‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 41 sur 137 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

Nicolas Boileau, surnommé Despréaux, né à Paris (et non pas à Crosne, près de Paris), était fils d'un greffier au Parlement. Ses classes terminées, il fut condamné à l'étude du droit et destiné au barreau; mais, à la mort de son père, il résolut de suivre son inclination pour la poésie, car « son astre en naissant l'avait formé poète ». Préparé de longue

itfi PRÉCIS D'HISTOIRE LITtAhAIRE

rnain par la lecture d'Horace, de Juvénal et de Régnier, lo jeune poète !-e donna pour mission de comha'Uc le faux çroùf r' les écrivains médiocres de son siècle. A vingt-quatre ans (1660

il publia ses premières satires. Eilcs furent déchirées av< fureur par a cette nation farouche de mauvais poètes » qifeli attaquaient; mais la justesse de vue du critique triompha toutes les colères et de tous les préjugés.

Son caractère. — Boileau avait l'humeur fort gaie; il aimait passionnément à rire et à contrefaire les ridicules; dans ses conversations, il ne tarissait pas en fines reparties, en piquantes anecdotes. Dans sa maison d'Auteuil, où se réunissaient souvent ceux dont on a fait nos graves et solennels classiques, c Boileau était de tous celui qui dépensait le plus de joyeuse humeur : la Fontaine rêvait, Molière observait et pensait, Racine écoutait soupirer son cœur, Boileau seul s'abandonnait à l'heure présente.» (Paul Albert.) Il était bon et désintéressé: l'avocat Pdlru étant tombé dans la gêne, Boileau acheta sa bibliothèque et lui en laissa la jouissance. Sa franchise un peu brusque est devenue proverbiale : et Louis XIV lui montre un> jour des vers de sa composition : Sire, avoue le poète, rien n'est impossible ci Votre Majesté; elle a voulu faire de mauva** vers } et elle y a parfaitement réussi. »

La vie privée de Boileau fut un véritable modèle : sa sincère, sa foi vive, sa conduite chrétienne, en firent un deb hommes les plus estimables du xvne siècle. En mourant, il se félicitait à bon droit de n'avoir jamais offensé les mœurs dans ses écrits.

Œuvres. — On a de Boileau : douze Satires, douze Épitres, YArt poétique (1673), le Lutrin (1674), un certain nombre de poésies fugitives, des discours et des lettres en prose.

Satires (1660 ...)•

Leur objet. — Boileau , dans quatre de ses Satires, attaque les mauvais écrivains pour les déconsidérer en faisant ressortir leurs défauts; dans les autres, il censure les travers et les mœurs de ses contemporains. On peut les diviser en satires morales (la Irc, la IV«, la Ve et la VIIIe). en satires humons-

POfcTIfl DU xvnn ii CL1 1 17

tiquea (la ni" el la Vl«)f al en satires littéraire II II#t la \ il' et la IX' . \ oicl leurs litn el le ré umd A i prim lpal<

/ ' Adiru.r <l'i(>i }>(>> lr à In nllr t/r l'un II AcCOi d dû I" I

et </,• /</ raison. ni . Description d'un Bêpcu ridicule, i\ i Folie* humaines. V i a Noble I I L I

— VI 1' . Lr iirurr snhmjur \lll L' lima ni,' . l\ \ mOtl I

(1667), S . La Femmit, A/ VHonneu \n ri

voque.

Nous n'avons pas classé les trois dernières, œuvre* de la vieillesse de Boileau. Malgré de grandes beautés, elli itenl

par leur longueur ou par de regrettables i il

manqua à ce sage la sagesse la plus rare, celle <!«' Savoir finir

à propos. » (D. Nisard.)

Résumés. — Satihl: II. — Accord dr l<( rime ri de lu raison.

Boileau envio la facilité de Molière à trouver la rime :

Enseigne -moi, Molière, où tu trouves la rime,

et lui donne de précieux conseils sur le soin qu'il faut apporter aux détails du style.

Satire III. — Le Repas ridicule : 1° par la salle, où le soleil « formait un poêle ardent au milieu de l'été »; 2° par les convives : « deux nobles campagnards; » 3° par le manque de place : aussi serré « qu'aux sermons de Ca^sagne ou de l'abbé Cotin » ; 4° par les mets : les lapins « sentaient encore le chou dont ils furent nourris » ; 5° par les disputes qui le terminèrent.

Satire VI. — Les Embarras de Paris. Paris n'est pas habitable : 1° la nuit, les chats, les souris et les rats s'entendent pour lapager; 2° le matin, ce sont les ouvriers, les charretiers, les marchands; 3° si l'on sort on rencontre mille obstacles : enterrements, pavés, troupeaux, etc.; 4° le soir, les voleurs s'emparent de la ville; 5° au moment du coucher, on crie au feu.

Satire VII. — Le genre satirique. Boileau délibère avec sa muse pour savoir s'il doit aller plus avant dans la carrière satirique : elle est fatale à l'écrivain qui s'y engage.

S'il faut rimer ici, rimons quelque louange; Et cherchons un héros, parmi cet univers,

Digne de notre encens et digne de nos vers. Mais à ce grand elîort en vain je vous anime : Je D6 puis pour louer rencontrer une rime.

Pour le blâme, au contraire, les vers coulent de source. Il continuera donc : sa plume ne peut faire grâce à aucun méchant écrivain.

Satire IX. — A mon esprit. Boileau commence par faire la leçon à son esprit qui lui inspira ses satires :

Vous avez des défauts que je ne puis celer : Assez et trop longtemps ma lâche complaisance De vos jeux criminels a nourri l'insolence; Mais puisque vous poussez ma patience à bout. Une fois en ma vie il faut vous dire tout;

ensuite il tourne adroitement en ridicule les auteurs qui se plaignaient de ses critiques : Chapelain, Gotin, Cassagne, Quinault, Scudéry, Pradon, Pelletier, Brébeuf, etc. Il reproche à son esprit ses libres caprices, sa fureur de parler et d'écrire... L'esprit répond que la critique est permise à tout lecteur, et que, s'il attaque les écrits, il respecte les personnes. — Cette satire est le chef-d'œuvre du geure.

Remarque. — « Les satires ont sauvé la poésie française des dangers urgents qui la menaçaient tout au début du règne de Louis XIV : emphase d'un côté, préciosité de l'autre. »

(F. Brunetière)

Épîtres (1669 .. )

Leur but. — Après avoir démoli toutes les fausses célébrités au profit des hommes de génie, Boileau adoucit l'aigreur de ses attaques et essaye de montrer, dans ses Épîtres, comment il faut écrire. Nous donnons seulement leurs titres et les sommaires des plus importantes :

7re. Avantages de la paix. — IIe. La Manie des proeès. — IIIe. La Fausse honte. — IV9. Le Passage du Rhin ( 1672). — Ve. La Connaissauce de soi-même — VIe. Les Plaisirs des champs. — VIP. L'Utilité des ennemis (1667). — VIIIe. Les Délassements pendant la pair. — IXe. Rien n'est beau que le vrai. — Xe. A mes vers. - XI9. A mon jardinier. — XIIe. L'Amour de Dieu.

po&tbs o\ \\ u' ifeci 1 !•*

Sommaires. Lru i:i I Stt€ épfirC ,

</r {a patoj Fui composée à 11 demandé de Colberi , <-t adre

à Louis \|\ ', après le Irai!.': «TAix - l.i - Mi.ij». I

laissa à (l'autre la loin da raconter lea exploit riera; il

aime mieux chanter lea douceurs de la paix. Il ne veut |

doute un roi fainéant, mais un roi qui metl oire à I

le bonheur de ses sujets, u termine par un éloge dea plus deli-

rais de Louis \IV :

je n'ose de mes vers vanter ici le prix. Toutefois, si quelqu'un de mes Faibles écriU

Des ans injurieux peut éviter l'outra Peut-être pour ta gloire aura-t-il sou usage; Et comme les exploits, étonnant les lecteur Seront à peine orus Bur la foi des auteur-, si quelque esprit malin les \<vut traiter de fables. On dira quelque jour, pour les rendre croyable Boileau, qui, dans ses vers pleins de sincérité. Jadis à tout son siècle a dit la vérité, Qui mit à tout blâmer son étude et sa gloire, A pourtant de ce roi parlé comme l'histoire.

Epître VI. — Celte épître, sur les Plaisirs des champs, est adressée à M. de Lamoignon.— Description du village d'Hautile (près de Mantes) et des plaisirs de la campagne : promenades, lectures, pêche, repas assaisonnés par l'appétit; ennuis de la ville : on est encombré de solliciteurs, accablé de nouvelles, de compliments, etc. :

Oui, Lamoignon , je fuis les chagrins de la ville, Et contre eux la campagne est mon unique asile ! Du lieu qui me retient veux -lu voir le tableau? C'est un petit village, ou plutôt un hameau, Bâti sur le penchant d'un long rang de collines, D'où l'œil s'égare au loin dans les plaines voisines...

Épître VIL — Cette épître, sur V Utilité des ennemis, est adressée à Racine; elle témoigne à la fois du bon goût et du bon cœur de Boileau. Racine alors était en butte aux attaques d'une cabale qui parvint pendant quelques jours à faire croire à la supériorité de la Phèdre de Pradon sur celle de Racine. Boileau, pour rassurer et consoler son ami, lui rappelle : 1° que tous les poètes de génie sont exposés de leur vivant aux

critiques de l'envie; 2° que les ennemis stimulent le génie et l'obligent à faire mieux; 3° qu'il ait seulement confiance clans le jugement de la postérité. — Cette épître est regardée comme le modèle du genre.

Jugements. — Les Satires et les Épitres « sont, dit Voltaire, des chefs-d'œuvre de poésie autant que de raison ». Les Épitres, postérieures pour la plupart aux Satires, sont le fruit d'un talent plus mûr : elles sont plus variées; la versification y est plus douce, plus flexible, plus gracieuse; des pensées plus fortes, plus étroitement enchaînées, y sont exprimées avec plus de couleur et d'énergie. Dans VÉpître, Boileau e-t vraiment Témule d'Horace.

« Tout ce que la prose de Voltaire a consacré dans le Siècle de Louis XIV, les lois, les manufactures, les canaux, la police, les travaux publics, la diminution des tailles, les édifices élevés par les arts, tout est exprimé en beaux vers dans Tépître au roi sur les Avantages de la paio-. »

Art poétique (1673).

Sujet. -— VArt poétique est un poème didactique, en quatre chants, qui trace les règles de l'art d'écrire et des divers genres de poésie.

Boileau s'est inspiré des Poétiques d'Aristote et d'Horace, et surtout de VÉpître d'Horace aux Pisons.

Résumé. — Giiant 1er. — Le premier chant peut se diviser en trois parties :

1° Préceptes généraux de l'art d'écrire. Avant tout, le poète doit avoir une vraie vocation; si son astre en naissant ne l'a fait poète,

Dans son génie étroit il est toujours captif;

il doit, de plus, examiner la portée de son talent, écouter la raison, éviter la prolixité :

Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire: varier ses discours :

Heureux qui, dans ses vers, sait d'une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère 1

POJ i i E DU 11 ny I ni i i

.c garder de tomber dans l<* trivial, le burlesque d l'emphase; observer les règles de Is proe< d 6 :

Que loujoun dsni ros vers V panl

pends l'hémistiche . eo mai \\ s 1s re| i lardez qu'une voyelle, à courir trop bâtée , \<> ioil d'une \ oyelle en ion chemin heurb

2° Coup d'œil sur l'histoire de la poésie fra depuis ses

origines jusqu'à Malherbe. Cette rapide esqui ei

inexacte. Boileau n«j connaissail pas suffisamment le moyen âge; aussi les œuvres poétiques de cette époque sont- elles mal jugées. A l'en croire,

Duranl les premiers ans du Parnasse françois, i • caprice tout seul faisait toutes les lois...

Villon sut le premier,

Débrouiller Vart confus de nos vieux romanciers. Marot

Tourna des triolets, rima, des mascarades.

Or Villon n'a rien débrouillé : toutes les formes poétiques qu'il a employées étaient connues bien avant lui; Marot n'a rimé ni triolets ni mascarades, il a fait des épigrammes, des madrigaux et de charmantes épîtres, dont Boileau ne parle pas.

L'école de Ronsard est trop dénigrée; justice est rendue à Desporles et à Bertaut; Malherbe est loué sans réserve : « Enfin Malherbe vint... »

3o Reto ur aux préceptes généraux. Nécessité de la clarté, du travail patient, de l'ordre, de l'harmonie, de la correction, du respect de la langue :

"Surtout qu'en vos écrits la langue révérée,

Dans vos plus grands excès , vous soit toujours sacrée.

Utilité d'un censeur :

Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue.

Chant IL — Le second chant donne la définition et les règles des genres secondaires : ["idylle, Yélégie, Yode, le sonnet.

Vépigramtne, le rondeau, la ballade, le madrigal, la wÉtr^ et le vaudeville,

V idylle, qui

Chante Flore, les champs, Pomone, les verger

doit être simple, sans trivialité ni platitude; la plaintive élégie demande, pour être bien traitée, une émotion profonde et vraie; Vode , qui « élève jusqu'au ciel son vol audacieux », est un poème plein de fougue et de feu; le sonnet, poème de quatorze vers, aime le nombre et la cadence; Vépigramme est plus libre, les pointes y sont admises; le rondeau, né gaulois, veut de la naïveté; l'antique ballade n'est qu'un jeu de rimes; le madrigal, compliment en vers, est « plus simple et plus noble en son tour »; la satire, hardie, enjouée, mordante, censure les vices et venge la vertu; le vaudeville est un chant joyeux, mais il ne doit offenser ni la pudeur ni la religion.

Chant III. — Le troisième chant, le plus étendu et le plus important de tous, e^t consacré à la tragédie, à Yépopée et à la comédie. — L'épopée, qui est le genre le plus ancien, devrait passer avant la tragédie.

1° Tragédie. — L'imitation est le principe de la tragédie, et Y émotion de la terreur ou de la pitié,

Qui va chercher le cœur, l'échauffé et le remue,

en est l'âme.

L'exposition doit être simple, claire et brève; la règle des trois unités :

Qu'en un li. u, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la lin le théâtre rempli,

rigoureusement observée; Invraisemblance, toujours respectée; Yintérèt, progressif jusqu'au dénouement.

Ce que fut la tragédie chez les Grecs ( Euripide est oublié) , et en France, au moyen âge (jugement faux), durant la renaissance (imitation des sujets antiques). Alors

On voit renaître Hector, Andromaque, llion,

et au xvnc siècle (respect de la vérité historique, point de fadeur ni de héros de roman).

i I lih UtJ Wll" Il < I I.

Il hul conserver à chaque pei onnage on

propre û

Qu'en tout ai ec toi môme il e montre d bu eord , El qu'il ioil jusqu'au bout tel qu'on l'a i n d'afa

Épopée, • Le w< rveill I une dea cond liooi «lu

poème épiqu< raste récil d'une longue action

3e soutien! par la fable , el i il de Uctioo.

Mais, par une singulière inconséquence, Boileau n'admet

d'autre source du merveilleux - que la mythologie, qu'il célèbre sans la bien com prend 1 1 (G. Ueblet.

Le héros doit être intéressant :

On s'ennuie aux exploita «l'un conquérant vulga

le récit, vif et rapide; les descriptions, riches et larges; le début, simple et naturel :

N'allez pas dès l'abord, sur Pégase monté,

Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre :

« Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terr<\ *

Que produira l'auteur après tous ces grands cris '!...

Homère, qui jamais i ne lasse », reste le modèle des poètes épiques.

3° Comédie. Histoire de la comédie grecque. — V observation de la nature est le premier devoir du poète « qui prétend aux honneurs du comique » :

Qui sait bien ce que c'est qu'un prodigue, un avare, Un honnête homme, un fat, un jaloux, un bizarre, Sur une scène heureuse il peut les étaler, Et les faire à nos yeux vivre, agir et parler.

Il importe de bien connaître les caractères différents des trois âges de la vie : de la jeunesse, de l'âge mûr et de la \ieillesse (l'enfance est oubliée) :

Ne faites point parler vos acteurs au hasard,

Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.

Il faut éviter la bassesse. Condamnation des farces de Molière (critique un peu sévère V

Chant IV. — Le quatrième chant renferme les conseils les plus sages sur le caractère et les mœurs de l'écrivain. 11 s'ouvre par une satire à l'adresse des méchants poètes. Dans les autres métiers, on peut être plus ou moins habile;

Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, Il n'est point de degré du médiocre au pire.

Le poète doit se défier des flatteurs, faire choix d'un censeur éclairé, être honnête; car

En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur, Le vers se sent toujours des bassesses du cœur;

éviter la jalousie :

C'est un vice qui suit la médiocrité.

Action bienfaisante de la poésie sur les mœurs. Éloge de Louis XIV, dont

... la sa ge prévoyance Fait partout au mérite ignorer l'indigence.

Jugements. — V Art poétique est un chef-d'œuvre de raison, de goût et de poésie : il dit toujours agréablement des choses vraies et utiles. « Que ceux qui veulent écrire, dit la Harpe, méditent Y Art poétique. Ils y trouveront, marqués d'une main également sûre, les principes de toutes les beautés qu'il faut chercher, et celui de tous les défauts dont il faut se garantir. »

On reproche à Boileau de n'avoir pas parlé du travail de Yinvention, de s'être trop étendu sur le sonnet, d'avoir oublié la fable, confondu l'origine de la tragédie avec celle de la comédie 1, méconnu le succès des mystères du moyen âge et proscrit le merveilleux chrétien, sous le faux prétexte que l'Évangile n'offre autre chose

Que pénitence à faire et tourments mérités.

« Il déclare très haut que les « terribles mystères » de notre foi $ ornements égayés ne sont point susceptibles, n'en déplaise au Tasse, dont le succès ne le désarme pas. — Avouons que

1 C'est Susarion (vies. av. J.-C), et non Thespis, qui le premier aurait preraené dans les bourgs de l'Attique des acteurs barbouillés de Ue. (Gh. m, v. 67.)

Poi i » 128

ce* prnMs sont mj rappeler l< eu

chriêtianisme , où Chateaubriand renge rictorieue*menl une poétique méconnue, il suffit de nommer Dante, Millon el Klopstock, pour démentir une Ibè «• ingrate el réti M.i'is, nu lieu de traiter ayec irn une opinion que par-

aient loua le boni n du nvu^aiècle, mieui vaut en

voir la cause dana !<• roûI d'un bon espril qui renaît <!<• i non le Paradis perdu, dont il ignora lei beautés, mal Claris et la PueeMe. \ jouions qu'à la prévention littéraire BOcièrent les scrupules du croyant, aux yeui duquel t I pable rindiscrète confusion de la fable et de la rérilé

(6. Merlet.) On a cru que Boileau avait tracé lefl limites défini! i v» s de l'art : on l'a trop appelé le législateur du Parnasse, Il fut plutôt le précepteur de son siècle, et, duns son siècle même, il instruisit moins les écrivains que le public. Sans doute ses conversations durent élre précieuses pour ses illustres amis, à qui il apprenait à être mécontent d'eux-mêmes et à rimer difficilement; mais ses écrits ont surtout pour but de former des lecteurs, et ils sont parfaitement appropriés à cette tâche. Sa critique est nette, simple, accessible à tous, plutôt négative qu'inspiratrice; elle réduit les principes de l'art à ceux du sens commun. Elle est piquante, railleuse, médisante, toute relevée de noms propres; enfin elle coule ses préceptes dans des vers impérissables, aussi brillants d'images que de raison : elle en fait des proverbes, et les impose bon gré mal gré à la mémoire, i

(J. Demogeot.)

Le Lutrin (1674).

Sujet. — Le Lutrin est un poème héroï- comique, en six chants , composé sur un léger différend entre le chantre et le trésorier de la Sainte -Chapelle de Paris, à l'occasion d'un pupitre que celui-ci avait fait rétablir dans le chœur et que le premier enleva de sa propre autorité.

A part la donnée fournie par le démêlé, tout est fiction dans ce poème. Tous les personnages y sont inventés et même dépeints sous des traits directement opposés aux traits de ceux qui desservaient cette église, <r dont la plupart, et principe-

126 PRÉCIS iùflSTOIRE LITTÉRAIRE

lement les chanoines, étaient tous gens, non seulement d'une fort grande probité, niais de beaucoup d'esprit1. » Ce poème est dédié au président de Lamoignon, qui avait défié Boileau de rien tirer dune matière si stérile.

Résumé. — Chant Ier. — La discorde a résolu de troubler la paix profonde qui rèirnedans la Sainte-Chapelle; elle va trouver le prélat trésorier, lui reproche de dormir tandis que le chantre usurpe toutes les fonctions. Le prélat fait rassembler ses partisans et prend leurs avis. Sidrac conseille de tirer de la sacristie un vieux lutrin et de le remettre à son ancienne place, où il Gâchera l'orgueilleux chantre aux regards de la foule. Pour exécuter ce hardi projet; le sort désigne trois hommes : le sous-marguillier Brontin, le perruquier l'Amour et le sacristain Boirude.

Chant IL — Nos trois champions, après s'être donné du cœur par d'amples libations, partent sur le soir, « sans tumulte et sans bruit. » La Discorde s'applaudit de son ouvrage et, de joie, pousse un cri qui réveille la Mollesse; celle-ci invoque le secours de la Nuit pour conserver le repos à la Sainte- Chapelle.

Chant III. — La Nuit vole aussitôt à Monllhéry, y prend un vieux hibou et va le cacher dans le pupitre. Au moment où les trois guerriers, « pleins de vin et d'audace, » veulent s'emparer de la fatale machine, « l'oiseau sort en courroux » et les disperse. La Discorde les arrête, les harangue, les raffermit et les renvoie « où l'honneur les appelle ». Ils rallument leur bougie éteinte, rentrent, et le pupitre est heureusement placé sur son pivot.

Chant IV. — Cependant le chantre rival , effrayé par un songe, se réveille tout en sueur, se lève, court à la Sainte- Chapelle et voit le pupitre devant sa stalle. Les chanoines sont réunis et consultés; l'un veut qu'on plaide et qu'on écrive; l'autre aime mieux qu'on abatte d'abord le pupitre. Ce dernier avis l'emporte, et, 8 sur l'ennemi commun, ils fondent en tumulte ».

Chant V. — Instruit de ces voies de fait, le prélat, suivi de

1 Boileau. Avis au lecteur.

poi ii 1 1.

ses partisans, v,i coniultar la Sibylle la (jbicanc La chantre el lea chanoinea cm fonl <\<- même. La dam troupes • i contrent près de la boutique du libraire Barbin. D'abord on menace des yeux i puis le eombal d'in-foli

La victoire reste au prélat.

Chant VI. La PiéU fà se plaindre ;• Tbémia la -lu 1 1 que tout le monde l'abandonne. Tbémia l'adi (La moignon). Celui-ci oblige l<; chantre k rétablir lui-même \o pupitre. M .ils le prélat, satisfait, ordonne de Penlerer I rinstant.

Valeur littéraire. — Il n'existe rien dana notre langue

plus parfait, quant à la versification, que les cinq prera chants de ce poème : récits, discours, portraits, tableaux, descriptions des moindres objets, choix des termes, emploi d'images, sel de la bonne plaisanterie, tout y est vraiment admirable. Le ton sérieux du dernier chant, qui contraste avec l'enjouement des autres, et la disproportion entre le sujet du poème et la richesse de l'art', sont les seuls défauts de ce chefd'œuvre.

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