RONSARD
(Et son école : la Pléiade ], Vauquelin de lu Fresnaye, Robert Garnier, etc.)
Pierre J>e Ronsard, né au château de la Poissonnière, près de Vendôme, fut attaché comme page, d'abord aux fils de François Ier, puis à Jacques Stuart, roi d'Ecosse. Atteint de surdité à dix-huit ans, il renonça aux emplois de la cour et aux voyages, et te remit à l'étude sous la direction du savant Daurat-, précepteur du jeune Antoine de Baïf. « Il travaillait, raconte son biographe, jusqu'à deux ou trois heures après minuit, et, en se couchant, il réveillait Baïf, qui, se levant el prenant la chandelle, ne laissait pas refroidir la place. » Il se passionna pour les littératures anciennes, et conçut le hardi projet de « défricher et enrichir » la langue française, en imitant les meilleurs auteurs grecs et romains. Il fit des prosélytes, leur communiqua son enthousiasme, et tous se mirent à l'œuvre avec un admirable courage. Bientôt paraissaient le manifeste de la Pléiade, la Défense, et des essais dans tous les genres que les anciens avaient illustrés.
Œuvres. — Ronsard composa des odes, des élégies, des églogues, des sonnets, des hymnes, des épitres et quatre chants de la Franciade, poème inachevé, dont il a dit :
Si le roy Charles eût vécu, J'eusse achevé ce long ouvrage :
Si tost que la mort l'eut vaincu.
Sa mort me vainquit le courage.
i La compagnie des poètes qui reconnaissaient Ronsard comme chef se nomma d'abord la briyade . plus tard la Pléiade. Ses plus zélés disciples étaient : Remy lielleauj du Bellay } Batf, J o délie , Pontus de Thyard et Amadis Jami/n.
2 Jean Daurat, professeur de grec au collège de Coqueret ( Collège de France).
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tomba sous les critique impitoyal Malht i b
Ronsard n'a pi «jui lui convient.
Sans doule, ce poète i de . léfautt : il -
ridicule. En s'inspirani des ancien* il ne buI p I p fran-
par la langue; sa musc en frai Mais on n«' saurail sans injustice lui refuser loul mérite personnel: il avait de l'imagination et de la verve; lorsqu'il i vait oublier un instant >on rôle d'imitateur, il rencontrai des charmants, pleins de délicatesse et de ... ■ n «lirait
vraimei t qu*il > avait deui poètes en Ronsard : l'un asservi à une méthode, préoccupé de combinaisons et d'effets, qui guinda jusqu'à l'ode pindarique et « trébucha •• fréquemment; l'autre, encore naïf et déjà brillant, qui continua, perfectionna Marot, devança et surpassa de bien loin Malherbe dans l'ode
Sainte- Bei \ i
a un aubbspin '. (Ode, fragment
Bel aubespin Qeurissanf ,
Verdissant Le long de ce beau rivage, Tu es vestu jusqu'au bas
Des longs bras D'une lambrunche sauvage2.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis En garnison sous ta souche ; Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long Les avettes 3 ont leur couche.
Or vy, gentil aubespin , Vy sans lin ,
1 Aubépine. — 2 Lambrunche (lat. la»*brusca} vigne sauvage). -- 3 Avtites,
petites abeilles.
4o précis d'histoire littéraire
Vy sans que Jamais tonnerre, Ou la cognée, ou les vents,
I »u 1rs temps Te puissent ruer par terre.
RÉPONSE A UN MINISTRE PROTESTANT. ( Extrait.)
Pourquoi fais tu courir faussement de moy
Que je suis un athée infidèle et sans loy?
Tu te plains, d'autre part, que ma vie est fautive,
En délices, en jeux, en vices excessive...
M'esveillant au matin , devant que faire rien ,
J'invoque l'Eternel, Le père de tout bien,
Le priant humblement de me donner sa grâce
Et que le jour naissant sans l'offenser se passe...
Après, je sors du lict, et, quand je suis vestu.
Je me range à l'estude et apprens la vertu,
Composant et lisant, suivant la destinée
Qui s'est dès mon enfance aux Muses inclinée...
De là je viens disner, faisant sobre repas,
Je rends grâces à Dieu : au reste, je m'esbals.
Car, si l'après-disnée est plaisante et sereine,
Je m'en vais pourmener tantost parmy la p'aine
Tantost en un village, et tantost en un bois,
Et tantost par les lieux solitaires et cois1.
J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage,
J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage;
Là, devisant sur l'herbe avec un mien amy,
Je me suis par les (leurs bien souvent endormy...
Mais quand le ciel est triste et tout noir d'espesseur,
Et qu'il ne faict aux champs ny plaisant, ny bien seur 2,
Je cherche compaignie, ou je joue à la prime 3 ;
Je voltige 4, ou je saute, ou je lutte, ou j'escrime ;
Je dy le mot pour rire, et à la vérité,
J-e ne loge chez moi trop de sévérité.
Puis, quand la nuict brunette a rangé les estoilles,
Encourtinant 5 le ciel et la terre de voiles,
i Coi (lat. quietus), tranquille, s Seur. sur.
3 Prime , jeu où l'on ne donne que quatre cartes et où l'on gagne la prime (la mise ) quand ces cartes sont de couleurs différentes.
4 Voltiger, en terme de manège, c'est faire divers exercices sur un cheval.
5 Encourtinant. enveloppant. Une courtine est un rideau de lit.
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ioucy je me cou< ht . el lé . levanl K< i t h bouche a( le coin r< r 1 1 ni
Je faii mon oral ion , i i Kaol II Bonl< h mte I »c \ ouloir par lonoar doucement I m i fan
Dl BELLA1 IK24 I
JOACHIM DU BlLLAl naquit ;i Lin'-. daOfl l'Anjou. CVal l'au-
teur de la Défense *} <d l'un dee meilleure poètea de la Pléia qui tous '»nt exagéré la doctrine de l'imitation. Maie du Bellay B'écarta peu à peu des Ihéories de l'école et, devenant lui-même, il composa dos pièce9 diverses, lyriques, élégiaquea, satiriqi dont quelques-unes se font remarquer par l'élégance de la forme et la délicatesse des senti me ni s.
L'ennui qu'il éprouva durant un séjour de quatre ans à [{qui»-, auprès de son parent, le cardinal du Hellay, nous a valu un charmant recueil de Bonnets, qui a pour titre : les Regrets.
le s<>l natal. (Sonnet.)
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy là qui conquist la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parens le reste de son aage!
Quand revoiray je, helas! de mon petit village Fumer la cheminée? Et en quelle saison Revoiray je le clos de ma pauvre maison Qui m'est une province, et beaucoup davantage!
Plus me plaist le séjour qu'ont basli mes ayeulx Que des palais romains le front audacieux; Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;
Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin , Plus mon petit Lyre que le mont Palatin , Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Remy Belleau (1528-1577), né à Nogent-le-Rotrou, a traduit en vers les Odes d'Anacréon, et composé des Bergeries, mêlées de prose et de vers, fort estimées de son temps, mais parfois licencieuses. — 11 jouait dans les pièces de son ami Jodelle. i — • s
i Voy. aux prosateurs du xvi* siècle, p. 49.
Ivmkwi: Jodelle 1532-1573), né ft Paris, i iciter le
théâtre antique. — Sa Cléopâtre, jouée en ir>.">2 devant le cour, la première en date de toutes tee tragédies françaises imitées <lu gi Cette ( raLrô« lie, celle de Didon, ainsi que sa comédie d'Eugène,
quoique médiocres, eurent le plus grand succès et valurent a Linauteur le litre de premier créateur de notre théâtre classique.
Antoine db Baïf (1532-1590) naquit à Venise de parents français. Savant helléniste, il voulut introduire dans les vers français la forme métrique des anciens, et tenta de changer l'orthographe. Ses œu\ se composent de fables, d'églogues, de pièces de théâtre (traduction d'une comédie de Térence, d'une comédie de Plaute et do VAntigone de Sophocle), et de petits poèmes en sizains : les Mimes et Proverl — Il fut l'un des écrivains les plus féconds de son siècle, mais sa langue manque d'élégance et de pureté.
Yauqueun de la Fresnaye (1534-1606), né au château de la Fresnaye, près de Falaise, est l'un des meilleurs poètes de son temps. lia laissé des idylles, des satires et un Art poétique en trois livres, disciple de Honsart « pose cependant, comme principe de sa Poétique, l'affranchissement de la mythologie païenne et l'introduction des grands sujets chrétiens et bibliques. La lecture de cet ouvrage aurait pu empêcher Boileau de commettre plusieurs erreurs sur l'histoire de notre littérature et sur l'emploi du merveilleux chrétien ».
Du Bartas (1544-1590), né près d'Auch, servit dans les rangs des calvinistes. Poète par accident, il admirait Ronsard; mais, pour réagir contre le paganisme du maître, il puisa ses sujets dans la Bible. Après un poème sur Judith, il publia la Sepmaine , description scientilique et théologique de la création du monde. Ce poème renferme quelques beaux vers tels que celui-ci :
Et l'enfer est partout où l'Éternel n'est pas.
Mais il est gâté par les métaphores grotesques (le soleil, duc des chandelles), les épilhètes prétentieuses (le soc brise - guérets) , les néologismes opposés au vrai caractère de notre langue (limaçon, limaçonner ; dédale, dédaler), la puérilité de l'harmonie imitative (le cheval qui galope plat, bat , abat, détrappe, grappe, attrappe le vent qui va devant.,,)* Du Bartas est coupable de la plupart des excès que l'on reproche à Ronsard.
Robfrt Garnie» (4545-1610), né dans le Maine, éclipsa Jodelle, tout en marchant sur ses traces. Ses tragédies : la Troade , Antigone, Bradamante, tragi-comédie, imitée de TArioste, et les. Juives (siège de Jérusalem par Nabuchodonosor) , sont remarquables par le style, la variété des scènes et le pathétique des situations. Garnier est le A-
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véritable représentant de l'ai ' droin.iti.|ii.« .-m
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oalviniate, surnommé le Ju vénal «lu m« lècle, i I dei liémoifêB, une Histoire universelle de I B(M, al an vor»
1rs Tragiques, poème étrange qai tient loul ensemble du drame de la satire politique al raJiajfeu
Pbilippi Dbsi ortbs (1 l < Chartres, fut quejquel
heureui dans l'imitation des Italiens, de l'Àrioste entre autres. On i de lui des sonnets, dut chansons, David nia en r<
et des imitations <i«4 quelques ohants du Hoismd fluriews. — 9s poésie est correcte, graoieu faute, pais affectée ae que Malherbe
qualifie de m drôlerie italien d< : h
Jean Bbrtaut (1552*1611), originaire de Câen, imita Ronsard, mais fut plus naturel, plus correct; oe qui a fait dire à Boileau :
Ce poète orgueilleux (Ronsard), trébuché de si haut, Rendit plus retenus Desportes et Bcrtaut.
Il a composé des stances, des traductions de psaumes, un Disco funèbre, en vers, sur l'assassinat de Henri III, et un Éloge de kiin|
Louis. — Sa poésie manque de verve et de chaleur; mais la netteté de son langage, l'harmonie et la plénitude de sa période, en font un précurseur de Malherbe.