Mavidal et Laurent, Archives parlementaires, t. XVIII
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dit le rapport de Goudart, est démettre, pour la protection de nos manufactures, « des entraves à rintroduction de tous les objets que nos propres fabriques peuvent fournir à notre consommation, d'où résulte la nécessité de quelques prohibitions, mais pour la majeure partie des articles, nous proposons de nous borner à établir des droits dont l'objet est de favoriser la concurrence de nos manufactures avec les manufactures étrangères pour les articles que nous ne pouvons, ou que nous ne devons pas nous dispenser d'admettre, et appeler, par un affranchissement absolu, les matières premières dont nous sommes dépourvus. »
Ces prohibitions furent restreintes à un petit nombre de marchandises: tabac, argent faux, navires, confections, ûl, poudre, bois de construction, minerai, charbon, vieux linge, poils, cocons, huile de poisson.
Pour le reste, le tarif, uniforme pour tous les objets de même nature, établissait des droits modérés de 2 et demi à 5 p. 100 sur les drogueries, fruits et légumes secs, de 5 à 10 p. 100 sur les fromages, beurre salé et épiceries, de 5 à 15 p. 100 sur les produits manufacturés, diminuant les droits pour ceux qui pouvaient être le plus facilement introduits en contrebande. Toutes les compagnies privilégiées, tous les privilèges accordés à des particuliers étaient supprimés ; des travaux projetés pour faciliter la circulation extérieure ; le bon entretien des routes, canaux et fleuves recommandé ; l'unité des poids et mesures décrétée en principe et remise pour l'application à l'achèvement des travaux de lacommission chargée de mesurer l'arc du méridien compris de Bayonne à Dunkerque.
C'était, en somme, le triomphe de la liberté commerciale. La mise en circulation des assignats donna même de suite un
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certain élan au commerce ; l'étranger profita du change qui était en sa faveur, 9 à 11 p. 100 au printemps de 1791 et bientôt 15 p. 100, pour multiplier des commandes dont il se libérait facilement. En 1792, le premier semestre accusait une importation de 227 millions et une exportation de 382, mais la situation ne tarda pas à s*assombrir et le commerce à s'affaisser pour sombrer même bientôt complëtemeot.
L'émigration enlevait chaque jour à certaines industries de luxe ses principaux clients. (La poudre à poudrer seule donnait lieu alors à une fabrication d'une valeur de 24 millions.) La cour n'existait plus ; les propriétaires des terres, les anciens possesseurs de maîtrises ne touchaient pas les indemnités qui leur avaient été promises ; les revenus diminuaient, les bourses se resserraient. L'inquiétude pour l'avenir gagnait les parties même de la population qui avaient salué la Révolution avec le plus d'enthousiasme. Les jeunes gens partaient pour l'armée. Des charges nouvelles pesaient sur les municipalités : les achats de blé à l'étranger par suite de mauvaises récoltes, le service des pauvres. « Les revenus des hôpitaux et des municipalités sont réduits de 480,000 livres à 10,000, disaient les députés du Nord à l'Assemblée (5 décembre 1791) ; les biens des communes hypothéqués ne leur offrent plus de ressources; 280,000 personnes sont sans pain. » A Paris, on avait ouvert des ateliers nationaux où se rendaient, au moment où ils furent supprimés (juillet 1791), 31,000 ouvriers. L'anarchie se manifestait partout; les ordres de l'Assemblée n'étaient plus écoutés. Les intrigues de l'émigration, les menaces de l'étranger troublaient tous les esprits et bientôt, en face de l'invasion, une seule préoccupation allait hanter les esprits : la défense de la patrie en danger.
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Malgré les sacrifices qu'il lui fallait faire, les souffrances qu'elle endurait, les excès qu'elle allait subir, la France ne les mettait pas en balance avec les bienfaits de la Révolution. « Il s'agit, dit Taine, de ne pas subir la conquête à main armée, les exécutions militaires de Brunswick, la vengeance des émigrés proscrits, la restauration et l'aggravation de Tancien ordre féodal et fiscal. Cet ordre ancien, la grosse masse rurale le hait par expérience et tradition, de toute la haine accumulée que peut enfanter une spoliation incessante et séculaire ; à aucun prix elle ne souffrira le retour du collecteur, du rat-de-cave et du gabelou, et, pour elle, l'ancien régime n'est que cela; car, depuis laRévolution, elle ne paie plus ou presque plus d'impôts. Là-dessus son idée est faite, fixe, inébranlable ; sitôt qu'elle aperçoit dans le lointain le rétablissement possible de la taille, de la dîme et des droits seigneuriaux, son parti est pris, elle se bat à mort'. » Mais cette masse a conservé de cette longue oppression des préjugés et des défiances dangereux pour ceux mêmes qui ont charge de défendre le nouvel ordre de choses. Pour le paysan (et ses idées se sont peu modifiées depuis lors), le fournisseur fait d'énormes bénéfices; il demande donc la fixation du prix des denrées; la cherté du pain provient pour lui non seulement de la mauvaise récolte, qu'il est plus que personne à même de constater, mais des accaparements. Des émeutes, cette pression de l'opinion populaire et aussi le partage par un certain nombre de membres de l'Assemblée de cette tendance à invoquer le secours de l'État, firent adopter par la Constituante les lois autorisant les municipalités à taxer le pain, la viande et les objets de première nécessité.