‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 24 sur 137 · TJTF.'ATRE AT XVI» SIÈCLE · texte numérisé non relu

TJTF.'ATRE AT XVI» SIÈCLE

Les prolestants et la Pléiade conspiraient depuis longtemps contre le théâtre religieux, qui d'ailleurs s'était fort discrédité par ce la faiblesse et la négligence du style, la prolixité dans les détails, et l'exagération dans l'emploi du comique. » Une ordonnance d'Henri II (17 novembre 1548) lui porta le coup de mort en défendant aux Confrères de la Passion de jouer, à Paris, autre chose que des pièces s licites et profanes ». Mais le public avait déjà condamné les mystères en les délaissant; il leur préférait les pièces savantes imitées des anciens : le Plut us d'Aristophane, traduit par Ronsard ; YAntigone de Sophocle, traduite par Ant. de Baïf; la Cléopâtre et VEugène de Jodelle1; le Saul et les Gabaonites de Jean de la Taille -, etc., toutes dépourvues qu'elles étaient de dignité et de bon goût.

t On ne sait pas si les pièces de Garnier, ni les comédies de Jodelle furent représentées.

- Jean de la Taille ( 1540-1608 , né à Bondaroy , près de Prthiviers.

La Pléiade pou.— lit si loin le respect de la tradition, qu'on reproduisit les 1* tes du paganisme. Une représentai ion de Clcopâtre fut suivie d'un banquet, souvenir des Dionysiaques1, et, pour que rien ne manquât au pastiche, les poètes avaient promené dans Arcueil un bouc couronné de lierre et de fleur-. Les ennemis de la Pléiade prétendirent qu'on avait sacrifié le bouc, et l'accusèrent de vouloir restaurer le paganisme. Ronsard protesta :

... Deux ou trois ensemble en riant ont poussé Le père du troupeau à long poil hérissé. 11 venoit à grands pas, ayant la Larbe peinte; D'un chapelet de fleurs la tesle il a voit ceinte, Le bouquet sur l'oreille, et bien lier se sentoit De quoi telle jeunesse ainsi le présentoit. Puis il fut rejeté pour chose méprisée, Après qu'il eust servy d'une longue risée, Et non sacrifié, comme tu dy, menteur...

I a On peut se plaindre que l'érudition et le goût exagéré de) l'antique aient exercé sur notre théâtre, au xvie siècle, une) funeste influence. L'abandon des sujets véritablement nationaux,) l'oubli des faits intéressants de notre vie politique et religieuse,) furent le résultat de ce retour aux œuvres des Grecs et des) Latins, qui, plus avisés, avaient emprunté le sujet de leurs) drames aux événements de leur histoire... Notre théâtre aban-) donna la veine si féconde des grands cycles et des mystères1 pour se rejeter sur les catastrophes des guerres de Thèbes et) de Troie :

On vit renaître Hector, Andromaque, llion 2,

et l'on renonça, peut-être pour toujours, aux personnages et aux événements si capables d'échauffer chez nous la verve des poètes et d'éveiller l'émotion des spectateurs. Plus tard, sans doute, le génie reprendra ses droits, et, malgré l'entrave des noms et des fables antiques, les idées modernes envahiront le théâtre: Corneille et Racine, sans trop de souci de la vérité historique et de la couleur locale, prêteront à leurs personnaerrs

* Dionysiaques , fêtes en l'honneur de Bacchus. 2 Boileau, Art poétique . chant III.

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greci <mi roiiiMin d< eniimanf que ne désavoueront poiol notre religion ni notre histoire. Mail à l'époque de la littéi ture que noua e qui Bons, <>n %t borue à la Iraducl rviU

des œuvrea dramatiques de l'antiquité, ou lV>n e tienl pouf le in< uns dans un cercle qui ne permet pat à récrirait! le moindre effor! d'indépendance el d'originalité. (D'apn iuy, Noël al Petii de Julleville.)

LA PROSE Ai: XVI« SIÈCLE

La prose, dont l'allure avail été rendue plus animée, plus gracieuse, plus claire, par nos vieux chroniqueur pendant

encore incertaine <it Qottante: elle varie «lu Nord au Midi, d'une province à l'autre; elle souffre Burtout de l'invasion des mots

italiens et des mois antiques affublés d'une terminaison française : chaque écrivain a ses tours, son idiome à part.

Notre langue ne se fixera et n'acquerra sa forme définitive qu'au xvii0 siècle. Mais déjà se révèle le génie qui lui est propre, c'est-à-dire une aptitude particulière à représenter d'une manière plus nette, plus brève, plus sai-issanle, plus facile à retenir, toutes les impressions esthétiques ou morales. Désormais la France a des écrivains français. (Passim.)

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