V COMMYNES
Philippe de Commynes, né au château de Commynes, en Flandre, passa ses premières années au service de Charles le Téméraire; mais, après l'entrevue de Péronne, il quitta ce prince pour s'attacher à Louis XI, qui le combla de biens et de faveurs. Pendant la régence, il fut mêlé aux intrigues des princes révoltés, et enfermé plusieurs mois dans une cage de fer, au château de Loches. Charles VIII le rappela bientôt et lui confia diverses missions politiques. Sous Louis XII, il se retira dans sa terre d'Argenton et rédigea ses Mémoires.
Les Mémoires de Commynes ont pour objet les règnes de Louis XI et de Charles VIII, de 1464 à 1498. Leur principal mérite est l'originalité : ils inaugurent en France Y histoire politique. Commynes, en effet, n'est pas un conteur à la manière de Froissart, de Joinville ou de Villehardouin, c'est un homme d'État qui recherche les causes et les résultats des événements; il ne s'arrête pas à décrire, il juge; il n'amuse pas, il instruit. Les seuls reproches qu'on puisse lui faire, c'est de trop admirer le succès et de n'avoir pas un mot pour flétrir les déloyautés de son maître.
La langue de Commynes se passe déjà de traduction: son style, simple, naturel, flexible, est grave et sérieux, comme celui « d'un homme de bon lieu et eslevé aux grans affaires ».
(Montaigne.)
1 Cruellement. — 2 Avec beaucoup de olère. — 3 Sérieusement.
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en luy promettant largement et donnant par eflbcl argent et qu'il eongnoiaaoit qm luy plaisoit Et eaux qu'il .'i\<>it chaaaei et déboutez en temps do p.ux et de prospérité, il lei raobaptoil bien cher quant il en avoit baaoing, el afen terroit, et ne lea avoit en nulle hayne pour les choses passées, il <'-t<>it naturellement amy gens de moyen estât, et ennemy de tout grana qui se pouoient passer
de luy. Nul homme ne presta jamais tant l'oreille aux gens, r sVnquist de tant de choses, comme il faisoit, ny ne voulut jamais congnoistre tant de gens... lit ces termes et façons qu'il tenoit, dont j'ay parlé cy dessus, luy ont sauvé la couronne, veu les ennemyqu'il s'estoit luy mesmes acquis a son advenement au royaulme. Mais surtout luy a servy sa grant largesse; car, ainsi comme saigement conduisoit l'adversité, a l'opposite, dès ce qu'il cuydoit estre asseuré, ou seullement en une trêve, se mettoit a mescontenter les gens, par petitz moyens qui peu luy servoient, et a grant peine pouoit endurer paix. Il estoit legier a parler de gens, et aussi tost en leur présence que en leur absence, sauf de ceux qu'il craignoit, qui estoient beaucoup, car il estoit assez crainctif de sa propre nature. Et quant pour parler il avoit receu quelque dommaige, ou en avoit suspection, et le vouloit reparer, il usoit de ceste parolle au personnaige propre : « Je scay bien que ma langue m'a porté grant dommaige, aussi m'a elle faict quelquefois du plaisir beaucoup ; toutes fois c'est raison que je repare l'amende. » Et ne usoit point de ses privées parolles qu'il ne feist quelque bien au personnaige a qui il parloit.