LA POESIE AU XVII« SIECLE
La poésie française de la première période du xviv siècle (1600-1636) n'a pas de caractère hien précis ni une renommée bien claire; celle de la deuxième période (1636-1716), au contraire, est foncièrement originale, tout en s'inspirant de l'antiquité. C'est que les grands écrivains de cette période ne copient pas servilement les anciens comme avait fait le xvi° siècle; ils en prennent la régularité, le bon sens et le goût. Chez eux, l'imitation se change en inspiration, pas toujours cependant en inspiration suffisamment libre et spontanée, ce qui explique à cette époque la disette de poésie lyrique. Mais ils restent tous également fidèles au naturel, sans lequel il n'y a pas de beautés parfaites. Aussi compteront- ils à jamais parmi les princes de l'esprit humain, et seront -ils lus avec une égale admiration jusque dans les âges les plus reculés. (Passim.)
i 11 serait plus juste de l'appeler le siècle de Richelieu et de Louis XIV : « Louis XIV termine le siècle; il ne l'a pas inspiré, et il est loin de le représenter tout entier. Le règne de Louis XIII et la régence d'Anne d'Autriche nous offrent déjà les ouvrages de Corneille, de Descartes, de Pascal, etc. Henri IV avait encouragé Malherbe; Richelieu et Louis XIV ouvrent la carrière à tous les talents. Les bons gouvernements suscitent en foule les hommes de génie et impriment aux écrits les plus divers ce caractère commun d'ordre et de grandeur dont ils sont marqués. •> D. Nisard.
POI i II i" t\ il m I i i. PRINCIPAUX POÈTES DU XVII SIECLE
M \ lui l;l;i 1556 16
François db Malherbe, oé à I aen, d'une terni Ile noble, est le premier législateur de la poésie fi a de Médicis, en 1600, el la Consolation à du Périer établirent
sa réputation de poule; il avait alors quarante-cinq an I Ben lé à Henri IV connue le meilleur écrivain national de
l'époque, il fut encourage par C€ monarque el pourvu l'une pension. C'est alors qu'il entreprit, avec ses disciples Maynard, Racan, Balzac, etc., de « dôgasconner la cour » et de réformer la langue poétique.
Œuvres. — Malherbe a composé des odes, de> élégû sonnets, des stances, des épigrammes, des paraphrases de psaumes, un poème : les Larmes de saint Pierre et des lettres
en prose.
Ses principales réformes. — Ecrivain peu fécond, mais d'un tact sûr et d'un goût délicat, Malherbe débarrassa la langue française des formes étrangères , des patois provinciaux , des métaphores boursouflées, des comparaisons inexactes, des inversions forcées, des épithètes banales, des pensées incomplètes, contradictoires, disparates ; il proscrivit de la versification l'hiatus, l'enjambement, la mauvaisèTcësure, la rime d'une longue avec une brève, du milieu du vers avec la fin, du simple et du composé (temps, printemps), etc., ce qui a mérité l'éloge suivant de Boileau :
Enfin Malherbe vint, et, le premier en France , Fit sentir dans les vers une juste cadence, D'un mot mis eu sa place enseigna le pouvoir Et réduisit la muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée; Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
En un mot, il réagit contre les tendance - de la
Pléiade, et donna le premier, dans ses écrits, le modèle d'un style noble, harmonieux et correct.
Les rigueurs outrées de ce « tyran des mots el des syllabes » ont peut-être appauvri notre langue; mais du moins elles Tout assouplie et disciplinée, au bénéfice des grands écrivains qui vont s'en servir. C'est ainsi que Malherbe a préparé le siècle de Louis XIV, et c'est là sa gloire.
Choix. — Ode à Henri IV, sur son voyage en Limousin; Ode sur la mort de Henri IV ; Ode à Louis XIII , sur l'expédition de la Rochelle; Stances à du Verrier, sur la mort de sa fille; Paraphrase du psaume cxlv.