dans toutes les directions.

Le commerce des céréales représente un dixième du commerce international tout entier. La production en est évaluée à trois milliards d'hectolitres, dont plus d'un milliard pour la seule production des États-Unis. La moyenne de celle du blé, qui avait été pour les trois années antérieures à 1891, de 797,500,000 hectolitres, s'est élevée dans les trois suivantes à 859 millions pour revenir à 806 millions en 1894 et descendre à 696 millions en 1895. Aux États-Unis, de 228 millions d'hectolitres, chiffre de 1892, la récolte 'de cette céréale s'est abaissée à 166 millions en 1895 ; la Roumanie (24 millions au lieu de 15) et la Bulgarie étant seules en progrès sur l'exercice précédent. L'exportation s'alimente surtout dos blés des États-Unis, de l'Inde, de la Russie, de l'Argentine, de la Hongrie et des pays danubiens ; l'An-

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gleterre, la France et rAllemagne tenant les premiers rangs comme pays importateurs. Le seigle est la céréale de consommation la plus usuelle en Allemagne , le maïs aux États-Unis. Le riz est la base de la nourriture dans les pays d'Eitréme- Orient. La Corée, le Japon, Tlnde, Siam, la Cochinchine et rinsulinde sont les principaux pays exportateurs.

La production des vins, plus variable encore suivant les années que celle des céréales et que la destruction et la reconstitution des vignobles français ont soumise dans les deux dernières décades à des fluctuations considérables, peut être évaluée actuellement à 150 millions d'hectolitres. La France a repris le premier rang et a récolté en 1894 plus de 50 millions d'hectolitres. Elle est, avec l'Espagne, l'Italie, l'Algérie et le Portugal, en tête des pays exportateurs et ses grands vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne sont toujours, malgré les fraudes et les contrefaçons pratiquées en grand, surtout en Allemagne, l'objet de nombreux achats de l'étranger. Malgré les progrès faits par la culture de la vigne dans le Caucase, l'Australie et la Californie, l'Europe a presque le monopole de ce commerce. L'Angleterre, la Suisse, la Belgique, la Russie, tous les pays du nord de l'Amérique, sont importateurs de cette boisson.

Le commerce des spiritueux a pris un développement que les sociétés de tempérance, les monopoles (Suisse), la réglementation (Norvège), les impôts (France) n'ont pas plus réussi à enrayer que les exhortations, les conseils et les démonstrations scientifiques des dangers de l'alcoolisme. Les distilleries de vins sont partout concurrencées par celles de céréales, de pommes de terre, de mélasses, etc., à la production desquelles viendra bientôt s'ajouter la fabrication de l'alcool artificiel. L'Allemagne (Breslau) produit 3,000,000 d'hecto-

litres, le Royaume-Uni, la France et presque tous les États de l'Europe, les îles à sucre et les États-Unis exportent partout leurs produits. L'Australie paraît être le pays du monde où l'ivrognerie est le plus répandue ; elle fait aussi de terribles ravages en Irlande et dans tous les pays manufacturiers. La vente de certaines liqueurs spéciales à certains pays (chartreuse, genièvre, kummel, absinthe, etc.) et de certains produits de la distillation du vin (cognac, armagnac) atteint un chiffre très élevé.

L'Europe fabrique environ 138,000,000 d'hectolitres de bière et la production des États-Unis (37,000,000 d'hectolitres) fait monter à 180 millions d'hectolitres la quantité de cette boisson livrée annuellement à la consommation. L'Allemagne (47,600,000 hectolitres), l'Angleterre (39 millions), l'Autriche (14 millions), la France (10 millions) et la Belgique (10 millions), sont les plus grands producteurs européens. Mais à part certaines bières de fabrication spéciale (Strasbourg, Munich, Pilsen, bières anglaises), ce produit ne donne lieu qu'à peu d'échanges internationaux.

Il n'en est pas de même du sucre. Si la production du sucre de canne, par suite d'une balance entre ea décadence dans quelques pays (Java) et ses progrès dans d'autres, est restée à peu près stationnaire (2,500,000 tonnes), celle du sucre de betterave a triplé en 18 ans. L'Allemagne, qui était encore importatrice de ce produit en 1872, en a livré en 1874 plus de 7 millions de quintaux, 55 p. 100 de sa production, à l'exportation. La production de l'Autriche a quadruplé en 20 ans (8 millions de quintaux) ; celle de la France s'est élevée de 400,000 à 600,000 tonnes. Les pays producteurs se disputent à l'envi les marchés extérieurs (Angleterre, près de 15 millions de quintaux de sucres bruts ou

rafflûés ; Turquie, Maroc, Orient, Élats-Unis), en favorisant la production et Texportation par les systèmes les plus variés de subventions et de primes. Le prix de cette denrée a, par suite de cette concurrence outrée, baissé d'un tiers au grand détriment des colonies aujourd'hui presque ruinées. Le sucre, par son volume et ses dérivés comme par le transport de machines qu'a nécessité le développement de cette industrie, est un des grands éléments de fret de la marine marchande.

Le café (1,200,000 tonnes), le thé et le cacao restent des produits exclusivement exotiques. L'avance prise par le Brésil pour le café s'accroît tous les ans, les Indes et Ceylan n'atteignent que le cinquième de sa production, Java le neuvième et l'Amérique est devenue le grand fournisseur de cette substance dont Londres et Anvers sont les grands marchés. Les pays de TExtrôme-Orient, Chine, Hindoustan, Japon, Ceylan et, bien loin derrière elle, Java, gardent le monopole du commerce du thé dont 215,000 tonnes sont livrées à l'exportation (95,000 pour l'Europe). Le cacao tient une bien moins grande place dans les échanges et l'Amérique tropicale en conserve la production presque exclusive.

Le commerce lointain et le transport du bétail ont pris un développement qui donne à sa statistique un grand intérêt commercial.

Le cheptel des animaux de ferme est d'environ un milliard de têtes. Les moutons viennent en première ligne au nombre de 500 millions, et après eux l'espèce bovine, 300; les porcs, 100; les chevaux, 60; les chèvres, 30; enSn les mulets et les ânes, 9 millions. Sauf pour les porcs, plus nombreux dans le Nord-Amérique, c'est l'Europe qui vient partout au premier rang.

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