RÉGNIER
Mathurin Régnier, né à Chartres, et neveu de Desporte?, est notre premier poète satirique véritable. Il excellait à saisir les ridicules et à les mettre en relief. « C'est le poète, dit Boileau, qui a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes. » Il imite fréquemment et avec succès les auteurs latins: Horace, Juvénal, Ovide, etc. Que n'eût pas produit ce « disciple ingénieux » de l'antiquité, s'il avait su régler sa conduite! Il expia cruellement ses excès par une fin prématurée, précédée toutefois d'une pénitence tardive et d'un repentir sincère, s'il faut en croire sa propre confession :
Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,
Ne voyant de salut que par la pénitence;
Mon cœur, comme mes yeux, s'ouvre à la repentance,
Et me hays tellement que je me fais horreur.
Œuvres. — Nous avons de lui seize satires, trois épîtres , quelques élégies, des odes, des stances et des épigrammes. La satire intitulée le Critique outré est dirigée contre Malherbe et son école : Régnier est resté fidèle à Ronsard; mais, suivant le précepte de du Bellay, il usa des langues anciennes pour enrichir la langue française, et non pour la transformer.
La poésie de Régnier est vive, énergique, originale, profonde même, sous une apparente frivolité. « Lui aussi, en n'ayant pas l'air d'y songer, s'est créé une langue propre, toute de sens et de génie, qui, sans règle fixe, sans évocation savante, sort
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comme de lerre à chaque pai aoureau de II pan 6e el m tient debout, soutenue du seul souffle qui ranime, i- mou?em< de cette langue inspirée n'onl rien de solennel ni de réfléchi; dans leur irrégularité naturelle, dans leur brusq erie piquante, ils ressemblent aux éclats de roix,auj l'un homme
Franc el passionné qui j'échauffe en causant
On blâme avec raison ce moraliste sans morale d'eroii souvent offensé, dans ses écrits, les lois <!<• i,i <i.ii, ,.i. ^- ,t <i<la décence.
c.ikhx. -- Signalons de Régnier deux satires: le Critique outré, dirigée contre la réforme de Malherbe, el Macette, contre ITiy]
François Maynard (1582-1646), né à Toulouse, disciple de Malherbe, président au présidial d'Aurillao, se distingua dan gramme. L'une d'elles, adressée à un écrivain qui manquait de clarté,
se termine par ces vers bien connu-:
Si ton esprit vont cacher Les belles choses qu'il pense, Dis -moi qui peut t'empèclier De te servir du silence.
Honorât de Racan (1589-1670) e=t né au château de la Roche-Racan, en Touraine, autre disciple de Malherbe. Inférieur à son maître par le style, il lui est supérieur par l'inspiration.
11 a laissé des tragédies, des Bergeries et des Psaumes. Ses Bergeries, sorte de comédie pastorale, sont vantées par Boileau dans [Art poétique. Ses traductions de Psaumes ne rendent pas la haute poésie de l'original et manquent de fidélité, parce qu'elles sont ordinairement une amplification et souvent une interprétation de la pensée du Prophète-Roi.
Gérard de Saint- Amand (1594-1660), né à Rouen, est l'auteur du poème Moïse sauvé des eaux, « qui ne mérite peut-être pas tout le ridicule dont Boileau Ta couvert. » (Joubeht.
On y trouve des descriptions souvent heureuses, mais peu d'idées.
Jean Chapelain ( 1595-167 4), né à Paris, excellent prosateur et critique judicieux, eut tort de se croire poète. Il nous a laissé la Pucelle d'Orléans, poème en vingt-quatre chant*, qui n'a rien d'épique, et, en prose, les Sentiments de V Académie sur le Cid, « une des meilleures critiques qui aient été faites sur aucun sujet. »> (La Bruyère.)
Desmarets de Saint-Sorlin (1596-1676J, né à Paris, poète dramatique, est l'auteur de la comédie des Visionnaires, de la tragi-comédie de Scipion et du poème de Clovis, que Boileau livra au ridicule.
BORGES di Scudéry (1601-1667), aé au Havre, composa des hagéet 1»; poème d'Alaric, ou Rome vaincue, que gèlent la recherche et l'invraisemblance. — Malgré le jugement sévère de Boileau, certains pas riptifa de ce poème "ni d'incontestables mériti
.1, w Matrbt (1604-1686), né à Besançon, poète tragique, a l douze ti ■ meilleures sonl Cléopâtre, Sylvie et Sopho-
nishc.
Pibrrb Durtbr 1605-1658), né à Paris, historiographe de France et poète dramatique, auteur do Scévola, plusieurs fois réimprimée; de Lucrèce et de Saûl, la meilleure de ses pièces.
Jean de Rotrou (1609-1650), né à Dreux, écrivain dramatique d»1 talent. Les meilleures de ses tragédies sont : Wenceslas , imitée des anciens, et le Martyre de saint Gencst , où l'on trouve des pages dignes du Polyeucle de Corneille. « Le génie de Hotrou eût peut-êlre égalé celui de Corneille s'il eût été fortifié par le travail et réglé par la discipline et la réflexion. » (Aug. Noël.)
Paul Scarron (1610-1G60), né à Pari?, réussit surtout dans le genre burlesque; auteur de V Enéide travestie, de comédies et de poésies diverses. Il tombe souvent dans la b et oe respecte pas tou-
jours la décence.