LA FONTAINE
Jean de la Fontaine, né à Château- Thierry, est un de nos poètes les plus populaires. Rêveur et distrait, il fit des études assez médiocres, et mena jusqu'à vingt -six ans une vie de dissipation et de désœuvrement. Une ode de Malherbe, dit-on, éveilla en lui le goût des vers. Après avoir imité quelque temps les conteurs du moyen âge et de la renaissance, entre autres Marguerite de Navarre, Marot, Villon, il se remit à l'étude des anciens, de Virgile et d'Horace, vendit la charge de maître des eaux et forêts qu'il tenait de son père, alla se fixer à Paris, et débuta par des traductions de Térence, qui lui donnèrent des amis et des protecteurs. Fouquet lui fit une pension dont il donnait quittance par des épitres, des ballades, des dixains et autres pièces de vers; la dernière et la plus touchante est l'élégie aux Nymphes de Vaux (1661), sorte de plaidoyer poétique en faveur du malheureux intendant disgracié. Les Contes licencieux, imités de Boccace l, qu'il publia en 1665, ne font honneur ni à sa plume ni à son caractère, il les désavoua plus tard et en fit pénitence. Incapable de se suffire à lui-même,
i Voir à la deuxième partie , Prosateurs italiens.
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el enfin chei M. d'Hervarl , où il mourut
sentiments de religion .
Œuvre». - La Fontaine ;« composa de petits poèm< Nymphes de Vaux 1661 ), Philémon et Baucii 168 odes Ode au roi, 1663), <!<*> êpitres, des ballades, et l< recueils de Fables qui Tout immortalisé. — Ses comédies, ses opér t contes n'ajoutent rien à ^a gloire. Passons.
Les Fable», au nombre de deux cent trente-neuf, sont réparties en douze livres. Le recueil des six premiers livres, publié en 1668, est dédié au Dauphin, l'élève de Hossuet; le recueil des cinq livres suivants, paru en 1678, débute par une pièce de vers à l'adresse de Mn|C de Montespan; le douzième livre, composé pour le duc de Bourgogne, l'élève de Fénelon , ne vit le jour qu'en 1694.
Jugement sur la Fontaine. — i La Fontaine excelle à se rendre présent à l'action qu'il nous montre; à donner à chacun de ses personnages un caractère particulier dont l'unité se conserve dans la variété de ses fables, et le fait reconnaître par tous; à effleurer les ridicules innocents, à laisser deviner au lecteur la finesse d'une arrière- pensée comique, à philosopher à la dérobée, sous forme de badinage, du coin de l'œil, avec bonne humeur et sans intention méchante.
On peut envisager en la Fontaine Y imitateur y Y écrivain et le moraliste.
1 Jean s'en alla comme il était venu.
Mangeant son fonds avec son reve-iu.
[La Fontaine, épitaphe.)
» Deux mois avant sa mort, la Fontaine écrivait au poète Maucroix le billet suivant : <• Le meilleur de tes amis n'a plus à compter que sur quinze jours de vie... Hier il me prit une si grande faiblesse, que je crus véritablement mourir. O mon cher! mourir n'est rien; mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu'? Tu sais comme j'ai vé:u. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. >•
9Q PRÉCIS DHISTOIftl I.ITTÊRAIKE
L'imitateur. La Fontaine n'a rien inventé; presque tout ses fables sont imitées, et cependant ce poète est le plus original de nos écrivait» : c'est que son imitation c n'était point un esclavage i; il ne prenait que ridée, dont il découvrait l'expression et la poésie. Au reste, ses prédécesseurs : Ésope, Phèdre, Pilpay !, Aviénus*, Abstémius 3, Pogge* et les auteurs des fabliaux, avaient indiqué, plutôt qu'exploité, le genre que la Fontaine a renouvelé. Esope est sec, Phèdre abstrait; les fabliaux ne sont que d'exubérantes satires, où les hommes sont plus ou moins bien déguisés sous le masque des animaux. La Fontaine a donné l'âme et la vie à tout ce qu'il a emprunté; il a revêtu de ses grâces la nudité d'Ésope, égayé de son enjouement les sentences chagrines de Phèdre, ramené les interminables fabliaux du moyen âge à l'objet de la fable. Il a donc surpassé ses modèles, et son œuvre est bien à lui. — Voici comment il l'a définie :
J'oppose quelquefois, par une double image,
Le vice à la vertu, la sottise au bon sens, Les agneaux aux loups ravissants, La mouche à la fourmi, faisant de cet ouvrage
Une ample comédie à cent actes divers Ft dont la scène est l'univers.
(Liv. V, fab. i.
Vécrivain. — La Fontaine, avec des tableaux ou des drames de peu d'étendue, dont le fond est rarement à lui, et dont le style est presque toujours familier, s'est placé parmi nos grands écrivains, comme l'avait prédit Molière, et conserve au milieu d'eux le surnom d'inimitable. Il le doit surtout à sa manière, qui consiste à s'affranchir de toute entrave, et mêler tous les genres, tous les tons, toutes les couleurs. On trouve dans ce petit livre des Fables, souvent dans le même apologue, la narration, la description, l'idylle, Fépître, le dialogue, le portrait, le caractère, le discours, l'anecdote, la confidence, la sincérité de Montaigne, l'esprit de Villon, la naïveté de Marot, le hadi-
i Pilpai/ ou Bidpay ( m» s. av. J.-C), fabul. indien.
? Aviénus ( iv« s. ap. J.-C), poète ital.
8 Abstémius (xve s.), poète ital.
» Poçjge (xv® b.), poète ital.
• de \ oiture, dei Irail de la plu baoti po< :
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